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Observations sur l'étude archéologique du Dr Dionne [microforme]

J'avais offert à M. le Dr Dionne de soumettre les questions concernant le fort Jacques-Cartier et la Petite-Hermine (1), sur lesquelles nous différons d'opinion, à un jury, dont nous aurions accepté la décision comme un règlement final de notre polémique, mais ilna pas cru devoir accepter cette proposition. J'espère cependant qu'il ne refusera pas de répondre à quelques questions que je vais lui poser, avec votre permission, par l'intermédiaire de votre estimable Revue.

Une réponse catégorique à chacune de ces questions aura pour effet de fixer certains points qui ne me semblent pas clairement établis dans les différentes études que M. Dionne a publiées sur le sujet.

lo. Ainsi, M. le Dr Dionne dit de la rivièr: Lairet :

“ La rivière elle-même qui se déchargeait dans la Saint-Charles, “ portait aussi, en souvenir du découvreur, le nom de Jacques-Cartier ” (2).

Et ailleurs :

“ La rivière, ou plutôt le ruisseau Lairet, a porté différents noms. “ Du temps de Champlain, on l’appelait la rivière de Jacques-Cartier ” (3).

Sur quelle autorité M. le Dr Dionne s'appuie-t-il pour faire cette affirmation ?

Le titre de concession de Notre-Dame-des-Anges aux PP, jésuites, lequel date de 1626, soit de neuf ans avant la mort de Champlain,

(1). M. le Dr Dionne a réuni en brochure les études archéologiques sur le fort Jacques-Cartier et la Petite- Hermine qu'il avait publiées dans la Æevue canadienne, nos de juillet, août et septembre, J'indique la pagination de cette brochure,

(2). Le Fort Jacques-Cartier p. 26.

(3) Jacques Cartier, par N, E. Dionne, p. 268.

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désigne cette petite rivière sous le nom qu’elle porte aujourd’hui (4).

En outre, M. le Dr Dionne est-il bien certain que la rivière qui se jette dans le fleuve Saint-Laurent, un peu au-dessus de Québec, ne portait pas déjà le nom de Jacques Cartier au temps du premier gouverneur de la Nouvelle-France ?

20. Est-ce que M. le Dr Dionne trouve que l’embouchure de la rivière Lairet répond bien exactement à la description que fait Jacques Cartier du lieu où il plaça ses navires en hivernage ? Il nous dit que c'était un havre de barre, où la marée basse laissait ses vaisseaux à sec (5). J'espère que M. Dionne voudra bien admettre l'exactitude de la définition suivante que donnent du mot havre de barre les deux dictionnaires français les plus anciens que j'aie pu consulter :

“ Havre de barre: Celui où les vaisseaux ne peuvent entrer, d’où “ils ne peuvent sortir qu'avec la marée, à cause des bancs de roches ‘ou de sable. ” Dictionnaire de Richelet, édition de 1680.

“ Havre de barre : est celui où les vaisseaux ne peuvent entrer ni “ en sortir qu'à la marée, à cause des bancs de roches ou de sable. ?

Dictionnaire de Trévoux, édition de 1680, (6).

Cette définition ne semble-elle pas plutôt s'appliquer à la petite baie qui se trouve à l’entrée du ruisseau Saint-Michel qu’à l’embouchure parfaitement libre de la rivière Lairet ? Dans ce dernier encroit, il ne peut être question de barre d'eau ou de mascaret (8). Il suffit, pour s’en convaincre, de lire la description de ce phénomène qu'on trouve dans tous les dictionnaires et particulièrement dans celui de Bescherelle, description qui correspond parfaitement avec les observations que j'ai pu faire, moi-même, à l'embouchure de la Seine.

30 M. le Dr Dionne e:t-il bien sûr que la description qu'il fait de l'emplacement du fort Jacques-Cartier n’est pas quelque peu fantaisiste ? Ecoutons-le :

(4) Dans cet acte de concession, signé par le duc de Ventadour, la limite ouest est décrite comme suit : ‘‘ Et du côté ouest en remontant le cours de ‘ la rivière Saint-Charles, le second ruisseau qui est au-dessus de la petite ‘ rivière dite communément Lairet. ”

(5) Le Fort Jacques-Cartier etc. pp. 9 et 10.

(6) Il suffit de consulter les dictionnaires de Littré, Larousse, Bescherelle, Boiste, etc., pour se convaincre que la définition du mot havre de barre n’a pas changé.

(8) Le Fort Jacques-Cartier, etc., note à la page 9.

“Sur la rive gauche de la petite rivière Lairet, à sa jonction avec ‘la Saint-Charles, Cartier voit un joli promontoire taillé presque à “ pic, dominant les deux rivières et d’où l'œil peut aisément aper- “cevoir jusqu'à une distance de plusieurs arpents, tant à droite “qu'à gauche, toute embarcation voguant sur la rivière Saint- “* Charles qui les séparait de la forét en deçu de la bou rgade Stu- “ daconé En occupant cette pointe naturellement fortifiée, il gar- “dait libre l’accès du fleuve Saint-Laurent, Æn y plaçant un fort, “il pouvait commander la plaine” (9).

Le Village Stadaconé occupait une partie de l'emplacement où se trouve le faubourg Saint-Jean, comme M. le Dr Dionne le dit ailleurs (10). Supposez qu’il y eût, en même temps, un poste établi sur le promotoire qui domine l'entrée du ruisseau Saint-Michel, et un autre sur le plateau où s'élève le monument de Jacques-Cartier : le premier .urait été relié en ligne directe à la bourgade par la rivière Saint-Charles, et le second aurait été séparé par la forêt, comme M. Dionne en convient. Celui qui aurait pu surveiller l’embarquenient des indigènes et les mouvements de leurs canots, n'était-il pas, plutôt que l’autre, À l'abri d’une surprise par eau ?

J'avoue cependant que, dans un cas comme dans l’autre, ce fort n'aurait pus commandé la plaine, car, comme M. le Dr Dionne se plaît à le reconnaître en différentes occasions, cette région était alors couverte de bois.

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