A M. ARAGO
MEMBRE DE L’iNSTITUT DE FRANCE ETC. ETC.
Monsieur ,
Je viens d’observer dans votre petit, mais savant ouvrage sur les comètes , reçu en ce moment de Paris, un article sur mon catalogue des comètes comparées avec les phénomènes physiques et moraux qui semblent les avoir accompagnées. Il m’est évident que vous ne m’avez pas tout-à-fait compris , à cause de ma manière de m’exprimer ; ou , que n’ayant examiné que la moitié de ma doctrine , vous avez fondé votre réponse à mon argument sur une opinion imparfaitement conçue ! — Je n’ai jamais dit que les comètes sont les causes immédiates et déterminantes de toutes ces productions extraordinaires de l’atmosphère et de ces maux sur la terre qui, selon mon catalogue historique, les accompagnent ; mais qu’il existe une coïncidence fort remarquable entre les deux classes de phénomènes ,
difficile à comprendre, sans admettre que, de quelque manière inconnue , l’une soit la cause de l’autre ! Loin d’être convaincu par vos observations que j’avais tort, je trouvé que vous m’avez fourni des raisons encore plus puissantes pour mon opinion : car vous admettez, avec Newton, la possibilité que les queues des comètes peuvent tomber par leur gravité dans l’atmosphère des planètes et, par conséquent, dans celle de la terre; et qu’elles peuvent s’y condenser et donner naissance à bien des réactions chimiques! C’est plus cependant que je n’ose avancer, quoique je serais appuié de l’opinion de Newton. J’ai dit simplement , avec Kepler , que la coïncidence existe , ({lie les comètes ont été les signes des catastrophes terrestres , sans prétendre développer , même supposer la manière de leur influence mutuelle. Il est possible qu’il existe bien des sortes d’influences encore inconnues. L’influence par exemple exercée par la nouvelle lune ainsi que par la pleine lune sur l’atmosphère et sur certaines maladies , reste encore un mystère , quoique les faits sont matière d’histoire. J’ai vu beaucoup de malades qui éprouvent de fortes migraines précisément à la nouvelle lune; et d’autres qui deviennent toujours malades par le vent d’est. On admet facilement l’influence lunaire, parce que l’attraction de ce corps est déjà prouvée , son influence dans la production des marées étant démontrée mathématiquement. On nie l’influence co-
méjaire, parce que leur attraction sur nous n'est presque rien. Mais combien de causes de maladies il y a dans l’air dont l’origine et la nature sont inconnues ! Une malaria semble produire aujourd’hui la peste, demain le choléra , un air malsain excite les catarrhes, un autre la lièvre jaune, un troisième l’apoplexie , et cela seulement sur les corps dans lesquels il existe une prédisposition , chose aussi mystérieuse que la cause excitante î Sydenham , Meade et les grands médecins ont constaté ces effets atmosphériques et leurs révolutions, sans songer à leurs causes. Newton en prouvant que la matière des comètes peut descendre dans notre atmosphère , rend la cause atmosphérique encore plus évidente , et donne en même temps à mon hypothèse une plus haute couleur de probabilité. Car on peut supposer facilement que la matière dont les queues des comètes sont composées , varie dans différents cas ; que celle par exemple de la comète de 1680 était bien différente de celle de la comète de 1683 ou de la comète de 18 n. De cette diversité des matières que plusieurs comètes laissent tomber dans notre atmosphère , mêlées avec mille autres déjà existantes sur la surface du globe , dépend probablement la variété presque infinie de nos maladies, ainsi que de ces phénomènes brillants qui appartiennent à des constitutions spécifiques de l’atmosphère.
