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C'est le a5 mars dernier qu'est partie de Dartfort. l'expédition anglaise que commande le capitaine Parry, déjà célèbre par ses quatre voyages dans tes mers glaciales méditerranées, pour la recherche , sans résultats jusqu'à nos jours, d'un passage aux Indes orientales.
1. Durant les trois siècles derniers, toutes les nations maritimes de l'Europe avaient, sans plus de succès, envoyé dans les mêmes régions d'habiles investigateurs. Les plus entreprenans essayèrent de franchir le pôle nord; quelques autres explorèrent les mers de la Russie septentrionale, pour arriver au passage par l'est; un plus grand nombre enfin, le cherchant au nord-ouest, suivirent les côtes du Groenland 4 soit océaniques, soit méditerranées. Ces tentatives furent toutes accompagnées de grands dangers, et plusieurs braves rencontrèrent une mort honorable, au milieu d'obstacles sans cesse renaissans.
1. L'amirauté de Londres le sait; Parry ne peut l'ignorer, et cependant, s'il en faut croire ce que l'on publie des projets de l'Angleterre, il ne devait être rendu au cloven-clif à la fin de mai que pour y déposer des marins chargés de renouveler des recherches au nord-ouest du Spitzberg , et il a
l'ordre de se porter de suite au pôle : c'est là qu'est le but ■Utrayanl et glorieux auquel il aspire depuis long-temps.
5 Qu'il réussisse, ce ne sera plus un Pjthéas ou quelque Marseillais de son lignage, un des nôtres enfin, qui rendra compte à l'univers de tant de phénomènes polaires , si d.gnes de tant d'intérêts et si peu connus. Un autre qu'un Français foulera donc le premier l'extrémité septentrionale de l'axe terrestre, ce centre d'un horizon sans points cardinaux! Là, placé entre un zénith et un nadir immobiles, le premier il jouira 'des nouveaux aspects sous lesquels y apparaissent plus purement les corps célestes; ses yeux avides et charmés retrouveront aux confins de la terre les anneaux, si rarement recherchés, si désirables, et qui complètent la chaîne de l'organisation animale et végétale ! En effet, sous ce point, si prodigieusement reculé , la terre aplatie, plus rapprochée du foyer mobile de son calorique intérieur, et penchée sur ellemême, ne doit nécessairement pas laisser de vide entre les diverses productions de la nature. Là, sous des influences opposées et plus directes , que varient la durée non moins que l'intense énergie des agens physiques , et bien autres de celles qui nous sont familières , les êtres ne doivent-ils pas subir des modifications infinies? Sans admettre qu'on y trouvera des espèces inconnues, il y aurait de la présomption à rejeter cette idée, par la seule raison qu'elle serait peu conlorme à ws qui nous frappe journellement. N'est-ce pas de ce point , extrême que, de loin , on voit surgir des météores aqueux et lumineux , dont la cause est à peine soupçonnée ? Le pendule , la boussole, n'offrent-ils plus de questions à résoudre? Le flux diurne, aussi constant sur tous les parallèles libres d'obstacles que le mouvement de rotation surtousles parallèles indistinctement ; le flux alternatif et sémestral du nord au sud, comme durant les deux époques solsticiales, le transport de la terre des signes méridionaux vers les septentrionaux, n'auront-ils pas au pôle leur cause marquée -par le terme de l'affaiblissement des
( 6) causes si contraires. Observés chacun dans leur saison, et comparés, bien que d'années différentes, on remarquera, d'une part, leur évidente analogie, et de l'autre des opposites frappans. Leur nombre et leurs retards périodiques, quant aux époques solsticiales, signaleront leur cause, peut-être même l'existence de ces causes dans des lois générales, dont la manifestation parmi les savans est différée par un aveuglement dont ils seront étonnés un jour, étonnés, surtout s'ils n'en partagent pas les illusions. Mais revenons aux faits qui seront cités. Ils ont été puisés les uns dans les relations accréditées des navigateurs qui ont précédé le capitaine Parry dans les mers polaires et dans les régions de l'Océan glacial arctique qu'il parcourt maintenant; les autres dans ses propres relations; et l'on doit avouer qu'elles s'accordent avec tout ce qui s'est publié sur l'économie particulière de ces mers. L'imagination pourra donc, en quelque sorte, suivre ce marin courageux, être témoin des ingénieux moyens qu'il emploiera contre les difficultés qu'il devra surmonter.
