XXVI. — RESPONSABILITÉ
pages d'un manuel, et celui qui ne sait pas les chercher où elles se trouvent, se ferait une étrange illusion en s'imaginant qu'un livre spécial lui révélerait le secret de les trouver.
J'ai suivi rexemple du pieux et sage Ostervald, qui, dans la première partie de son ouvrage sur Texercice du ministère sacré qui traite de la prédication, consacre six pages à indiquer les dispositions morales et religieuses indispensables au prédicateur de TÉvangile, et le reste du volume à Fart oratoire.
Cependant, parmi ces dispositions, il en est deux qui sont tellement essentielles à Téloquence de la chaire, qui contribuent si puissamment à la féconder et à la soutenir, qu*on me peAnettra de les indiquer en finissant^
La première est la sincérité, non eette sincérité vulgaire qui évite de mentir et de tromper et ne fait pas de Féloquence une hypocrisie ; mais cette sincérité plus élevée, appuyée sur le principe qu'il faut croire soi-même pour faire croire les autres. Un chrétien seul persuadera des chrétiens, et la sincérité de la prédication, comme toute autre, a un accent qui la fait reconnaître. Notre chaire n'est la chaire de vérité, que si elle est telle pour celui qui l'occupe. « Vous serez toujours un orateur très- » imparfait, » a dit Fénelon, « si vous n'êtes péné-
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» tré des sentiments que vous voulez peindre et » inspirer aux autres, et ce n'est pas par spiritualité » que je dis ceci ; je ne parle qu'en orateur ^ » Que Fénelon a raison!... On disait d'un orateur politique : Il a de l'éloquence, mais elle sonne faux. Le Père Lamy, dans son Art de parler, a naïvement intitulé un de ses chapitres : « Les qualités que l'on » a montré être nécessaires à un orateur ne doivent » pas être feintes ^. » U est certain que dans une série régulière et continue de prédications la fausseté du fond, l'embarras de prêcher ce qu'on ne croit pas, finira promptement par se refléter et se trahir dans la fausseté involontaire du débit, dans les tournures évasives du style, dans le vague des raisonnements et des exhortations. « Avant tout, » a dit Limborch, « il est indispensable que nous soyons pénétrés des » sentiments que nous voulons exciter chez nos audi- » teurs, de peur que nos paroles ne soient écoutées » comme partant du bord des lèvres et non du fond » du cœur'. » Comment, en eflet, rester maître de
* Dialoguet sur t^Éloquence, ii.
3 L'Art de f>arler avec un discours dans lequel on donne une idée de VArt d& persuader, t vol. in-lS, d'abord anonyme, publié ensuite avec son nom. Chap. 2. § 3.^ p. 264.
s Ces lignes sont extraites d'un très-court sommaire d'homélitique du célèbre théologien Ph. de Limborch, longtemps conservé inédit dans la bibliothèque de TËglise remonstrante de