J’ai remarqué aussi dans votre ouvrage les obser-
vations sur les brouillards; mais des circonstances qui attendent la formation de ces phénomènes , m’ont forcé de croire qu’ils résultent presque toujours de la décomposition de l’atmosphère. Dans mon voyage aerien avec un ballon gonflé de gaz hydrogène , le 3o avril i83j., à une élévation de 6000 pieds? j’ai observé attentivement la formation des brouillards; subitement, au moment où. les nuages dits cumuli au niveau de notre ballon disparurent, un gros brouillard se formait au-dessous de nous, et se répandait sur la surface de la terre : mais dans l’espace entre les cumuli et le brouillard, il n’y avait point de vapeur visible. J’ai remarqué la même chose du haut des montagnes dans les alpes de la Suisse , à Naples sur le Vésuve, au pays de Galles et dans presque tous les pays de l’Europe , où je pouvais me servir des élévations pour faire mes observations. Mais je réserve les détails de ces phénomènes néphéologiques pour un autre ouvrage. Je retourne aux comètes. De mon côté , j’ai l’appui de Kepler , ce roi des astronomes , qui a inscrit son nom à jamais dans les cieux , et de presque tous les anciens observateurs: Hipparchus, Ptolomé, Tycho Brahe, Copernicus et bien d’autres. J’ai un haut respect pour l’opinion générale des anciens et la tradition presque universelle des siècles.
A présent je citerai ce que vous dites de moi , avant de répondre. Vous dites § 3. p. 106 :
Newton pensait que les matières, que les exhalaisons dont lesquelles des comètes se composent , peuvent tomber, par leur gravité, dans les atmosphères des planètes en général , et dans celle de la terre en particulier ; s’y condenser, donner naissance à toutes sortes de réactions chimiques, à mille combinaisons nouvelles.
Peu de mots suffiront pour prouver , je ne dis pas seulement que la matière cométaire diffuse,pew£., en effet, tomber dans notre atmosphère, mais encore que ce phénomène est de nature à se reproduire assez fréquemment.
Les comètes paraissent être , en général , de simples amas de vapeurs. Or, puisque c’est un principe avéré que l’attraction est proportionnelle aux masses , chaque molécule de la queue d’une comète doit être très-faiblement attirée par le corps de l’astre.
L’attraction diminue quand la distance s’accroît, non pas dans le rapport de la simple distance, mais proportionnellement à son carré. Aux distances 2, 3, 4... 10, l’attraction exercée par un corps déterminé est 4, 9, 16,... 100 fois plus petite qu’à la distance un.
Ainsi , une comète , par l’effet de son manque de masse , n’exerce, même de près, qu’une attraction très faible. Quand la distance de la particule attirée à la tête de la comète est un peu grande, il ne doit donc plus rester qu’une action à peine sensible. Or, n’a-t-on pas vu des comètes accompagnées de très-longues queues ? Dans la comète de 1680, les dernières molécules visibles n’étaient-elles pas, eu ligne droite, à plus de 41 millions de lieues du noyau?
On comprendra maintenant qu’une planète , que la terre, par exemple, dont la masse est, le plus souvent, si supérieure à celle des comètes, doive pouvoir attirer a elle, aspirer pour ainsi dire et s’approprier entièrement les par-
tins extrêmes des queues cométaires, lors même que dans sa course annuelle elle en reste toujours très-éloignée.
L’introduction dans l’atmosphère terrestre de quelque nouvel élément gazeux, pourrait, suivant qu’il serait plus ou moins abondant , occasioner la mort de tous les animaux , ou engendrer de simples épidémies : telle a été, en effet , suivant divers auteurs, l’origine, la véritable source de la plupart de ces fléaux dont l’histoire nous a conservé le souvenir.
Et encore p. 108 :
Un anglais, dont le nom n’est pas inconnu des physiciens, M. T. Forster, vient de traiter cette même question en détail. (*) Suivant lui, il est certain que (depuis l’ère chrétienne) les périodes les plus insalubres sont précisément celles durant lesquelles il s’est montré quelque grande comète ; que les apparitions de ces astres ont été accompagnées de tremblemens de terre, d’éruptions de volcans et de commotions atmosphériques, tandis qu’on n’a point observé de comètes durant les périodes salubres.
Ceux qui examineront avec un esprit de critique sévère, le long catalogue de M. Forster, n’y découvriront point, j’ose l’assurer, les conséquences qu’il a cru pouvoir en déduire.
