VII. — DE l'exégèse dans LES SERMONS
de tiédeur et de paresse spirituelle, maintiennent les esprits dans une ignorance de la révélation dont on ne fait que trop fréquemment rexpérience. Il est donc indispensable que Texplication assidue de rÉcriture sainte soit donnée du haut de la chaire, et plus la prédication est régulière, Tœuvre du même pasteur et l'aliment du même auditoire, plus il convient que cette étude obtienne uqc grande part dans les sermons. Mais diverses restrictions doivent être observées, et la plus grave porte sur Texégèse philologique. Les discussions linguistiques, celles qui roulent sur la grammaire, la syntaxe, la ponctuation, les erreurs ou les surcharges de copie dans les manuscrits, doivent être à peine indiquées ^
Au sortir de l'atmosphère de l'école, l'esprit encore rempli du cours de critique sacrée, suivi avec une patiente persévérance dont on veut se payer, il arrive parfois qu'on se laisse aller à montrer sa science et à étonner l'auditoire de la profondeur des- connaissances rapportées des bancs. Mais un auditoire de simples fidèles s'intéresse très-peu à
* AiDsi le sens de Romaios n, 5, dépend de la ponctuaUon, et celui de 1 Timotbée m, i6, du changement d*une ou deux lettres ou même d'un tréma dont un grec aurait été surchargé ; éTidemment, il serait illusoire d'introduire de pareils détails dans un sermon.
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des doutes d'authenticité, à des rapprochements de variantes, à des discussions de philologie. L'exégèse qui convient en chaire est celle qui constate à grands traits le sens réel ; celle qu'on peut nommer l'exégèse morale, les questions de vraisemblance, les marques de naïveté, de sincérité, de simplicité qui abondent dans l'Écriture ; celle qui consiste en des paraphrases oratoires de ces deux profondes pensées de Rousseau sur les Évangiles : a Ce n'est pas » ainsi que Ton invente ; l'inventeur serait plus » étonnant que le héros. »
Nos ancêtres, il est vrai, ne l'entendaient pas ainsi; OD ne leur donnait jamais troprde détails d'interprétation ; la chaire protestante affectait de se différencier ainsi de la chaire catholique ; tous les anciens sermonaires, et Saurin lui-même, en offrent de curieux exemples. Ce genre de discussions a été porté à un abus dont nous avpns peine à nous faire une idée, et s'est maintenu jusqu'à une époque plus récente qu'on ne pense.
Je n'ai point connu d'amateur de sermons plus déterminé que le célèbre professeur Tan Swinden, qui fut quelq'ue temps un des directeurs de la république batave. Cet homme excellent, l'un des premiers savants de notre époque, k qui Ton doit les premiers travaux décisifs concernant l'identité de l'électricité
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et du magnétisme , le rapporteur de l'Institut de France sur le système métrique, possédait dans sa bibliothèque de 22,000 volumes une immense collection de sermons ; il aimait beaucoup à en lire, et me disait : « Quand je lis un sermon, je crois qu'on me parle. » Dans les conseils que ce vénérable ami m'a souvent donnés, j'ai trouvé de grands secours, et son affection pour moi a été un des bienfaits reçus dans ma vie. Je me souviens de lui avoir entendu raconter qu'assistant à un service du soir qui avait commencé à quatre heures, l'horloge en sonnait six, au moment où le prédicateur prononçait cette phrase : je passe, Mes Frères, à la 65* explication des Semaines de Daniel... Il fallait encore à cette époque aller jusque-là pour qu'il y eut abus d'exégèse.
Et cependant ce sujet à la rigueur pourrait être traité historiquement ; il tient par un côté à l'exégèse historique ; et celle-là, quand la matière en est choisie avec discernement, peut amener des prédications pleines d'intérêt, instructives pour l'auditoire et fécondes en leçons salutaires de piété et de foi. Il est permis de croire que Saurin s'est trompé quand il a porté en chaire une discussion relative à la famille de Jésus-Christ, quelque ingénieuse que soit la division du discours (Tome VI. page 227). Mais les livres saints abondent en traits, en précep*