‹ Observations relatives au mémoire de M. Cope intitulé: Relation des horizons renfermant des débris d'animaux vertébrés fossiles en Europe et en AmeriqueChapitre 1 sur 4 · LÉO · texte numérisé non relu

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HORIZONS RENFERMANT DES DÉBRIS D'ANIMAUX VERTÉBRÉS FOSSILES EN EUROPE ET EN AMÉRIQUE

Par M. H. FILHOL.

Le travail que M. Cope a consacré, 1l y a quelques années à l'étude des relations des horizons renfermant des débris d'animaux vertébrés fossiles en Europe et en Amérique, ofire un grand intérêt (1). Il contient des observations nombreuses sur les rapports existant entre les différentes couches de terrains de l'Amérique du Nord et de l'Europe. Il renferme en même temps un parallèle important relatif aux faunes de Vertébrés ayant vécu sur ces grandes terres durant les temps géologiques.

M. Cope, pour arriver à découvrir des rapports entre les divers horizons géologiques américains et européens, a raisonné suivant la théorie de la descendan£e et il a admis que les types d’un âge « ont tiré leurs caractères de types généralisés des âges précédents et qu’il n’existe aucune descendance de la part des types les plus spécialisés. Il résulte de ce fait que les genres, les familles et les ordres dont l'extinction a été un trait caractéristique durant chaque âge géologique, ont correspondu à des types spécialisés durant ces époques. » M. Cope a dès lors été obligé d'admettre « que les modifica-

tions de structure, qui introduisent un changement important

(1) Bibliothèque des hautes études, section des sciences naturelles, t. XIX, H. ÉTUDES. — SC. NAT. XXVIT, 1. — ART. N° 1.

2 H. FILHOL.

dans le type animal, exeluent la possibilité d'une détermination exacte du temps où la transformation s’est faite. Même là, où un tel point pourrait être fixé arbitrairement, 1l faudrait, dit-il, que le type füt alors représenté moins caractérisé qu’il ne l’est à l’autre limite de son existence, c’est-à-dire à l’époque de sa disparition. » En se plaçant à ce point de vue, M. Cope a établi une série de tableaux contenant un parallèle entre les faunes européennes et américaines à des époques géologiques déterminées. De plus, des comparaisons détaillées l’ont conduit en ce qui concerne les Mammifères, à signaler des relations génériques entre les faunes éteintes du nouveau et de l’ancien continent. C’est dans cette partie de son travail qu'il a émis l'opinion que le genre Adapis était commun aux deux continents ; que le genre Stypolophus du Bridger éta t le même que le genre Cynohyænodon, qui, d'autre part, serait très similaire, sinon identique, au genre Proviverra. Le genre Hyrachius aurait été rencontré en France et en Amérique, ainsi que le genre Tapyrulus; le genre américain Leptomeryx correspondraitaux Mammifères décrits en France sous le nom de Prodremotherium. En dernier lieu, M. Cope assimile deux autres genres, l’un européen, l’autre américain, les genres Anaptomorphus et Necrolemur.

Ces assimilations génériques ont, au point de vue de la dispersion des formes animales à la surface de la terre à de mêmes époques géologiques et au point de vue des modifications subies dans des conditions biologiques différentes, une importance capitale. Elles m'ont paru devoir être précisées et discutées plus que l’a fait le savant paléontologiste américain qui s’est borné à les énoncer sans indiquer les raisons sur lesquelles ilse basait pour les admettre. C’est afin d'arriver à être nettement fixé sur l'identité des genres européens et américains, dont je viens de rappeler les noms, que j'ai entrepris ce travail. Je comptais le publier il y a déjà deux ans, mais quelques difficultés s’étant présentées par suite du mauvais état des échantillons découverts, j'ai préféré attendre d’avoir réuni de meilleures pièces avant de formuler une opinion. Aujourd’hui

que j'ai entre les mains des matériaux suffisants pour parler avec beaucoup de certitude sur cette question, en ne laissant aucune part aux probabilités, je vais faire connaître le résultat de mes observations relativement aux identités génériques signalées par M. Cope.

G. ANAPTOMORPHUS (Cope). — G. NECROLEMUR (Fülhol).

La synonymie du genre Anaptomorphus serait la suivante, d’après M. Cope : Anaptomorphus (Cope, 1872); Antiacodon (Marsh, 1872); Washakius (Leidy, 1873) ; Necrolemur (Fihol, 1873).