Le nombre total de comètes proprement dites dont il est fait mention dans les historiens, à partir de la première année de l’ère chrétienne, est d’environ 500. Depuis que, dans l’intérêt des sciences, on observe le ciel avec
(*) Illustrations oj the atrnospherial origin of épidémie diseases. Chehnsford, 1829; p. i3y et suivantes.
attention ; depuis que les comètes télescopiques ne se dérobent plus aux regards des astronomes, le nombre moyen de ces astres par année s’élève à peu près à deux. Accordez, avec M. Forster, qu’une comète agissait avant son apparition, que son influence se continue un peu après, et jamais évidemment un de ces astres ne vous manquera , quel que soit le phénomène , le malheur ou l’épidémie que vous vouliez leur imputer. Cette remarque ne s’applique pas moins directement aux mémoires du célèbre Sydenham , qui, aussi, était partisan des influences cométaires; aux dissertations de Lubienietski , de Riccioli , etc., etc. M. Forster a, d’ailleurs, je dois le dire, tellement étendu dans son savant catalogue , le cercle des prétendues actions cométaires, qu’il n’y aurait presque plus de phénomène qui ne fût de leur ressort.
En lisant ces passages et d’autres dans l’ouvrage, deux choses fixent mon attention , i 0 qu’en recueillant certaines observations isolées de mon livre , vous avez donné une tournure assez bizarre à mon argument, et qui est bien différente de celle qui doit résulter de tous les faits et observations constatés ensemble; 20 que, si c’est une faute dans les sciences de se servir des hypothèses, vous êtes bien plus coupable que moi; car votre petite brochure dont j’admets l’excellence et l’érudition , est pleine cependant de questions purement hypothétiques! Moi, quand je considère la peste de Londres ou celle de Florence, les épizooties dans certaines saisons, les nombreuses maladies des plantes et surtout le vaste
accroissement de certains insectes , comme choses qui suivent l’apparition des comètes, je ne fais que répéter l’opinion de presque toutes les nations de l’antiquité, et de fortifier cette opinion par un catalogue historique de ces phénomènes : mais, dites moi, à quel peuple est-il arrivé de penser que l’anneau de Saturne, ou que le brouillard qui couvre la terre, soient les productions d’une queue de comète? Sans nier cela même comme hypothèse possible, je répète que ma proposition qu’il existe quelqu’action cométaire sur l’atmosphère , fondée sur des faits, sans songer à aucune explication , est plus simple et plus philosophique. Il n’y a que trois moyens d’arriver à la connaissance des causes et effets : l’observation des coïncidences constantes, l’analogie, et l’appui de la tradition générale. De ces trois , le dernier est le plus certain ; Car notre raison nous trompe, et cela trop souvent. L’histoire des erreurs humaines , morales ainsi que scientifiques , nous présente une preuve humiliante de cette faiblesse de la raison. Plus j’y pense, plus je suis convaincu que l’homme, par le moyen de sa force individuelle , ne peut s’assurer d’aucune vérité physique ni morale. Et quand il étend ses recherches à la métaphysique , dans laquelle toute question se perd , il trouve encore plus de difficultés à surmonter. Avant d’arriver à une conclusion quelconque, on est forcé à renoncer aux hautes prétentions de
( il î
la raison , et de se reposer sur l’appui de la tradition , ou , en autres mots , sur ce pouvoir mystérieux qui soutient la vie de l’intelligence , et qui s’appelle la parole par excellence.
