‹ Observations morales, critiques et politiquesChapitre 14 sur 22 · SI DU PROGRÈS · texte numérisé non relu

SI DU PROGRÈS

Tille ; on ne s'entretenait que de yers^ de philosophie^ de musique : on allait se consoler au spectade de la défaite des armées : un opéra ^' un liTre nouveau, la première repré* tentation d'une tragédie, mettait toutes les passions en mouvement ; et il n'y avait personne qui ne se crut en état d'en parler. L'enthousiasme passait pour du goût, et le rai-^ sonnement pour de la raison. La marne d^écrire confondait les rangs, les sexes, les âges, les diverses professions, et produisait de singuliers effets, des contrastes bicarrés : des prélats faisaient des vers galans; des militaires composaient des pastorales ; des enfans étaient en correspondance poétique avec des vieillards; des rois réfutaient les principes de Macliiavel , qu'ils s^appliquaient à metfre exactement en pratique; des mères de famille, en publiant des livres d'éducation et de morale, rédigeaient des mémoires scandaleux; enfin, des hommes de lettres écrivaient contre les lettres.... Et tout cela était recherché, arraché, dévoré par un peuple affamé des plaisirs de l'esprit^ jusqu'à ce que, fatigué de lire et d'écrire, mais tourmenté d'une inquiétude nouvelle, on voulut agir, essayer

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des théories, dont leà auteurs eux-^uêmes eussent condamné l'application. C'est alors qu'on vit ce beau tapage que Voltaire avait annoncé. La France avait terminé son édu* cation littéraire ; elle voulut feiîre son éducation politique : ITEuropê en paya les frais.

L'effet moral des lettres, des sciences et des arts, à cette époque, et les événemens qui suivirent, semblent justifier le fameux paradoxe de Rousseau, qui, par une sorte d'ingratitude, employa contre les Muses les premières armes qu'elles lui prêtaient. Mais sur ce sujet comme sur beaucoup d'autres , l'éloquent écrivain se laissa entraîner parla fougue de son imagination et l'exagération de ses idées. Il est clair qu'il confond ici l'abus avec la chose, lorsque l'un ne &it que confirmer la bonté de l'autre , même d'après ses propres raisonnemens. Il se plaint que les statues , les tableaux ne représentent qu^ des objets dangereux et corlrùptetirs , au lieu d'être consacrés aux grands hommes et aut faits mémorables ; que les récompenses sont prodiguées au bel-esprit, tandis que la Vertu

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reste sans honneur. Le sage y ajoute-t-il , ne court pas après la fortune; mais il n'est pas inrsensible à la gloire. Ainsi , en accusant le niau* vais usage que l'on £aiit des arts^ en son temps ^ Rousseau enseigne l'usage salutaire qu'on pourrait en faire. L'utilité des lettres n'est pas moins bien constatée. Il cite les Spartiates^ qui n'ont laissé que la mémoire de leurs' grandes actions, de leur déyoûment héroïque à la défense de la patrie ; et Socrate^ qui, dédaignant de faire des livres, n'a laissé que la mémoire de sa vertu. Mais cette mémoire, ces exemples, comment seraient-ils transmis, si l'histoire ne prenait soin de les recueillir ; et pour faire une forte et vive impression siir l'esprit des hommes, pour obtenir une grande et imposante autorité , ne fiaLutril pas que le talent de l'hisiO'* rien répcmde à la beauté du sujet? Gombtea de hauts faits, d'hommes admirables, sont restés obscurs, îsxxte d'avoir été dignement célébrés ! Socrate lui-même nous serait-il bien connu sans Platon et Xénophon, qui nous ont conservé sa morale ? La philosophie qui pense ne passe à la postérité (pie par la philotophie qui écrit; et les maximes, les acr

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tîons des grands hommes n'amaient d'influence que sur leurs contemporains^ ne porteraient que des fruits passagers et périssa-^ bles^ sans les lettres, sans lesmonumens des aits^ qui, en les perpétuant, proposent à la vertu le prix de la gloire. Il- est vrai que le talent et le génie ne serrent pas toujours d'aussi nobles intérêts, et ne se montrent pas toujours digiies de leur haute missioii,. Les Muses sont filles du ciel; màk elles se corromr peut quelquefois sur là terre : c'est lorsque, entraînées par leurs succès dans le monde ^ elles substituent la vanité à l'étude, et la dissipation ail recueillement; c'est lorsque, dominées, par le désir de plaire, elles cessent de mériter dés louanges pour en obtenir, et qu'enivrées des honneurs qu'on leur prodigue , elles n'ont plus qu'un seul objet, la faveur pubhque. Aujourd'hui, elles en ont un autre, l'argent... Notre esprit positif et calculateur n'attache plus de prix qu'aux intérêts matériels :. eux seuls agitent la société, font naître les intrigues et les cabales, dirigent l'opinion ^ dictent les jugemens. Il ne s'agit plus de faire sa réputation , mais sa fortune : c'est pourquoi on ne cultite guère dans la

