IX. — DE l'esprit dans LES SERMONS
mais véridiques ou non, ils n'offrent rien à imiter. C'est à peine cependant si les anciens sermonnaires ont été plus loin dans ces audaces et ces légèretés que les modernes, en les jugeant selon cette moyenne de convenance que chaque siècle adopte par un progrès insensible, par une sorte de convention tacite. Sterne en est un célèbre exemple ; on retrouve quelquefois dans ses sermons l'auteur du Voyage sentimental et même de Tristram Shandy ^
Tout ce qui vient d'être dit contre les recherches d'esprit peut se dire contre les excès d'originalité ; se montrer original, c'est, 'jusqu'à un certain point, se montrer spirituel ; mais on peut être certain que ces excentricités, qui sont rarement en harmonie avec les rigoureuses convenances de la chaire, ont un inconvénient autrement grave : elles supriment l'édification. En voici un exemple où l'étrangeté hardie de la facture du discours ne peut être surpassée :
P. J. Courtonne, célèbre pasteur d'Amsterdam dans la seconde moitié du dernier siècle, connu pour la liberté extrême de sa prédication, se trou-
* On peut voir notamment les deux sermons intitulés : Det^ eription de la Maison de joie et de la Maison de deuil (Ecc. yii, 2, 8), et Le Lévite et sa Concubine (Jug. xuc, 1, 2, 3), le S* et le 18* de la collection.
96 IX. — DE l'esprit dans les sermons.
vait à La Haye et parut à la cour du prince d'Orange ; il se vit entouré par les officiers du Stathouder qui le pressèrent de prêcher le dimanche suivant. Il résista à leurs instances, qui redoublèrent ; poursuivi par ces sollicitations peut-être trop vives, il consentit à se faire entendre, sous promesse que la maison du prince assisterait au service et sous condition que nul ne s'offenserait de sa liberté de parole. Des deux côtés on se montra fidèle à l'engagement; toute la noblesse de La Haye avait envahi le temple, et le prédicateur ne démentit point sa réputation d'excentrû^ité et de hardiesse. Il prit pour sujet la rencontre de Philippe l'évangéliste et de l'officier de la reine d'Ethiopie (Act. viii), et après un exorde historique, il annonça de cette manière la division du discours : « Je trouve dans ce récit quatre sujets d'étonnement qui vont croissant l'un sur l'autre; 1** un courtisan qui lit l'Écriture sainte, ce qui est déjà surprenant ; 2** un courtisan qui avoue son ignorance, ce qui est plus surprenant encore; 3"" un courtisan qui demande à son inférieur de l'instruire, ce qui doit causer un redoublement de surprise , et enfin , 4®, pour que cette surprise arrive au comble, un courtisan qui se convertit; reprenons... Cette division d'un sermon est pleine d'esprit, mais elle est remarquable