Quand une hypothèse quelconque, par exemple celle de Newton, ne contient pas de contradictions et est acceptée par les savans de tous les pays et de tous les temps, on doit la considérer comme vraie; mais telle est la faiblesse de la raison humaine, que la plus évidente vérité connue n’est pas placée , par la balance des probabilités , à l’abri de tout doute ! L’opération d’une force telle que l’attraction, n’est pas une chose prouvée incontestablement ; et l’existence même de la matière et des objets extérieurs à nos sens, reste encore une question que nulle métaphysique n’a su résoudre ! (*) Tout
(*) Je prendrai la liberté de répéter ici quelques passages de ma brochure intitulée : « Ontophilos ou les derniers entretiens d’un, philosophe , p pour prouver que nous trouverons une pareille difficulté en expliquant toutes les sciences , rien n’étant prouvé à l’homme. Toute vérité, même les axiomes restent sur la balance des probabilités dont l’ame de l’homme est le juge : mais parce que le jugement individuel est souvent trompeur, il faut s’appuier , eu tout cas où il est question de choses abstraites, sur le témoignage général, c’est-à-dire sur le jugement moyen de l’espèce humaine, autant qu’il est possible; mais ce moyen même n’est pas infail-
ce que nous connaissons immédiatement sous quelque forme qu’il soit, n’est que sensation. Mais nous nous trouvons forcés, par quelque loi de noire existence, de croire que nos sensations ont des objets, ou plutôt ([ue les effets visibles dans le sensorium ont des causes invisibles dans un monde extérieur. Poussés constamment , en dépit de notre raisonnement philosophique ,
lible, car il demande 1 e peiilio principii de l’existence d’autres hommes ! Voyez deux ouvrages extraordinaires dans lesquels le système astronomique de Newton , ainsi que le système métaphysique de Berkeley sont examinés , intitulés : « Essai ou cause and ejfect, » et « Proofs of an external univers , » tous les deux par Lady Mary Shepherd , 8°. London 1828. Je sens bien la difficulté des questions physiques, mais je sens aussi que toute question physique se résoud dans la métaphysique.
La Phrénologie est la science qui s’approche le plus de la véritable mélhaphysique de l’homme : les organes du cerveau expliquent les manifestations de nos facultés : mais il faut se rappeler que les organes memes considérés comme objets d’examination ne sont que des sensations. Il est donc évident qu’avant d’examiner l’organisme de l’homme, il faut s’assurer de l’existence de la matière même, dont les organes sont composés. 11 y a quelque chose dans nia nature qui me persuade qu’il est plus probable que les causes des eflèts sont constantes et qu’elles existent hors de moi, que de supposer qu’une non-
en présence de l’être en général, nous admettons / l’existence des êtres en particulier, et par conséquent de nos semblables; et puis, en examinant la vérité d’une proposition quelconque, nous nous appuyons sur le grand témoignage de la tradition. Voilà donc, selon moi, la véritable fondation de la certitude. Dés ma jeunesse j’ai examiné avec un plaisir infini
Telle cause soit créée pour chaque apparition d’un effet. ( Oniophilos p. 34.)
En chaque cas où il est question d’une sensation quelconque , il faut une raison pour confier à la raison ! ! !
Pour vous faire voir l’absurdité de croire en les sens seuls, il faut vous entretenir sur les songes. Vous admettez l’inférence de Des Cartes je suis parce que je %ens : Mais si c’était une conséquence , cela ne prouve pas l’existence des choses hors de nous. Vous sentez en rêvant , et quand vous vous imaginez que vous vous éveillez , comment savez vous que vous ne rêvez pas encore ? Car il arrive souvent dans nos songes de rêver que nous nous éveillons ; et cette double déception arrive trois ou quatre fois, avant de s’éveiller en vérité : comment pouvez vous vous assurer que le tout n’est pas un rêve. Possiblement il n’y a qu’une série de songes enveloppés
l’un sous l’autre ! ! ! (p. 36.)
La terra, diceva io, è solamente un picciolo punto fra innumerabli mondi di grandezze e di distanze tioppo vaste per esser prese nella mente, e tutti
et jamais languissant les problèmes de Kepler et le système de Newton , mais m’occupant aussi de la philosophie , et essayant de sonder la base des connaissances humaines , je suis convaincu que l’homme , faible et imparfait , ne sait le tout de rien. La chose la plus nécessaire pour l’appui d’une hypothèse quelconque est l’assentiment d’un grand nombre de sa-
sostenenti la vita animale in ogni varietà di organizzazione.
Ove, allor, si trova il fine di questo universo pieno di mondi ? Ê il spacio infinito in grandezza ed eterno in durazione? E la legge del Omnipotente un principio eterno di varietà e di variazione infinita ? Sta l’Essere necessario , o potrebbe il Dio abolire il passato ? Senza dubbio il mondo è un sistema di cose invisibili manifestate al nostro senso visibilmente, in qualche maniera che ci non è conosciuta.
