DE L ESPRIT DANS LES SERMONS
L'esprit français aime à faire de Tesprit à tout propos, et trop souvent ce goût Ta suivi dans la chaire. Cependant, si Ton compare les sermonnaires des divers pays, on sera étonné que ce défaut ait régné dans les églises du nord de l'Europe autant peut-être que dans les nôtres ; notre langue est plus favorable à ce mauvais genre ; elle s'y prête mieux que les langues septentrionales, et la gravité des races germaniques et saxonnes semble ici en rivalité avec notre légèreté. Mais il est juste de remarquer que les grands prédicateurs de nos églises de France ne sont jamais tombés dans ce travers. Au xvi« siècle, quoiqu'ils aient payé tribut à la grossièreté du temps, ils n'ont marché que de loin sur les traces des prédicateurs dont Joly, dans son Histoire
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de la Prédication, donne des extraits tels que je n'ose les reproduire (p. 387 et suiv.); mais dès le XVII* siècle, la prédication protestante prend le ton grave et sérieux qui seul convient à la chaire et ne s'en laisse détourner ni par l'exemple des bizarres témérités des sermonnaires de la Ligue, ni plus tard, par les ingénieuses flatteries, les obséquieux accommodements de ceux du règne de Louis XIV. Évidemment la chaire est trop haute, trop solennelle, pour condescendre à des succès de si mince aloi et tolérer qu'on s'y montra ingénieusement frivole. Les nuances, sur cette matière, sont tellement difficiles à tracer, tellement fugitives et délicates, que l'on est contraint de se borner à signaler le péril plutôt qu'à le définir, d'autant plus que la simplicité du débit peut sauver jusqu'à un certain point ce que le style aurait de trop fin, de trop recherché. Mais on doit poser en principe qu'un sermon amusant sera toujours un mauvais sermon.
Les exemples abondent de ce qu'on peut appeler l'esprit en chaire ; on peut consulter les recueils constamment republiés sous le iiire4* Anecdotes ou Curiosités ecclésiastiques; on y trouvera de l'esprit de tout étage, pour ainsi dire, du plus quintessencié et du plus vulgaire. Il est très-permis. de croire que beaucoup de ces récits sont apocryphes ;