DD MODE DE PROPAGATION DU CHOLÉRA
Le chole'ra est-il contagieux ? Cette question , vivement contreverse'e, devait ne'cessai rement appeler notre attention. Nous nous en sommes occupe's, et nous allons pre'senter nos recherches et les documens que nous avons recueillis sur ce point important de l’histoire du chole'ra.
Craignant de nous laisser dominer par des ide'es pre'conçues , et de ne présenter les faits qu’à travers le prisme de nos opinions, nous avons eu recours à l’obligeance de plusieurs médecins distingués, qui, en même temps que nous, observaient l’épidémie de Berlin , afin d’obtenir les documens qui semblent appuyer les systèmes divers qui se sont établis sur le mode de propagation du choléra.
Je dois à MM. les docteurs Volmar et Gosse, de Genève, médecins érudits et contagionistes décidés, l’observation suivante, que je rapporte telle qu’ils me l’ont remise.
Dans une petite maison à deux étages , Grosse- JudenhofF, n° 4 7 habitaient plusieurs familles. Le quartier est très-populeux, et la rue forme un cul-de-sac, dont l’air est peu renouvelé, quoi-
que les maisons environnantes soient en ge'ne'ral peu elevëes. Le second ëtage de celle maison est une mansarde, composée d’une suite de tiois petites chambres ou. cabinets fort bas, fort étroits. II est occupé par un ouvrier menuisier, nommé Krause, sa femme et trois enfans. Krause s’est réservé une de ces chambres, sur le devant, et a sousloué les deux autres à deux familles : celle de Henckel et celle de Schmiit. La famille Ilenckel est composée de cinq individus; fbomme, la lêmme, et trois enfans^ et la famille Schmiti est également composée de cinq personnes: le mari, la femme, et deux jeunes filles, Caroline et Mathilde, et un enfant de trois semaines, Charlotte, que la mère allaite. Ces chambres, ou plutôt ces cabinets, sont étroils, obscurs, mal aérés ^ ils sont disposés de manière que, pour aller à la chambre occupée par la famille Krause, et à celle qu’occupe la famille Scbmitt, il faut traverser le cabinet où couchent, sur un malheureux grabat, Henckel et sa famille.
Le premier étage était occupé par la' famille Kolzinskj , composée du mari, de la femme et d’un enfant. Au plein-pied demeurait, dans une petite chambre humide et froide, la famille Muller, composée de six personnes; le mari, la femme, un fils aîné (Louis), âgé de i5 ans^ un second fils (Jules) , âgé de i o ans^ un troisième ( Charles), âgé de 4 et, enfin, un enfant de huit se-
mailles , à la mamelle. Krause a des rapports assez intimes avec le sieur Roser, compagnon de lit d’un nomme Geier, également ouvrier menuisier, demeurant dans la même rue, n° 2, au troisième étage.
Geier, le 5 septembre, à dix heures du soir, mange, avec excès, du foie en ragoût, et va travailler ensuite chez le sieur Thomas , maîtreébéniste , Juden-Strasse , n® 54- A onze heures du même soir, il se trouve incommodé par les prodromes clu choléra^ il sort de l’atelier (on ne sait oû il a été), et rentre dans son logement le 6 septembre , à deux heures du matin. Les symptômes du choléra se développent, et à cinq heures il était mort. M. le docteur Jaffe a vérifié le caractère de la maladie, par l’ouverture du cadavre.
Roser soigne son camarade de lit^ il ne tombe pas malade. Krause , après avoir été en compagnie ,de Roser, rentre dans son appartement ; personne de sa famille ne tombe malade ^ mais les rapports font connaîtie que la petite Caroline Schmitt avait l’habitude de venir dans sa chambre , e,t qu’il est probable qu’elle y est entrée à cette époque.
Le 7 septembre au soir, Caroline Schmitt tombe malade. M. le docteur Jafïë est appelé ^ il reconnaît l’existence du choléra , fait porter la petite à l’hôpital de M. Romberg, où elle a été traitée et
guërie. Le soir du 7 septembre, Frédéric Ilenckel, cordoiniier, âgé de 38 ans, apprenant la maladie de Caroline, entre dans la chambre de Schmitt, et s’arrête auprès du lit de la malade, mais sans la toucher. Dans la nuit du 7 au 8, à deux heures du matin, il est pris de vomissemens et de diarrhée ^ il est transporté le 8 à l’hôpital des cholériques, où il meurt.
La femme de Schmitt , bien portante le 8 , est prise, dans la nuit du 8 au 9 septembre, de vomissemens et de diarrhée^ elle est transportée le 9 au matin à l’hôpital , et y meurt.