Mentre io cosi délira va, io mi rivolsi dalle cose fisiclie aile metafisiche , cioè adiré, dagli elïecti aile cause che sono al di là degli effetti; dalla materia alla mente ; e richiamando i sofismi dello scismatico Berkely, che mise in dubbio le esterne e sempre esistenti cose, io presto trovai che questa dottrina condurebbe alP universale scetticismo. Egli allora mi sovvenne, che l’ordine di ragionare era stato rovesciato ; noi non dovevamo cercare perche noi crediamo nella esistenza degli oggetti esterni, ma dovevamo piuttosto chiedere perche noi Pavevaino messa in dubbio ? Giaccliè la credenza nella esistenza dei corpi esterni e antecedente a qualunque dubbio
vans de tous les siècles, moyennant toujours que l’hypothèse ne contienne pas des problèmes contradictoires. Je répète que l’influence des comètes sur l’atmosphère et, par elle, sur la santé des liahitans de la terre, reste sur une pareille base; car, admettant que leurs queues peuvent tomber dans notre atmosphère et , en même temps , qu’elles sont
sù questo soggetto, ed è un primario sentimento délia nostra propria vita, egli è svilippato colle rostre sensazione, ed è una legge tanto generale quella délia nostra esistenza , quanto la stessa sensazione. Perche dunque abbiamo noi imparato a dubitarne? Perciocbè nei sogni e nelle illusorie sensazioni, sono queste imagini imitate , quando le cause essenziali sono assenti? Bene ; ma quello solamenle basta a condurre alla cognizione, che le nostre sensazioni sono manifestate alla mente per mezzo del sensorium , itl cui esse sorio vedute, corne in una caméra oscura, e che il sensorium ha il vivo potere di ripeterle e presentarle nuovamente alla mente dopo che le originarie cause eccitanti , di cui l’esistenza è fuori di noi, non sono più presenti. Questo sensario, diceva io , puo essere al nostro animo l’oscuro vetro o specchio menzionato da S. Paolo dentro il quale tutle le cose sono vedute imperfettamente ; e le cause esterne a questo sensorio possono appartenere alla natura dell’inaccessibile Divinità stessa, che noi non possiamo mai vedere nella nostra vita, mentre noi siamo ristretti nei vincoli délia carne. {La vi&ione mi tafisica p. 13.)
varieusemént composées, — chose que l’analogie porte à croire , — nous gagnons une haute probabilité qu’elles sont les causes de cette variété des effets atmosphériques qui ont accompagnés les comètes dans tous les temps , et dont les savants observateurs et les historiens de tous les siècles ont été les témoins.
Examinons encore l’influence des astres, sous un autre point de vue. Admettant l’existence d’un Être infini comme cause nécessaire de tous les effets, nous ne pouvons pas éviter les conséquences; nous sommes obligés de regarder toutes les lois physiques et morales du monde comme le pouvoir de cet Être exercé sur la matière dans la production des phénomènes. Sous quel nom que ce soit, Jehova, Jupiter , ou Dieu , il est toujours la puissance infinie , le créateur par excellence, la vérité qui est une : par conséquent je ne saurais admettre un corps quelconque aussi indépendant, qu’il existe à l’abri de l’influence , plus ou moins directe , de tous les autres. Considérant l’harmonie qui doit régner sur l’ensemble de la création , il m’est difficile de supposer , parmi les millions d’astres qui remplissent l’espace , l’existence d’une seule étoile qui n’ait pas de liaison avec le ciel entier, soit par l’attraction, soit par quelqu’ autre influence. Dans tous les cas où il est question de cause et effet, il ne faut qu’examiner s’il y a un assez grand nombre de coïncidences de deux ou plusieurs phénomènes, pour
en faire dériver la probabilité d’une rélation intime existante entre eux.
Il semble que l’examen du rapport de cause et d’effet est justement celui dans lequel notre raison individuelle nous trompe le plus souvent : il y a probablement mille causes dont nous ignorons l’existence, qui opèrent continuellement sur la terre et sur ses habitants , et mille autres dont le modus ope randi est inconnu. Toutes nos recherches poussées un peu trop loin , tombent insensiblement dans le vaste océan des doutes, par lequel nous sommes environnés ; et quand nous essayons de regagner la certitude par le haut chemin de la métaphysique , il nous conduit à la conclusion bien peu satisfaisante que l’univers est un système de choses invisibles dont la puissance créatrice nous a permis de connaître une petite portion manifestée visiblement !
