Autre portion du muscle thyro-aryténoïdien
au fur et à mesure qu’elles sont plus extérieures, étendent graduellement leur action à des portions plus antérieures des bords de la glotte, diminuent la longueur de sa partie vibrante et en accroissent la tension et la rapidité des mouvements. Le muscle crico-aryténoïdien latéral, par ui’fe disposition analogue de ses fibres, tend et soulève la membrane vocale dans des parties aussi de plus en plus antérieures, amincit les ligaments au moment où ils se mettent en contact, et par suite augmente leur mobilité.
Nous verrons dans quelques instants que le mouvement de rotation que les fibres externes du muscle crico-aryténoïdien latéral impriment à l’aryténoïde en donnant de la profondeur aux membranes vocales, présente un obstacle à l’entier développement de ces procédés et occasionne la production du registre de poitrine.
Le muscle crico-lbyroïdien est au contraire un auxiliaire puissant pour l’élévation de la voix. Ce muscle, qui fait à la fois des- j cendre le thyroïde vers le cricoïde et le porte un peu en avant, détermine une tension mécanique non-seulement du tendon vocal, mais encore de la membrane entière. Le rapprochement des ' ! cartilages, dont on peut se rendre compte par le toucher, devient surtout prononcé lorsque la glotte interligainenteuse produit seule les sons; ce qui a lieu, comme nous l’avons vu, à partir des notes '^3°#’ pour le registre de poitrine et une octave au-dessj^is
pour celui de tête
; avec cette différence
pourtant que ce dernier détermine un rapprochement plus vif et plus complet.
Voyons maintenant ce que les sensations éprouvées à l’organe peuvent nous apprendre. Lorsqu’on émet un son de poitrine, la moindre attention fait distinguer à la partie postérieure de la glotte un pincement qui est d’autant plus vigoureux que les notes produites sont plus élevées. Le pincement semble être formé par des surfaces étendues, et peut devenir très-pénible, tandis que les sons de fausset, fussent-ils plus élevés que ceux de poitrine,
font éprouver, par comparaison , un grand soulagement à la même place, et les surfaces de contact semblent s’être amincies.
Si nous rapprochons ces sensations des diverses remarques que nous a fournies en dernier lieu l’exarnen des muscles, nous pourrons déterminer le mécanisme particulier à chaque registre. En effet, après que les muscles aryténoïdiens ont réuni les cartilages aryténoïdes et fermé la glotte, la voix prendra deux caractères bien différents; je dis plus, elle s’établira dans des régions fort éloignées l’une de l’autre, et fera entendre le registre de poitrine, celui de fausset ou celui de tête, suivant que les fibres externes du muscle crico-aryténoidien latéral rempliront un rôle actif ou qu elles resteront à l’état passif. , Le muscle crico-aryténoïdien latéral, dont les fibres aboutissent d’un côté à la membrane vocale et de l’autre au cricoide, remplit deux fonctions distinctes : par la première, comme nous l’avons vu, il soulève et amincit la membrane vocale ; par la seconde, il imprime au cartilage un mouvement de rotation qui amène les apophyses à 'un contact profond.
Or, ce contact profond des apophyses, qui persiste lors même qu’elles ne sont plus engagées dans les pulsations et que celles-ci s’accomplissent exclusivement par les tendons, donne aux membranes vocales une tension profonde qui en élargit la surface de contact, et, comme conséquence nécessaire, augmente la résistance qu’elles opposent à l’air. C’est à l’étendue de cette résistance que nous attribuons l’ampleur et la puissance que possède en particulier le registre de poitrine, comme aussi la profondeur du diapason qui le caractérise. L’effet de cette résistance est tel que les battements de la glotte cessent de se produire, même dans les voix de ténor les plus élevées, au moins une octave au-dessous des notes de tête des soprani ordinaires.
Lorsqu’au contraire les fibres externes du muscle crico-aryténoïdien latéral demeurent à l’état passif, on obtient le registre de fausset. Les lèvres de la glotte, que tendent les fibres horizontales, s’entre-choquent par des bords formés à la fois des ligaments et des apophyses, et offrent peu de résistance à l’air. De là
provient la grande perte de cet agent et la mollesse ordinaire des sons qu’elles font entendre.
Mais aussitôt que l’on arrive aux sons les battements
s’exécutent exclusivement par les ligaments, et l’on passe au registre de tête. Il est certain, comme on peut l’en inférer du mouvement des lèvres de la glotte, qu’alors la membrane vocale est soulevée et amincie, et par conséquent que les fibres internes qui s’y rattachent, se contractent; mais nous croyons que les fibres externes, qui pourraient faire obstacle à ce mouvement, restent dans l’inaction. Alors, aussi, a lieu la tension très- prononcée qu’opère sur les ligaments vocaux le muscle crico-thyroïdien, et qui ajoute un surcroît de rapidité à leurs mouvements.
Ainsi donc, sous l’empire du registre de poitrine, les ligaments vocaux sont tendus et entrent en contact dans toute la profondeur de l’apophyse antérieure de l’aryténoïde ' ; tandis que sous l’influence du registre de fausset, ce sont les bords seuls de ces ligaments qui se tendent et se touchent^.
PRESSION DE l’air.
Jusqu’ici, dans nos considérations sur la manière dont se forme la voix, nous n’avons tenu compte que de la rigidité de la glotte, rigidité nécessaire pour pouvoir accomplir les 1056 vibrations qui en une seconde forment le de poitrine^; et celles en quantité
1. Il est probable qu’à l’époque de la mue, le muscle crico-aryténoïdien latéral et l’apophyse antérieure du cartilage aryténoïdien prennent un grand développement chez l’homme, taudis que chez la femme ce sont les ligaments vocaux. Nos observations trop peu nombreuses ne nous permettent d’énoncer cette pensée que comme une hypothèse.
2. J. Millier, Manuel de Physiologie , 2® édition, t. II, p. 181, dit que «la différence essentielle des deux registres consiste en ce que les hords des cordes vocales vibrent seuls dans les sons de fausset, tandis que, dans ceux de poitrine, les cordes vocales exécutent des vibrations vives, à grandes excursions. » — Si l’on admettait la théorie des vibrations, ce serait, d’après nos observations, tout le contraire qu’il faudrait dire; mais le savant professeur, qui la croit seule vraie, considère les sons vocaux comme émanant des vibrations que les ligaments communiquent à l’air, et repousse l’opinion qui les fait naître des interruptions que l’air éprouve à la sortie de la glotte.