‹ Observations pratiques sur la prédicationChapitre 4 sur 90 · II. — DU DANGER DE l' IMITATION · texte numérisé non relu

II. — DU DANGER DE l' IMITATION

débit, et vous ne verrez de votre personne qu'une mauvaise doublure. Pourquoi? pour la simple raison, dont Texpérience a été faite dès la première fois qu'un homme a parlé à des hommes rassemblés, que s'il y a au monde quelque chose de foncièrement personnel, c'est l'élocution, c'est l'éloquence. Buffon n'a dit que la moitié de la vérité ; le style, c'est l'homme; mais l'éloquence ou le style parlé, c'est peut-être plus encore l'homme, l'homme complet, l'homme selon sa puissance propre d'être, de concevoir et d'exprimer ; l'homme, en un mot, tel que Dieu l'a créé et tel ensuite qu'il s'est développé selon ses énergies natives ^ Si ces observations sont justes, il n'y a pas de modèles dans l'art de parler ; qui en cherche, qui en choisit, se fourvoie au point que les meilleurs originaux feront les plus tristes copies ; toute imitation d'éloquence doit aboutir à une sorte de singerie; la première condition à remplir par l'orateur est d'être soi, et s'il est médiocre ou mauvais, sa consolation, je devrais dire sa ressource, sera au moins d'être lui. L'originalité peut, jusqu'à un certain point, tenir lieu de talent.

^ « N'existe- t-il pas presque autant de genres d'éloquence » que d'orateurs ? »

Nonne fore ut, quot oratores, totidem pêne reperiantur gênera dicendi? (Cicéron, de Oral, m, 9.)

14 n. — DU DANGER DE l'iMITATION.

L'imitation entraîne â*ailleurs un danger spécial dont l'imitateur ne se doute même pas; en effet, qu'il s'agisse de reproduire le style ou le débit, elle porte moins sur les bons côtés des modèles que sur les mauvais, sur les côtés faibles ou exagérés ; ceuxci ressortent davantage, attirent l'attention, sont plus faciles à contrefaire ; on y est entraîné par cette facilité même; il arrive souvent que les qualit^és d'un orateur éminent s'expliquent par ses défauts et en dépendent jusqu'à un certain point; les unes et les autres sont liés, sont connexes en lui ; mais se séparent dans l'imitation , et il en résulte que les copistes se bornent souvent à s'inculquer soigneusement des vices de', débit qu'ils n'auraient pas contractés en gardant l'indépendance de leur élocution. Quiutilien a dit avec autant d'esprit que de justesse : « Ne suffirait-il pas de par- » 1er toujours comme Cicéron? Oui, certes, je » m'en contenterais, si je pouvais y atteindre en » tout *. »

J'ai entendu parler d'un jeune ministre qui a mis en pratique aussi largement que possible la méthode combattue ici. Vers la fin de ses études, il

< Quid ergo? Non est satis omnia sic dicere, quomodo M. TuUius dixit? Mibi quidem satis esset, si omnia consequi ^k>sseni. (De Itn^t. Qrai., t^, ?,}

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