‹ Observations sur l'Iliade d'HomèreChapitre 21 sur 21 · II · texte numérisé non relu

II

(5) Poorla signification de ce mot, voyes les ubu. aur le v. 39S dn iroîsiàne cb. de m.

(6) Heyn. obss. in IlUd. XU ,371.

(7) Brev. Sch. U. fi*, 397.

Je n*ai pas besoin d^aTeitir que cette aventure n'appartient point aux temps homériques , car jamais dans Homère , ainsi que je Tai déjà dit, on ne voit aucune trace de ces sortes de métamorphoses destinées à voiler les amours des dieux (i). D'ailleurs, comme l'observe très-bien M. Clavier (a) , le Sarpédon qui était au siège de Troie ne pouvait pas être contemporain de Minos, grandpère dldoménée (3) dont l'âge commençait à grisonner les cheveux (4)« Enfin il ne faut pas oublier qu'au sixième chant de l'Hiade le poète dit positivement que Sarpédon était fils de Jupiter et de Laodamie, fille de Bellérophon (5).

Ovide a raconté en beaux vers l'histoire d'Europe que donnent ici sommairement les petites scholies (6).

[v. 4^3.] Comme une femme douée de justice.

Bitaubé, à l'occasion de cette comparaison, cherche à établir un parallèle entré Homère et Virgile. Ce petit morceau de critique, ainsi qu'il arrive toujours en pareil cas, est surchargé d'antithèses et de subtilités. Voici quelques-unes, de ces propositions. « Homère « embrasse un sujet plus vaste ; Virgile, plus calme, a le loisir d'obm server avec une attention durable les objets qui se présentent sur « sa route moins étendue ; l'un a l'imagination plus forte , celle de « l'autre parait plus sensible (7). > On ne sait trop ce que l'auteur entend par une attention durable, et une imagination qui parait sensible ; ce qu'il y a de certain, c'est que toutes les fois qu'on établira ces sortes de parallèles, comme ils n'ont rien de réel, il n'en résultera que des lieux communs d'une admiration convenue , et un petit cliquetis d'oppositions mesquines qui ne prouvent rien. Les hommes du premier ordre sont toujours ce qu'ils doivent être .dans la position où ils se trouvent. Cest seulement sous ce point

(1) Voyes les obas. sur les v. 14 et 611 dn pirmier chant; 58 dn septième ; 563 da nenviéme ch« de TU.

(s) TnMLde]aBib.d'ApoUod., t. Il, p. 349.

(3) Cf. II. v', V. 45o.

(4) CI. II. V, 36i-3.

(5) Cf. II. C, 198-9-

(6) Meum. , lib. Il, v. 843«el seqq.

(7) L*II. d*Hoiii. par BiUnbê, t. IV, p. ia8, in-i8.^

de vue que rexaraen de leurs ouvrages peut être profitable, parce -que du moins alors la critique tient à rhistoîre même de l'esprit humain. Qu'il me ^oit donc permis d'examiner encore dans oette donnée le passage où Virgile a imité les vers qui font le sujet de cette note.

Cum femiiia primum,

Cui tolerare colo vîtam teouique Minenra Inipaûtum« cinerem et sopitos suscitât ignés, Noctem addens operi , famulasque ad lamina longo Exercet pense, castum ut servare cuhile Cunjngis , et possit parvos edueere natos ( c).

D*abord il faut observer que Virgile n'emploie pas cette idée d'une femme qui travaille pour nourrir sa famille dans une comparaison comme Homère, mais qu'il a voulu déterminer par là une heure avancée de la nuit , le très-grand matin ; de là cette pensée :

. . . cinerem et supitos sti^itat ignés Noctem addens operi ;

qui ne peut pas se trouver dans Homère. L'expression tenui Minerva , pour exprimer soit un petit travail, soit un modique salaire, appartient au temps de Virgile seulement. Les roots, castum ut servare euhile conjugts, expriment un sentiment délicat sur les secondes noces, inconnu dans les siècles héroïques ; c'est du moins ce que semble prouver la fin de ce passage, et possit edueere natos; si son mari eût vécu, elle n'eût pas été chargée seule du soin de nourrir ses enfants. Cette fin est le principal point de ressemblance entre les vers de Virgile et ceux d'Homère qui se terminent par la même pensée.