Quittons maintenant ces méditations abstraites qui ne servent qu’à l’humiliation de l’homme en démontrant la faiblesse de sa raison; et cédant au sens commun, qu’il existe un monde matériel assujetti aux lois physiques, examinons la probabilité d’une influence cométaire exercée sur notre planète ; et , s’il y en a une, quelle est la nature de cette influence?
§ i. Le témoignage de V antiquité sur V influence
des comètes considéré .
Depuis le temps le plus reculé jusqu’à nos jours ,
l’opinion publique a été constamment en faveur d’une influence exercée par les astres sur la terre; il est évident aussi que l’atmosphère a été toujours regardée comme le moyen de cette influence. Les anciens Bramins de l’Inde et les astronomes chinois, -ainsi que les astrologues de Babylone et de la Grèce -nous ont rendu leur témoignage à ce fait, que les comètes sont les signes des plus funestes événements : nous lisons dans l’Iliade d’Homère, au commencement du vingtième livre :
Qcu'vovtca no).\oLoi /lu7 (xççaoi vvxloç auoyyif etc. etc.
Lucan craignait — 7 crinemque titnendi sideris Et terris mutantem régna corne ten.
La description est fort exacte , et exprime l’opinion que je trouve presque générale dans les écrits des écrivains grecques et romains, enfin les anciens après avoir regardé la comète comme la cause des maux physiques, ont donné ordinairement une description de plusieurs signes qui démontrent la présence d’un air troublç et malsain. (*)
Pendant ce qu’011 appelle les moyens âges, nous
(*) . Solem quis dicere falsum
Audeat ? Ille etiam cæcos ins tare tumultus
Sæpe monet, fraudemque et operta tumescere bella,
Ille etiam exstincto miseratus Cæsare îlomam ,
trouvons la meme opinion , et les plus anciennes hymnes à la Vierge , dans les temps de pestilence , commencent par une prière pour qu’elle ait la bonté de diminuer l'influence maligne des astres.
Quum caput obscura nitidum ferrugine texit,
Inpiaque æternam timuerunt sæcula noclem ;
Tempore quamquam illo tellus quoque et æquora ponti , Obscenique canes, inportunæque volucres Signa dabant. Qnoties Cyclopum efïervere in agros Vidimus undantem ruptis fornacibus Âetnam, Flammarmnque globos liquefactaque volvere saxa ! Armorum sonitum toto Germania coelo Audiit; insolitis tremuerunt motibus Alpes;
Yox quoque per lucos volgo exaudita silenlis Ingens; et simulacra modis pallentia miris Visa sub obscurum noctis; pecudesque loquutæ; Infandum ! sistunt amnes, terræque deliiscunt ;
Et mæstum inlacriraat templis ebur, æraque sudant; Proluit insano contorquens vortice silvas Fluviorura rex Eridanus , camposque per omnes Cum stabulis armenta tulit ; nec tempore eodem Tristibus aut extis fibræ adparere minaces ,
Àut puteis manare cruor cessavit ; et altæ Per noctem resonare, lupis ululantibus, urbes ;
Non alias coelo ceciderunt plura sereno Fulgura, nec diri toties arsere cometæ.
Ergo inter sese paribus concurrere telis Romanas acies iterum videre Pliilippi ;
Nec fuit indignum superis bis sanguine noslro Emathiam et latos Hæmi pinguescere campos.
Mais l’influence cométaire sur l’atmosphère, et par elle sur la santé (les hommes , est attestée par les poètes romains d’une manière digne des physiciens. Les médecins, les historiens, les pères d’église, les astronomes anciens et modernes — Hippocrate , Galène, Celsus, Avicenna, Sydenham, Hérodote, Sénèque, Plutarque, Platon, S1. Augustin, Ptolomé, Kepler, Bacon , Lubienenski , etc. etc. , sont en accord avec les poètes, et ont attestés cette influence des astres dans leurs écrits. Je serais content d’avoir assez de place pour citer quelques passages de ces écrivains , parce qu’ils sont très-bien exprimés et se rapportent bien avec le résultat de nos recherches physiques. Lucretius ne s'étonne pas que l’air porte tant d’influence sur les maladies et la mort, voyant qu’elle est même la cause essentielle de la vie.
