‹ Observations pratiques sur la prédicationChapitre 29 sur 90 · XI. — DE LA HARDIESSE DANS LA PRÉDICATION · texte numérisé non relu

XI. — DE LA HARDIESSE DANS LA PRÉDICATION

gée avec assez de force et par des appels assez positifs, par des tableaux assez vrais; on craint de blesser les riches» et de flatter, d'aigrir les mécontentements des pauvres ; on parle vaguement de l'amour du prochain, sans dire assez comment il faut l'aimer ; on dépeint avec émotion le bon Samaritain agenouillé près du voyageur meurtri et répandant le vin et l'huile sur ses plaies ; mais on ne suit que de loin le sacrificateur et le lévite qui passent leur chemin, et la censure se perd dans la distance. Je conviens que tout ici est question de nuance, de degré, de forme ; je conviens qu'il faut éviter de heurter les consciences; elles ne se laissent point brusquer, et des remontrances trop amères effarouchent au lieu d'émouvoir et de gagner. Hais en posant ces limites que nul n'a le droit de franchir, il reste vrai qu'en général la prédication de la charité ne montre pas tout le courage nécessaire.

Ces réflexions s'appliquent avec une égale justesse au choix des sujets. H y a bien peu de matières tenant à la religion qu'on ne puisse porter en chaire. On voit que je n'entends point parler ici des textes de l'Écriture ni des récits de ses divers livres historiques, quoique j'aie entendu soutenir par un pasteur qui a publié un volume de sermons, que la Bible ne contient pas uo mot, pas un trait sur lequel on

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De puisse composer et débiter un discours; or, comme il faudra pour le moins citer une fois le texte, j'avoue que cela me parait une monstruosité exégétique ; les langues et les mœurs de l'Orient sont à une telle distance des nôtres et permettaient une simplicité d'expressions et de peintures si naîte, que l'on ferait fuir du temple une assemblée moderne, en affectant cette irréligieuse liberté de parole, sous prétexte que la Bible l'autorise. Mais bien des sujets sont encore considérés comme inabordables dans la prédication que, selon ma persuasion trèsarrétée, on ferait chose salutaire et sainte d'y introduire. Il s'en trouve dans le dogme; il s'en trouve dans la morale, et s'il est plus commode de laisser tourner la prédication dans le vague de son cercle habituel, on ne peut nier qu'il serait souvent utile de l'en faire sortir.

J'éprouve ici quelque embarras à citer des exemples qui éclaircissent et confirment ces observations ; la raison en est simple : hardiesse et témérité sont des questions relatives ; un discours qui peut sembler imprudent devant tel auditoire sera facilement accepté par tel autre, et les orateurs de la chaire se font une mesure de courage, une liberté de parole, qui nécessairement varie, selon l'âge de celui qui parle. Il est donc impossible à l'un d'entre

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