DE LA
Par M. Paul FOURNIER,
Correspondant de l'Institut, Professeur à la Faculté de Droit de l'Université de Grenoble.
Depuis l'origine du mouvement d'érudition qui, au xvi e siècle, porta nombre d'esprits distingués vers l'histoire de la législation ecclésiastique, jusqu'à notre siècle, où ces études ont été reprises avec ardeur, on a souvent réclamé la publication de la collection canonique, encore inédite, qui fut l'œuvre de l'évêque 1 Anselme de
1 Sur la collection d'Anselme de Lucques, voir : Baluze, dans la préface à son édition des Dialogues d'Antoine Augustin de emendatione Gratiani, $ XIX ; Ballerini, de antiqais collectionibas et collectoribus canonum, Pars IV, cap. XIII; Monsacrati, Animadversiones in Decretum manuscriptum S. Anselmi episcopi Lucensis, publié à Rome en 1821, à la suite d'une lettre de S. Anselme de Lucques ad quemdam qui, monasterium ingressus, illud deserere volebat (le tout forme une plaquette de 4o pages) ; Savigny, Geschichte des Rômischen Rechts im Mittelalter, 2 e édition, II, pp. 295-298; A. Theiner, Disquisitiones criticœ in prœcipuas canonum et décréta-' liurn collectiones , pp. 363-382 et Palrologia Latina, GXLIX, col. 535 5Ô2.
L'index des chapitres composant les treize livres de la collection (dressé surtout, je pense, d'après les manuscrits i364 et 638i du Vatican) a été publié par le cardinal Mai, dans le tome VI de son Spicilegium Romanum et réimprimé dans le
Lucques, contemporain et auxiliaire de Grégoire VIL Antoine Augustin, Baluze, d'Achery, le cardinal Passionei, plus tard le cardinal Mai', Savigny et Augustin Theiner, pour ne parler que des plus célèbres parmi les morts, ont désiré cette publication, dont déjà les Correctores de Gratien avaient senti la nécessité. Cette œuvre n'a été entreprise que de nos jours, grâce à l'heureuse initiative de la Fondation Savigny ; elle a été confiée à M. Thaner, le savant canoniste de l'Université de Graz. Pendant qu'elle se poursuit, je ne crois pas inutile de résumer le résultat d'observations que j'ai été amené à faire, depuis dix ans, sur un certain nombre de manuscrits de la collection d'Anselme, rencontrés au cours de mes études sur l'histoire des formes du droit canonique. Je soumets au lecteur les conclusions de mes travaux, en lui faisant remarquer qu'elles pourront être modifiées ou complétées par le résultat des recherches de M. Thaner.
Voici les manuscrits delà collection d'Anselme de Lucques que j'ai étudiés plus ou moins complètement :
Vatic. i363, du commencement du xn e siècle 1 .
Vatic. i364, probablement de la fin du xi e siècle.
Vatic. 353 1, copie de l'a collection d'Anselme faite à la fin du xvi e siècle et donnée à la Bibliothèque Vaticane par le testament du cardinal Antoine Carafa, bibliothécaire du Saint-Siège, mort en 1691. Cette copie est incomplète ; elle s'arrête au c. 119 du livre VII 2 .
Vatic. ^983, copie exécutée dans la seconde moitié du xvr 9 siècle ; connue des Correctores 3 .
tome GXLIX de la Patrologia Lalina, c. 485-535. On trouve aussi dans le manuscrit 9579 du Vatican une note inédite de Mai sur les manuscrits d'Anselme.
Au point de vue du droit romain contenu dans la collection, voir Hûfler, Beitràge zur Geschichte der Quellen des Kirchenrechts (Munster, 1862), pp. 70-74 et io4-io8 ; Gonrat, Geschichte der Quellen und Literatur des Rômischen Rechts, I, pp. 364-366.
M. Friedberg, dans son introduction au Décret de Gratien, a étudié les rapports qui existent entre la collection d'Anselme et le Décret (col. L-LIII).
1 Voir, sur ce manuscrit, Sarti et Fattorini, de claris Archigjmnasii Bononiensis professoribas, 2 e édition, pp. 282-283, et Monsacrati, op. cit.
2 Sur ce manuscrit, cf. Pitra, Analecta novissima, I, p. i4i-
3 Ce manuscrit Vat. 4983 a, je crois, été connu d'Antoine Augustin, qui l'appelle Yexemplum Romanum. Tout ce qu'il en rapporte convient bien à notre manuscrit. Cf.
RECENSIONS DE LA. COLLECTION CANONIQUE D* ANSELME DE LtJCQUES. faty
Va tic. 638 1, du premier quart du xn e siècle 1 .
Vatic. Ottobon., 224, copie identique au Vatic 4o83, tirée en 1600 d'un exemplaire d'Antoine Augustin.
Vatic. Regin., 325. A la fin d'un manuscrit des Postilles de Nicolas de Lyre se trouve un fragment (ch. 1 à 45 du I er livre) de la collection d'Anselme de Lucques, suivi de 1' « Ordo de celebrando concilio )) qui est, en général, placé au début. Manuscrit du xv 8 siècle, sur vélin, en caractères romains.
Bibliothèque Barberini, XI, 178 (ancien 1 881) ; xn e siècle ; manuscrit incomplet, ne comprend que les sept premiers livres, qui d'ailleurs y figurent intégralement 2 .
Bibliothèque Nationale de Naples, manuscrit en trois tomes ; XII, A, 37, 38 et 39 ; xn e siècle.
Bibliothèque Saint-Marc de Venise : App. Latin., Glass. IV, cod. LV ; xii e siècle.
Bibliothèque Nationale de Paris, Latin i444; copie des environs de 1600, analogue au Vatic. 353 1, et s'arrêtant, comme ce manuscrit, au c. 119 du livre VII.
Bibliothèque Nationale de Paris, Latin i245o et i245i ; exemplaire en deux tomes, transcrit, au xvn e siècle, à Saint-Germain-des- Prés, où il portait le n° i665 ; a porté ensuite, à la Bibliothèque Nationale, le n° 939 du fonds Saint-Germain.
Bibliothèque Nationale de Paris, Latin 12519, provenant de Saint- Germain-des-Prés (ancien 463 Saint-Germain, latin), xn e siècle 3.
Antoine Augustin, De quibusdam veleribus canonum colleclionibus judicium, chapitre consacré à Anselme.
1 Ce manuscrit serait, d'après les Ballerini, le manuscrit qu'Antoine Augustin appelle : veterem meum. Les Ballerini l'indiquent à tort sous le n° 636 1 et non 638 1, ce qui a induit en erreur M. Gonrat et son correspondant le R. P. Bôllig (Gonrat, op. cit. p. 364, note 5).
2 Sur ce manuscrit, cf. Sarti et Fattorini, de claris Archiaymnasii Bononiensis prqfessoribus (ac édition), II. pp. 280-282.
3 C'est le codex optimus et antiqaissimas que d'Achery avait fait connaître à Baluze (Baluze, op. cit.) et que Maassen a reconnu à la Bibliothèque Nationale; cf. Maassen, Ueber eine Lex Romana canonice compta, dans le Sitzangsberichte de l'Académie impériale de Vienne, classe de philosophie et d'histoire, XXXV (1860). La collection d'Anselme ne commence qu'au fol. 4i> sans titre, par ces mots : Capitula libriprimi. Les feuillets i-4i sont occupés par un fragment (xiii" siècle) de Y Historia scolastica
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Grâce à M. Thaner, nous connaissons l'existence d'un manuscrit d'Anselme, conservé à Graz, sous les n os 4 i/^î3 1 . Il a bien voulu aussi me signaler, par lettre, l'existence d'un manuscrit à Parme.
