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Observations sur l'état des classes ouvrières

Editeur du Jourral des Éconormstes . de la Collection des principaux Economistes.

du Dictionnaire du commerce et de* m^rrluuulisc* , etc.

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PREFACE

Les discussions de la nature de celles qui font l'objet de ce livre sont pleines de difficultés et de périls. Elles comprennent des intérêts si graves, des prétentions si nombreuses et si opposées les unes aux autres, que la solution complète des problèmes qu’elles soulèvent nous paraît àjieujprèsiuîpossible. Lorsqu’on se trouve en présence des passions, (Tes désirs, uesTîcsoins et des infirmités humaines, on n’arrive jamais à une application satisfaisante des principes, quelque excellents qu'ils puissent être d’ailleurs. L’harmonie dans les sociétés et le bien-être individuel, même avec le secours des vérités les plus incontestables, ne suivent qu’un progrès relatif, troublé par mille incidentsdivers, et où des réactionsdétruisentsouventenun seul instant leseffortsd’un grand nombre d’années. L’insuffisance des hofflmes

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paralyse sans cesse l’action des principes les mieux constatés, et nous ne marchons que lentement à travers les écueils sans pouvoir atteindre la perfection.

Dans l'examen que nous avons fait des différentes théories sociales qui ont pour objet l’amélioration du sort de la classe la plus nombreuse, nous avons dû faire abstraction des intentions des auteurs et nous en tenir seulement aux résultats que pourrait amener l’application de leurs doctrines. En pareille matière, la passion du bien ne suffit pas pour opérer le bien. Il faut pénétrer dans le milieu où nous vivons et scruter attentivement tous les éléments , toutes les forces sociales qui peuvent concourir au progrès. En s’attachant aux formes idéales conçues en dehors des réalités , on arrive il est vrai à des combinaisons qui flattent quelquefois l’imagination, mais qui s’accordent mal avec les lois inflexibles et les besoins complexes du monde matériel. C’est ainsi qu’on est conduit aux égarementsqui menacent l’ordre et la tranquillité et ne changent point en définitive la condition des populations qui éveillent notre sollicitude.

Les traditions et les faits jouent un rôle au moins aussi considérable dans les théories sociales que les abstractiQDselles-mêmes,et,pour les améliorations surtout, ces traditions et ces faits fournissent les enseignements les plus sûrs. Nous n’avons cessé de les consulter, et ce n’est qu’après les avoir interrogés avec soin et sans esprit de système que nous avonsproposé des moyens de réforme. Nous nous sommes invariablement placé dans le cercle de l’expérience, en prenant pour point de départ de nos améliorations la société telle qu’elle est constituée, en adoptant dans leur expression générale nos

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institutions politiques, la liberté du travail etdes transactions. Nous avons cherché à concilier les droits légitimes de tous avec les besoins impérieux de quelquesuns. Nous avons respecté l’équité et la justice, tout en admettant les prérogatives du génie et du talent, et l'égalité des droits ne nous a pas entraîné à confondre toutes les facultés et toutes les capacités.

Dans l’appréciation des faits nous avons eu à lutter avec plusieurs difficultés ; les données numériques' ne sont pas toujours constatées avec une certitude absolue, et trop souvent les passions ou les besoins d’une cause en ont altéré la valeur et le caractère. Nous avons dès lors soumis les chiffres, cités à l’appui de nos opinions, à une rigoureuse critique, et nous espérons qu’on rendra justice à l’impartialité avec laquelle nous avons présenté les faits qui nous ont servi à établir une situation, à combattre des opinions erronées ou à étayer des projets de réforme. Ainsi, par exemple, dans l’énoncé de la vie moyenne en France, nous n’avons pas choisi les données extrêmes, qui sont cependant garanties par des autorités scientifiques, et nous nous sommes borné à indiquer le chiffre qui laisse le moins de prise au doute et à la discussion ; en signalant l’accroissement de la masse des subsistances , comparé au progrès de la population, nous avons encore écarté des chiffres qui cependant auraient donné plus de relief à notre opinion. En un mot, nous avons pensé que, dans les travaux de ce genre, la réserve et la modération dans le choix des chiffres ne prêteraient que plus de force aux démonstrations.

Sans doute nos solutions ne sont pas complètes, et quelles qu’aient pu être nos investigations et nos re-

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cherches sur les moyens d’amélioration du sort des classes ouvrières, nous sommes loin d’avoir réuni toutes les notions qui doivent éclairer une si vaste entreprise. Mais au moins ne nous sommes-nous pas écarté des voies pratiques, et nous n'avons indiqué aucun changement qui ne fût réalisable et conforme aux lois générales delà production et en harmonie avec la liberté politique et l’égalité civile. Nous ajouterons que, dans nos recherches et nos observations , nous avons eu en vue plus particulièrement l’ouvrier français, et que les faits que nous avons empruntés aux pays étrangers nous ont surtout servi à constater la situation de nos travailleurs et à nous suggérer des applications qui n’ont point encore été faites en France.

Paris, 10 mars 1846.

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