‹ Observations physiologiques sur la voix humaineChapitre 6 sur 9 · CONJECTURES SUE LA FORMATION DES REGISTRES · texte numérisé non relu

CONJECTURES SUE LA FORMATION DES REGISTRES

Puisque le système entier des vibrations naît uniquement des ligaments inférieurs, il est évident que les combinaisons que forment les muscles qui les font mouvoir, sont les seules causes des sonorités si diversement caractérisées que l’on nomme registres, et que les autres parties du larynx, dont on peut modifier considérablement la disposition, sans pour cela altérer d’une manière notable le nombre des battements, ne servent qu’à fortifier les sons obtenus et à en modifier le timbre. Dans nos tentatives pour découvrir les procédés intimes de l’organe vocal, nous aurons recours à la fois aux observations que nous avons déjà présentées, à quelques remarques anatomiques que nous allons exposer, et à la sensation que nous éprouvons à l’organe même pendant qu’il produit les sons.

Si l’on détache une des moitiés du cartilage thyroïde, on découvre'une large surface musculaire à fibres obliques qui remplit tout l’espace compris entre l’aryténoïde et le thyroïde. A sa partie haute se trouve le muscle assez grêle qui correspond aux ligaments vocaux supérieurs. Après l’avoir enlevé, toutes les fibres que présente la surface musculaire semblent partir de deux centres opposés ; la face antérieure de l’aryténoïde et l’angle rentrant du thyroïde. Ces centres, placés aux extrémités d’une diagonale, envoient leurs fibres les unes vers les autres parallèlement.

Celles qui partent de la face antérieure de l'arylénoïde descendent obliquement; les plus extérieures vont s’insérer au bord du cricoïde qu’elles recouvrent sur le côté, dans sa moitié postérieure ; les plus internes, à la membrane vocale ' qu’elles recouvrent sur tous les points hors la partie crico-thyroïdienne.

Les fibres quj partent de l’angle rentrant du thyroïde remontent, les unes obliquement du thyroïde au sommet de l’aryténoïde, les

1. Pour plus de clarté, nous désignerons sous le nom de membrane vocale la partie de la membrane qui va du bas du ligament vocal au bord du cartilage cricoïde, c’est-à-dire les ligaments crico-thyroïdiens latéraux.

autres vont, en divergeant, former les parois des ventricules et souvent même se perdre dans les replis aryténo-épiglottiques et jusque sous Tépiglotle Si on enlève toute la surface musculaire par couches successives du dehors au dedans, on arrive à un faisceau épais de fibres tout à fait horizontales qui doublent la face externe du ligament vocal et qui se rendent de l’apophyse antérieure de l’aryténoïde à l’angle rentrant du thyroïde ^ Ce faisceau est recouvert, à sa moitié postérieure, par le muscle crico-aryténoïdien latéral, et, à sa moitié antérieure, par les fibres divergentes qui partent du thyroïde. Si on l’enlève à son tour par couches successives, on voit que les fibres n’en sont pas toutes de môme longueur; les longues disparaissent d’abord et sont suivies de fibres toujours plus courtes à mesure qu’elles forment des couches plus internes, mais qui toutes partent de la cavité antérieure de faryténoïde et vont successivement se terminer à des points plus éloignés du ligament vocal, suivant qu’elles sont plus longues; d’où il résulte que ce faisceau horizontal est plus épais à l’arrière qu’à l’avant.

Ainsi donc, le ligament vocal et la membrane qui lui fait suite, lieux où s’engendrent les sons vocaux de toute nature, sont sous l’action directe des fibres qui partent de la cavité antérieure de l’aryténoïde : le ligament, sous l’action du faisceau horizontal, la membrane, sous celle des fibres obliques. Les fibres divergentes qui partent du thyroïde, n’ayant d’action que sur les tendons vocaux supérieurs et sur les replis, paraissent ne devoir modifier que les timbres et le volume de la voix.

L’arrangement remarquable que présentent les fibres que nous venons d’examiner, nous permet déjà d’expliquer un fait fondamental : l’élévation de la voix. Les fibres du faisceau horizontal, étant superposées par couches verticales de plus en plus longues

1. Ces fibres font partie du muscle thyro -aryténoïdien. On pourrait se demander si ce nom est bien approprié. Assez souvent un faisceau de forme conique part du bord inférieur et latéral du thyroïde, et se porte aux ligaments crico-tbyrnïdiens latéraux. L’action de ce faisceau, semblable à celle des fibres internes du crico-aryténoïdien latéral, contribue à tendre les ligaments auxquels il aboutit.

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