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littérature que les branches les plus lueradyes. Le talent est devenu l'instrument de la cupidité > et les succès ne se mesurent que sur les revenus. En entendant de beaux vers, on ne demandera pas^ comme ce froid mathématicien , qu est-ce que cela prouve ? mais^ quest'ce que cela rapparie ?\]n auteur pauvre ne peut être qu'un pauvre auteur^ et Ton ne saurait lui accorder aucun inérite^ s'il n'apas eu celui de s'enrichir. L'argent étant donc devenu l'unique mobile de l'opinion^ Yoa doit juger que les lettres par elles-mêmes jouissent de fort peu de considération; Jes arts en ont conservé davantage^ à cause de leurs rapports plus directs avec le luxe , qui est un moyen de circulation : mais en général^ les arts industriels ont tué les arts d'agrément^ et l'utiUté, chea nous^ a étouffé le beau.

 mesure que les grands talens ont été moins honorés et sont devenus pliis rares , les demi-talens ont été plus exigés et sont devenus plus communs^ parce que ceux-ci servent à la fortune, tandis que les autres y nuisent souvent) en la méprisant pour attein*

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(Ire à la gloire. La hiérarchie intellectuelle s'est donc modifiée avec la hiérarchie politi- €[ue; on n'a touIu supporter d'aristocratie d'aucun genre ^ et les esprits se sont trouvés rapprochés ainsi que les conditions.

Il en est des connaissances humaines comme de certains objets de curiosité^ qui ne se trouvent d'abord que daitô les cabinets de quelques antiquaires, ou qui servent à des charlatans pour tromper la foule supersti-^ lieuse. Les gens de goût les découvrent, se les approprient, et, par Tusage qu'ils en £3nt, les mettent à la mode. Alors le grand monde les recherche, s'en pare, les associe à son luxe, trop souvent à sa oorruption. Puis, devenus vulgaires, ils tombent entre les mains du peuple , et lui sont utiles ou nuisibles , selon ses dispositions, ou l'intérêt de ceux qui le mènent.

Tel a été en France le cours de l'instruction publique , dont les progrès n'ont été in-* terrompus que par nos trouUes politiques et nos longues guerres. Pendant la révolution elle avait été nulle ; sous le régime impérial ,

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elle a été toute militaire. Mais^ à la restauration, qui ne fut elle-même qu^un progrès de la civilisation, elle reprit sa marche naturelle, et les intérêts industriels, unis aux intérêts libéraux, concourent à la rendre actuellement populaire.

Poiu* lui faire prendre cette direction , on la simplifie; on l'abrège; on en retranche tout ce qui peut la retarder ou Pentraver, Il semble qu'il y ait une prime d'encouragement proposée aux moyens les plus expéditi& et les plus commodes. De nos jours, les improvisations sont à la mode; voilà pourquoi on ne voit plus que des ébauches. Nous sommes parvenus à l'autre extrémité de la ligne : anciennement on apprenait très -peu en étudiant beaucoup ; grâce aux méthodes nou-velles, on apprendra tout désormais sans rien étudier.

En s'appliquant à faciliter ainsi l'instruction, dans ses diverses branches, à la mettre à la portée de toutes les classes et de toutes les intelligences , on ne pense pas que les difficultés sont nécessaires pour former le ta-

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ienXy pour exercer et développer les moyem, que c'est une barrière utile, qui retient la foule dés ^prits médiocres, et ne feit qu'ex-» citer davantage les dispositions naturelles, que déterminer plus fortement la yéritable vocation. Il est à remarquer que ce n'est pas dans les temps où l'enseignement est le plus perfectionné qu'on voit éclater de plus grands talens. £n combattant, on acquiert des forces, et le génie comme la Vertu, s'élève par les épreuves dont il triomphe. Nous ne devons peut'-être la prééminence en littérature qu^aux: entraves de notre langue , et surtout de notre poésie. Les difficultés sont comme ces monstres, ces dragons de lu faUe, qu'il fallait vaincre pour s'emparer des trésors qu'ils gardaient , et dont la conquête n'était réservée qu'aux héros.

