‹ Observations sur l'epidemie dyssenterique qui a regne a l'ecole de Mars, au camp des Sablons, dans l'an II de la RepubliqueChapitre 24 sur 27 · DOUZIÈME OBSERVATION · texte numérisé non relu

DOUZIÈME OBSERVATION

Transfusion cia sang.

Femme de 65 ans. — Symptômes du choiera très-développcs. — Transfusion du sang par les veines jugulaire gauche et médiane du bras gauche. — Quatre onces sept gros de sang sont iutro- (Jiiîts. — Aucun phénomène remarquable ne se développe. — Mort six heures après l’opération (i).

Le même jour, i5 octobre i83i , à dix heures du matin, la transfusion est opére'e sur la veuve Weber, âge'e de 65 ans. Cette femme, tombée malade dans la nuit, est entre'e à Thopital de M. Boehr, le i5, à huit heures du matin. Le fils de cette femme est aussi malade du choléra ^ il est dans le même hôpital depuis trois jours.

Lorsque je vis la malade, elle offrait les symptômes suivans : Yeux enfoncés , entourés d’un cercle brunâtre^ joues creuses, pommettes saillantes^ langue froide^ mains et pieds froids^ absence complète de pouls^ vomissemenset déjections rares ^ il n’y a eu qu’un seul vomissement depuis l’entrée à l’hôpitalj présence d’esprit entière. La malade n’a pris aucun médicament aetif^ elle n’a reçu qu’un bain de vapeurs.

M. Dieffenbach procède à la transfusion. La veine médiane du bras gauche est ouverte dans la longueur d’un demi-pouce^ il en sort très-peu

(i) Ces deux observations ont été lues à la séance de l’Institut du 2 3 novembre i83i.

de sang^ on y introduit un tuyau de plume, qui sert à injecter le sang d’un élève blond, petit, âgé de 23 ans et demi. La première injection fait pénétrer une once de sang; elle ne produit aucun effet. La deuxième injection introduit la même quantité de sang; la malade fait alors deux inspirations un peu précipitées ; il y a un peu d’agitation dans les yeux; on lui donne à boire de la tisane de menthe, et elle boit avec facilité; fe lui demande si elle souffre ; elle répond que non.

L’opérateur voulant introduire une plus grande quantité de sang, ouvre la veine jugulaire gauche; il injecte d’abord un gros d’eau tiède , pour s'assurer qu’il n’existe pas d’obstacie au cours du sang; puis il injecte aussitôt, mais en deux fois, deux onces sept gros de sang. La malade n’éprouve rien. Toute la journée s’est passée tranquillement; le pouls n’a pas reparu; les accidens ont suivi leur cours , et la mort est arrivée à quatre heures après midi, six heures après l’opération.

/ Nous nous abstenons de réflexions sur ces observations; les faits pai lent assez haut pour qu’on puisse se dispenser de commentaires. Ces observations, d’un grand intérêt pour la science, serviront peut-être l’humanité; elles éviteront à quelque malheureux d’être victime d’une nouvelle expérience.

Ainsi que nous devons le remarquer, la médecine n’est point restée inactive en présencé du

choiera^ mille moyens, parmi lesquels de très^ énergiques, ont ete diriges contre cette l’edoii table maladie, et, presque toujours, infructueusement.

Que ces insuccès n’elTraient point! Les causes en sont connues, et il en est plusieurs qu on peut éviter. Incontestablement, la cause principale de la mortalité est dans le trouble profond des organes les plus importans à la vie^ mais l’empirisme qui, jusqu’à présent, a presque toujours dirigé le traitement du choléra , est aussi une des causes puissantes des revers éprouvés par la médecine. Qu’on examine l’état des organes et la nature des remèdes usités , et l’on sera effrayé de la hardiesse avec laquelle les médicamens les plus violens étaient administrés! Cette méthode aveugle et redoutable ne saurait être employée dans un pays où la médecine est arrivée à un haut degré de perfection : la phj^siologie et l’anatomie pathologique doivent guider le praticien et lui indiquer les bases du traitement à suivre.