L'identification des genres Necrolemur et Anaptomorphus m'a beaucoup surpris lorsque je l’ai vu proposer par M. Cope. En effet, nous sommes restés jusqu’à ce jour presque absolument ignorants de la formule dentaire du Necrolemur, et, en outre, nous n'avions Jamais pu observer la forme de la couronne d’une de ses dents. Il me paraissait bien délicat, dans des circonstances semblables, de signaler des identifications géné- : riques. Lorsque j'ai fait connaître cette forme animale, J'ai pu, d’après la structure de la tête, affirmer que j'avais découvert un Lémurien; la forme de son crâne et celle de son maxillaire, la forme de quelques dents vues seulement par leur côté externe (car on ne pouvait songer à les dégager), faisaient prévoir des affinités avec les Galaga. Mais je n'ai pas osé, en présence d’un échantillon aussi incomplet, établir un parallèle avec des formes peut-être similaires, également très incomplètement connues. Je partais de ce principe, que dans de semblables questions il ne faut affirmer un fait que lorsque l’on possède en main des éléments de discussion d’une valeur incontestable. Aujourdhui je crois possèder ces éléments et il me paraît possible de déclarer que les genres Anaptomorphus et Necrolemur doivent être absolument différents l’un de l'autre. J'ai obtenu des gisements de phosphorite du Quercy, trois maxillaires inférieurs de Necrolemur antiqus et deux maxillaires inférieurs de Necrolemur Edwardsii. L'un de ces

lu H. FILHOL.

derniers portant sa série dentaire complète est dans un état parfait de préservation. Je l’ai fait reproduire sur une des planches accompagnant ce travail (1), afin de permettre de suivre facilement la discussion qui va suivre.

Le genre Anaptomorphus a été établi par M. Cope, d’après une pièce fort incomplète, consistant en une branche droite de la mandibule dont la partie postérieure se trouvait être brisée. La formule était à la mâchoire inférieure : inc. 2; — can. 1 ; — prém.2;— mol. 3. La branche de la mâchoire quoique petite était épaisse. Le trou mentonnier correspondait à la première prémolaire. Les dents étaient en série continue. La symphyse massive w’était pas ossifiée. La dernière molaire, allongée suivant son diamètre antéro-postérieur, était composée de trois lobes. La composition des deux premières molaires consistait en deux paires de lobes opposés très épais et réunis transversalement par un petit pli en arrière, tandis qu’en avant leur contact était parfait. La deuxième prémolaire, qui était la mieux préservée, avait deux racines. En décrivant ce genre, M. Cope faisait remarquer qu'il était plus typiquement quadrumane que le Nofharctus longicaudus et qu’on devait rapporter l’animal auquel avait appartenu la mâchoire trouvée dans les dépôts de Bridger aux Lémuridés, dont il s’éloignait par sa symphyse non ossifiée. Il devait constituer un groupe distinct des Tomitherium et être rapproché de certains types décrits récemment et qui ont été rencontrés à Madagascar et dans l'Afrique méridionale.

En 1873, dans le Geological survey of territories, M. Cope a complété ces premières observations. « Le genre Anaptomorphus, dit ce savant paléontologiste, est représenté par la branche gauche du maxillaire inférieur d’un seul individu. La portion postérieure manque complètement et les dents restant en bon état de préservation sont : p. mol. 2 et mol. 1 et 2. La branche du maxillaire, quoique petite, est forte et plus élevée au niveau de la symphyse qu’au niveau de la dernière molaire.

(4) Voy. pl. 2 du mémoire, fig. 4, 5, ARTICLE N° 1.

MAMMIFÈRES FOSSILES D'EUROPE ET D'AMÉRIQUE. D Ce qui se montre du foramen dentaire correspond à peu près à la couronne des molaires. L'ouverture du trou mentonnier s’observe au-dessous de la première prémolaire.

» La formule dentaire inférieure était : inc. 2, can. 1, prém. 3, mol. 3. Total : 18 dents. Ce genre diffère des singes sous différents rapports. [l n'existe pas d'interruption dans la série dentaire près de la canine, et la symphyse quoique massive n’est pas coossifiée. D’autres détails différentiels portent sur la dernière molaire qui est trilobée et allongée en arrière. La composition des couronnes des molaires précédentes consiste dans quatre lobes opposés, qui sont très épais, réunis transversalement par une crête mince et en contact absolu en avant. La prémolaire est la mieux préservée ; la seconde est également parfaite, a deux racines dont l’antérieure supporte entièrement la couronne qui présente une crète courbe tranchante en avant et en haut. »

En parlant de la seule espèce d’Anaptomorphus qu'il a découverte dans les couches du Bridger de la vallée supérieure de Green River, M. Cope nous apprend qu’elle était de la taille d’un Écureuil rouge. émail des dents était entièrement lisse. Ses dimensions étaient les suivantes :

Longueur de la série dentaire................... 0,0148 Longueur de la dernière molaire................. 0,0030 Longueur de l’antépénultième.......... Pa EAU LA 0,0025 Largeur de l’antipénultième..............,...,:. 0,0070 Longueur des trois molaires préservées.......... 0,0070

La formule dentaire inférieure des Necrolemur est la même que celle de lAnaptomorphus ; mais la forme, les rapports de grandeur relatifs des dents, sont absolument différents de ceux du genre américain, et lui donnent un aspect tout à fait spécial que l’on n’observe sur aucune espèce de Lémurien vivant.

La première incisive est la plus forte, la plus développée de toutes les dents. L’axe antéro-postérieur de la couronne est dirigé suivant l’axe antéro-postérieur du maxillaire, de telle façon qu’on doit considérer à cet organite une face externe et

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