7. Il n'a pu s'en dissimuler le nombre , ni la nature ; et peut-être en éprouvera-t-il encore d'inattendues, s'il n'a pas fait compte de la lenteur ordinaire de l'Hécla, de la roidèur que donneront à ce navire des fers inarticulés et peu propres à fléchir sous les mouvemens de cette mer indocile et dure; ajoutons que tout en se pourvoyant contre les glaces stationnaires qu'il s'attendait à trouver près de son but, il a oublié qu'en mettant à la voile aussi tard, il serait contrarié dans sa route par les glaçons qui couvraient déjà les mers dans lesquelles il entrail; il eût évité cette rencontre transversale, en partant quelques jours avant qu'ils ne fussent détachés des côtes de la Hollande et du Danemarck, tandis qu'il s'est exposé gratuitement aux nombreux inconvéniens de la débâcle qui, de ces côtes, se propage jusqu'au cap nord ; de ce point, aux marines septentrionales européennes cl asiatiques, d'une part; enfin, de l'autre, à celles du Groën-
mouvemens de l'eau , de l'air et des êtres organisés , et par les transformations qui s'y effectuent. Plus qu'on ne le présume., ■ces mouvemens sont non-seulement analogues, mais liés les uns aux autres. Là ne découvrira-t-on pas aussi la voie, pantout ailleurs mystérieuse, que suivent la lumière et la chaleur, pour rentrer par flots comprimés, comme ils en sortent par émanations divergentes, dans le foyer commun? Quelle instruction n'a-t-on pas droit d'espérer de la région polaire !
4. Elles pourraient être affligeantes, Messieurs, les réflexions spontanées sur l'occupation exclusive de ce point unique, et faire craindre que l'amirauté de Londres, oubliant déjà l'exemple donné par les nations réunies contre le plus grand et le plus ambitieux capitaine, qui trouvait l'Europe étroite, n'essayât de promener un jour sur tous les océans, le trident orgueilleux dont elle montre le type sur la moindre et la plus commune de ses monnaies. Difficilement, en effet , un Français voudrait se garantir d'un sentiment pénible, s'il ne conservait au moins l'espérance de partager les avantages de ces nouvelles découvertes; il a droit d'y compter, d'autant plus que le projet d'une expédition pour le pôle-nord, dont s'était occupé le législateur de la France, serait maintenant exécuté, sans doute, si les circonstances politiques n'eussent pas exigé l'emploi des économies libres du trésor et de tous les momens du ministère : ce retard est pénible. Loin de nous cependant le désir que l'expédition éprouve un échec; le courage de Parry lui mérite d'heureux succès.
5. Mais a-t-il pris les mesures qui pouvaient les lui assurer?
6. Pour répondre à celle question, il a fallu d'abord, dans l'examen des fails propres à l'éclaircii', considérer, durant les mêmes époques solsticiales, les mouvemens de la terre respectivement aux corps célestes, et la direction, appareille du moins , des eaux et de l'air à l'égard de ce globe : sans cela, on conçoit comment l'esprit se fût trouvé perdu au milieu de cette, confusion de phénomènes de natures si diverses, et souvent de
land et des côtes américaines que baigne l'Océan glacial arctique.
Avant de l'accompagner, ainsi que nous l'avons dit, audelà du Spitzberg, que probablement il voudra contourner par l'est, dans la crainte d'une barrière glaciale qui s'étende de cette île au Groenland, il convient d'avoir sans cesse à l'esprit les deux vérités qui suivent, et que nous plaçons ici pour remplir l'engagement que nous venons de contracter; elles sont indispensables pour l'intelligence des phénomènes qui rendent périlleuse la navigation des mers polaires; les voici :
8. i° La terre, par sa rotation diurne, déplace incessamment, avec nous-mêmes, de l'ouest à l'est, respectivement au ciel, de trois cent soixante et quinze lieues par heure, ou de plus de six lieues par minute, chacun des points intertropicaux, et ceux des autres latitudes , en décroissant avec les arcs des méridiens.
3° Durant le premier semestre solsticial, qui commence avec l'hiver, la terre, circulant autour du soleil, s'avance avec nous à l'est, et simultanément, du nord au sud, dont elle nous rapproche d'environ trois lieues et demie par jour, eu égard seulement à la longueur de la spirale qu'elle décrit autour de cet astre , en parcourant deux fois, comme pur oscillation, l'intervalle d'un tropique à l'autre. Ce mouvement produit sur les eaux des effets différens, selon que différent lui-même, il les l'ait affluer, d'un solstice à l'autre, de cercles où sa rotation est prompte, à des latitudes plus étroites.
g. Nul homme éclairé n'est étranger à ces grandes vérités , et pourtant les plus instruits, se conformant au langage même vulgaire de l'illusion, ne suivent pas l'application de ces lois aux détails, placés qu'ils sont sur le char rapide d'où les objets semblent défiler en revue, oubliant que le navire dont la voile résiste à la rotation , laisse venir à lui les terres
occidentales. Ces idées bien comprises, transportons-nous d'abord sur la roule qu'a suivie Parry pour se rendre au Spitzberg. Dans la saison qu'il a choisie pour cette navigation , les obstacles sont rares.