. Primum multarum semina rerum
Esse suprà docui quœ swit vitalia nobis ,
Et contra quœ sint morbo moi tique necesse est Multa volare f (*) etc. etc.
Virgile , Ovide , Thucidides , Livius etc. ont donné des descriptions plus détaillées des épidémies qui arrivaient en conséquence de l’influence des astres et des comètes , mais leurs citations nous mènerait trop loin de l’objet de cette brochure.
(*) De rerum Natura lib. 2?
§ 2. Quelle est la nature de V 'influence corné taire P
Nous convenons qu’une comète peut agir sur la tei re de trois manières : par voie d’attraction , par ses layons lumineux et calorifiques, par la matière gazeuse dont se compose sa queue, et qui, dans certaines positions, viendrait envahir l’atmosphère terrestre. Bien, examinons donc ces trois manières d’action. Quant à la première , on sait très-bien que l’attraction des comètes en général est trop petite pour qu’on puisse leur attribuer la moindre influence sensible sur la terre. Quant à la seconde , on n’a jamais pu appercevoir aucune influence produite par la lumière d’une comète sur le thermomètre, même quand elle a été concentrée au foyer du miroir et de la lentille. Outre cela , il est probable que la lumière des comètes est empruntée au soleil, comme celle des planètes : elle n’a ni l’intensité brillante ni certaines autres qualités possédées par les étoiles fixes. Il n’y a donc que la troisième explication de l’influence cométaire, qui doive arrêter l’attention des physiciens, celle qui suppose que la matière de la nébulosité et des queues de ces astres tombe dans l’atmosphère de la terre , y donnant naissance à plusieurs nouvelles combinaisons chimiques, capables à diverses occasions de produire beaucoup de phénomènes et des maladies extraordinaires. En admettant cependant cette explication , je ne voudrais
pas exclure la grande influence de l’électricité atmos- • phérique sur tous les corps terrestres : car mes observations sur l’électromètre portent à croire que ce fluide n’est transmis de l’atmosphère à la terre, ni de la manière, ni dans la quantité ordinaire, pendant la présence des plus violentes épidémies. Je suis habitué d’enregistrer mes observations physiques dans un journal de météorologie et de l’histoire naturelle, qui a été gardé dans la famille de mon père pendant 70 ans et augmenté par des observations , tous les jours , sans intermission et presque sans une seule lacune. L’immense étendue et le travail de ce registre sont la cause que je 11’ai pas encore eu le courage d’entreprendre sa publication •, mais j’espère de donner, en peu de temps, des extraits qui établiront incontestablement les opinions que j’ai avancées dans mon ouvrage sur les épidémies. (*) À présent je me contenterai d’un abrégé de mon catalogue des comètes , corrigé maintenant pour la troisième fois, et comparé avec les événements qui les ont accompagnés.
Il faut cependant examiner d’avance , s’il y a des moyens de discerner la nature de la lumière cométaire, et s’il y a des faits qui portent à croire qu’il existe quelque rapport entre les comètes , les
(*) Illustrations of the atmosplicrical origine ot épidémie diseuses. 8°. 1830.
météores lumineux et les étoiles filantes , pour qu’on ne puisse m’accuser d’avoir disposé de ces questions avec trop de négligence.
§ 3. Est-il possible de décider si la lumière des comètes émane dl elles-mêmes , ou si elle est empruntée au soleil ?