Or, quels enseignemens nous ont apportés ces branches importantes des sciences médicales? Elles nous ont montré qu’il existe, chez les malades atteints du choléra, des accidens nerveux, souvent très-graves ^ une inflammation plus ou moins profonde du tube digestif, et fréquemment des traces de congestion dans plusieurs organes parenchymateux. Ainsi, trois phénomènes pathologiques appdraissent et se compliquent : accidens nerveux^

inflammalion ^ 3^ congestion. C’est donc contre celte triple complication morbide, que les moyens me'dicaux doivent être dirigc's.

Au début du choiera, ce sont les accidens nerveux qui se prononcent et prédominent: ainsi, l’on voit apparaître les crampes, le froid de la peau et de la langue, l’anxiété, l’agitation, les mouvernens convulsifs, etc. ^ mais en même temps les phénomènes de congestion se manifestent: les lèvres sont bleues, les extrémités violettes, la respiration devient très-courte , le pouls est nul ou excessivement faible.

La première indication , dans cette occurrence, doit être de combattre les accidens nerveux, en même temps qu’on s’efforcera de diminuer la congestion intérieure, en activant la circulation aux extrémités et à la périphérie du corps.

Les moyens propres à atteindre ce but sont les bains de chaleur, les frictions, les divers irritans de la peau, les boissons adoucissantes, et, dans quelques circonstances, légèrement stimulantes.

Contrairement à l’opinion reçue, la température des bains de chaleur doit être peu élevee, c’est-à-dire, ne jamais dépasser 35 à degrés Réaumur. Les bains trop chauds occasionnent les plus graves accidens : loin de diminuer la congestion qui s’est opérée dans les organes parenchymateux , et notamment dans les poumons , 'ils

l’augmentent en accélérant la respiration^ ^ talion, l’anxiété s’accroissent, et l’on est forcé de retirer le malade du bain ; la température venant à baisser, le sang, appelé momentanément vers la peau, est bientôt refoulé à l’intérieur 5 les accidens s’agravenl, et le mal est irréparable (i).

Les bains donnés, au contraire, à une température iiiodcree , c’esl-a-dire , a ou 35 degres, communiquent à la peau une douce chaleur qui, peu à peu, pénètre les muscles en rétablissant la circulation. Les bains, administrés de cette manière, peuvent être prolongés long -temps, c’est-à-dire, une heure et même davantage ^ celle condition est importante , sans quoi la peau n’étant échauffée qu’à la surface, se refroidirait bientôt. Les bains de courte durée, de dix minutes, d’un quart-d’heure , sont plus nuisibles qu’utiles^ ils fatiguent le malade, sans remédier à aucun acciden t.

Si le malade a bien supporté le bain de chaleur, si l’on remarque une amélioration dans les accidens, il faut y recourir de nouveau, dès qu’on s’aperçoit que la peau se refroidit. Ce moyen est d’une grande efficacité, mais il exige beaucoup de soins et d’intelligence dans son application : le médecin doit soigneusement éviter d’en confier la direction à des mains inhabiles.

(i^ Voyez, page 5i , tes remarques sur l’application de la chaleur.

Beancoiip d’appureils ont ëlé inventes pour administrer des bains de chaleur : la plupart présentent de grands inconvéniens, et quelquefois des dangers. Tels sont les appareils de Schneider, de Struve, etc. L appareil auquel nous donnons la préférence est celui du docteur IVeef, de Francfort-sur-le-Mein. Il réunit beaucoup d’avantages : la construction en est simple, facile, peu coûteuse; le mode d’application en est très-prompt et nullement fatigant pour le malade (i).

Dans cet appareil, l’air chaud pénètre par la partie supérieure, et il retombe en larges couches sur toutes les parties du malade. Dans l’appareil de Schneider, au contraire, l’air chaud arrive par une foule d’ouvertures pratiquées à des cylindres-conducteurs placés près des membres du malade, dont ils brûlent la partie externe, tandis que la partie interne n’est pas même échauffée : ce grave inconvénient empêche les malades de rester un temps un peu long dans le bain de chaleur.

Un des grands avantages de l’appareil de Neef, c’est que le malade reçoit le bain dans son lit;

(i) Voyez, pour la construction de cet appareil, la planche et l’explication placées à la fin de l’ouvrage.

