INFLUENCE DE L'ALIMENTATION
Les travaux relatifs à l'influence de l'alimentation sur la composition du lait sont extrêmement nombreux, beaucoup sont entachés d'erreurs ; les expérimentateurs ne se sont pas mis à l'abri des influences diverses qui pouvaient contrarier les résultats ; néanmoins, certains de ces travaux peuvent fournir des résultats intéressants.
D'après Barreswill et Girard (3), les vaches nourries dans les pâturages donnent de meilleur lait que celles nourries à l’étable, à condition toutefois que ces pâturages ne soient pas trop éloignés des fermes, car alors le lait se perd en route ; que les carottes, les betteraves, les tiges de maïs vert, etc... donnent un lait sucré qui se conserve mal ; que certaines plantes, comme l’absinthe, rendent le lait amer ; que les tourteaux de lin et de colza donnent au lait une saveur désagréable ; que la drèche lui donne la propriété de se coaguler rapidement.
Player (4) admet qu'un fourrage peu azoté pris à l’étable, fournit un lait abondant et riche en beurre, tandis que le paturage et le mouvement sont plus favorables à la production de caséine.
1) Premier Congrès d'industrie laitière, page 20. 2) Journal Industrie laitière, 1909, page 39. 3) BarreswiLz et Girarn, Dictionnaire de chimie industrielle, page 308
( ( ( (4) J. Roux, loco cit.
NE a
D’après Boussingault (1), le sel ne possède pas d’autre rôle que d’assoiffer la vache et n’excite pas la sécrétion quand on règle la quantité qu’elle doit boire.
Gautrelet (2) signale une diminution de l'extrait sec sous l'influence de l'addition brusque d’une grande quantité d’eau dans l’organisme.
Dancel (3) a étudié autrefois l'influence des aliments hydratés. D’après Cornevin (/oco cit.) l’eau donnée chaude augmente la production laitière d’une vache.
Waldmann (4) a vérifié par l'analyse le fait connu des laitiers que la substitution des RIRRERES verts aux fourrages secs augmente la sécrétion.
Malpeaux et Dorez (5) ontdressé une liste des fourrages suivant leur influence sur la sécrétion beurrière. L’avoine et la vesce en vert augmentent cette sécrétion.
D’après Rémy (6), l’eau joue un grand rôle sur la production du lait ; un animal nourri dans une prairie baignée par un cours d’eau où il pourra boire à sa volonté, produira plus de lait que celui nourri dans un herbage où il n'existe qu’une mare dont l’eau boueuse fait quelquefois défaut.
Pagès (7) cite nombre de faits observés dans la pratique ou relevés dans des expérienees de laboratoire qui prouvent l'influence de l’alimentation sur la composition du lait et particulièrement sur sa teneur en matières grasses.
Touchard et Bonnétat (8) ont étudié l'influence du changement de nourriture sur la composition du lait. Les vaches qui, au commencement de l’expérience, étaient
{) Agron. chim. agric. el physiol., t. V, 1871, page 386.
2) GauTRELET, loco cit. ;
) C. R. (t. LXI, 1865, page 243 et LXIIT, 1866, page 475). 4) Soc. nat. d’agric., 1890, page 441.
5) Annales agronomiques, 1901, page 4#9.
6) Premier Congrès d'industrie laitière, page 13.
7) Pacs, loco cit., page 54 et suivantes.
) Journ. Industrie laitière, 1905, page 27.
soumises au régime de la stabulation permanente furent envoyées au pâturage. La matière grasse subit alors des variations très importantes: l’une des vaches donna à l’étable le dimanche soir, dernier jour de la stabulation, 59 grammes de beurre par litre et seulement 25 le lendemain soir après avoir passé la journée au pâturage, soit une variation de quarante pour cent (40 0/0).
D’après le D’ Orla Jenssen (1), la quantité de lait augmente les premiers temps, chez les vaches nourries au fourrage sec, lorsqu'on passe au fourrage vert et diminue ensuite peu à peu, la teneur en lactose est très constante, la caséine augmente de 1 0/0.