Le 1 1 , Mathilde Schmitt , qui avait couché avec sa sœur, tombe malade^ elle est transportée à l’hôpital, le même jour 5 elle y est traitée et guérie. La petite Charlotte , qu’allaitait la femme Schmitt, est remise, au moment où la mère est transportée à l’hôpital , à la femme Muller , qui demeure au plein-pied , afin qu’elle lui serve de nourrice. Au moment de la remise , Charlotte était atteinte de diarrhée et d’aphthes à la bouche, qui continuent jusqu’au 20 septembre. Ce jour là , l’enfant est pris de froid violent, avec couleur bleuâtre , vomissemens et diarrhée. Le 2 ! , on la baptise, et le 22, elle expire dans la chambre de Muller. Le même jour, à sept heures du soir, Charles Muller est atteint de vomissemens et de diarrhée, etc.; il est visité, comme les autres malades de la maison, par le docteur Jaffe, qui reconnaît
îe choiera : Charles meurt dans la maison, le 28, à quatre heures du matin. A cette dernière heure, Jules Muller est atteint de vomissemens et de diarrhe'e^ il est transporté à Thopital, à huit heures du malin , et il meurt à quali e lieures du soir. Louis Muller est aussi atteint de diarrhée, le 28 septembre, à quatre heures du matin; il est transporté à riiôpilal. Les symptômes du clioléra se développent, et il meurt le 5 octobre, à six heures ' du matin, après avoir passé par l’état typheux.
La lémme Muller est prise, le 2.4, de vomissemens et de diarrhée (son mari se plaint en même temps de borborygmes et de diarrhée ). Le 25 au soir, elle est transportée à l’hopilal; les symptômes du choléra se développent ; mais la malade s’est rétablie: son mari guérit spontanément.
Le petit enfant Muller, à la mamelle, a luimême été pris de vomissemens et de diarrhée j il s’est rétabli à l’hôpital.
Enfin, dans la Juden-Strasse, n*^ 49? demeure, dans une cave mal aérée, et probablement humide, un marchand de lait nommé Sauer. Il a une femme et deux en fans; ils sont parens avec la famille Schmitt, du n° Judenhof. Le 21 septembre, apprenant que la petite Charlotte Schmitt est très-malade, ils la font venir chez eux pour la baptiser; on lui enlève ses vieux habillemens pour lui en mettre des nenf^ et on garde les vieux habits, ainsi , que quelques hardes
appartenant à la femiTic Sdimllt , mais dont le inaii leur avait (ait présent.
Le 22 septembie, l’enfant cadet de Sauer, à la mamelle, tombe malade, atteint du dioléia, et meurt. Le 28 septembre, à dix heures du malin, la femme Sauer tombe malade, avec les symptômes du choiera^ elle meurt à une heure aprèsmidi. Enfin , le 25 septembre , le mari , Joseph Sauer, â^e' de 3o ans , qu’on tenait séquestre' dans sa cave, est atteint de diarrhe'e sans douleur, et d’anorexie^ le 26, le malaise continuait. Ce même jour, son fils aine', Charles, âgé d’un an et demi, est aussi atteint de diarrhée^ le 29 septembre, ils étaient tous deuy^ rétablis.
INégligeons, pour un instant, les réflexions que doit faire naître celte intéressante, mak» effrayante observation, et continuons à exposer de nouveaux faits, qui semblent favorables au système de la contagion.
Le docteur Calow, âgé de 32 ans , avait la diarrhée, depuis dix ou douze jours, lorsque le choléra édatfi dans Berlin. Il était persuadé que le choléra n’était pas contagieux. Assistant à l’autopsie d’un individu mort du choléra, il goûte le sang du ventricule droit du cœur^ le lendemain, en visitant plusieurs cholériques, il se frotte le front de la sueur d’un d’eux, et rentre chez lui , fatigué des soins qu’il venait de donner à un menuisier, malade du choiera. Le corps tout
en sueur, il se jelle sur un canapé et s’endort. A son réveil, la tête est lourde, le corps refroidi, un malaise général profond se fait sentir. Bienlot tous les symptômes du choléra se déclarent^ le docteur Calow meurt en peu d’heures.
Pendant f|ue cet événement se passait, le maître de la maison revient de la chasse aux’ canards ; il y était resté toute la journée, avait eu froid, et avait conservé ses vêtemens mouillés. En entrant chez lui, il apprend la maladie du docteur Calow; la peur le saisit, et il s’enferme dans ses appartemens, lui et sa famille, mais sans avoir eu de communication avec le malade, ni avec les personnes qui lui donnaient des soins.