Nous savons en outre que l'on conserve à l'Université de Leipzig, sous le n° 3528, une copie du manuscrit i245o-i2/i5i de la Bibliothèque Nationale de Paris.
Enfin, j'ai pu étudier à Rome le Vatic. i36i, manuscrit datant de n35 environ, qui doit être classé à part 2 .
Pour que cette étude fût complète, il faudrait que j'eusse pu étudier d'autres manuscrits, notamment celui de l'Ambrosienne, à Milan, et ceux de Mantoue et de Bologne. Telle qu'elle est, je me hasarde à la mettre au jour, sauf à la compléter ultérieurement, ou mieux à attendre les renseignements abondants que nous promet l'édition de M. Thaner.
Je répartis les manuscrits que j'ai étudiés en plusieurs groupes, suivant la recension qu'ils présentent. C'est ainsi que je traiterai successivement des recensions que je désignerai par les lettres A, B, G, BB ; enfin, je dirai quelques mots des manuscrits de Paris i2/;5oi2/i5i et de Leipzig 3528, et du Vatic. i36i 3 .
de Pierre le Mangeur, depuis le c. II de YHistoria Libri II 1 Macchab&orum jusqu'à la fin. En réalité, le manuscrit 12519 comprend deux manuscrits différents réunis par les hasards de la reliure.
1 Thaner, Untersuchangen zur Quellenurkunde des Canonischen Rechts, dans les Sitzungsberichte de l'Académie Impériale de Vienne, classe de philosophie et d'histoire, LXXXIX, p. 602.
2 Voir, sur ce manuscrit, les Collections canoniques attribuées à Yves de Chartres, Bibliothèque de l'École des Chartes, LVIII, (1897), pp. 43o-433 et pp. i44-i47 du tirage à part. Je n'ai point mentionné dans cette énumération le manuscrit C 118 de YArchivio de la Basilique Vaticane. Il contient une collection qui a fait quelques emprunts à Anselme de Lucques, mais qui n'est point la collection d'Anselme. Voir là-dessus le mémoire: Une collection canonique italienne du commencement du XII e siècle, dans les Annales de l'Enseignement supérieur de Grenoble, VI
3 Des trois manuscrits de la collection qu'a connus Antoine Augustin, j'en crois pouvoir identifier deux, le Vatic. 638i et le Vatic. 4983; j'ignore quel était le troisième. Je n'ai pu reconnaître dans aucune des recensions placées à ma disposition le numérotage d'après lequel Antoine Augustin cite Anselme dans son ouvrage Juris Pontificii veteris Epitome.
RECENSIONS DE LA COLLECTION CANONIQUE d' ANSELME DE LUCQUES. 43 1
Recension A.
Je crois devoir présenter comme la forme originale de la collection d'Anselme — ou tout au moins comme la forme de moi connue la plus voisine de la forme originale — celle qui est conservée dans les deux manuscrits Vatic. i363 et Bibl. Nat., Latin i25iq: je l'appellerai la recension À.
Il importe d'abord de faire remarquer que les fragments les plus récents contenus dans la recension A sont quelques extraits des textes canoniques de Grégoire VII. On n'y trouve aucun texte postérieur à ce pontife ; si un fragment de Pascal II s'est glissé à la fin du Vatic. i363*, il est visible que cette insertion est le résultat d'une addition faite après coup. Donc rien ne s'oppose à ce que nous considérions la forme A comme datant de la fin du pontificat de Grégoire VII, ce qui convient bien à la collection rédigée par Anselme de Lucques ; on sait, en effet, qu'Anselme mourut en 1086, c'est-àdire peu de temps après Grégoire VIL
Ainsi il est possible que la recension A remonte à l'époque d'Anselme; mais représente-t-elle l'état primitif de son œuvre? En rapprochant les unes des autres les diverses formes de la collection d'Anselme que m'a fait connaître l'étude des manuscrits, j'ai constaté que toutes ces formes laissent apercevoir une partie commune, sur laquelle se détachent de nombreuses variantes, résultant d'interpolations ajoutées au cours de chacun des treize livres du recueil, ou d'additions plus ou moins considérables faites à la fin de ces livres. Or, la recension A est celle qui se présente comme la moins surchargée de ces interpolations et de ces additions ; en d'autres termes, c'est cette recension qui reproduit le plus fidèlement le fonds commun tel qu'il se dégage de la comparaison des manuscrits. Ce n'est pas qu'on n'y puisse constater quelques additions, mais elles sont rares et de peu d'importance.
Voici une observation qui en fournira la preuve. C'est surtout à la
1 II s'agit de la lettre de Pascal II à Gui de Bourgogne, archevêque de Vienne, au sujet d'un procès entre les chapitres de Saint-Etienne et de Saint- Jean de Besançon (22 avril in5; Jafïé-Wattenbach, n° 6456).
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fin des livres que viennent se grouper les additions faites après coup. Or, si l'on prend soin de noter, d'après l'ensemble des manuscrits, le chapitre qui, dans chacun des treize livres, doit être considéré comme le dernier de la partie commune aux diverses recensions, par conséquent du fonds primitif de l'œuvre, on arrive à constater que ce chapitre est le dernier, ou peu s'en faut, de chacun des livres de la recension A; c'est ce qui résulte des constatations suivantes, où l'on indique le dernier chapitre du fonds commun de chaque livre en mentionnant, quand il s'en trouve, lé nombre de chapitres qui le suivent dans la recension A.
Livre I, 89. — Quod sacerdotium et imperium humanam maxime vitam exornant, et de eligendis episcopis et de dampnatione symoniace perversitatis. Idem ( Justinianus) Epiphanio archiepiscopo Gonstantinopolitane (sic). Maxima in hominibus... Il y a encore deux chapitres après celui-ci dans la recension A.
Livre II, 82. — De eadem re (Appel au pape du jugement des cùmprovinciales) . Eleutherius papa. Omni vero qui pulsatus fuerit, si judicem suspectum habuèrit, liceat appellare... Ce texte termine !e livre II dans la recension A.
Livre III, n4. — Ex tercia actione ejusdem (Ephesini concilii). Sancte synodo que per gratiam. . . Cirillus episcopus Alexandrinus.. . Johannes Antiocenus putans nos dampnationis nomine... Termine le livre III dans la recension A.
Livre IV, 55. — Item, confirmatio privilegiorum que locis venerabilibus facta sunt. Imperator Léo A. Dioscoro PP. Omnia privilégia que à rétro principibus. . . Termine le livre IV de la recension A.
Livre V, 62. — De eadem re (Partage des revenus ecclésiastiques). Simplicius papa Florentio et Equitio episcopis. De redditibus ecclesie vel oblatione... On trouve encore deux chapitres après celui-ci dans la recension A.
Livre VI, 189. — Ut prêter scripturas canonicas nihil in ecclesia legatur. Innocentius papa, Exuperio episcopo Tolosano. Qui libri recipiantur in canone... C'est l'avant-dernier chapitre du livre VI dans la recension A.
Livre VII, 17/i. — Quod nulli liceat causas monasteriorum disponere, nisi episcopo in cujus diocesi esse noscuntur. Gregorius Vitali defensori Sardinie. Cognovimus quod monasleria servorum Dei... Termine le livre VII daus la recension A.
RECENSIONS DE LA COLLECTION CANONIQUE d'aNSELME DE LUCQUES. /j33
Livre VIII, 34- — Qui reparari possunt post lapsum et qui minime... Masono episcopo Ysidorus episcopus. Veniente ad nos famulo... Termine le livre VII dans la recension A.
Livre IX, 4q. — Quod nec an te baptismun bigamus ordinetur episcopus. Augustinus, de bono conjugali. Ecclesie dispensatorem non licere... Termine le livre IX dans la recension A.
