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acquiescé aux désirs de son père et accepté les offres de l'Angleterre trois semaines auparavant ? Assurément non ! Au reste, M. de Champlain lui-même nou. apprend qu’à la suite de son insuccès auprès de son fils, Claude de La Tour fut obligé de se retirer avec les Anglais, que ceux-ci furent très mécontents de voir qu’il avait échoué dans son entreprise. I1 dit “ que Charles de La Tour ne s'était pas laissé emporter aux persuasions de son père qui était avec les Anglais souhaitant la mort plutôt que de condescendre à une telle méchanceté que de trahir son Roy, ce qui donna du mécontentement aux Anglais contre le père de La Tour qui leur avait assuré d'amener son fils à leur rendre toute sorte de services...” Ce texte de Champlain est si formel qu’il ne peut être mis en doute. Il a été écrit plus d’un demi siècle avant le livre de Denys. Ce témoignage est donc Probant, car l’auteur était un contemporain des événements qu’il raconte.
Comment expliquer la présence de ce document dans les papiers du ministre de France ? Nous n’avons pas À répondre à ce fait pour l'instant. Nous constatons que cette pièce n'est pas signée et cela suffit. J usqu’à plus ample informé, Par conséquent, on devra tenir compte de cette circonstance en étudiant ce point d’histoire. ‘
Parkman, dans son livre The old régime, fait aussi des réserves sur le caractère de Mme de La Tour. Il ne tranche pas comme M. Moreau sur l’authenticité de la lettre de 1651,
* Si Charles de La Tour, dans les démarches qu'il fit auprès du roi d'Angleterre et de Cronrwell, quelque vingt-cinq ans après, accepta une concession du gouvernement angfais, en 1656, il n’est pas permis d’en conclure qu'il ait acquiescé à l'arrangenrent de 1629, Beaucoup d'événements s'étaient passés durant ce quart de siècle. Le temps et les épreuves avaient contribué à modifier ses sentiments. Au reste la position de l’Acadie était incertaine ; il suffit de rappeler que sa restitution à ia France, stipulée par le traité de Bréda en 1667, ne fut exécutée qu’en 1670.
il dit seulement que c’est un document étrange et il a le soin d'ajouter qu’il suit en tout M. Moreau et le comte de Menou. M. le chevalier de La Roncière, daus son Histoire de la Marine Française, : a touché incidemment à ces événements. Il s'appuie sur les mêmes pièces que M. Moreau et son livre ne peut par conséquent faire loi. A la page 635, il écrit : “ Notre situation en Acadie était des plus précaires. Et je ne sais comment l’ancien valet de Biencourt, Charles Targis (sic) de Saint-Etienne, dit La Tour (sic), parvenait à résister aux bourrasques de l'invasion anglaise... ” Comme on le voit, l'auteur réédite ici le manuscrit de d’Aulnay sur l’histoire de l’ancien valet de chambre, et sur le métier de maçon qu’aurait pratiqué Claude de La Tour. En note, en effet, il cite la source de ses renseignements : B. N. Franc., 18593, fol. 373, mais n’apporte aucun document, ni aucune preuve, si ce n’est l’assertion de d’Aulnay et de Morean. A la page 642, M. de La Roncière écrit que l’Acadie était divisée en deux gouvernements, et en cela il contredit M. Moreau, qui a toujours prétendu que de Razillÿ avait une plus grande autorité que de La Tour. A la page 643, il écrit : ‘ De l’Acadie, Razilly pensait de même faire une Nouvelle-Guyenne; malheureusement il m'avait point les coudées franches. La compagnie des Cent-Associés ne lui avait d’abord concédé que l’île Sair +e- Croix et les pays voisins, sur douze lieues de front et vingt de profondeur, * ajoutant ensuite, comme fief mouvant de Québec, le Port-Royal et les terres adjacentes. * Le reste du pays relevait d’un autre lieutenant général, de La Tour, promu en 1631. Razilly eût voulu vivre en bons termes avec un collègue capable, par sa longue pratique des sauvages, de les ramener “ à une vie politique ”. Au lieu de répondre à ses avan-
* IVe vol.
2 Mémoires des Commissaires, p. 491.
; 5 Le 15 janvier 1634: Le P. Fournier, Hydrographie, édition de 1667, p. 268.
ces, l'ancien valet de chambre trahit son compatriote, en prévenant les Anglais de Pentagoët de l'expédition projetée contre eux... ” Nous avons déjà réfuté cette accusation portée par M. Moreau. Puis, le même auteur ajoute: “ Le patriotisme de Razilly en fut douloureusement ému... ” Vraiment? Emu de quoi? De la conduite de de La Tour, ainsi qu’on serait tenté de le croire par le rapprochement de ces faits ? C’est la réédition d’une autre calomnie. En tout cas, nous avons en mains la lettre de Razilly au cardinal de Richelieu, et il n’y dit pas un mot,pas un seul mot,;de de La Tour ni de sa conduite. Mais il rappelle les sacrifices qu'il s’est imposés pour développer le pays et dit encore les espoirs qu’il fonde sur la conversion des sauvages. C’est tout. De de La Tour il ne dit mot, ni de sa conduite, ni de sa pri:endue trahi. son. Voilà comment on écrit l’histoire! Sur la prise du fort Saint-Jean, M. de La Roncière n’ajoute rien de neuf au récit de M. Moreau. Il s'appuie, lui aussi, sur le procès-verbal d’André Certain et sur quelques attestations rapportées ailleurs par cet auteur.
Comme on le voit, d’après ce que nous venons de dire, la figure de Charles de La Tour paraît plus sympathique que M. Moreau et tous ceux qui l’ont suivi n’ont tenté de nous la montrer en ces derniers temps. Il semble que le sujet valait la peine qu’on s’y arrêtât un peu pour ramener à leurs justes proportions les appréciations de M. Moreau et de ses admirateurs. Nous espérons qu'avant longtemps il nous sera donné d'écrire, avec des documents irréfutables, l’histoire de de La Tour, qui a joué un rôle important, et point du tout vulgaire, dans l’histoire de l’Acadie, à son origine.
‘Te Révérend Père Le Jeune, dans ses Tableaux synoptiques, par ailleurs très bien faits, a accordé une confiance trop grande, pensons-nous, aux écrits de M. Moreau et de M. de La Roncière.