Le lendemain, il tombe malade et meurt; sa femme le suit de près; deux enfans, l’iin âgé de g ans et l’autre de lo, succombent immédiatemej]t après; la servante tombe malade à son tour, et elle guérit: nous l’avons vue convalescente à l’hôpital de M. Bœhr.
Pendant la maladie du docteur Calow, beaucoup de personnes l’ont visité, l’ont touché; ces mêmes personnes se sont répandues dans la ville, et aucune d’elles n’a vu le choléra se développer dans leur famille ou chez les personnes avec qui elles avaient des relations intimes : l’exactitude de ces circonstances nous a été affirmée par M. le docteur Casper,
La réapparition du choléra dans les maisons
OÙ il s’est déjà développé, est encore im fait que les médecins contaf^ionistes donnent en faveur des idées qu’ils défendent. Or, les exemples de ce genre se sont fréquemment montrés à J3erlin ^ voici le résultat des recherches faites à ce sujet (i).
Depuis le 3i août jusqu’au 26 septembre i83i, le choléra a reparu dans les maisons où il s’était déjà montré:
65 fois après 1 jour.
Il 5
5 Il
Si le choléra attaque fréquemment, disent en-; core les partisans de la contagion, les personnes qui ejitourent les malades ou leur donnent des
(i'' Ces recherches ont clé faites par M. L. Blesson. — Voyez Berliner Choler-a-zeitmi^ ^ n° 5.
(a) Les cas de récidive, le neuvième jour, sont incertains^ il n’y en a pas eu les i j , i5, i6 et ij.
soins assidus, il faudra bien adinellre qu’il est contagieux^ or, les faits observes à Berlin prouvent que le choléra a souvent atteint les médecins et les gardes-malades.
Dans l’hôpital de M. Bœhr, sur trois médecins internes chargés du service de la maison, deux ont eu le choléra. Sur dix gardes, six ont été malades : trois femmes et trois hommes^ l’un de ces derniers est mort.
Dans riiôpital de M. Gasper, trois femmes gardes-malàdes ont été atteintes du choléra^ un médecin interne en est mort, et un pharmacien a été malade.
Dans l’hôpital de M. Romberg, les faits ont encore parlé plus haut. Presque tout le monde a été malade. M. Romberg, lui-même, a été atteint du choléra^ les trois médecins internes ont été plus ou moins indisposés^ la plupart des infirmiers et infirmières ont éprouvé l’influence des miasmes morbifères.
Tels sont les faits les plus importans, observés à Berlin, et qui, selon les contagionisles, prouvent l’exactitude de leur opinion.
Voici, maintenant, les faits que leur opposent les m’édecins non-contagionistes , et les argumens sur lesquels ils s’appuient pour repousser la doctrine de leurs adversaires.
Et d’abord, disent-ils, remarquez le développement et la marche de l’épidémie dans Berlin.
( iC6 )
Dans la nuit du 29 août, un batelier meurt du choiera, près de Cliarloltenliourg. L’autorité prend les précautions les plus minutieuses pour empêcher toute communication, et, cependant, le lendemain, à deux heures du matin, un second batelier meurt du choléra, dans la ville même de Berlin. Le 3o août, un cordonnier succombe également à la même maladie^ enfin, le choléra éclate bientôt dans tous les quartiers, et il n’est plus possible d’apprécier les circonstances qui environnent son développement.
Comment expliquer cette rapidité de communication? Peut-on admettre que tous ces individus ont eu des rapports entre eux? La supposition irest pas admissible, puisqu’on voit que ces individus étaient séparés par de grandes distances. D’ailleurs, une difficulté se présente CU' core. Le batelier Wegener, mort le 29 août, n’aurait pu Introduire le choléra dans Berlin, qu’en venant dans la ville : aucun renseignement n’indique qu’il j ait été^ mais, en admettant le fait comme démontré, ce serait alors dans ses vêtcmens qirll aurait apporté le germe du choléra. Mais que devient cette supposition, lorsqu on sait que les médecins qui visitaient journellement les hôpitaux, touchaient les malades, ouvraient les cadavres, sortaient des établisseraens destinés aux cholériques, se répandaient dans la ville et se mettaient en communication avec tous les ha-
bitans, sans subir de quarantaine, sans changer de vêlemens, et, très-souvent, sans se fumiger, quoique , pour la forme, on dût , avant de sortir , se purifier par !e chlore f Certes , ces circonstances étaient favorables pour la contagiou , puisque, tous les jours, cinquante à soixante personnes venaient dans les hôpitaux et en sortaient. Et, cepetidant, on ne cite pas un seul exemple qui tendrait à faire croire que le choléra ait jamais été communiqué de cette manière. Un médecin contagioniste, il est vrai , nous avait rapporté un fait contraire à l’assertion que nous venons d’émetti e ^ nous avons voulu le constater aussitôt, et nous avons trouvé qu’il était complètement faux.