Livre X, [\[\. — Que virgo nesciens alieno viro nupserit adultéra non erit, quamdiù non scierit. Augustinus, De fide et operibus. Si virgo nesciens... Avant-dernier chapitre du livre X de la recension A.
Livre XI, 102. — Contra hos qui negant communionem his reddi oportere qui lapsi sunt prevaricatione. Ambrosius in libro de pen. Nemo potest bene agere penitentiam. . . Avant-dernier chapitre du livre XI dans la recension A.
Livre XII, 72. — Ut nulius hereticis ministeriorum locus pateat. Imperat. Martianus, Valentinus et Theodosius Eutropio PP. Nulius hereticis ministeriorum locus... Termine le livre XII dans la recension A.
Livre XIII, 28. — Quod victoria religiosi principis, non ex opinione humana, sed ex Deo disponente proveniat. Gregorius ad eumdem. Si non ex fidei merito. .. Termine, dans la recension A, la série numérotée du livre XIII.
Ensomme, le dernier chapitre de la partie commune, par conséquent du texte primitif de chaque livre, est Je dernier des livres II, III, IV, VII, VIII, IX, XII et XIII. Il est suivi de deux chapitres dans le livre I et dans le livre V, et d'un chapitre dans les livres VI, X et XI. Ainsi, dans la recension A, les additions à la fin des livres sont réduites au minimum ; il n'en est ainsi dans aucune des autres recensions de moi connues. C'est pourquoi j'estime, en me séparant de Mai et de Theiner, mais en me trouvant d'accord avec M. Thaner j , que l'on doit reconnaître dans la recension A la forme la plus rapprochée de celle sous laquelle se présentait la collection lorsqu'elle sortit des mains de son auteur.
J'ai dit plus haut que cette recension ne m'était connue que par les manuscrits du Vatican et delà Bibliothèque Nationale. M. Thaner
1 Je ne connais que la conclusion de M. Thaner, mais non les arguments par lesquels il y est arrivé.
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a mentionné depuis longtemps, comme appartenant au même groupe le manuscrit de Graz 4i/43*. Récemment; il a eu l'extrême obligeance de me faire savoir que le manuscrit de Parme contient la même recension.
Enfin, deux des manuscrits que j'ai rencontrés, l'un à Naples et l'autre à Venise, me paraissent contenir la recension A, additionnée de quelques textes souvent placés à la fin des livres. Il ne semble pas inutile de donner quelques renseignements sur ces manuscrits.
Manuscrit de Naples. — Le manuscrit duxn e siècle, en trois tomes, de la Biblioteca Nazionale de Naples (XII, A, 37, 38 et 3g) contient la collection en treize livres, précédée d'un sommaire indiquant les matières traitées dans chacun des livres ; chaque livre est précédé de la table des chapitres qu'il contient.
En me reportant aux notes, malheureusement assez brèves, que j'ai prises naguère sur ce manuscrit, je suis fort porté à croire qu'il contient la recension A. Toutefois, cet exemplaire se distingue par la présence, à la fin des livres, d'un certain nombre d'additions à propos desquelles il est possible de faire les observations suivantes :
i° Un seul chapitre est ajouté au livre I, c'est d'ailleurs le premier des chapitres qui constituent l'appendice de ce livre dans la recension A (Léo Armasio. . . Si quemquam vel in hac urbe... comitetur) 2 .
2° A la suite du livre III, on trouve en addition la bulle d'Urbain II sur la simonie, qui est mentionnée sous le n° 57*43 dans le recueil de Jaffé-Wattenbach.
3° A la suite du livre IV figurent les canons du concile général tenu par Galixte II, au Latran, en n 23.
4° A la fin du livre V (après le c; 63, le dernier annoncé dans la table), on trouve en addition le célèbre fragment sur la division des revenus ecclésiastiques, Quatuor tam de redditu. . . , du pape Gélase I er , qui est le 63 e et avant-dernier fragment du même livre dans les manuscrits de la forme A conservés au Vatican et à Paris. Viennent
1 Untersuchungen..., p. 602.
2 C'est en réalité une constitution" bien connue des empereurs Léon et Anthémius, adressée au préfet du prétoire Armasius; 3o, Code, I, 3.
ensuite une dizaine de fragments au nombre desquels on lit 1 :
Horsmidas : Sunt nonnulli fulti 2 . . .
(S. Grégoire) : Agapitus abbas monasterii S. Georgii insinuavit nobis plurima 3 . . .
Ex concilio Aeduensi sub Gregorio papa VII congregato. Ut canonici regulares*. . .
Placuit communi nostro concilio ut nullus monachorum pro lucro terreno 5 . . .
Lettre de Pascal II à l'évêque de Bologne contre les réguliers qui empiètent sUr les attributions des séculiers. Pervenit ad nos 6 . . .
5° Au nombre des additions qui terminent le livre VI, je remarque :
Gregorius VII in generali synodo residens. In dieresurrectionis 7 ... (D. 5, de cons., c. i5).
Ex concilio Paschalis pape. Episcopi lectioni 8 . . .
Nullus episcopus in aliéna . . .
Nullus laicorum ecclesias 9 . . .
Sicud Domini vestimentum 10 . . .
Abbatibus qui neque li . . .
Si quis clericus abbas 12 . . .
Ces quatre derniers textes doivent être attribués à Pascal II.
6° A la fin du livre VII figure, sous le n° 173, le texte suivant : Synodus cl patrum sub Theodosio imperatore seniore congre-
1 Les textes signalés ici se retrouvent aussi parmi les additions au même livre V dans la forme C. ' v
2 Décret de Boniface IV : Holstein, Collectio Romana, I, p. 242; G. 16, Q, 1, c. a5. Voir à propos de ce texte la dissertation sur le Liber Tarraconensxs, dans les Mélanges Julien Havet, p. 279.
4 Concile d'Autun de 1077 î cf. C. 19, Q. 3; c. 6 C. 16, Q. 1, c. 8.
6 Jaffé-Wattenbach, n u 6616; cf. G. 16, Q. î, c. .9.
7 D. 5, de cons., c. i5.
gâta. Qui voluntarie genitorem suum aut genitricem occiderit. . . C'est une suite des décisions pénitentielles placées sous un titre apocryphe 1 . Vient ensuite le canon : Falsas penitentias. . . du concile romain de Grégoire VII 2 .
7° On lit dans les additions du livre VIII :
Urbanus II Papa. Sane quia monachorum 3 . . .
Ex concilio Hiberniensi. Item placuit ut deinceps nulli sacerdotum liceat quemlibet commissum alteri 4 .. . .
Inler cetera que de ordine sanctarum ecclesiarum sancita sunt, sancta Hiberniensis synodus, cui prefuit Léo Sancté Romane Ecclesie episcopus 5 . . .
Item, presbyter si fornicationem fecerit 6 . . .
Augustinus in libro de Questionibus. Non omnis ignorans 7 . . .
8° A la fin du livre IX a été transcrite la lettre écrite par saint Léon IX à saint Pierre Damien, pour le féliciter de la publication du Liber Gomorrhianus 8 ^
9 Parmi les additions du livre X, on trouve Y Epllogus breviter digestas (Synodus Ghalcedonensis sub Marciano principe 9 ) ; un texte
1 Déjà publiées dans tes Canones Psenitentiales, d'Antoine Augustin (Venise, 1 584, p. 7). Voir recension G., XI, 47, et voir aussi manuscrit de Venise (signalé ci-dessous) fin du livre XI. Ce pseudo-synode figure encore dans les additions au livre VII de la forme G.