Malpeaux (2). après avoir alimenté 4 vaches, d’une part avec des feuilles de betterave, d'autre part avec des racines et des tourteaux, en conclut qu’une nourriture très aqueuse, pauvre en matières azotées, augmente la sécrétion du lait, mais agit défavorablement sur la production du beurre.
Les belles recherches de Weiske (3) fournissent la preuve de l'effet avantageux que produisent les fourrages verts sur la sécrétion lactée.
Marcas et Huyge (4) concluent de leurs essais que l’alimentation des bêtes laitières ne peut exercer qu’une :influence insignifiante sur la composition du lait.
Beaucoup d'expériences ont été faites ces dernières années en vue de déterminer l'influence de l’alimentation sur la richesse en matière grasse du lait de vache, la conclusion générale a été que cette richesse ne dépendait pas essentiellement du mode d'alimentation.
Des expériences ont été poursuivies pendant 4 ans à la
(1) Bull. mensuel de l'office des renseignements agricoles, 1906, page 312.
(2) Compte rendu du 6° Congrès de la Société de l'alimentation rationnelle du bétail, Paris, 1902
(3) WEIsKE, Beiträge zur Frage über grün-und Trockenfütterung, Gotlingens’, 1871.
(4) Journal Indus. laitière, 1912, page 6.
station expérimentale de l’Université Cornell à Ithaca Etat de New-York) (1). Dix vaches d’un troupeau reçurent alternativement une nourriture abondante à l’Université et une nourriture ordinaire à la ferme. Il en est résulté que toutes les vaches sans exception ont donné un lait plus riche en matière grasse de 1 0/0 pendant tout le laps de temps afférent au régime d’alimentation abondante.
La première idée qui vient à l’esprit quand on songe à l'alimentation de la vache laitière, c’est que l’on a tout à gagner d’une suralimentation en matière grasse et en hydrates de carbone. Les chimistes et les éleveurs ont fait de fréquentes recherches dans ce sens.
Boussingault (2), seul ouen collaboration avec Lebel (3), concluait en conseillant l'emploi des tourteaux pour augmenter le rendement en beurre.
Malpeaux et Dorez (4) ont étudié l'influence des tourteaux, ils ont constaté que non seulement l'excès de cet aliment n’amenait aucun changement, mais encore diminuait quelquefois la production du beurre.
Malpeaux seul (5) et en collaboration avec Dickson (6), ‘a expérimenté les hydrates de carbone et n’a pas constaté une augmentation bien grandede la matière grasse du lait.
Brunet et Groussier (7), Wing (8) nient l’action des aliments gras sur la production du beurre. En revanche, des expériences faites à la station laitière d’'Hobenhaim (9) ont
(1) The journal of the Board of agriculture, décembre 1905.
(2) C.R,,t. XVI, 1843, page 345; Agron. chim. agric. el physiol., t. V, 1871, pages 144 et 391. ;
(3) G. R.,t. VII, 1838, page 1019.
(4) Annales agr., 1901, page 449; Ann. agr., XXVII, page 562.
(5) Ann. agron., t. XXII, page 281.
(6) Ann. agron., t. XXIV, page 354,
(7) Le fromage de Géromé, Paris, 1890.
(8) Annales agron., 1896, page 94.
(9) Rev. gén. du lait, 1901-1902, page 87.
conduit les opérateurs à admettre que les tourteaux de sésame et d’arachide augmentent la teneur du lait en matière grasse.
Les recherches de Gust. Kühn (1) ont montré que la farine de palme exerce une action favorable sur la sécrétion du lait et principalement sur la teneur de ce liquide en beurre.
Heinrich (2) partage la même opinion ainsi que le D’ Freitag (3).
D'après Soxhlet (4), la graisse des fourrages ne passe pas directement dans le lait.