Voulant se procurer des succès plus aisés au théâtre, on a remplacé dans la comédie le naturel j la bonne plaisanterie^ la satire ingénieuse, par les effets romanesques, l'intérêt larmoyant, les lieux communs de la morale et de la philosophie. On a essayé défaire des tragédies en prose, et l'on s'est affranchi

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de la gêne des unités. Quels résultats de te)les innovations? Une foule d'ouvrages ou mauvais ou médiocres, aucun vraiment supérieur ; et la facilité de taire a entraîné beaucoup de jeunes gens dans une carrière qui n'était pas la leur.

Pour faire la gloire des peuples, sans nuire à leur tranquillité , sans compromettre leur bonheur, les arts. et les sciences ne doivent être cultivés que par ce petit nombre d'esprits privilégiés qui savent en tirer tous les sucs bienfaisans : leur trop grande propagation est impolitique et fiineste; elle excite TaniTbition, le dégoût des professions utiles et laborieuses ; elle efface la principale ligne de démarcation., car l'éducation distingue les hommes bien mieux que la fortune. Ce qui console la classe moyenne de ne point être la première, est d'en voir une qui lui est inférieure : mais qui consolera celle-ci de son rang , si elle ne se sent incapable par l'éducation d'en occuper un supérieur ? Ceux qui cherchent à donner au peuple plus de lumières que sa position et ses besoins n'en réclament, ne peuvent donc que le rendre ou plus

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tnalfaeureux ou plus dangereux. Les hommes ne voudront-ils point reconnaître qu'ils ne peuvent tous savoir^ et qu'ils ne peuvent savoir ioui?

iVÏ les dons de t esprit, ni cetut de Infortune ne saunaient det^enir le partage du vulgaire. Dans le monde intelligent comme dans le monde politique, le plus grand nombre des hommes a été destiné par la nature a être peuple. Celui qui a dit cela^ est un philosophe du dix-huitième siècle , Vauvenargues. Voici une autre autorité^ qui paraîtra encore plu^ imposante^ et qui y depuis long-temps, est consacrée dans les respects des hommes ; c'est celle de Confiicius : Recommandez au peuple y dit-il, Fol^ sensation des lois, et non t étude des sciences. Nous ajouterons qu'une telle recommandation n'est pas tant nécessaire à ceux qui sont peuple par la condition qu'à ceux qui scmt peuple par l'inteUigence; car, on l'a dit, mieux vaut cent fois un sot ignorant qu'un sot savant ; et la nature, en environnant les connaissances humaines de difficultés, semhle avoir voulu en éloigner les esprits de travers^ comme en armant d'épines certaines fleurs et certaines

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plantes y elle a voulu les défendre contre les animaux malfiaôâans.

Mais chez quelques nations rinstrucbon est commune sans inconvénient et sans danger. J'en conviens : il y a aussi des enfans qui savent manier des armes sans se blesser :

est-ce à dire qu'on doive confier des armes aux enfans? Règle générale : avant de mettre tout un peuple en état de s'instruire , consul' tez son esprit ^t celui de sa littérature. Si l'un et l'autre sont entachés de mauvais principes j soyez sûr qu'il fera le plus funeste abus du flambeau que vous lui aurez mis entre les mains t au lieu de s'éclairer ^ il s aveuglera et mettra le feu partout.

. Vous dites encore : « Le peuple sait lire au- » jourd'hui; c'est un fait sufiîsamment coî*- .» taté : dès^QFs rien pe peut plus regarder » soném^^çipatÂO]\intelW^tu^)le^ aucun pott- » voir, ne saurait l'emp^^r ^ prendre paï* » au mouvement des .^prits^ de suivrez ^ » prpgrès 4e la civilisation « ».Ëhbiien;» je cj^i^ à l'autorité politique ; emparez-vous aUplutM ;de ce mouveçien}:^ afin df liii donner une

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direction utile et salutaire. Réglez le cours du fleuve^ creusez des canaux aux eaul qui débordent^ et profitez de cette crue surabondante pour arroser et fertiliser les campagnes.

La France, en ce moment, est pressée entre deux influences contraires , qui cherchent également à émouvoir les passions pour s'emparer du pouvoir. L'une s'exerce au nom de la liberté et de la raison ; Tautre au nom de la morale et de la religion « De part et d'autre il y a Êinatisme , ambition , mauvaise foi.

