‹ Observations relatives aux Variations de la Matière Grasse dans le Lait de la Femme et de diverses Espèces AnimalesChapitre 28 sur 69 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Variations journalières

Pour suivre les variations journalières du lait de nourrice, j'ai analysé, pendant 25 jours, le lait de trois femmes.

OBSERVATION I

Marie G..., femme de 28 ans, femme de marin, se nourrit principalement de poisson, cheveux châtain foncé, dents mauvaises (toutes les molaires sont cariées). A eu deux enfants, tous les deux vivants, qu’elle à nourris elle-même, allaite son troisième enfant âgé de 6 semaines. L'enfant pèse le 9 juillet 3 k. 850; le 3 août 4 k. 590.

J'ai recueilli séparément le lait de chaque sein complètement vidé; le volume fourni par chacune des mamelles étant exactement mesuré et le dosage de chaque élément effectué séparément, j'ai, par le calcul, déterminé la teneur en matière grasse du mélange du lait des deux seins. Les prélèvements ont tous été faits à la même heure, 8 heures du matin : l'enfant tétait à 6 heures du matin. La tétée supprimée lui était remplacée par 90 gr. de lait fixé Autefage.

L’extrait sec dégraissé est remarquable par la fixité de sa composition. On ne constate que 2 gr. 46 d'écart entre

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le maximum, 85 gr. 85 et le minimum, 83 gr. 39. La lactose n'a varié que de 3 gr., la caséine s’est maintenue entre 14 et 15 gr. et les cendres sont restées invariables. Seule la matière grasse a montré des variations importantes, avec 10 gr. 60 d'écart entre le maximum, 38 gr. 64 (sein droit, 24 juillet) et le minimum, 28 gr. 05 (sein gauche, 15 juillet). Le 15 et le 16 juillet le sein gauche a donné 28 gr. 05 et 36 gr. 52 de matière grasse par litre, soit une variation de 23. 2°. La variation du lait du sein droit a été un peu moins sensible, cependant on constate une différence de 7 gr. 40 entre le lait total des mêmes jours.

OBSERVATION II

M. B..., 24 ans, rousse, bonne dentition, mariée à un garçon boucher, se nourrit principalement de viande. Allaite son premier enfant âgé de 5 mois, l’enfant au 27 janvier pèse 5 k. 210. Son lait étant insuffisant elle pratique l'allaitement mixte. Jusqu'au moment des expériences elle a donné du lait bouilli concurremment avec son propre lait. A dater du 27 janvier, elle remplace le lait de vache par le lait stérilisé Autefage.

Je recueille le lait de chaque sein par petites fractions et Je fais changer l'heure de la traite, ainsi que celle de la tétée précédente. Les résultats obtenus et que j'ai groupés dans un tableau, sont fort intéressants. Ils démontrent que le volume du lait tiré de chaque sein et l'intervalle qui sépare la traite de la tétée précédente n’ont qu’une influence insignifiante, sinon nulle, sur la composition du lait.

Nous voyons, en effet, le lait du 31 janvier, dont le volume atteint 118 cc. tenir 19 gr. 20 de beurre par litre et celui du lendemain, 1° février, tenir 18 gr. 42 pour un volume de 23 cc. Le 9 février, la même teneur de 19 gr. 38 se

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retrouve pour un volume de 22 cc. Seul le lait du 7 février, dont je n’ai pu obtenir que 6 cc. en tout, renferme 23 gr. 88 de beurre par litre. Et rien ne prouve que la faiblesse du volume a influé sur la composition, puisque le lendemain le lait contenait 22 gr. 33 de matière grasse et son volume était de 46 cc.

Je crois pouvoir tirer de ces faits la conclusion que le chimiste, chargé de procéder à l’analyse d’un lait de femme, devra, autant que possible, procéder lui-même à la prise d'échantillon, et, pour ce, faire vider complètement les deux seins quelle que soit l'heure de la tétée précédente, pourvu qu’elle date d’au moins une heure.

Le lait examiné dans cette observation présente les mêmes variations de la matière grasse en opposition avec la fixité des autres éléments. Le maximum de beurre rencontré dans le lait du sein gauche est de 25 gr. 43 et le minimum de 14 gr. 55. Le lait du sein droit présente un maximum de 22 gr. 25 et un minimum de 15 gr. 27. La plus forte teneur correspond à un volume de 40 centim. cubes et la plus faible à 44 centim. cubes.

OBsERVATION III

Augustine G..., 32 ans, femmie d'ouvrier, cheveux cha: tain foncé. A eu trois enfants, tous vivants ; allaite le quatrième, âgé de 2 mois. Le 18 février, l’enfant pèse 4 k. 340. Le lait, plus abondant, de cette nourrice me permet d’opérer un fractionnement de la traite, plus régulier. Je prélève d’abord exactement 10 cc. de chaque sein, puis 20 cc. environ et je vide la mamelle au 3"° prélèvement si ce n’est déja faitau second. Ce mode opératoire me permet de comparer les variations des 10 premiers centimètres cubes avec celles de la traite entière.

Afin de rendre plus visibles les variations de la matière

grasse, j'ai tracé les courbes représentées fig. IV, V et VI.

Dans la figure IV, j'ai représenté, en partant du bas, la courbe du beurre contenu dans le lait fourni par le sein droit, au-dessus, celle du sein gauche, puis celle du lait total, enfin la courbe du volume (Observation Î).

On voit d’abord qu'il n’y a aucune corrélation entre le volume du lait et la teneur en matière grasse. On remarque également que les courbes fournies par les deux seins ne sont pas parallèles.

La fig. V donne les mêmes courbes pour l’observation II. Il faut remarquer que la matière grasse varie à peine du 31 janvier au premier février, bien que le volume soit tombé de 118 cc. à 23 cc. Le 7 février se produit une légère augmentation de la matière grasse correspondant à une quantité extrêmement faible de lait fourni par les deux seins (6 cc). De même que pour l’observation I, les courbes fournies par les deux seins ne sont pas parallèles.

Dans la fig. VI, j'ai tracé, en bas, la courbe de la teneur moyenne en beurre des 10 premiers centimètres cubes prélevés sur chaque sein et au-dessus la courbe de la teneur en beurre de la totalité du lait. Cette figure montre nettement que ces deux courbes ne sont pas comparables. Le travail très important fourni par MM. Planchu et Rendu, puisqu'ils ont procédé à 3450 dosages de beurre, n’a donc pu donner que des résultats approximatifs, ces auteurs ayant comparé tous leurs laits d’après la teneur en beurre d’un échantillon de 10 cc. prélevé sur les deux seins au début de la traite.

On voit, par les résultats que j'ai exposés, combien il est illusoire de se fier à une seule analyse de lait, surtout si on n’a pas eu le soin de vider entièrement les 2 seins pour prélever un échantillon moyen.

Quelles sont les causes de ces variations quotidiennes de la matière grasse ? — Il m'a été impossible de les déterminer. Nous avons vu qu’elles étaient indépendantes

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du volume sécrété. Il me paraît difficile d’incriminer la nourriture, deux au moins des nourrices avaient une alimentation très régulière. Marie G...,en particulier, femme de marin, se nourrissait presque exclusivement de poisson. D'autre part, l’état pathologique de chacune d’elles s’est maintenu excellent pendant toute la durée des expé: riences.

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