Des expériences faites en Angleterre (5) établissent que des vaches nourries avec des tourteaux de coton produisent un lait dont le beurre donne la réaction de l'huile de coton.
E. Rigaux (6) estime que les excès de graisse dans les rations peuvent augmenter momentanément la richesse du lait en beurre, mais qu'après un laps de temps qui varie de quelques jours à quelques semaines, le lait reprend sa constitution normale.
Jordan, Jeutner et Euller (7) ont fait un travail remarquable sur le rôle des hydrates de carbone. Dans leurs expériences, la teneur du lait en beurre a augmenté, mais cette augmentation était en rapport avec la diminution de sécrétion.
Le D’ Etienne Weser (8), dans un rapport présenté au
(1) Journal F. Landw. Jahrg., 1857, s. 313.
(2) Protokolle der Sitzungen des Zentral; Auschlusses der Kônigl. land wirthschafts. Gesellschaft zu Celle 67 und 68 Heft, Hanover, 1895 und 1896.
(3) CxizmaxG, Zeilsch. d. landw. Vereins f. Rheimpr., 1871, s. 69 fle.
(4) Wochenblatt d. landw. verein i. Bayern. 1896, 40.
(5) Milchztqg, 12 nov. 1898.
(6) Emploi des lourteaux dans l'alimentation du bélail (Soc. des Agric. de France).
(7) Ann. agr., 1902, page 584.
(8) Jour. Ind, lait., p. 794.
ee Ale
4% Congrès international d'industrie laitière à Budapest, dit qu'on peut admettre qu'il y a des fourrages capables d'accroître, dans une faible mesure, la quantité de lait, mais qu'une influence sur sa composition semble bien improbable.
On ne change guère non plus par une suralimentation saline la dose des matières minérales contenues dans un lait (1).
De nombreux essais ont été faits autrefois dans des vacheries industrielles pour augmenter la teneur en phosphate du lait, en-fournissant aux vaches du phosphate de chaux. Duclaux (2)a montré que ces tentatives ne peuvent donner que des résultats négatifs.
Clément Schulte (3) a obtenu des résultats également négatifs en additionnant la ration de chaux, de fer, de chlore et d'acide phosphorique.
D'autre part, les essais de Vaudin (4) montrent que les cendres et les phosphates terreux ne sont pas modifiés par l'alimentation.
Orla Jenssen (5) fait remarquer que les aliments minéraux drainés par le lait sont en quantité minime par rapport à ceux que la nourriture apporte aux animaux.
Lami (6) a montré qu’une vache soumise au jeûne fournit un lait appauvri en matières grasses et en lactose, et enrichi au contraire en matières azotées.
Ce qui montre bien l'incertitude dans laquelle on se trouve encore, c'est que le vœu suivant a été voté au 5° Congrès de laiterie (7) :
« Le cinquième Congrès de laiterie constate qu'il résulte
(4) Linper, Le lait, Paris, Gauthier-Villars, page 100.
(2) Ann. Inst. Pasteur, 1893, page 2.
(3) Bull. Office renseignements agricoles, 1903, page 1253. (4) Jour. Ind. laitière, 1897, page 374.
(b) Pre agr. de la Suisse, 1905.
(6) , t. LXXXIX, 1879, page 261.
(7) FA laitière, 1911, p. 519,
Hp
des observations faites dans la pratique, d'une part, et des recherches scientifiques, sur lesquelles M. le conseiller Intime Kellner à fait des rapports particuliers, d'autre part, que certains aliments exercent une influence sur la quantité des matières grasses du lait chez la plupart des vaches bonnes laitières, mais que les questions suivantes ont encore besoin d’être examinées de plus près, savoir :
1° À partir de quand cette influence des divers aliments se fait-elle remarquer ?
2° Cette influence se maintient-elle et à quel degré ?
3° L’addition de certains aliments exerce-t-elle égale-, ment une influence sur la qualité des matières grasses ?
4° L'augmentation de matières grasses obtenue par l'addition de certains aliments à une ration base est-elle rémunératrice ? »