SECONDE EPOQUE SOLSTICIALE
?.3. Sur la foi de ces capitaines, nous avons déjà fait observer que le premier jour de l'été de 1818 s'annonça par un notable mouvement dans les glaces, et que dès lors, les navires l'Isabelle et l'Alexandre, qu'il était facile de diriger vers le nord, quand les glaces ne se mettaient point à leur traverse, rétrogradèrent vers le sud.
Tel est, sur les glaces et sur les eaux, l'effet du mouvement qui, depuis le commencement de l'été jusqu'à la fin de [''automne, ramène la terre vers les signes septentrionaux.
24. Ce fait, et celui de la rétrogradation du Nil à la même époque, sont dus à la circulation annuelle; le suivant tient à la rotation. Quoique chacun sache que ces deux mouvemens s'effectuent simultanément, nous n'avons pas cru pouvoir nous abstenir d'en distinguer les effets, en continuant de citer les relations des capitaines Ross et Parry.
Le 28 juin, la mer est libre à l'est; les trois autres côtés sont garnis de glaces , entre lesquelles naviguent les deux vaisseaux pour l'exploration du nord-ouest de la baie de Baffin , où l'on espère trouver un passage. Les glaçon* que les capitaines appercoivent à l'ouest, sont précédés de longues pièces
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( i8 ) que brise la simple agitation de la mer. On conçoit que l'absence des glaces vers l'orient, tandis qu'elles sont accumulées à l'occident, se rapportent au mouvement diurne. On l'a déjà répété, les eaux ni les objets qu'elles charient ne le suivent qu'avec lenteur. Le 29 juin, on est dans la même position, toujours entraîné avec la glace vers le sud.
Dans les premier* jours de j uillet , les glaces serrées à l'ouest, n'en permettent pas l'accès , et la direction d'autres glaces libres, ainsi que celle de la mer, entraînent les bâtimensau sud sud-ouest. Il ne serait pas fort nécessaire de prévenir qu'ici, les effets de la circulation et ceux de la rotation manifestent leur concours. Dorénavant nous laisserons aux lecteurs le plaisir de les distinguer. Le i5 du même mois de juillet, l'Isabelle qui n'était qu'au ?5' parallèle, et que Ross voulait porter plus au nord-ouest, est soulevée de plusieurs pieds audessus de l'eau par un glaçon en plaine, venu à sa rencontre. Le 24, ne pouvant courir de bordées, par défaut d'espace entre les glaces , les matelots y montent pour le hSlage des navires, tandis que de longues pièces qui sont rendues au sud, y bloquent des baleiniers faisant d'inutiles efforts pour suivre l'expédition. Le 26 bloqués eux-mêmes sous le ?5' parallèle et 53', ils doivent craindre le rapprochement des pièces poussées, et toujours , du nord au sud, contre celles qu'ils venaient de franchir de l'est à l'ouest : plus au no.d , ils aperçoivent des blocs montagneux formant une imposante barrière. Le 5 août, après un cap doublé, des pièces de glace qui semblent dériver à l'ouest . les arrêtent quelque temps. Le 6, à quatre heures du matin, étant amarrés, ils sont obligés d'abattre , parce qu'une énorme montagne de glace se porte droit sur un de leurs bâtimens : le lendemain, après de longs efforts pour avancer entre des plaines flottantes, ils les voient se refermer sur eux , sans doute parce que la mer venant du nord, en serrait leurs flancs; ce qui ne doit pas étonner, vu l'épaisseur de ces glaces qui, selon l'aspect ou la
hauteur septentrionale , est variée de dix à plus de quarante pieds.
Ce sont encore les mêmes capitaines qui nous informent de quelle manière leurs navires sont bloqués le 7 août. Alors une lutte s'engage ; les baux dans la cale plient ; les fers de renfort se courbent; la pression toujours croissante, soulève l'Isabelle , et la glace épaisse, brisée contre les flancs et retombée sur elle-même, semblait n'être plus à redouter, lorsque refoulée sous le navire par d'autres glaces, elle le soulève de nouveau, et l'emporte rapidement jusque sur l'Alexandre , que son abri ne peut garantir du choc. Il est si violent que les ancres et les cables en sont rompus, et qu'un bateau qui se trouve entre leurs poupes, est écrasé, lantrest puissante la marche, ou pour parler plus juste , la résistance des lourdes eaux du nord, aux (feux mouvemens de la terre soit de l'ouest à l'est, en effectuant le mouvement de rotation, soil du sud au nord par celui de circulation.