2 D. 5, de paenit , c. 6.
3 G. 16, Q. 2, ci. à i>
4 G. 9, Q. 2, c. 2. L'inscription ex concilio Hiberniensi se rapporte, non à ce texte, mais au texte suivant.
5 Texte apocryphe relatif à la pénitence du sacerdos lapsus in fornicationem. C'est aussi à ce sujet qu'a trait le texte suivant. Ces deux textes sont favorables à la réconciliation des lapsi.
7 D. 37, c. 16. Je dois ajouter que les additions qui viennent d'être signalées se retrouvent aussi à la fin du même livre de la recension C.
8 Jaffé-Wattenbach, n° 43n.
9 Ce texte apocryphe est une instruction sur les différents genres d'inceste et les pénitences variées dont ils sont frappés. Dans la forme G il se retrouve à la fin du livre XI qui contient le pénitentiel. Voir ci-dessous, p. 448. Sur ce texte, voir l'édition donnée par Richter, De emendatoribus Gratiani (Lipsise, i835), p. 5. Cf. Wasserschleben, Beitraege zar Geschichte der Vorgratianischen Kirchenrechtsquellen (Leipzig, i83g) p. i58. Voir aussi la note des Correctores sur G 3o, Q. 4, c. 2.
RECENSIONS DE LA COLLECTION CANONIQUE d' ANSELME DE LUCQUES. llSj
tiré des Exçerpta Martini (Si quis episcopus, presbyter aut diaconus Juerit fornicatus i . . .) et divers autres textes 2 .
En résumé, le manuscrit de Naples me paraît représenter la forme A augmentée d'additions faites au temps de Pascal II (1099- 11 18) et même de Calixte II (1 1 1 9-1 12/i). Plusieurs des additions sont apparentées avec les additions d'une autre forme de la collection, la recension C.
Manuscrit de Venise. — Le manuscrit de la Bibliothèque Saint- Marc, du xn e siècle, ainsi coté: Append. Lat., class. IV, cod. LV 3 , contient la collection d'Anselme de Lucques. Les observations que j'ai faites sur ce manuscrit m'ont amené à penser qu'il contient le texte de la recension A, avec quelques modifications et des additions placées surtout à la fin des livres.
Quoique, en général, lorsqu'une différence existe entre les formes A et B, le manuscrit de Venise soit conforme à A, il présente parfois des analogies frappantes avec la forme B ou avec la forme G qui en est dérivée 4 . Quant aux additions, elles sont considérables, au moins
1 C. 3, du livre IX dans la recension G.
2 A la fin du livre XIII et dernier se trouve un fouillis de fragments où l'on distingue un texte du Digeste; 98, pr., D, XLV, 1 (Celsus : Gum bissextum...) .
3 Format grand in-8°, 2q5 feuillets ; faussement attribué au xiv° siècle par Valentinelli dans son catalogue des manuscrits de S. Marc. On y trouve d'abord une liste de papes; incomplète, s'arrête à Boniface IV (6 15) ; puis la capilulatio des i3 livres d'Anselme ; puis cinq pages remplies de fragments des lettres des papes (notamment d'Innocent I er et des écrits des Pères). Après ces préliminaires qui remplissent 18 feuillets commence le texte du I er livre d'Anselme de Lucques.
4 Exemples : les c. 21, 22 et 23 du livre V de Venise ne se retrouvent pas dans A, mais sont identiques auxc. 26, 27 et 28 de B. — Les c. 61, 62, 63, 64 du livre X (mariage) correspondent à des chapitres qui ne figurent pas dans A et ne se retrouvent que dans B (c. 61, 58, 5g, 60) et G, 65, 66, 67 et 68. — On rencontre dans le manuscrit de Venise quelques textes qui figurent dans les additions caractéristiques de G ; par exemple, après le c. 72 du livre V : Leonis Pape quarti ; De decimis justo ordine. . . deberi — Nicholaus II episcopus episcopis omnibus. . . De confiniis cimiteriorum. . . censuit observandum. Ce sont les c. 35 et 46 du livre V de G. Dans le manuscrit de Venise ils ont été introduits après coup. — De même, à la fin du livre X de Venise, on lit : Nicholaus ad consulta Bulgarorum : Si inter eos non contrahitur matrimonium quos adoptio. . . copulasset. Sufficiat secundum leges. . . sed voluntas (Nicolas I er aux Bulgares), qui ont rang dans le livre X de G, sous les
pour certains livres. Ainsi le livre V du manuscrit de Venise, avec ses 92 chapitres, excède de près du tiers le livre V de la forme A, qui en compte 64- Le livre YI comprend 201 chapitres au lieu de 191 qu'on trouve dans la forme A. Les chapitres du livre XI (Pénitentiel) s'élèvent à 171 (plus trois ajoutés en dehors de la numérotation) contre i52 que comprend la forme A.
Je n'ai pas discerné dans le manuscrit de Venise de documents appartenant au pontificat d'Urbain II ou à des pontificats postérieurs, ce qui ne me donne aucun point de repère certain pour fixer la date de cette recension. Il ne semble pas invraisemblable qu'elle remonte à la fin du xi e siècle et qu'elle ait reçu des additions au cours de la première moitié du xn e siècle.
En tout cas, la simple inspection des manuscrits de Naples et de Venise prouve que certains exemplaires de la recension A ont dû subir bien vite l'influence des recensions B et G, ou tout au moins d'éléments figurant dans ces recensions.
Recension B.
La forme à laquelle je donne ce nom est représentée par deux des manuscrits que je connais : ce sont deux manuscrits anciens, le Vatic. 1 364 et le Vatic. 638 1. Celui-ci est précédé d'une liste de papes qui s'achève à Pascal II (1099-1118); il est donc probable qu'il a été transcrit sous ce pontificat. Le Vatic. i364, dont dépend le manuscrit 6381, est sensiblement plus ancien. La liste des papes qui l'ouvre se termine au pontificat de Grégoire VII. Aucun texte placé dans le corps même de la collection n'est d'ailleurs postérieur à ce pontificat. Gomme le scribe qui a transcrit le manuscrit a ajouté, de sa main, à la fin du VIP livre les canons du concile de Plaisance (1095), il y a lieu de croire qu'il était contemporain d'Urbain II et que, par conséquent, le Vatic. i364 date d'une époque très rappro-
n os 29 et 3o, et ne figurent pas dans B ; vient ensuite, sous l'inscription ex legibus un fragment du Digeste (Paul, loi 2, au titre de ritu nuptiarum, XXIII, 2) qui forme le c. 3i du livre X de G. — Enfin, ce livre X de Venise se termine par les deux fragments qui terminent aussi le livre X de B et sont identiques aux c. 25 et 27 du livre VII de Burchard de Worms.
RECENSIONS DE LA COLLECTION CANONIQUE d' ANSELME DE LUCQUES. ^3 g
chée de l'an noo 1 . Nous sommes donc en présence d'une forme du recueil d'Anselme, sensiblement différente d'ailleurs de la forme A, qui était déjà répandue dans la circulation vers la fin du xi e siècle, c'est-à-dire à peine dix ans après la mort d'Anselme de Lucques.
Le cardinal Angelo Mai" estimait très haut les deux manuscrits de la forme B conservés au Vatican ; c'étaient pour lui les meilleurs manuscrits du recueil d'Anselme 2 . De même Augustin Theiner, comparant la forme A qu'il connaissait par le Vatic. i363 et la forme B qu'il connaissait par le Vatic. 1 364, donnait, sans hésiter, la préférence à cette dernière forme. D'après Mai' et Theiner, c'est la recension B, et non la recension A, qui devrait être considérée comme la forme primitive du recueil d'Anselme.