A côté de ces faits généraux , voici quelques observations particulières qui viennent appuyer l’opinion des médecins non-contagionistes.
M. Kruger, professeur au gymnase de Joachimsihali, avait habité la campagne, avec sa famille, une grande partie de l’été. 11 rentre à Berlin , dans les,premiers jours du mois d’août, un mois, à-peu-près, avant l’apparition du choléra, et il s’enferme dans ses appartemens , où il prend les plus grandes précautions pour éviter toute communication suspecte.
Le 4 octobre , on lave les chambres à coucher 5 le lendemain, toute la famille, excepté un enfant de onze mois , sévré depuis deux , mange du melon.
( 'fis )
Dans la nuit, cet enfant est pris, tout-à-coiip, de vomissemens et de diarrlice. Tons les accidens du cliole'ra se déclarent et marchent avec une grande rapidité: l’enfant meurt, huit heures après l’apparllion des premiers symptômes de la maladie.
Le lendemain, un garçon de 7 ans tombe malade dans la matinée ; les accidens du choléra se manifestent^ l’enfant meurt à neuf heures du soir.
Le lendemain de la mort de cet enfant, la mère et un enfant de 3 ans sont pris du choléra, et meurent après onze heures de maladie.
Le père n’a rien éprouvé^ mais un dernier enfant, rachitique, d’une très-faible constitution, a ressenti quelques légers prodromes du choléra; ils se sont promptement dissipés.
Yoici des observations plus Remarquables , et, surtout, plus concluantes.
Le palais de Charloltenbourg, distant de Berlin de deux lieues environ, avait été complètement cerné; toutes les communications étaient interceptées, et l’on ne pouvait en approcher qu’à la distance de dix pieds. Malgré cet isolement, fidèlement observé, une femme, chargée de faire les lits dans le palais, tombe malade du choléra, et meurt le 10 octobre. Ce fait nous a été affirmé par M. l’inspecteur en chef de la police de Berlin.
L’amour maternel, poussé jusqu’à l’égarement,
nous offre plusieurs traits qui semblent surpasser ce que les épidémies nous avaient, jusqu’ici, montré d’élonnant et de pénible.
Une femme, qui nourrissait un enfant de 6 mois, tombe malade du choléra. Malgré les plus vives instances, elle ne voulut pas se séparer de cet être malheureux^ elle meurt dans la nuit, et, le lendemain, l’on trouva l’enfant suçant le sein du cadavre de sa mère. L’enfant n’éprouva aucun dérangement dans sa santé.
Ce fait a été observé, à Radomsk, par le docteur Plust.
Deux observations semblables nous ont été communiquées par le docteur Hardeyg, qui les avait recueillies à Posen. La première de ces femmes, nommée Beille Hirsch, juive, âgée de 3o ans, tomba malade le 19 août elle
était convalescente le 24.
La seconde, appelée Rosine Balzaczki , âgée de 36 ans, fut atteinte du choléra le 2 septembre^ elle mourut le 4*
Dans les deux cas, les enfans n’ont pas quitté la mamelle, et ils n’ont pas éprouvé la moindre atteinte du choléra.
Enfin, comme pour fournir toute espèce de preuves, je me suis fortement blessé au pouce gauche, en faisant l’ouverture d’un cadavre. La scie dont je me servais pour ouvrir le crâne, a glissé et a divisé les tissus du doigt, jusqu’à l’os.
( no J
Le jour precedent, je m’étais enfoncé, sans le vouloir, dans le petit doij^t de la main droite, la pointe d’une lancette chargée du sang d’un homme qu’on venait de saigner. Jamais inoculation ne fut plus complète et plus réelle, et, cependant, sans prendre aucune précaution, il n’en résulta aucun dérangement de la santé.
Nous venons de présenter, avec impartialité, des faits recueillis consciencieusement. Nous les livrons, sans commentaire, au jugement du lecteur^ il y puisera des argumens pour soutenir le système cpii lui paraît le plus vraisemblable.
Pour nous, voici l’opinion que nous nous sommes formée, en analysant la valeur de chaque fait.