Il serait inutile d'achever le tableau de celle crise, où la neige tombant à gros flocons, ajoutait aux difficultés de se défendre contre la tourmente des vents, des eaux et des glaçons, tous en lutte, par suite de leur constante résistance aux deux mouvemens terrestres.
L'expédition de 1818 courut encore d'autres dangers pour avoir cru trop absolue, l'obéissance de l'atmosphère des eaux et des glaces aux mouvemens terrestres.
20. On va voir Parry, durant ses campagnes subséquentes, méconnaître également, en parlant des phénomènes du second solstice , l'effet de la loi générale des mouvemens communiqués : sans balancer, nous appuierons la thèse que nous avons entreprise, de ses relations mêmes, quoiqu'elles traitent d'années postérieures à 1818; parce que, dans les phénomènes où la terre, par ses mouvemens et ses effluences, l'air et les eaux se manifestent pour être les principaux agensde ces phénomènes, les laits, bien qu'ils se soient passés dans des
( 20 ) années différentes , n'en sont pas moins confirmatifs les uns des autres, pourvu qu'il s'agisse de saisons analogues.
Le ii août 1819, Parry, qui avait arboré surVHécla le pavillon de commandant, avance de sept milles vers l'ouest, en traversant plusieurs chaîneaux étroits; il veut s'abriter sous le vent d'un bloc énorme aussi gros qu'une montagne ; ses bâti— mens y sont à peine amarrés, qu'une épaisse et longue plaine de glace surmontée de deux élévations, aborde l'énorme bloc et enlève l'encoignure de plusieurs pieds; une portion détachée parla secousse, brise la glace en dessous et soulève des flots qui, rompant la plaine, la mettent en pièce sur une étendue de plusieurs centaines de verges, et font rouler les vaisseaux du côté opposé à leur marche.
Le 16 août, on peut avancer de 10 milles vers l'ouest, pour y trouver un chenal qui permette de gagner le nord; mais une barrière de vastes plaines et de montagnes rapprochées, qui paraissent s'étendre depuis la terre jusqu'à la glace principale, s'oppose à l'exécution de ce dessein. Dans le nord, on voyait de la gabie (nous invitons ici de rechercher la cause du fait), une nappe d'eau libre, et la terre semblait coirrir au nord. On demande s'il est question ici de la continuation des côtes, ou de l'effet de la nappe d'eau, qui, stalionnaire comparativement à la terre remontant au nord, détruisait ou trahissait l'illusion. Parry seul pourrait éclaircir la question.
26. En attendant, le 16 août il s'amarre à une montagne de glace qu'il croyait assise sur le fond; mais elle se dirige au sud.
" On se rappellera que, durant le premier solstice de 1818, des glaces en montagnes, comme celles dont il est ici question, suivaient la direction du nord, lorsque la terre se portait vers le sud. De telles oppositions nous semblent bien concluantes pour qui ne veut pas abandonner ses facultés propres et préfère s'en rapporter à d'étrangères opinions, qui ne peuvent supporter un sérieux examen. Le même jour 16 août,
Parry voil un glacier descendre d'une vallée dans la mer, et s'y promener sous la forme d'une montagne. Depuis, il en a vu beaucoup d'autres. Quelques-unes ont exigé qu'il se tint à l'écart pour jouir du dangereux spectacle de leur culbute, dès qu'ils parviennent au large.
Le 28, après avoir fait bien des bordées et plusieurs autres manœuvres, il s'avance entre des glaces en dislocation, et s'approche de la côte jusqu'à cinq lieues. Il lui est impossible de s'enfoncer davantage au milieu de leur multitude.