J'ai partagé pendant quelque temps l'opinion de ces érudits 3 . Outre l'argument qu'on pouvait tirer en faveur de leur thèse de l'ancienneté incontestable du Vatic. i36/j (je le tiens pour le plus ancien des manuscrits de la collection d'Anselme que je connais), il est une autre considération qui m'avait semblé de quelque poids. Les deux manuscrits de la forme B présentent ce trait commun qu'ils omettent le livre XI ou Pénitentiel. Or, on sait que les Pénitentiels ont excité les critiques les plus vives des partisans dévoués de la réforme de Grégoire VIL
Ceci étant admis, de deux recensions d'Anselme de Lucques, l'une dépourvue de pénitentiel, l'autre en possédant un, n'y a-t-il pas lieu de croire que la première est la plus ancienne, parce qu'elle est la plus conforme à la manière de voir des réformateurs ? Mais ils n'auront pu vaincre la routine; et sous l'empire des idées routinières, un
1 Incipiunt capitula Placentine synodi que celebrata est à domno papa Urbano secundo. Gomme addition d'une époque postérieure on peut signaler la lettre d'Innocent II (Jaffé- Wattenbach, 8178 ; Theiner, Disquisitiones, p. 366) placée à la fin du livre XII, celle-ci ajoutée d'une autre écriture. Theiner la donne à tort comme insérée à la fin du livre X.
2 L'appréciation de Maï est consignée dans des notes manuscrites conservées dans le Vatic. 9679. C'est d'après le Vatic. i364 que Maï a publié, dans son Spicilegium Romanum les tables de la collection d'Anselme. Pour le livre XI que ne contient pas le Vatic. i364, Maï a eu recours à un manuscrit de la forme G, probablement au Vatic. ^983.
3 C'est cette opinion que citait Paul Fabre, dans son Étude sur le Liber Censuum, p. 23, note 2.
pénitentiel se sera vite introduit dans la collection. C'est ainsi que j'avais été amené à croire à la priorité de la recension B. Je ne pense pas devoir persister dans cette opinion. Les raisons invoquées plus haut pour établir la priorité de la recension A sont vraies aussi bien pour qui compare la recension A à la recension B que pour qui la compare aux autres recensions.
Ainsi la recension B, si elle doit être tenue pour une forme très ancienne de la collection, est cependant moins proche de la forme primitive que la recension A.
Je signale, à titre d'exemples, quelques-uns des traits par lesquels la forme B se distingue de la forme A. (On a dit plus haut que dans B manque le livre XI, qui contient le Pénitentiel.)
Au livre III, B omet le c. 33 (Pius. . . Oves suum pastorem. . .) et le c. 34 (Eusebius. . . . Errorem vestrum. . .) de A. — B possède, en revanche, un c. 32 (Ex Carthaginensi concilio, cap. XIX. Quisqnis episcoporum accusatur. . .) et un c. 33 (Ex epistola Bonifatii papae... Valentine civitatis nos clerici..) qui ne figurent pas dans A.
B omet une série de 22 chapitres, groupés dans A sous le n° 88, et provenant des Capitula Angilramni. Ils commencent ainsi : Dei ordinationem accusât. ...
B ajoute au livre III quatre chapitres, dont le premier est un fragment bien connu d'une lettre de Léon IV aux évêques de Bretagne : De libellis et commentariis 1 . . .
B omet une constitution des empereurs Valentinien II et Théodose le Grand (IV, 39 dans la recension A) : Imperat. Valentinianus et ïheodosius Augg. Dextro comiti rerum privatarum. Universas terras que à colonis. . . Valent, et Eutropio Coss 2 .
B (comme G) ajoute au livre IV le c. 458 de YEpitome Jullani.
B insère dans le livre V une série de trois chapitres qui lui sont propres (n os 26, 27 et 28), à savoir 3 :
Ex Calcedonensi concilio. Singularum parrochiarum . . . certare.
Ex concilio Tolletano V°, cap. XXV. Sicut diocesim alienam. . . constiterit.
1 Jaffé-Wattenbach, n° 2599.
2 2, Code, VII, 38.
3 Voir aussi ci-dessus, page 4^7, note relative au manuscrit de Venise.
RECENSIONS DE LA COLLECTION CANONIQUE d'aNSELME DE LUCQUES. 44 ï
Ex eodem concilie cap. XXXIII. Quicumgue episcopus alterius episcopi diocesim . . . confundantur.
B insère, sous le n° 35, un texte attribué à un pape du nom de Léon: Léo papa. Qui primitias vel décimas dare contempserit. . . deberi.
B acbève le livre V par i5 chapitres qui ne se trouvent pas dans A. Ils y occupent les n os 69-83. J'y rencontre, entre autres :
69.— Léo papa... Sine exceptionedecernimus...(C. 12, Q. 2, c. 62).
70, 71 et 72 reproduisent les textes qui se trouvent dans le Décret de Burchard, III, 23, 4o et l\i.
Le ç. 73 de B est le c. 21 du concile romain de Léon IY (G. 16, Q. 7, c. 33).
Le c. 79 contient les canons 3o et 3i du concile d'Eugène II (avec des variantes sur le texte publié par Holstein dans la Collectio Romana).
Au livre VI, B omet le c. 11 de la recension A (décret de Nicolas II sur l'élection du pape) et le remplace par deux textes qui y portent les n os 11 et 12, à savoir :
De electione pontificis. Ex Bomano Pontificali, Bonifatius tertius, natione Bomanus, fecit constitutum . . . et tune electio fiât. (Extrait du Liber Pontijîcalis* ; cf. édition Duchesne, \, p. 3 16.)
Léo I us . Vota civium, testimonia populorum. . . et plebis.
B contient, sous le n° 2 5 du livre VI, un canon du concile d'Etienne III sur l'élection du pape : Nullus umquam laicorum . . . legitur statutum (paraît correspondre à D. 79, c. 4, 5 et 6).
Le c. 117 du livre VI de B est une formule d'Epistola formata qui ne figure pas dans A.
De même, on lit sous le n° 122 du livre VI de B le c. 18 du concile d'Eugène II (c'est aussi le c. 18 du concile de Léon IV : Episcopus subjecto), qui ne se trouve point dans A. La recension B le fait précéder de Y inscriptio : Leonis pape.
B transporte les trois textes insérés dans A. sous les n os i83-i85 du livre VI, aux n os i35-i37 du livre VII,
1 Cet extrait du Liber Pontijîcalis , comme nombre d'extraits analogues qui figurent dans les collections d'Anselme et de Deusdedit, se retrouve dans le manuscrit du Vatican 3829, recueil du xn e siècle.
4^2 P. FOTJRNIER.
B omet divers textes de A, ou les remplace par d'autres textes, au cours de ce même livre VI ; ce livre se termine, dans B, par sept chapitres qui ne figurent pas dans A.
Dans la forme B, le c. i du livre VII est un texte bien connu de pseudo-Clément, Communis vita. Au contraire, dans la forme A, comme en général dans les manuscrits de la collection d'Anselme, le livre VII s'ouvre par un canon du quatrième concile de Tolède : Prona est omnis œtas . . .
La recension B insère, sous le n° 5 du livre VII, le texte : Ubi clerici consistere debent ; Necessaria etenim res extitit... qui n'est autre chose que le c. 7 du concile d'Eugène II (cf. G. 12, Q. 1, c. 3).
A la fin du livre VII, B ajoute une série de chapitres (187-209) qui lui sont particuliers. J'y retrouve sous le nom de Pascal I er un texte connu sur la simonie et divers fragments qui pourraient bien avoir été empruntés à Burchard de Worms. — Dans l'un des manuscrits de la forme B, le Vatic. 1 364, le scribe a ajouté les canons du concile tenu à Plaisance en 1095 par Urbain II : Incipiunt capitula P lace ntine synodi que celebrata est à domno papa Urbano secundo.
A la fin du livre X, sur le mariage, je remarque une série propre à la recension B où se trouve le c. 38 du concile d'Eugène II (n° 63 de la collection) et quelques textes qui paraissent empruntés au livre VII du Décret de Burchard, où ils portent les n os 1, 7, 8, 25, 26 et 27.