C'est entre ces deux influences dangereuses que le gouvernement doit placer la sienne > sage, douce ^ bien&iisante; comme un fanal qui indiquera l'entrée du port, comme un drapeau auquel se rallieront toutes les bonnes intentions. Qu'il se déclare franchement Feniiemi de toutes les exagérations; qu'il se défie €l des vieilles routines et des innôvar tions imprudentes; qu'il ne se laisse dominer par aucun parti ; qu'il réprouve égaljement les superstitions ridicule» et àbsurdes^, les décla*mations impies et démagogiques : alors les écrits se caliiierônt, se rapprocheront, les

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opinions se modifieront, et l'on finira par s'accorder sur la liberté, sur la religion, sur rinstruction publique, en posant les limites que le bon sens et l'expérience indiquent.

Je ne suis pas le partisan d'une ignorance grossière et absolue^ qui ne me présente pas moins d'inconyémens que son excès opposé ; car l'abrutissement donne aux factieux et aux sopbistes autant de prise sur lamulûtude que le trop grand raffinement des esprits. Mais je réclame des distinctions dans l'éducation , et je ne saurais admettre la sorte d'égalité qu'on veut établir à ce suj^ pour amener celle des conditions y c'estrà-<lire pour proToquer des ré¥olulions nouvelles,, et nous replonger dans l'anarcbie*

Je Tiens de le dire, la modération. rapproche les opinions, et je crois que, Sur cette question comme sur beaucoup d'autres , les honnêtes gens de toutes les nuances ne scmt pas loin de s'entœdre. La plupart des vérités sont relatives, mais surtout celles qui touchent la politique ; ce sont les circonstances qui décident de leur appUcation. Si réelle-

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ment aujourd'hui le peuple a le goût et le désir de s'instruire^ et si des malveillans ^ des agitateurs cherchent à profiter de telles dispositions pour l'égarer , il n'y a pas de temps à perdre, il faut que l'administration se charge elle-même de son éducation, il faut qu'elle prenne soin de lui préparer une nourriture bonne et saine , afin qu'il ne soit pas yictime des poisons subtils qu'on Toudrait lui faire prendre. Que le peuple ait ses livres, sa bibliothèque spéciale, appropriée à ses intérêts et à ses besoins ; qu'il y trouve toutes les connaissances qui peuvent augmenter son bienêtre , favoriser et perfectionner son industrie; mais qu'on s'abstienne de mettre à sa portée celles qui, par cel^ seul qu'elles lui sont étrangères , ne sauraient que lui devenir nuisibles, le dégoûter de sa condition, l'en écarter, et, lui en montrant une meilleure , le pousser à des excès séditieux pour la conquérir. C'est au gouvernement, en s'occupant du bien , à prévenir l'abus. Il doit proposer, encourager des ouvrages qui auraient pour but un tel objet, et en surveiller l'exécution, afin qu'aucun principe dangereux ne puisse s'y glisser. Je connais d'excellens essais qui ont déjà été

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faits dabs ce genre ^ et qui remplissent toute» les conditions nécessaires^ d'autant plus dignes de Festime publique, que le talent qu'ils supposent aurait pu s'exercer avec plus de gloire et de profit. Mais pour inspirer l'ému-lation^ il serait à désirer que des travaux aussi utiles trouvassent une récompense, proportiopnée, et quç, répandus arec une judi- « cieuse libéralité dans les campagnes et parmi la classe ouvrière des villes ^ ils devinssent les types de l'écple classique du peuple. Je le répète , il y a beaucoup à &ire sous ce rapport^ rien de ce que nous avons de meilleur, en livres didactiques , moraux., mêiiçie religieux , ne saurait convenir, du moins quant à la forme, et la bibliothèque populaire, en France^ est toute à créer.

Quoi que l'on dise et que l'on fasse, il y aura toujours des distinctions parmi les hommes , puisque la nature et le sort, ne les dotent pas uniformément. Or, c'est sur ces différences primitives et sociales , indépendantes de nos volontés, que doit se régler l'éducation : ce sont elles qui indiquent les divers degi'és de connaissances et d'instruction qui convien-

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nent aux ixldividilis. Chacun étant éleré relativement à sa naissance^ a sa fortune^ n'aura à rougii* ni de Fune ni de Tâûtre, et remplira mieux ^ avec plus de plaisir^ les devoirs qui liii sont imposés. Que si^ par un vain sys^ tème de perfectionnement^ les lumières s'é^ tendent au-sl^là y le zèle et le bonheur s'en-* fuient à la fins; le relâôhenlent^ l'envieuse câsiveté^ le mécontentement^ les soucis suc* cèdent : entraîné par ses idées / retenu par sa position^ on éprouve un mal-aise, ime inquiétude vague^ un tiraillement pénible, qui rendent la vie malheureuse, quelquefois coupable , qui démoralisent en décourageant.

