‹ Observations pratiques sur la prédicationChapitre 21 sur 90 · VIL — DE L^EXÉGÈSE DANS LES SERMONS · texte numérisé non relu

VIL — DE L^EXÉGÈSE DANS LES SERMONS

tes, en entretiens, en parallèles, en paraboles, qui ouvrent un large champ à la critique, soit morale, soit historique, et qui conviennent aux exigences de Fart oratoire. Ce sont souvent des récits ou des paroles qui présentent une sorte de proMème à résoudre et sur lesquels les opinions varient. Ainsi, pour ne prendre que deux exemples, l'un de 1* Ancien, l'autre du Nouveau Testament, on conçoit que la mortd'Huza (2 Sam. vi, 3, 1 ; Chron, xui, 7.), qui périt au moment oii il porte la main sur l'arche, et le message de Jean-Baptiste à Jésus : Es-^u celui qui devait venir? (Matth. xi, 3; Luc vn, 19) sont des sujets d'étude oii la science et l'éloquence peuvent se donner la main.

A peine est-il nécessaire d'ajouter que ce genre de critique est surtout à sa place dans une homélie.

Une autre restriction est tion moins facile à justifier. Évidemment, il y a un milieu entre l'exagéraration monstrueuse de critique sacrée dont les semaines de Daniel m'ont fourni un exemple, et l'absence de toute explication du texte mis en tête d'un sermon. S'il est des passages complètement détachés de ce qui les précède et les suit et d'une clarté si facile qu'ils sont compris aussitôt qu'énoncés, il en est un bien plus grand nombre qui ne peuvent se passer d'un commentaire.

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Souvent il arrive que ce commentaire offre des détails pleins d'intérêt soit pour Texorde, soit pour la transition entre l'exorde et le corps du discours, soit même pour les exhortations de la péroraison; il est difficile peutrêtre de prêcher sur un verset tiré de Tune ou de l'autre des deux Ëpitres de saint Paul aux Corinthiens sans que la critique historique du texte, l'étude des allusions aux ciconstances de l'Eglise de Corinthe, ne puisse heureusement enrichir le sermon. De même, on comprend mal qu'il soit possible de prêcher sur l'Épttre aux Galates, sans rappeler quelques souvenirs de la vie de saint Paul.

Les citations de l'Écriture sainte, du haut de la chaire, ont un faux air d'exégèse contre lequel il est sage de se tenir^n garde. Leur usage doit être soumis à des règles prudentes. On a généralement renoncé à ces interminables kyrielles de passages enchevêtrés sans critique et sans discernement les uns dans les autres, qui prouvaient ou non ce qu'il s'agissait de prouver, mettaient à la torture l'attention des fidèles , et demandaient à leur mémoire un effort impossible. C'était autrefois une mode ; on croyait témoiper ainsi de son respect pour la Parole de Dieu ; des parties entières de sermon se composaient de cette manière, ou plutôt se

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tiraient toutes prêtes des 828 pages in-S^ de la vaste collection de textes amassés par le ministre Chais, sous le titre de « Théologie de FÉcrilure Sainte^ ou la Science du salut, » et Ton oubliait qu*au lieu de faire venir une assemblée au temple pour lui débiter ces fragments tronqués de la Bible, il eût été infiniment plus utile que chacun restât chez soi s'occupant à la lire avec suite. Il faut plaindre les prédicateurs, s'il en est, qui s'obstinent dans ce vieux travers, que notre ancienne Discipline avait condamné (chap. !•% art. H); c'est la mort de toute éloquence, et l'on peut ajouter que rien n'est plus propre à répandre des idées fausses sur le sens des livres saints; plus on jette ainsi de passages confusément ensemble, moins on les explique, et l'indigeste recueil de Chais en est la preuve; il est impossible de rapprocher comme parallèles des extraits plus disparates.

Dans un sermon, les citations de textes doivent être isolées, rares, choisies avec soin, en rapport étroit avec l'idée qu'ils servent à élucider, introduites dans le tissu du style par un mot qui les fasse ressortir, et non assimilées à tout ce qui les précède et les suit, de telle sorte que l'auditeur ne sait pas si c'est un auteur sacré qui a la parole ou le prédicateur qui continue. Quelquefois, il est vrai, une '

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nuance dans le débit suffit pour faire distinguer par Tauditeur une citation de rÉcriture.

A plus forte raison les discours du Sauveur demandent à n'être allégués qu'en les lui rapportant, qu'en appuyant sur leur autorité divine, sur leur grandeur, leur force, leur beauté. Lui-même, quand il citait les livres sacrés de son peuple, ne se servaitil pas souvent de ces expressions de respect : U est écrite ou n'aveZ'Voiispas lu f ... Certes, nous devons faire pour le Christ ce qu'il faisait pour Moïse et les prophètes.

Les exemples, les récits de la Bible doivent être insérés dans un sermon d'après les mêmes règles. Il ne faut ni les prodiguer, ni s'y arrêter trop longtemps. Parlez- vous delà conscience qu'un avertisse* ment réveille, de l'incertitude de la vie qui chaque jour peut nous être redemandée : vous ferez plus d'impression» si vous faites tomber du haut de la chaire sur l'auditoire le mot de Nathan à David : Tu es cet homme-là! ou celui d'Ésaîe à Ézéchias : Dispose de ta maison ; car tu vas mourir ? Que si vous vous arrêtez à raconter longuement le meurtre d'Urie ou la maladie du roi^de Juda. Signalez-vous la puissance du Christ sur la mort : le simple commandement : Jeune fille^ lève-toi l ou Lazare, sors t la rappelleront bien mieux que le narré circonstan-

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cié des résurrections opérées à Capemaûm et à Béthanie. En général, on peut remarquer que des mots détachés, de vives et soudaines allusions, une image, une réminiscence qui jaillit tout à coup et ne suspend point le discours, font plus d'effet, réveillent mieux l'attention, se gravent mieux dans la mémoire et re* lèvent mieux l'autorité et la sainteté de la Bible que ces longs emprunts, ces longues citations qui refroidissent à l'envi le débit de l'orateur et la bonne ;\o* lonté de l'auditoire.

Et plus le fait tiré de l'histoire sainte est familier à tous, plus il importe que l'orateur détache le trait dont il a besoin sans reproduire le récit. Quelle utilité y aurait-il à raconter la mort d' Abel pour citer le mot qu'entendit Gain : Qu^as-tu fait de ton frère? et à retracer tout le tableau de la Passion pour rappeler une des sept paroles de la croix ?

En résumé, l'interprétation, l'usage de la Bible en chaire n'est pas seulement une question de science, mais de goût ; dans cette partie du travail delà composition d'un sermon, la science est nécessaire pour donner des explications justes et n'alléguer que des citations qui prouvent; mais^le goût seul peut les choisir, les borner et les revêtir de formes oratoires.

La Bible est si riche en tableaux pleins de poésie

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