Cet appareil fonctionne avec une promptitude et une puissance e'tonnantes. D’après des expériences faites récemment à l’hôpital d’instruction de Metz, le thermomètre s’est élevé, en 8 minutes, à 56 degrés centigrades, et en 38 minutes, à go degrés. On conçoit tout le parti qu’on peut tirer de cet appareil , puisqu’on en modère l’activité à volonté.

il n’est gène ni par le poids des couvertures, ni par la position qu’il doit prendre^ il conserve la faculté de mouvoir les membres comme il le désire ^ le médecin peut aisément apprécier les changemens que le pouls éprouve^ enfin, l’on peut augmenter ou baisser graduellement la chaleur , avec la plus grande facilité.

L’appareil que nous proposons , lorsqu’il sera connu et apprécié, remplacera, nous l’espérons, ces boîtes fumigatoires employées aujourd’hui, et dont l’usage est si difficile et le prix si élevé (i).

Peu de temps après que le malade est sorti du bain de chaleur, il faut commencer les filetions sur la peau. On peut les faire avec une flanelle sèche; mieux vaut la tremper dans une liqueur excitante et chaude : on peut se servir de vinaigre, dans lequel on aurait fait infuser des substances irritantes; l’ail, les cantharides, la moutarde, le poivre, etc.

Ces frictions doivent être faites avec précaution : il ne faudrait pas qu’elles fussent assez rudes pour écorcher la peau; la douleur qu’elles occasionneraient tendrait à augmenter encore le trouble nerveux. Les frictions n’ont d’autre but que de conserver à la périphérie le sang appelé par le bain de chaleur. Les frictions et les bains de chaleur sont deux moyens d’une grande puissance ;

(0 .Les boîtes fumigatoires employées dans les hôpitaux et les bains publics, coûtent 200 fr.' au moins; l’appareil que nous proposons coûte u5 francs au plus.

ils se secondent réci[)roqneinenl^ appliqués isolément, ils perdent une grande partie de leur ellicacité.

Les fluides alcooliques ne doivent pas être employés pour les frictions^ la proinplilude de leur vaporisation tendrait cà diminuer la chaleur de la peau, au lieu de raiigmenter.

Lorsque les crampes des mollets sont violentes, et que la douleur qu’elles occasionnent menace de déterminer des convulsions, il faut les calmer par l’application, sur le siège même des douleurs, de cataplasmes de farine de graine de lin et de safran : on peut encore employer le laudanum de Sydenham, à la dose de 3o à gouttes sur chaque cataplasme.

L’application des cataplasmes n’empêche ni l’administration des bains, ni l’emploi des frictions.

Durant l’emploi des divers moyens externes qui viennent d’être indiqués, il convient d’administrer au malade des boissons adoucissantes, chaudes ou lièdes. On ne doit les donner qu’à très-petites doses, afin de ne pas provoquer les vomissernens. L’infusion de menthe poivrée a été singulièrement vantée, mais rien ne justifie la réputation qu’on lui a faite ; les infusions de mélisse, de tilleul, de violette, etc., peuvent fort bien la remplacer. Si le malade éprouve une soif vive, et qu’il ait une appétence prononcée pour les bois-

sons froides et même la glace, il faut les lui donner , pourvu que la peau ne soit pas en transpiration. Les boissons adoucissantes doivent être administrées exclusivement lorsque la soif est intense, car ce signe annonce une vive inQam— mation de l’estomac : alors on donnera l’orangeade, l’eau de cbiendent, l’eau gommée, etc. ^ ces boissons seront prises à très-petites doses, une ou deux cuillerées à la fois, afin de ne pas provoquer les vomissemens.

La pojLÎon de Rivière a été préconisée par quelques médecins recommandables^ mais les succès n'ont pas répondu aux espérances qu’ils avaient conçues ; il en est de même de l’opium et de toutes ses préparations. Ce médicament, donné à haute dose, peut devenir dangereux^ car l’un de ses efifels est d’au^meiiter la congestion du cerveau.

Quant aux boissons stimulantes, celles qui contiennent de Vaminoniaqiie ^ du camphre^ ou autre substance fortement excitante, elles doivent être sévèrement bannies. L’état d’inflammation de l’estomac exige et explique cette proscription.