En résumé, quelques omissions, des canons interpolés, d'assez importantes additions à la fin des livres, voilà ce qui caractérise la forme B. Les additions sont prises à des sources cmi ressemblent beaucoup à celles auxquelles a été puisée la forme primitive. J'ai remarqué que l'auteur de la recension B avait mis à contribution, plus que ne l'avait fait Anselme de Lucques, les canons du concile d'Eugène II et de Léon IV; j'ai dit plus haut qu'il s'est servi, comme d'ailleurs semble l'avoir fait Anselme, du Décret de Burchard. Aucune des additions qui existaient dans l'état primitif du plus ancien manuscrit n'est postérieure à Urbain II ; de ce fait, j'ai déduit que la forme B date, au plus tard, des dernières années du xi e siècle.
RECENSIONS DE LA COLLECTION CANONIQUE d' ANSELME DE LUCQUES. 443
Recension C.
J'en viens maintenant à l'étude de la forme que je désignerai sous le nom de forme G. Elle nous est livrée, non point par un manuscrit ancien, mais par un recueil transcrit dans la seconde moitié du xvi e siècle, le Vatic. 4983, qui fut connu des Correctores de Gratien. La même forme se retrouve dans un autre manuscrit du Vatican, l'Ottobon. 224, exemplaire copié en l'an 1600.
Tout d'abord il convient d'écarter une opinion erronée d'Augustin Theiner. Dans ses Disquisitiones^ , cet auteur a déclaré que le Yat. 4983 n'avait, à ses yeux, aucune importance. C'est, dit-il, un recueil factice où un compilateur du xvi* siècle a inséré tous les fragments qu'il a rencontrés dans les divers manuscrits d'Anselme conservés au Vatican. A mon avis, cette assertion est absolument erronée. Sans doute, le Vatic. 4983 a été transcrit au xvr 3 siècle ; mais, comme beaucoup d'autres recueils canoniques de cette époque qui sont conservés dans les bibliothèques italiennes, il reproduit un manuscrit antérieur. L'original qui lui a servi d'archétype était un manuscrit du xii e siècle. En effet, à la suite du dernier livre de la collection figure une liste des papes avec la durée de leurs pontificats ; cette liste est complète jusqu'à Calixte II (11 19- 11 24). Elle s'achève ensuite par les deux mentions suivantes :
Honorius sed. annis. . .
Innocentius sed. annis...
Il s'agit évidemment d'Honorius II (ii24-n3o) et d'Innocent II (ii3o-ii43), donc la mention n'a pas été complétée. Vient ensuite une liste des empereurs poussée jusqu'à Conrad III (ii38-ii52), mais n'indiquant la durée des règnes que jusqu'à Henri III. On remarquera que le point d'arrêt de cette liste correspond à peu près exactement à celui de la liste des papes. Evidemment, la présence de ces deux listes ne peut s'expliquer que dans un manuscrit du xn e siècle dont le Vatic. 4g83 reproduit exactement la teneur ; elle ne s'expli-
444 P- FOTJRNIER.
querait pas à la fin d'une compilation factice qui aurait été rédigée au xvi e siècle. D'ailleurs l'examen attentif de la collection contenue dans le Yatic. 4o,83 ne justifie en aucune façon l'hypothèse de Theiner. Sans doute on y trouve des fragments étrangers au type primitif du recueil d'Anselme ; mais nombre de fragments qui figuraient dans le type primitif et dans des formes qui en sont dérivées ont été omis dans notre manuscrit. En réalité, le manuscrit Vatic. 4g83 est la reproduction d'un manuscrit inconnu, de la première moitié du xn e siècle, contenant une forme particulière de la collection d'Anselme, d'ailleurs répétée dans une autre copie, celle du manuscrit Ottobon. 224.
En tête de la forme C se place un Ordo de celebrando concilîo qui diffère par des traits bien marqués de celui que je signalerai plus loin comme ouvrant la forme BB 1 . Vient ensuite le Libellus S. Ambrosii de vita et ordinatione clericorum : Si quis frater oraculum.. promisisti perpétua; puis la lettre où S. Grégoire le Grand expose sa foi aux définitions des cinq conciles généraux (Jaffé-Wattenbach, n° 1092).
Après ces préliminaires on trouve la collection d'Anselme ; chacun des livres y est précédé de sa capitulatio. A première vue on peut se convaincre que la forme G est plus riche de textes que la forme A. Ainsi le livre III contient i32 fragments dans la forme G et n4 dans la forme A ; le livre VII contient 2i4 fragments dans la forme G
1 Le début de cet Ordo est analogue à celui qui est contenu dans les Fausses Décrétales et dans la forme BB d'Anselme de Lucques. La fin est différente. On retrouve notamment dans notre texte les fragments suivants, qui ne figurent pas dans l'autre Ordo :
Seconde allocution du métropolitain : Ecce, sanctissimi sacerdotes, recitati sunt canones. . .
Diffinitio de tumultu concilii.
DelIII synodis principalibus.
Item ratio de canonibus apostolorum.
Item annotatio brevis de reliquis synodis.
Item annotatio de decretalibus apostolicorum.
Dans ce dernier fragment, il est traité des décrétales des papes jusqu'à Grégoire II.
J'ai rencontré plus d'une fois cet Ordo de celebrando concilio, en particulier au début du II e livre de la collection canonique du Vatic. i33q et dans un manuscrit du xe siècle provenant de Bobbio (Vatic. 0748).
et 174 dans la forme A ; le livre XI (pénitentiel) en compte 178 dans la forme G et i52 dans la forme A. Tous les livres de la collection ne sont pas augmentés dans cette proportion ; toutefois il est certain que la forme G est une édition largement accrue de la collection d'Anselme de Lucques.
L'examen sommaire auquel je me suis livré de diverses portions de la collection G m'a prouvé qu'elle présentait beaucoup de traits communs avec la recension B ; c'est d'ailleurs un fait qu'avait déjà remarqué le cardinal Mai. Ainsi, par exemple, de 28 chapitres qui ont été insérés au livre VI de la recension G et ne figurent pas dans la recension A, il en est 20 qui se retrouvent dans la recension B. Toutefois, en certains cas, la recension C se sépare de la recension B pour se conformer au texte A. En outre, le texte C présente nombre de fragments qui lui sont particuliers. Enfin, j'ai déjà fait remarquer qu'il y a des analogies frappantes entre les additions à certains livres (V, VII, VIII, IX, X) de la recension G et celles qui caractérisent le manuscrit de Naples.
Je signale quelques-uns des textes qui me semblent spéciaux à la recension G.
III, 26. — De clericis qui ad secularia judicia transeunt. Goncil. Carthag., Hera I a . Si quis episcoporum aut clericorum relicto ecclesiastico judicio . . . provocari ' .
III, in. — In libro VII . In concilio Agath. c. 9. Glericus si relicto officio. . . pellatur.
III, 112. — Ex decretis Zacharie pape. Ut clerici non secularia judicia, sed vicinos episcopos aut apostolicam sedem expetant.
III, 118. — Hilarius papa. Non minus in sanctarum traditionibus. . . prosiluit.
III, 126. — Alexander I us . Grucifigunt Dominum qui eum in suis sacerdotibus persequuntur 2 .
III, 125. — Eusebius. Inimicum nimis atque incongruum eos qui episcopos, sacerdotes, sua persecutione vexant, catholicorum nominibus sine discretione miscere.
1 Provient sans doute de ï Herovalliana .
2 Ce fragment est le 9° des fragments du pseudo-Alexandre dans la collection du cardinal Atton.
446 P. F0URNIER.
III, 128. — Exdictis Justiniani Imperatoris. Si quis divinis mysteriis. .. capitis supplicio puniatur (Epitome Juliani, n° ^78).
