‹ Observations sur l'Histoire de l'Acadie françoise de M. Moreau, Paris 1873 [microforme]Chapitre 22 sur 22 · PIÈCES JUSTIFICATIVES · texte numérisé non relu

PIÈCES JUSTIFICATIVES

A plusieurs reprises, dans les pages qui précèdent, nous avons mentionné le Mémoire de Commissaires. Cet ouvrage est d'autant plus autorisé qu'il contient tous les documents officiels qui furent soumis aux Commissaires anglais et français, chargés, par leur gouvernement respectif, de fixer les limites de l'Acadie. L'édition que nous avons en mains fut imprimée à Lonkres en 1754.

Dans ce mémoire nous constatons que les lettres accor-

‘dées à d’Aulnay en 1647, et celles concédées à de La Tour,

par le roi de France, en 1651, sont mentionnées avec une égale confiance et commentées avec une même autorité. Toute la question à régler touchant les limites de l’Acadie est appuyée sur ces deux documents officiels.

A la page 16, les Commissaire anglais s'expriment ainsi : “ Le sieur Etienne de La Tour, en vertu d’une commission sous seing manuel du dit Roy Louis XIV, datée de Paris, le 25 février 1651, fut nommé Gouverneur de toute l’Acadie ; au moyen de laquelle il en prit possession et s'établit à Saint- Jean, et se mit en même temps en possession de Pentagoët, autrement dit Penobscot, jusqu’à ce qu’il le rendit avec les autres Fort de l’Acadie, à une flotte anglaise, qu’Olivier Oromwel y envoya en 1654.”.

A la page 40, les mêmes Commissaires anglais, en parlant des concessions faites, par les rois d'Angleterre, Jacques Ier et Charles Ier, à sir William Alexander, en date des 10 septembre 1621 et 12 juillet 1625, ajoutent : “ En conséquence de ces octrois, le chevalier Alexander prit pos-

session de ce pays, fit un établissement au Port-Royal, et y bâtit un Fort; et ayant permis à Claude de La Tour et à son fils aîné, Charles, de cultiver des terres et de bâtir eur le dit territoire à leur propre avantage, en conséquence de laquelle permission ils firent un établissement et construisirent un Fort sur la rivière Saint-Jean, appelé le Fort la Tour. En 1630, en considération des grands frais auxquels ils avaient été mis, et des services qu’ils avaient rendus dens l’avancement des établissements dans le pays, il transporta par acte au dit Claude de La Tour et son fils, et leurs héritiers, pour toujours, tout son droit sur la Nouvelle-Ecosse (à la réserve de Port-Royal) qui devait relever de la couronne d’Ecosse. Il y a raison de croire qu’antérieurement au Traité de aint- Germain, Sa Majesté Très Chrétienne avait consenti que le sieur de La Tour jouirait de tous les droits et possessions danse la Nouvelle-Ecosse qui lui avaient été transportés par le chevalier Alexander; et la commission . +. Sous le seing manuel de Louis XIV, en 1651, par lequel Etienne de La Tour, fils, survivant de Claude de La Tour, fut nommé Gouverneur de toute |’: :: ie, lui confirme toutes ses possessions dans ce Pays, dans le; mots suivans: “ Voulons et entendons que le dit sieur de Saint-Etienne se réserve et approprie et jouisse pleinement et paisiblement de toutes les terres à lui ci-devant concédées et d’icelles en donner et départir telle part qu’il advisera tant à nos dits sujets, qui #y habitueront qu'aux dits originaires, ainsi qu’il jugera bon être. ” :

Les Commissaires français, dans leur réponse à leurs collègues anglais (page 116), confirment out ce que nous avons écrit touchant la conduite héroïque de Charles de La Tour et ses luttes contre d’Aulnay.

“ Les Anglais ne furent pas fort heureux dans l’entre-

1 Mémoire des Commissaires anglais, pp. 40-42.

Prise qu'ils formerent contre le fort Louis Acadie. Le sieur de la Tour fils y Tour père, bris par Kirk en 1628 et envoyé en Angleterre, où il avait contracté des liaisons con-

traires à son devoir, avait offert aux Anglais de mettre l’Acadie sous leur Puissa

au Cap de Sable en

d’être à Port-Royal... ”

deur de Razilly, Partagèrent le Commandement; le sieur de La Tour eut le Souvernement de l’Acadie, et le sieur de Char. nisay celui de la côte des Etchemins,

; leur mésintelligence dégénéra en guerre Guverte. Le sieur de La

Tour fut accusé d’avoir tiré du secours des Religionnaires étrangers. Le sieur de Charnisay reçut des ordres de le faire arrêter s'il ne repassait en France, et en même temps le sieur de La Tour fut dépouillé de ses possessions,

“ En conséquence, le sieur de Charnisay obtint, en 1647, des lettres du Roi, où, sous le nom d’Acadie et confins, on confondit son gouvernement et celui du sieur de La Tour, distin- | gués auparavant sous le nom des Etchemins et celui d’Acadie,

autre Sous

“ Le sieur de Charnisay fit plus, car il Profita de cette circonstance Pour se faire concéder, par les mêmes lettres, le

er

pays qui s'étend depuis le cap Canseau jusqu’à l’entrée du fleuve Saint-Laurent, quoique ce pays n’eût jamais fait partie de son gouvernement ni de celui du sieur de La Tour ; mais On n'y eut pas d’égard par la suite, et le roi en disposa en faveur du sieur Denys.

“ Telle est l’origine des fausses dénominations que l’on a quelques fois données à l’Acadie, en y comprenant des pays qui n'en faisaient point partie, et de la confusion où l’on est tombé à cet égard. Ce fut la Cupidité du sieur de C'harnisay qui y donna occasion, afin d’en profiter pour ses intérêts par. ticuliers.