Les bains d’eau simple ou acidulée avec l’acide nitrique, ont été conseillés et administrés an début du choléra. Ce mojen n’est pas mauvais, mais il ne vaut pas le bain de chaleur. En efiet, donnés tièdes, les bains d’eau n’excitent pas la jîeau et laissent le sang refoulé à l’intérieur^ administres chauds, ils gênent la respiration et augmentent le trouble nerveux au lieu de le calmer. Tous les in-

dîvidus à qui nous avons vu prendre des bains chauds ne pouvaient y rester que quelques mitiutes, ils y éprouvaient une anxiété profonde.

Si l’on ne possédait pas l’appareil calorifère dont nous avons parlé, il faudrait, pour réchauffer le malade, l’envelopper de couvertures chaudes, lui placer sur les jambes, les cuisses et les bras, des sachets dé sable chaud, ou employer quelque autre moyen analogue, en prenant toujours le soin de ne pas fatiguer la poitrine.

Lorsque l’insensibilité paraît profonde, il faut appliquer des sinapismes actifs sur les jambes et les cuisses, et les renouveler s’ils paraissent ranimer le malade.

Quant aux moxas et aux brûlures avec un fer chaud, je n’en ai pas vu retirer des avantages assez marqués pour en conseiller l’emploi.

Lorsque la période nerveuse a été efficacement combattue par les moyens indiqués, la réaction commence et les phénomènes inflammatoires se manifestent. C’est alors que les déplétions sanguines doivent être employées. Si le sujet est jeune, d’une bonne constitution, et que la respiration soit encore gênée par l’accumulation du sang dans les poumons, une saignée du bras doit être pratiquée^ si le sang ne coule pas bien, il faut placer le membre dans un bain d’eau chaude , ou mettre sur la partie antérieure de l’avant-bras des éponges trempées dans de l’eau diaude : celte saignée devrait être répétée le jour

même, si le pouls s’est élevé, ou que l’on vit les pliénomènes de congeslion de la poitrine ou de la tête augmenter au lieu de diminuer. Les saignées ne devront jamais être trop abondantes, car l’on conçoit tous les inconvéniens de la syncope chez un sujet dont la vie est à demi éteinte : il est prudent de ne pas tirer plus de six ou huit onces de sang à la fois.

Chez les personnes affaiblies par l’àge ou des maladies antérieures, il faut être circonspect sur l’emploi de la saignée ^ elle est souvent nuisible : les sangsues ou les ventouses conviennent mieux. Ces deux moj'^ens doivent surtout être employés lorsque le malade ressent une douleur fixe dans un des points de la poitrine, et ce cas n’est pas rare. Si la congestion de sang prédomine à la tête , les sangsues seront placées derrière les oreilles ou aux tempes.

Dans cette période de réaction, il faut spécialement s’occuper des désordres du tube digestif, car ce sont eux bientôt qui constitueront la gravité de la maladie. Si l’épigastre est douloureux, il faut v appliquer des sangsues, quand les forces du malade le permettent^ puis l’on y placera un cataplasme de farine de graine de lin. C’est à cette époque que les bains tièdes conviennent, et souvent ils rendent de grands services, en faisant disparaître quelques accidens nerveux qui persistent, et en calmant l’inflammation qui se 'développe.

Les boissons froides ou à la glace, et légè-

renient ncidiili'es , floiveipt être exclusivement employées^ si les vomissemens continuent, on essaiera (le nouveau la potion de Rivii'-re ou la limonade gazeuse. La diai i lice sera combattue par des lavemens adoucissans , composés a\ ecde Tcau de mauve, de guimauve, et mieux encore avec Feau de pavot, dans laquelle on aura délayé un peu d’amidon.

Lue diète rigoureuse doit être observée; il serait de la plus grande imprudence de céder aux sollicitations du malade, dont l’appétit se développe quelquefois à cette époque de la maladie.

Lorsque la période de réaction n’a pas été arrêtée par les antiphlogistiques, le passage du choléra à l’etat typbeux se manifeste (i). De nouvelles dilîicultés attendent ici le médecin. Quels moyens doit -Il employer pour combattre les accidens fâcheux qui se développent?

Tout est relatif à la position du malade. S’il est jeune et non aiTaibli par une maladie antérieure, ou par des évacuations sanguines abondantes, il faut renouveler une application de sangsues derrière les oreilles. Si le coma augmente au lieu de diminuer, il convient d’appliquer un vésicatoire à la nuque , de, placer des sinapismes, aux mollets , de mettre des vésicatoires volans sur les cuisses; enfin, d’employer tous les mojens révulsifs qu’indique la médecine pour s’opposer

(O Les signes qui annoncent le passage du cliole'ra à IVta^ typlieux ont été exposés ]>age i3o.