III, 129, — De his qui per sue tirannidis potentiam. . . Quod si quis sancte Dei ecclesie extiterit contemptor . . . cum suis omnibus 1 .
A la fin du livre III on lit une décrétale bien connue d'Urbain II sur la simonie (Jaffé-Waltenbach, n° 5y43 ; fragments dans le Décret de Gratien, G. 11, Q. 3, c. 91, et D. 32, c. 6).
IV, 55. — De peculio clericorum quasi castrensi ex nonnullis constitutionibus, cap. ccccxli. Presbyteri, diaconi, subdiaconi, lectures. . . portionem capiant. (Epitome Juliani, éd. Haenel, n° 458 2 .)
Après ce texte, le livre IV se termine par 23 canons du concile tenu au Latran par Calixte II en 11 23.
V, 35. — Léo papa IV. De decimis. . . dari. (Extrait de la lettre de Léon IV aux évêques de Bretagne; Jaffé-Wattenbach, n° 2599, 5d. 3 )
V, 36. — Joannes XII papa. Ut omnis decimatio episcopis. . . . destruatur.
V, 38. — Item concilio Moguntino cui prefuit Bonifacius martyr episcopus Romane Ecclesie legatus. Ecclesie antiquilus constitute nec decimis nec aliis possessionibus pro novis oratoriis priventur (Figure à la fin du livre VII de la recension BB).
V, 39. — Gelasius Gresconio et Johanni Massalie episcopis. Decessorum. . . corrigere (Deusdedit, III, 92).
V, 4o. — Ex synodo Joannis XII pape. Propter assiduam ergà populi Dei curam. . . présumât.
V, 46. — De confiniis cemeteriorum. Nicolaus, etc. . . Sicut antiquitus. . . excommunicetur. Hec igitur et cetera hujusmodi. . . observandum (c. i4 du concile de Nicolas II, en 1069).
V, 61. — Hieronymus ad Rusticum monacbum, de vita monacborum. Non facias quod vis, concédas. . . et tace.
1 Cf. sur ce texte apocryphe Un groupe de recueils canoniques inédits du X e siècle dans le tome XI des Annales de l'Université de Grenoble, p. 35g.
2 Je constate dans une note de l'édition de Haenel sur ce texte qu'Antoine Augustin renvoyait à la forme G de la collection d'Anselme.
3 Ce fragment de Léon IV a été ajouté après coup au livre V dans le manuscrit de Venise après le c. 72.
RECENSIONS DE LA COLLECTION CANONIQUE d'aNSELME DE LUCQUES. 4^7
V, 62. — Idem ad eumdem. Si offîcium vis exhibere presbiteri... indocta simpliciter.
V, 65. — Quod nullus monachus debeat exire de monasterio pro lucro terreno. Ex decreto Eugenii pape ad Carolum imperatorem. Placuit communi nostro concilio. . . . sententiam vestram (Est à la fin du livre VI de la recension BB. Cf. G. 16, Q. 1, c. 8).
V, 66. — Ex Nicena Synodo. Placuit omnibus... contigerit. Quia per omnia eis interdictum est non alios sepelire mortuos . . . subjacebunt (Cf. pour le début, G. 16, Q. 1, c. 1).
V, 67. — De instruments bonorum operum. In primis Dominum Deum diligere.. . his similia. Etinfrà : Officina... et in congregatione (Cf. Reg. S. Benedicti, c. 4).
V, 72. — De eadem re (hoc est de libertate monachorum) Sancimus igitur. . . subjectum est. (Epitome Juliani, n° 48o.)
A la fin du livre V se trouvent les cinq fragments signalés plus haut comme placés aussi à la fin du livre V du manuscrit de Naples ; le dernier est la lettre de Pascal II 1 .
VI, 179. — Ex Pontifîcali. « Sixtus natione Romanus fuit temporibus Adriani. Hic constituit ut sacra mysteria non tractentur. . . . decantaretur. Gregorius Papa I1I US rexit ecclesiam annis X. Hic constituit à sacerdote in canone dicendum : Non estimator meriti, etc. Gregorius I us augmentavit in prefatione canonis : Diesque nostros in pace tua disponas. Pelagius papa prefationes. . . epistolas et evangelium. Thelesphorus papa : Gloria in excelsis Deo. Léo natione Tuscus temporibus Mar. Augusti : Hic constituit inter actionem dicere « sanctum sacrificium : » S. Sergius papa : Hic constituit in tempore fractionis Dominici corporis Agnus Dei à clero et populo decantari.
VIII, 4o. — Ut presbiteri concubinam habentis nullus missam audiat, et ut clerici communiter vivant juxta ecclesiam. Nicolaus. . . Ut nullus missam . . . mereantur ascribi (Nicolas II, concile de io5q, c. 3).
IX. — In fine. Lettre de saint Léon IX, où il félicite saint Pierre Damien de la publication de l'ouvrage intitulé Liber Gomorrhianus (Jaffé- Wattenbach , n° 43 1 1 ) .
1 Voir ci-dessus, p. 435.
448 P. FOURMER.
X, 6. — De penitentia eorum qui plurimas nuptias experti sunt. Secularibus vero qui conjugale consortium... dimittendus est (Pseudocanon de Nicée).
Sous le même numéro : De numéro maritorum. Ex decretis Zacharie pape. De his qui mortua prima uxore. . . abstinere.
X, 3i. — Nuptie consistere. . . in potestate sunt (Texte du jurisconsulte Paul qui forme le fr. 2, Digeste, XXXIII, i, de ritu nuptiarnmj .
X. 34. — Ut nullus commatrem suam ducat uxorem, nec filius ejus fïliam ipsius accipiat. Scitis autem quia in carnalibus nuptiis. . . Euge Dominicum audire (Long texte 1 rempli de citations des lois romaines et ecclésiastiques).
Ce texte est suivi d'une lettre de Pascal II à l'évêque de Reggio sur le même sujet. Elle se trouve dans le livre X (Jaffé-Wattenbach, n° 6436 : Posfc uxoris obitum. . .).
Le c. 47 du livre XI est un pseudo-canon de Gonstantinople sur l'homicide, qui figurait déjà dans la collection en cinq livres du Yatic. 1339. Ce texte a été publié par Theiner 2 .
A la suite des 178 chapitres qui composent le livre XI, on trouve :
Synodus Galcedonensis sub Marciano principe habita. . . sacerdotibus propter plerosque simplices. . . Oportet unumquemque christianum. . . discedendo peccaverunt (Texte connu, apocryphe du concile de Ghalcédoine, où il est question des incestes et de la pénitence qui leur est infligée) 3 .
A la fin du livre XII, deux fragments de lettres d'Urbain II sur les excommuniés et les règles qui concernent leur réconciliation (Jaffé- Wattenbach, n° 5393 : G. 9, Q. 1, c. 4, lettre de 1089, et Jaffé- Wattenbach, n° 5378, acte de 1088 ; cf. coll. Britannica, exp. 23).
En somme, la forme G est un remaniement de la collection, fait d'après la recension B, au plus tôt sous Pascal II (dont une lettre,
1 Fragment tiré de la lettre V d'Atton de Verceil, dans la Patrologia Latina, cxxxiv; cf. Savigny, Geschichte, 2 e édition, II, p. 28k; et Conrat, Geschichte, I, p. 26.
2 Cf. Theiner, op. cit., p. 299. Ce texte se trouve rejeté à la fin du livre XI, parmi les additions, dans le manuscrit de Venise ci-dessous mentionné.