“ Le sieur de Charnisay ne jouit pas longtemps de ses conquêtes, ni des concessions qu’il avait surprises ; il mourut en 1650. Le sieur de La Tour vint en France, se fit absoudre, et il obtint pareillement en 1651, des lettres à peu près semblables à celles que le sieur de Charnisay avait obtenues en

“ Ces nouvelles lettres, ni la mort du sieur de Charnisay, ne rétablirent le calme dans le pays.

“ Un négociant de la Rochelle, nommé le sieur le Borgne, réclama la succession du sieur de Charnisay, sous prétexte des avances qu’il avait faites pour s'établir, et il obtint d’en être mis en possession.

“ D'un autre côté, la veuve Dame de Charnisay épousa, en secondes noces, le sieur de La Tour; et, en vertu dde cette alliance, le sieur de La Tour prétendit confondre en sa personne toutes les concessions à lui faites tant à lui qu’au feu sieur de Charnisay.

“ Pendant qu'ils plaïdaient en France, l’Acadie et les pays circonvoisins étaient dans la plus grande confusion. Ce fut le temps que prirent quelques particuliers Anglais pour envahir de nouveau en 1654, et en pleine paix, les possessions

des Français. Ils s’emparèrent d’abord du fort Saint-Jean,

où était le sieur de La Tour; de là ils furent à Port-Royal où

était le sieur Le Borgne, qui fut obligé de capituler le 16 août 1654...

“L'état d’indécision qui suivit le Traité de 1655 n’empêcha point que Cromwel ne fit en 1656 des concessions de ces mêmes pays, tant au sieur de la Tour, qui avait été obligé de se rendre faute de vivres, : et qui acquiesçÇa à la domination des Anglais, qu’au Chevalier Temple et au sieur Crowne *; ce fut entre les mains du Chevakier Temple qu’il fit remettre la même année les forts de Pentagoët et de Saint- Jean.

“ La restitution de l’Acadie et de ce qui avait été enlevé à la France en Amérique, quoique stipulée en -1667, par le missaires anglais qui avaient présenté deux mémoires, *

Toutes ces remarques, que l’on vient de lire, sont confirmées par la réponse des Commissaires français aux Commissaires anglais, qui avaient présenté deux mémoires, Voici les ‘Passages les plus intéressants: “ On suppose dans l’un (a) que le sieur de

époque de la concession anglaise faite au sieur de La Tour, au 12 avril, l’autre (4) au 30. L'un dit qu’elle a

1 Et ceci refute l’assertion de Crowne qui affirme, dans ün mémoire, que de La Tour s rendit volontaire =

2 Mémoires des Commissaires, pp. 116 et suivantes. 8 (a) Ectrait d'une représentation de Louis Kirk.

(d) Evtrait d'un mémoire sur affaire des sieuve Eliot, de La Tour, Crowne et Temple.

(c) Extrait d'un mémoire du sieur Crowne.

(d) Eztrait d'un mémoire du sieur Crorwvne.

été faite au sieur de La Tour, et ne parle point du fils, l’autre l’a dit faite au père et au fils. L’un rapporte qu’ils ont été créés Barons avec les prérogatives de Marquis, ce qui formerait un titre bien singulier. L'autre ne leur donne que le * titre de Baronnet. Dans un endroit, il paraît que la concession a été faite pour récompense de services, dans un antre endroit ce n’est que dans l’expectative d’une fidélité future.

Pour répandre quelque lumière sur le fait dont il s’agit, On rappellera sommairement ce qui concerne les sieurs du La Tour. Ils étaient établis en Acadie dès 1609. Les lettres de concessions accordées au sieur de La Tour en 1651, portent qu’il y avait quarante-deux ans qu’ils avaient passé en Acadie, :

(| Ainsi les premiers établissements du sieur de La Tour sont antérieurs à la Charte accordée en 1621 au Chevalier Guillaume Alexander...

En 1628, le sieur de La Tour père, qui se rendait en Canada, fut pris par le sieur Kirk, et envoyé en Angleterre; il y trahit son prince et sa patrie. On prétend que le chevalier Guïllaume Alexander lui accorda d’amples concessions, vraisemblablement tant pour lui que pour son fils et que de Ia Tour père lui promit en conséquence de réduire l’Acaldie à son obéissance. Il retourne en Amérique ; son fils y commandait au cap de Sable, côte W’Acadie ; le père le sollicite de remettre la place et il le refuse; les Anglais l’attaquent, et y échouent.

Le père ne put profiter des prétendues concessions qui lui étaient faites, parce que sa trahison n’eut pas de succès : le fils, fidèle à son maître, dédaigna le don que lui faisait offrir le chevalier Alexander; ainsi ces prétendues conces-

1 Extrait du droit de la Couronne d'Angleterre à la Nouvelle-Ecosse.

En

sions n’ont eu aucun effet. La Tour fils en obtint une nou-

velle en 1635, dans la rivière Saint-Jean. Il n’y fut pas question d’y i

1651, des lettres de lieutenant général en A convoisins :

tenait de l'autorité du rOi... En 1654, les Auglais s'emparent de l’Acadie, assiégent et prennent le sieur de La Tour ; il

subit leur domination ; il obtient même de Cromvwel, en 1656

(9 août), de nouvelles concessions, C’éxit le cas, où jamais de confirmer les Concessions qui lui avaient été faites par le

chevalier Guillaume Alexander; elles ne le sont cependant Pas, et rien ne prouve mieux qu’elles ont été regardées comme

vaines et illusoires, même Par le gouvernement d'Angleterre.”

Abbé A. COUILLARD-PESPRÉS, de la Société Royale du Canada.

———— ns,

1 Mémoire des

Commissaires français, PP. 144 et suivantes.

Le

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