II. — BU DANGER BE l' IMITATION
eut oecasion d'entendre, à diverses reprises, un prédicateur dont il se déclara l'imitateur systématique. Gestes, pose, mouvements de tète, inflexions ' de voix, il s'efforçait de tout contrefaire, et ainsi de se rendre étringer son art oratoire ; il parlait devant un miroir de dimension suffisante ; là , il travaillait asndûment à ne point se ressembler, et le moment vint où û erut avoir imaginé un moyen infaillible de soceès ims cette patiente persévé*rance de calque et de pastiche. Le prédicateur imité imprima quelques sermons; l'imitateur les apprit par cœur, et les répétant à satiété, il se flattait que ridentité du diseoiurs amènerait en fin de compte l'identité de prédication... Les résultats n'ont que trop prouvé la justesse du principe que je défends : n'imitez personne et conservez à tout prix, même au prix de déboires et d'échecs pénibles lors de vos débuts, cet avantage que rien ne compense, l'individualité de votre éloquence *.
* Le célèbre évéqae de Belley, Camus, quoiqu'il ait écrit une quinzaine de volâmes qui regardent le ministère de la prédication, « voulut imiter la manière lente de prêcher de François » de Sales, son intime ami ; il gftta tout, et, par l'avis du saint, » il reprit la rapidité qui lui était naturelle. » (Maximes sur le 9 ministère de la chaire, par Gaichiès, ^e l'Oratpire, p. 33.) Voir aussi YHûtoire de la Prédicaiiony de Jqly^ p. 429.
La folie de l'imitation peut descendre aux plus ridicules détail»; Ostcrvald parkç(e ^ ces Proposants qui affectaient prps?
16 II. — DU DANGER DE l' IMITATION.
La nature, dans le jeu de nos traits et le son de notre voix, semble nous donner cette indication en ne formant jamais deux physionomies humaines dontTexpression soit pareille, deux voix humaines dont le timbre n'ait point de différence.
Ce n'est pas sans un retour vers les premiers jours de ma carrière que j'ai écrit quelques mots de ces dernières lipes. Je me rappelle dans quelle circonstance cette règle de parler avec nos facultés naturelles, heureuses ou non, plutôt qu'avec des facultés d'emprunt, s'est comme révélée à mon esprit. En 1813, une de mes premières' prédications fut donnée devant un sévère aréopage de vieux experts dans l'art, et sans me douter de ma hardiesse, je lançai du haut de la chaire un vrai poëme en prose, rebondi de descriptions et d'apostrophes, récité avec une imperturbable mémoire et une fougue d'accentuation et de gesticulation très-absurde, mais
» que tous de parler du nez, parce que M. Amyrault, qu'ils » prenaient pour leur modèle, avait ce défaut. » {De l'Exercice du Ministère sacré, p. 94.)
« On se gâte d'ordinaire en voulant trop copier les autres; on » étouffe ce qu'on a de génie pour prendre celui qu'on n'a pas; » de là naissent toutes ces difformités qui sont si ordinaires à i> ceux qui quittent leur naturel pour prendre celui d'un autre; » c'est ce qui folt tant de mauvais prédicateurs par les fknsses » manières qu'ils prennent. » (Le P. Rapin; Traité sur Vélo- » q^ence de la chaire, viu* réflexion.)