L’observation recueillie par M. Gosse paraît, sans doute, très-favorable au système des contagioïiistes. Quelle suite d’événemens funestes et comme liés entre eux ! On croit voir le poison mortel transmis par chaque malade, et ne s’épuiser que lorsqu’il ne reste plus de victimes à frapper. Cependant, en examinant les circonstances au milieu desquelles le choléra s’est propagé, nous voyons une misère profonde, une alimentation incomplète et malsaine, une habitation insalubre, enfin, nous trouvons toutes les causes reconnues favorables au développement de la maladie. Aussi , au lieu de contagion, peut-on fort bien admettre que les accidens ne se sont montrés presque simultanément chez tous'', que parce que la cause
morbifère agissait à la fois chez'cliacim d’eux. Cette opinion, que beaucoup d’autres considcrations pourraient appuyer, nous paraît la plus probable.
L’observation du docteur Calow ne nous semble pas plus concluante en faveur du système des contagionistes. Nous voyons bien, il est vrai, ce médecin exécuter des expériences repoussantes visiter des malades et contracter bientôt le choléra^ mais il faut aussi remarquer que le docteur Calow avait la diarrhée depuis douze ou quinze jours, qu’il s’était refroidi, étant en sueur et après une fatigue excessive , circonstances qui suffisent seules pour produire le choléra.
La réapparition fréquente du choléra, dans les maisons où il s’était déjà montré, se conçoit facilement, puisque ces maisons présentaient des dispositions locales qui favorisent l’apparition de la maladie.
Tous ces faits, à nos yeux, ne prouvent pas la. contagion.
Mais comment expliquer la fréquence du choléra chez les personnes qui visitent assiduement les malades ou qui vivent constamment avec eux? Ici, il faut en convenir, l’influence d’une cause délétère se fait cruellement sentir , et l’on ne saurait la nier, lorsqu’on voit six gardes, sur dix, tomber malades, et presque tous les médecins et infirmiers d’un autre hôpital éprouver le même sort: ces exemples prouvent donc que la frécjuenta-
lion des hôpitaux ou le séjour prolongé dans des lieux qui renferment des individus attaqués du choléra, suffit pour faire naître la maladie. Il y a donc contagion!^ non : le mode de transmission que nous venons d’établir se nomme infection 5 c est-à-dire , que les miasmes morbifères n’ont pu exercer leur action , qu’en s’introduisant dans les poumons par voie de la respiration. Pour qu il y eut contagion^ il faudrait que la maladie se transmît par le contact immédiat^ ainsi, l’on verrait le choléra se développer pour avoir touché des malades ou avoir porté des vêtemens et auti’es substances inertes, imprégnées de miasmes produits par la maladie : c’est de cette manière que se communique la gale, la variole, etc. Il n’existe point d’exemple de semblable propagation du choléra dans Berlin.
Cette discussion n’est point une question de mots : des mesures sanitaires fort différentes sont les conséquences de l’adoption de l’une ou de l’autre de ces deux opinions (i).
Nous admettons donc que le choléra peut se transmettre par infection^ mais ce n’est pas la seule cause du développement de cette redoutable maladie. Comment, en effet, expliquerait-on le développement du choléra, chez les personnes qui
(i) Cette importante question est traite'e, avec les développemens qiCelle exige, dans V Histoire médicale et topographique du Choléra—morbus (page 5&) , que j’ai publiée en i83i.
vivent séquestrées dans leurs appartemens, et qui n’ont aucune communication avec les |iei'soniies étrangères. L’observation de celte femtne morte dans le palais du Roi, est un fait qu’il ii’esl pas possible d’attribuer à ^infection. Cet exemple, et plusieurs autres fort analogues, nous conduisent à admettre la présence, dans l’atmosphère, d’une cause inconnue et insaisissable , qui n’allend plus qu’un concours de circonstances favorables pour faire naître le choléra.
Ce n’est qu’ainsi que nous paraît s’expliquer ce changement extraordinaire survenu dans notre organisme, changement qui transforme rapidement en choléra, un excès de table, qui n’eût produit, dans un temps ordinaire, qu’une gastrite ou une indigestion.
Ce qui peut encore confirmer cette opinion, c’est que , pendant une épidémie de choléra , un grand nombre de personnes ressentent en elles des sensations inaccoutumées^ douleurs dans les membres, crampes passagères, coliques, diarrhée légère, pesanteur de tête, etc.
Ces faits et ces considérations nous conduisent donc à penser que le choléra se transmet de deux manières : i° par une influence atmosphérique inconnue^ 2® par infection.