à rirrîtalion du cerveau et à la congestion de cet organe.

Si Ton ne re'ussit pas à diminuer les accidens, il faut se garder de vouloir trop faire ^ on laliguerait inutilement le malatle. On doit se rappeler que ranatoraie pathologique nous a lait reconnaître dans le tube digestif des individus malades du choléra, des altérations organiques profondes, que le temps et un traitement bien dirigé peuvent seuls détruire. Le médecin qui comprend l’importance de ce fait, ne se laisse point entraîner à l’espoir de guérir vîte, et il se met en gaialc contre l’empirisme ou les suggestions de fausses doctrines.

Tel est l’ensemble des moj^’ens qui seront dirigés contre le choléra, et l’ordre dans lequel il con\ient de les employer^ la promptitude avec laquelle ils doivent se, succéder, dépend de la gravité et de la marche des accidens. Cependant, empressons-nous d’énoncer qu’il n’j- a rien d’absolu dans le traitement que nous venons d’indiquer. Ainsi, quoique nous ayons admis que la saignée et les sangsues conviennent au moment de la réaction , cependant si le malade, antérieurement à l’invasion du choléra, était naturellement faible ou accidentellement alhiibli , s’il porte une inflammation chronique d’un organe important, s’il est trèsirritable ou tres-âgé, l’emploi des saignées devra, dans ces circonstances,- être fort restreint. L’expérience a prouvé que, toutes les fois qu’une violente

inflammation aiguë vient s’ajouter à une inflammation cliionique, le danger est très-grand et la mort presque certaine, et que, dans un cas de celte nature, si l’on emploie des dëpJëlions sanguines abondantes, le mal s’aggrave. Or, comme il est reconnu que le choiera se développe spécialement chez les personnes adonnées à la débauche, ou chez celles qui font habituellement usage d’alimens de mauvaise qualité , causes très-actives et très - fréquentes d’inflammation chronique de l’estomac, on concevra qu’il doit alors y avoir des inconvéniens à faire de larges saignées ^ d’où il suit que des praticiens très-recommandables, mais qui n'avaient eu à traiter qu’une classe de malades, ont dédaigné ou repoussé tous les faits qui leur étaient opposés, pour ne consulter que leur expérience incomplète. C’est ce qui est arrivé aux médecins chargés spécialement, dans les villes, du traitement des pauvres^ ils ont, presque tous, rejeté la saignée, parce qu’ils n’avaient eu à soigner que des hommes affaiblis par des privations.

Les médecins militaires ayant, au contraire, à traiter presque constamment des jeunes gens forts, bien constitués, et qui, par cela même, supportent facilement et avec avantage les pertes de sang, ont conseillé la saignée et la saignée répétée.

Dans cette occurrence difficile, c’est au médecin habile qu’il appartient de bien étudier les antécédens du malade, sa position présente, les ressources de sa constitution, et vingt antres circonstances qui

doivent influer sin" la marche de la maladie. Prétendre ne consulter que les faits eux-memes , c est s’exposer à mille erreurs, à mille fautes irréparables. L’expérience ne consiste pas dans la connaissance des faits, mais bien dans leur appréciation.

La corwalescence exige beaucoup de prudence et de précautions. Lorsque la maladie se termine promptement, les organes digestifs se rétablissent avec rapidité^ l’appétit se prononce, et les alimens sont facilement digérés: toutefois, il faut prendre garde de se laisser entraîner par les sollicitations du malade^ car les- rechutes sont très-dangereuses, souvent mortelles. Chez un grand nombre de malades, quand la convalescence est franche, la faim est fort vive, et les écarts de régime sont fréquens.

Les alimens qui conviennent pendant la convalescence du choléra, ne diffèrent point de ceux qu’on emploie à la suite de toutes les maladies graves; on donnera, d’abord, des bouillons maigres, puis des bouillons gras simples, ou avec des fécules^ enfin, l’on arrivera progressivement aux alimens solides et de facile digestion.

