‹ Observations philologiques et grammaticales sur le Roman de Rou, et sur quelques règles de la langue des trouvères au douzième siècle (volume 2)Chapitre 1 sur 55 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

La publication du Roman de Rou, ouvrai>e de plus de seize mille vers, composé par Robert Wace au milieu du xii^ siècle , a fait connaître spécialement , et a permis de juger le style et le langage d'un des plus anciens auteurs qui ont écrit en vers français.

11 m'a paru utile d'examiner cet ouvrage , sous le rapport des principales formes grammaticales de l'époque , et d'y rechercher , avec un soin scrupuleux , les preuves qui constatent l'existence des règles de la langue au xii^ siècle.

Tl ne reste aucun manuscrit complet de cet antique monument de notre littérature, et ceux que l'éditeur a pu consulter sont évidemment des copies faites sur des manuscrits qui n'étaient ni originaux ni même de l'époque; on a lieu de se convaincre qu'elles furent l'ouvrage de scribes ignorants ou du moins très négligents. Ces copistes omettaient

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des vers ; plusieurs sont restés sans rimes correspondantes ; ils dénaturaient arbitrairement le texte , en le modifiant d'après la prononciation ou l'écriture du temps, et surtout ils ne se donnaient pas la peine d'être conséquents , puisqu'ils conservaient , dans leurs transcriptions, ou rejetaient tour à toiu' les formes du texte primitif.

Toutefois, comme ils l'ont dénaturé diversement, il n'est pas difficile de le rétablir; il suffît de conférer les différents manuscrits , et de choisir les variantes conformes aux règles grammaticales de leur temps.

Après avoir extrait d'un ouvrage inédit, que je me propose de pulilier sous le titre de Grammaire historique de la Langue française, quelques passages relatifs à l'origine et aux variations de la langue des trouvères , j'en indiquerai les règles principales, dont la connaissance peut diriger les personnes qui ont à choisir, parmi les variantes des manuscrits de nos anciens écrivains, celles qui méritent d'être préférées.

L'application que je ferai de ces principes orammaticaux à l'ouvrage de Wace, facilitera

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une application pareille aux ouvrages des autres trouvères.

Ce sera presque toujours au texte imprimé du Roman de Roii que j'emprunterai les nombreux exemples qui démontreront l'existence des règles de l'époque, et le soin avec lequel Robert Wace s'y est conformé; cette circonstance seule fera apprécier l'importance de la publication de ce poëme.

Le manuscrit qui a servi principalement à l'édition du Roman de Rou, appartient au Muséum britannique ; les terminaisons en eir, Eis, EiT, etc., permettent de croire qu'il a été copié en Angleterre; le texte de la partie qui reste de ce manuscrit , est souvent plus complet que le texte des autres; mais il s'en faut de beaucoup qu'il soit pur et sans lacunes; souvent la même règle grammaticale, observée dans un vers , est violée dans le vers suivant; ainsi l'on trouve tour à tour, et presque à chaque page, l'observation fidèle et la violation évidente des règles grammaticales. Non seulement il manque à ce manuscrit quelques vers conservés dans les autres, et dont toutefois l'omission n'interrompt pas

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le sens du récit , mais encore le copiste a parfois omis des vers dont l'absence laisse sans rimes ceux auxquels ils auraient dii être joints. L'Appendice relatif à quelques unes de ces omissions, offrira la preuve matérielle de cette assertion. '

Le meilleur manuscrit , sous le rapport de l'observation des règles grammaticales, c'est le numéro 698^ de la Bibliothèque du Roi.

On regrette d'y trouver des lacunes considérables; mais en général elles ne nuisent pas au sens : des épisodes entiers manquent, ce qui permettrait de croire qu'ils n'exis-

' Ce manuscrit offre en plusieurs détails une heureuse observation des règles grammaticales de l'époque ; il suffira d'en citer un exemple remarquable.

La règle exigeait que le mot duc , employé comme sujet au singvdier, prît l's final, et le perdît comme régime.

Le manuscrit de Londres est le seid où l'on lise généralement DUCS ; le manuscrit 6987 observe sans doute suffisamment la règle en se servant de dus ; mais elle est encore plus marquée dans le manuscrit du British Muséum ■■

Sujet,

Régime.

Robers fu nu&f enpres sun frere.

Li DUC* ama gieus covenables.

E li DUCi' dist : vostre merci.

Li DUCi inaiida tûtes ses genz.

Al DUC vint, si li cunta.

Al DUC parler si jeo poeie.

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taient pas dans le manuscrit sur lequel cette copie a été faite; ce sera à ce manuscrit 698^ que j'emprunterai les variantes les plus nombreuses et les plus considérables. M. de Bréquigny avait jugé qu'il était de la fin du xin® siècle ; j'adhère à son opinion , et je renvoie aux détails et à la description qu'il en donne dans les notices des manuscrits de la Bibliothèque du Roi, tome V, page 21.

Le manuscrit du British Muséum m'a fourni quelques variantes précieuses.

J'ai également conféré avec l'imprimé la copie moderne qu'avait fait faire M. de Sainte- Palaye sur d'autres manuscrits. Il est vraisemblable que ces manuscrits n'étaient que du XIV® et même du xv^ siècle ; on y trouve OUR au lieu d'oR , eus au lieu d'os , les pour Li , etc. Toutefois le copiste a conservé assez souvent les formes anciennes, et j'y ai recueilli quelques variantes utiles.

Je n'ai pas négligé non plus les variantes d'un manuscrit d'André Duchesne qui avait copié celui de M. Du Monstier.

Si , pour compléter mes Observations sur le Roman de Rou, j'indique plusieurs variantes,

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c'est en faisant hommage de mes propres recherches et du résultat de mes études particuhères au zèle des divers collaborateurs qui ont réuni leurs soins pour la publication d'un ouvrage également important, et comme monument littéraire . et comme monument historique; j'ai espéré ajouter un nouveau degré d'utilité au mérite de leur travail , auquel j'aime à rendre publiquement une entière justice.

Passy-lès-Paris , ce i4 mai 1829.

SUR

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