Durant les trois premières semaines de septembre, l'expédition court d'un péril à l'autre par la constance des glaçons à se porter au sud-ouest, tandis qu'elle veut se diriger au nord; ils la font dériver, ils la forcent à les suivre. La marche des plus grandes pièces paraît lente, comparativement à celle des éclats ordinaires qui courent avec vitesse. Tout glaçon au surplus acquiert, d'une nuit à l'autre, plus d'épaisseur, et lu glace nouvelle peut soutenir un homme. Dans cet état elle retarde déjà la navigation près de.-, côtes. Le détail de leur accroissement serait indifférent à leur direction, et quoiqu'il en soit descendu beaucoup du fond de la baie de Baffin, Parry annonce qu'avant d'entrer le 26 septembre au port d'hiver pour y mettre ses navires en sûreté^ le fond de cette baie lui avait paru garni de plaines de glaces bordées par une file de montagnes et de glaçons entassés.
27. Telle peut avoir été l'enceinte qui n'aura pas permis à Parry de s'avancer aussi facilement vers le nord qu'il se l'était promis.
28. Pour obtenir ce succès, il avait trop différé son départ ; les glaces débaclées depuis le mois de février, ont eu le temps de former autour du pôle, l'enceinte qui en défend chaque année l'approche, et la dislocation de cette couronne laisse des ruines qui s'opposent long-temps encore à l'accès de ce point. Il y a plus, tant que le globe
se porle vers les signes septentrionaux, les flots de la mer et ce qu'elle cliarie , ne permettent pas plus que l'atmosphère, qu'on suive , sans éprouver de grandes difficultés , toute autre direction que celle du sud-ouest. Parry donc les aura favorables pour son retour, jusqu'à celui de l'hiver.
Chacun sait comment il s'annonce dans les mers glaciales; mais peut-être n'a-t-on pas, jusqu'à présent, l'ait attention qu'il se signale également aux embouchures du Rhône dans la Méditerranée.
Le besoin que nous éprouvions d'en acquérir la preuve uous a fait entreprendre la route de Paris à la tour St. -Louis, bâtie, en 1706, aux bords de la mer et de l'embouchure du Rhône, sur lesquels la terre a depuis gagné plus d'une lieue d'étendue au sud-est. J'y vis, le aa décembre 1819, la Méditerranée, refouler non-seulement les eaux du fleuve, et le faire gonfler de plus d'un mètre , ce qui l'approcha des cabanes douanières, mais repousser les sables du fond. Leur tourmente dura plus de cinq jours. Un armateur d'Arles, propriétaire de plusieurs bâtimens qui devaient aller aux bouches, me confirma le fait par les rapports de ses patrons. Il avait bien voulu , sur mon invitation, provoquer leur attention sur les mouvemens du fleuve à ses embouchures.
29. Le solstice d'hiver est donc signalé aux bouches du Rhône comme celui d'été à celles du Nil. Les bords du fleuve français n'éprouvent pas un débordement pareil à celui d'Lgypte , parce qu'il n'y a pas sur nos Alpes, de fontes coïncidentes de neiges; mais le solstice d'hiver n'y est pas moins marqué ù son époque précise, comme en Egypte celui de l'été. Tous deux mettent alors plus en évidence qu'en aucun autre temps, la lenteur des substances libres, à suivre les mouvemens terrestres.
Ce fait qui ne peut être indifférent pour la physique en général, est encore plus intéressant pour l'art nautique. Sa connaissance aurait prévenu bien des pertes, et le discrédit
qui suivra naturellement les infructueuses tentatives de Parry, si l'on continue à voiler ses erreurs.
3o. Que si l'Anglais, dans cette belle entreprise, se fut affranchi de celte individualité nationale, si funeste aux sciences et aux arts, s'il eut moins craint de diminuer sa gloire en la partageant, nul doute que les savans de l'Europe ne fussent accourus dans une si grande circonstance, apporter le tribut désintéressé de leur expérience et de leurs lumières. Alors, de cette communication si juste- d'idées nouvelles et de récentes découvertes on eut vu naître, sinon un projet plus grand, mais des moyens autrement actifs, des ressources autrement méditées; c'eût été, pour ainsi dire, le résultat des forces morales du monde entier; car, il ne faut plus nous y tromper, quand il s'agit de l'intérêt de tous, tous ont droit d'être appelés, et ce fut une décision équitable et salutaire que celle des peuples de l'Europe qui, malgré l'occupation première de l'Espagne et les décrets du pontife, allèrent, les armes à la main, demander leur part du Nouveau -Monde qu'on venait de découvrir.
CADET, de Mf.tz.