Lorsque la convalescence succède à l’état typheux , il faut être encore plus circonspect que dans le premier cas^ car la membrane muqueuse a été violemment compromise. Le médecin observera avec beaucoup d’attention l’état du pouls et de la langue,. et s’il remarque le moindre changement produit par l’excitation des or-

ganes de la digestion , il doit arrêter sur-le-champ ralimentatiori , et faire recommencer la diète, pendant un ou plusieurs jours.

Le malade doit soigneusement se garantir du froid et de riiumidité ^ il doit éviter les veilles, les occupations fatigantes de l’esprit , et toutes les émotions cpii peuvent ébranler le système nerveux. ,

Nous ne nous étendrons pas plus longuement sur les soins à donner pendant la convalescence du choléra , car , nous le répétons , ce sont ceux qui conviennent à la suite de toutes les maladies graves.

Eæiite-t-iL des moyens préservatifs du choléra F

Cette question, chaque jour reproduite, ne doit pas être confondue avec celle-ci : Y a-t-il un spécifique contre le choléra ? A cette dernière , nous pouvons répondre non , cent fois non , et nous affirmons cju’on ne doit avoir aucune confiance aux moyens qu’invente le charlatanisme et que la cupidité préconise : le bismuth , l’huile de cajéput , et vingt autres remèdes vantés dans les journaux , sont des médicarneus dangereux , et contre lesquels nous ne saurions trop prémunir la crédulité publique.

Mais s’il n’y a pas de spécifique contre le choléra, il existe des moyens préservatifs j ils se trouvent dans l’observation rigoureuse des règles de l’hygiène, et ces règles peuvent se résumer

( I-'ÏS )

en trois mots : sobriété , propreté , fermeté cV esprit.

On a publié un grand nombre d’instructions sur les soins à prendre pour se préserver' du choléra^ voici à quoi se réduisent les sages préceptes qu’elles renferment.

Eviter toutes les émotions fortes de l’àme : la colère, la fia}'eur, les plaisirs trop vifs, etc.

Entretenir la salubrité dés habitations , par des’ courans ' d’air habilement ménagés, et en ayant soin de ne pas coucher en trop grand nombre dans là même pièce. On doit se servir de' chlore ou d’eau chlorurée, pour purifier les apparlemens et les locaux où des miasmes existent ou peuvent se former. Les habitations humides, obscures, mal aérées', doivent être abandonnées.

Il faut soigneusement éviter de laisser séjourner, ‘ près des habitations, des substances en putréfaction ou susceptibles d’éprouvèr des altérations qui vicieraient l’air.

Il faut s’abstenir de tout excès ^ les écarts dé ' légime sont les causes les plus fréquentes du développement du choléra.

Il est indispensable de se prémunir contre le froid: il est bon, à cet effet, de porter des vêtemens de laine, et, surtout, d’entourer le ventre d’une ceinture de flanelle. Lorsqu’il fait chaud,' ou quand' on est en siieur,'il faut se garder de prendre des boissons froides ou à la glaée: des

imprudences de cette nature ont occasionné la mort d’un grand nombre de personnes.

Lorsque le choléra règne, il n’est pas prudent de changer tout-à-coup ses habitudes, si, cependant, elles n’ont rien de vicieux. Ainsi, les personnes qui ont l’habitude de prendre , après leur dîner, un peu de vin pur, du café, ou un petit verre d’eau-de-vie, peuvent continuer, si leur estomac supporte ces stimulans sans en être fatigué.

Les repas doivent se composer d’alimens sains et de facile digestion ; ainsi, il faut éviter les viandes noires et faisandées, le gibier, la viande de porc, les huîtres, les moules, les œufs de poisson, etc. Parmi les légumes, il faut s’abstenir des haricots secs, des pois, des fèves, de la choucroute ; règle générale, l’on doit se priver de tout ce que l’estomac ne digère pas bien, lors même que l’aliment qu’on désire serait regardé comme étant d’une nature très-saine.

Il est nécessaire de prendre un exercice modéré ^ mais un exercice ou un travail violent fatigue et épuise.

Les veilles prolongées, et les travaux d’esprit, poussés avec ténacité , augmentent encore les dispositions à contracter le choléra.

Ces préceptes généraux suffisent pour indiquer à l’homme intelligent qu’elle doit être sa conduite pendant une épidémie de choléra^ mis en application, ils le préserveront, très-probablement, des atteintes de cette redoutable maladie.

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