Partout où les hommes sont égaux par la naissance et l'éducation, h^égaux par le rang et les emplois, il y a, jalousie, brigues, cabales , insubordination , malveillance réci^ proque. C'est ce qui résdtte de la hiérarchie administrative. Voyez que de plaintes, dé murmures , d'animosités eUe excite ! que de mésiiUelligence entre les chefs et les suboi^ donnés! que d'injustices commise^, et combien de supposées ! comme les places sont en» yiées et disputées ! que de tracasseries et d'in-f trigues pour se maintenir ou se supplanter!

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que d'espérances et de joie fait naître une disgrâce! que de spéculations sur la moindre maladie^ et combien l'on est sûr de désobliger en revenant à la santé ! Il semble qu'en vérité ce soit manquer au savoir vivre que de ne pas se laisser mourir, en semblables circonstances .Tous ces inconvéniens sont

inhérens aux administrations publiques^ et ils * ont leur source, dans cette aptitude que chacun a, du moins que chacun se croit de remplir les mêmes fonctions. Yoilà ce qu'il faut éviter dans le reste de la société, pour y maintenir l'ordre, l'union, le bonheur j et, par humanité, autant que par prudence. Von doit se garder de donner aux hommes plus de capacité qu'ils n'ont de droits , plus de lumières qu'ils n'ont de moyens , plus de désirs qu'ils n'ont de besoins. Si quelques-uns, doués de fatcultés extraodinaires , réclament un plus haut degré d'instruction que la classe à laquelle ils appartiennent, ils sauront bien se le procurer d'eux-mêmes, se faire jour à travers tqus les obstacles , et conquérir la part de connaissances et de gloire à laquelle ils ont droit. On a remarqué^ dit Voltaire, que prèsque tous ceux qui se sont fait un nom dans les

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beauao^rts, les ont cultis^és malgré leurs pa'^ renSy et que la nature a toujours été en eux plus forte que ï éducation.

Ainsi tous les efforts pour égaliser les homiiies> sous le rapport de l'iatelligence et du savoir, ne tendent qu'à les égaliser par la médiocrité, l'ambition, Forgueil ; c'est les mettre dans un état de guerre les uns contre les autres, en leur donnant à tous mêmes prétentions et même but ; c^st n'entendre pas mieux les véritables intérêts des sdences et des beaux-arts eux-mèaies que ceux de la mb-rale et de la politique. Ce qu'il &ut perfectionner avant tout, sont les mœurs publiques. L'on ne saurait donc, sans danger^ étendre les droits et les lumières du peuple, sans raffermir ses principes, et en l'armiaht de plus de forcés , l'on doit en même tetops l'armer de plus de sagesse et de vertus, car ce n'est que par un effort sur lui-même, presque' héroïque, qu'il, pourra rester à sa place, avec' tant de moyens pour en sortir.

L'éducation est pour les hommes ce que la culture est pour la terre; mais de même (pi'U

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y a deux sortes de cultuires, Tune qui fait nattre les fleurs, les plantés rares et curieuses, l'autre qui produit les plantes utiles et salutaires, il y a aussi deux, sortes d'éducations, Tune qui développe les talens, l'autre qui inspire les vertus : celle-là s'attaciie plus à l'esprit, celle-ci s'occupe davantage de rame; la première fait des habiles, des savans, et trop souvent des demi-savans , qui y comine le disent et Montaigne et t^ascal, troublent le monde et jugent mal des choses; la seconde &it d'honnêtes gens, de bons citoyens, àe& chrétiens. Voilà celle qui est vraiment nécessaire à tous les individus, à toutes les conditions : Tautre, pour ainsi dire, de luxe, n'est applicable qu'à ceux qui, par leur fortune ou par les facultés de leur esprit, sont appelés aux premiers rangs dans la société. Voulonsnous élever la jeunesse pour son bonheur à venir et celui de l'Etat ? Montrons luile bien et le vrai toujours d'accord, toujours unis; donnons des bornes à ses connaissances, pour en donner à ses désirs^; recherchons pour elle les sages leçons plutôt que les doctes leçons; qu'elle apprenne à bien faife avant d'apprendre à bien dire; enfin, puisant nos doctrines

d'enseignement aux. pures sources de la morale et de la religion^ appliquons-nous à les rendre pieux^ dociles^ modestes^ afin qu'ils soient un jour des sujets fidèles et des citoyens vertueux.

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