3 Voir ci dessus, p. 436.
RECENSIONS DE LA COLLECTION CANONIQUE d' ANSELME DE LUCQUES. l\l\ty
comme on l'a vu plus haut, a été introduite au cours du livre X) et complété sous Galixte IL Dans l'histoire de la collection d'Anselme de Lucques, cette forme n'est pas sans présenter quelque importance pour des raisons qu'il n'est pas superflu d'indiquer.
En premier lieu, elle a été connue d'Antoine Augustin, qui en possédait soit un manuscrit ancien, soit une copie. Cela résulte de la mention suivante qui se trouve en tête d'un manuscrit de la forme G, transcrit en 1600, l'Ottohon. 2 2 4 : Decretum Anselmi excerptum ab alio Antonii Augustini Archiepiscopi ïarraconensis ; Romse, anno jubilaei, MDG. Cela résulte, en outre, de ce qu'Antoine Augustin cite, comme appartenant au recueil d'Anselme de Lucques, un fragment (Julien, c. 458 de l'édition Haenel) qui ne figure que dans la forme C ; il le cite d'ailleurs avec la cote IV, 55, qui lui est affectée dans cette recension 4 . En outre, ainsi que je l'ai dit plus haut, les renseignements que donne Antoine Augustin, sur l'exemplaire romain qu'il a connu se rapportent bien au Vatic. 4983.
En second lieu, Jérôme Pariseti a connu la forme G, et les Correctores de Gratien l'ont utilisée concurremment d'ailleurs avec d'autres recensions. Dans leurs notes on trouve des renvois à la collection d'Anselme qui ne s'appliquent exactement qu'à la recension C. Ce fait peut être démontré par l'examen des notes des Correctores sur D. 71 , c. 4 et c. 6 ; D. 74, c. 2 ; D. 79, c. 4, et par celui d'une foule d'autres notes 2 .
Enfin la forme C a fourni, comme on le verra plus loin, les six derniers livres de la collection d'Anselme du manuscrit de la Bibliothèque Nationale Latin i245o-i245i, qui a été souvent consultée et citée par les érudits modernes.
1 Édition Haenel, p. i55, note.
2 M. Friedberg, qui n'avait pas à sa disposition la recension G, ne s'expliquait pas ce renvoi. Voir son édition au Décret, p. 20g, note S'], surD. 71,0. 6. Je crois bien que c'est à la recension G qu'il est fait allusion dans la règle XIV des Correctores, où il est question d'un manuscrit appartenant au savant canoniste Jérôme Pariseti; (Friedberg, préface au Décret, p. lxxviii). Les Correctores connaissaient d'ailleurs le Vat. i363, qui est, je crois, le manuscrit mentionné dans leur note sur G. 1, Q. 3, c. 9; ils ont connu aussi le Vat. 638i et sans doute aussi d'autres manuscrits, notamment ceux de la forme BB.
45o P. FOURMER.
Recens ion BB.
Une forme sensiblement augmentée de la collection d'Anselme de Lucques est représentée par le manuscrit du xn e siècle, conservé a la Bibliothèque Barberini. Malheureusement ce manuscrit est incomplet; on n'y trouve que les sept premiers livres de la collection.
La même recension se retrouve (mais encore écourtée, puisque le texte est brusquement interrompu au c. 119 du VII e livre) dans deux manuscrits de Fépoque moderne. 'L'un est le Yatic. 353 r, copie exécutée vraisemblablement par les soins du cardinal Antoine Garafa, bibliothécaire du Siège Apostolique, qui la légua à la Bibliothèque Vaticane lorsqu'il mourut en i5qi. L'autre est une copie analogue, exécutée vers la fin du xvi e siècle et transmise à la Bibliothèque du Roi, à Paris, où elle porte le n° i444-
La recension du manuscrit Barberini, que j'appellerai, pour simplifier, la recension BB, se distingue par certains traits qu'il importe de noter sommairement.
A. — Les préliminaires de la collection sont plus considérables qu'en aucune des autres recensions. En tête figure la courte préface: In Trinitatis nomine. . ., publiée par Sarti et Theiner 1 ; cette préface est le seul témoignage ancien qui mentionne Anselme de Lucques comme l'auteur du recueil.
Puis une liste des papes, entremêlée de mentions historiques sur quelques-uns d'entre eux. La main qui a tracé cette liste l'a arrêtée à Pascal II, dont elle a indiqué le nom: la durée de son pontificat a été ajoutée par une autre main ; on a ensuite poursuivi la liste jusqu'aux temps d'Honorius II (1 12/i-i i3o). Ainsi cette liste, comme d'ailleurs le manuscrit tout entier, a dû être transcrite sous le pontificat de Pascal II ; elle a reçu plus tard des additions. — Vient ensuite une liste des empereurs romains (ex chronica Bede presbyteri) poursuivie jusqu'à Constant II (64 1-668). — Alors commence (fol. 4 v° du manuscrit Barberini) un Ordo de celebrando
1 Sarti et Fattorini, De claris. . ., II (2 e édition), p. 280; Theiner, Disquisitiones, p. 365 : joignez-y les Ballerini, Pars IV, cap. XIII.
RECENSIONS DE LA COLLECTION CANONIQUE d'aNSELME DE LUCQUES. /|5l
concilie) qui ne se confond pas avec celui placé en tête du Vatic. 4983 (forme C) : c'est précisément l'Ordo qui est placé en tête des Fausses Décrétales (Hinschius, pp. 22-24). On trouve ensuite trois canons ex actionibus concilii Chalcedonensis { , et sous le nom de saint Léon, pape, le célèbre sermon synodal très répandu au moyen âge et plus d'une fois publié 2 . Puis on lit une formule d'affranchissement, faite à l'usage de l'église de Lucques, une formule de formata et une série de textes contenant, avec des définitions juridiques 3 , le long extrait des Sentences de Paul sur la parenté, qui figure aussi dans beaucoup d'autres collections canoniques, notamment dans le Décret de Gratien(C. 35, Q. 5, c. 6).
B. — La collection proprement dite s'ouvre par ces lignes : Incipit capitulatio librorum quos beatus Anselmus Lucensis episcopus de coequalibus causis singulos in hoc volumine libros composuit. Suit le titre sommaire des i3 livres. Enfin on lit : Incipit autentica et compendiosa collectio regularum et sententiarum Sanctorum Patrum et auctorabilium conciliorum, facta tempore VII Gregorii sanctissimi Pape a beatissimo Anselmo Lucensi episcopo ejus diligenti imitatore et discipulo cujus jussione et precepto desiderantzs consummavit hoc opus. Après avoir ainsi fait connaître l'auteur et l'origine de la collection, le scribe a transcrit la capitulatio du livre I, puis ce livre lui-même ; il a fait de même pour les six autres livres.
G. — En ce qui concerne la collection elle-même, il est facile de constater que de nombreux textes y ont été ajoutés, qui ne figurent pas dans la forme primitive.
Cette constatation résulte suffisamment de la comparaison du nombre
1 Ex actionibus concilii Chalcedonensis. In talibus sanctissimis conciliis contigit fréquenter. . .
G. I. De constructione ecclesiarum, quomodo et qualiter constructee sint. . .
G. II. De vita sacerdotis, si prope ecclesiam suam . . .
G. III. De viris et mulieribus, si sit aliquis vel aliqua homicida.
- Sur ce sermon synodal, voir dom Germain Morin, Revue Bénédictine, IX (1892) pp. 99 et s., et la note ajoutée à mon mémoire: Un groupe de recueils canoniques inédits du X* siècle, p. 3g4, (p. 5o du tirage à part).
3 Heredis nomen imposint census seris. . .
Est ordo filiorum ità : Unigenitus. . .
Nothus dicitur . . .
des chapitres qui composent chaque livre, dans la forme A et dans la forme BB. Le tableau suivant présente cette comparaison * :