Apollonius de Rhodes, comme Homère, emploie dans une comparaison l'idée d'une femme qui travaille pour nourrir sa famille , mais elle n'a pas le même objet. Homère a en vue l'égalité des balances, pour exprimer que les chances du combat étaient égales entre les Grecs et les Troyens; Apollonius voulant peindre'^l'agitation de Médée, la compare à une pauvre femme tout occupée de son travail. Voici la traduction du passage des Argonautiques : « De • même une femme laborieuse tourne son fuseau pendant la nuit ; « autour de cette veuve délaissée gémissent ses enfants orphelins,

(i) JSn., vm, 4o8.

m et des lames ÛKUideiit son visite ; telle est la funeste destioée • qui Taiecable (i). » Observons que la comparaison d'Apollonius porte sur un état de l'ame , on n'en trouve aucun exemple dans l'Iliade. De même que Virgile, Apollonius exprime des idées morales , des affections , tandis qu'Homère dit simplement que cette femme pèse la laine avec équité pour nourrir sa famille. Apollonius même insiste davantage, il parle clairement d'une femme veuve; de ses enfants orphelins, des pleurs qu'elle répand, et il termine par une réflexion qui refroidit un peu cette peinture. Homère et Virgile achèvent leur tableau par le trait qui émeut , qui touche le cœur, le soin de nourrir les enfants.

Maintenants! l'on veut comparer, non pas les trois poètes „raais les trois poésies , on sentira que celle d'Homèi« annonce une société jeune encore , où la pensée s'exprime sans ornements , mais d'une manière énergique, naturelle et vraie. Celle de Virgile annonce une civilisation plus perfectionnée, une société plus polie; alors la pensée ne se présente pas sans accessoires , mais ils sont toujours disposés dans une juste mesure ; les réflexions naissent du sujet , expriment des sentiments délicats , et ne blessent jamais le goût. Enfin dans celle d'Apollonius , on découvre les effets d'un style calculé, et l'on y ressent un peu de cette froideur qui caractérise l'école d'Alexandrie , c'est-à-dire une époque où le goût des recherches et des subtilités commençait à éteindre le feu des inspirations poétiques.

[v. 449 — So.] Lui l'enlève sans efforts, tant le fils de Saturne la rendait légère à ce héros.

Plusieurs critiques pensent que le vers 45o a été interpolé; Wolf le renferme entre deux parenthèses ; Knight ne l'a pas admis dans son édition; Heyne dit aussi qu'il doit être rejeté; parmi les anciens critiques, Aristophane et Zénodote le supprimaient (a), sans doute parce que ce vers ne se rattache pas à ce qui précède , et non par la puérile raison que donne le scholiaste de Venise , qui

(1) Arg., IV, 1063.

(a) ScH. Ten. \i.\ 45o.

le retranche parce qu*îl tend a diminuer la force d*I|ector, an sant que Jupiter allégeait la pierre énorme que lançait ce héro».

[v. 4^7 — p.] S*étant approché, il s'arrête, et,' les jambes écartées, s'affennissant sur la terre pour ne pas porter un coup inutile, il frappe le milieu des portes, du coup brise les deux gonds.

Knight supprime le vers 4^8, qui, dit*il, n'a été ajouté que pour expliquer le mot jpiiootpkivoc du vers précédent (i). Si Ton admet ce retranchement, il faut traduire ainsi : « il s*approche, puis s'étant « raffermi, il frappe le milieu des portes, et du coup brise les deux M gonds. » Quoi qu'il en soit de la conjecture de Knight, qui n'est pas sans quelque probabilité, disons que tout ce passage renferme une foule de beautés du premier ordre. Cette peinture d'Hector, brisant les portes et se précipitant au sein des remparts, est d'une richesse de poésie, d'un mouvement d'expression qui n'ont pas été assez remarqués. Je conçois qu'à de semblables traits quelques critiques aient soutenu qu'Hector était le véritable héros de rniade. En effet, les chants homériques respirent une sorte de prédilection en faveur du guerrier troyen , le récit de sa mort est du plus tendre intérêt , et le rachat de son corps par son malheureux père offre, sans contredit, la scène la plus majes* tueuse et la plus touchante de l'antiquité.

(i) ILnight, not. in Uiad. v', 458.

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