Comme il n’est pas nécessaire de répéter les ingénieuses observations sur la lumière des comètes qui se trouvent dans Y Extrait de P Annuaire pour 1802, pages 82, 212, j’en citerai une qui me parait nouvelle. Je me rappelle, qu’en 1824 je m’occupais des moyens de discerner la lumière originale de celle qui était empruntée. A cette époque une chose m’est arrivée par hazard , par laquelle j’espérais d’achever cet objet. Je m’amusais avec un télescope achromatique d’une manière bien bizarre, et plus en enfant qu’en astronome \ car pendant que j’observais une étoile de la première grandeur, je donnais au télescope un léger mouvement oscillatoire de façon qu’au lieu de voir l’étoile vue dans la lunette sous la forme d’une pointe lumineuse comme à l’ordinaire, un anneau lumineux se présentait dans l’objectif. En examinant Sirius de cette manière, j’apperous que ce cercle ou anneau lumineux était divisé en plusieurs couleurs prismatiques, ou plus proprement , en segments coloriés . En répétant celle observation, sur diverses étoiles fixes,
je trouvai que ces couleurs variaient en chaque cas selon la couleur propre à l’astre actuellement observé-, par exemple en Betalgeus, Arcturus et Aldabaran * le rouge était la couleur dominante ; en Lyra et Aquila le bleu; en Capella il y avait beaucoup de jaune ; cela ne m’étonnait pas , parce que la réfraction doit se varier selon la composition originale de la lumière de chaque astre, chose qui explique un phénomène que j’ai vu inoi-même , la projection apparente d’ Aldabaran sur la surface de la lune , dans une occultation de cette étoile. Mais en dirigeant la lunette vers Jupiter et Vénus, j’étais étonné de ne point trouver de couleur dans les cercles produits par la lumière de ces planètes : j’ai répété mille fois ces observations et toujours avec le même résultat ; il n’était possible de produire aucune couleur dans le spectrum d’une planète quelconque , tandis que toutes les étoiles fixes donnaient des couleurs facilement.
Par ces observations je fus porté à croire que la lumière empruntée ne pourrait produire, en nul cas, ce brillant phénomène; et que, de ce fait, s’il était confirmé par l’observation d’une comète, nous pourrions tirer probablement des conséquences très - importantes. Enfin , j’ai saisi la première occasion d’observer la comète de Biela en 1 832 , ainsi que celle de Haller en i835, de cette manière, et heureusement avec le résultat que j’avais attendu. Ni rune ni l’autre n’ayant produit de cou-
leurs, il serait permis de conclure que la lumière de ces astres est empruntée au soleil. Il est à remarquer cependant qu’il y a une autre manière de séparer les rayons coloriés de la lumière des étoiles, par le moyen d’un prisme attaché à la lunette, qui a donné d’autres résultats encore plus intéressants. Comme j’ai déjà publié mes expériences sur ces phénomènes, et aussi celles de M. Stephen Lee , dans le Philosophical Magazine de Londres pour l’an 1824, je ne les répéterai pas ici. (*)
§ 4* &il y a des rapports entre les comètes et les météores lumineux etc .
Admettant qu’une matière gazeuse tombe des queues des comètes dans l’atmosphère, et qu’elle produise des épidémies , on doit attendre aussi bien d’autres phénomènes. Je propose donc d’examiner si elle peut fournir la matière pour certains météores qui semblent dépen-
(*) Dans ce Magazine on trouvera beaucoup d’observations sur la différente réfrangibilité des étoiles. Voyez Jdssay on the different refrangibility of the red , white and bine Stars , wiih tables of refraction etc. , dans les numéros pour avril et mai 1824. Dans mon Dictionnaire à l’usage des physiciens et des agricoles, qui est devenu rare, j’ai donné un catalogue d’environ 30 étoiles considérées sous ce rapport, avec une table des réfractions différentielles , fondée sur la diverse composition de leur lumière. 12°. Londres 1827.
dre de quelque gaz enflammé. M. de Luc regardait tous les météores comme l’effet de la combustion de gaz. D’autres physiciens les ont regardés comme de petites météorelites. En tous les cas , il y a , comme j’ai déjà prouvé, trop de rapport entre les météores et les variations atmosphériques, pour qu’on puisse leur attribuer une origine hors de l’atmosphère de la terre. Par un grand nombre d’observations, j'ai pu faire une division des météores en cinq classes principales : i° Les étoiles filantes ordinaires qui sont trèspetites; 2° les plus brillantes qui ont la grandeur apparente de Vénus; 3° les très-grandes, celle par exemple de 1783; 4° ^es ignés et 5° une
classe de météores qui ressemblent aux étoiles filantes, mais qui sont distinguées par de longues queues ou trai nées de lumière blanche quelles laissent après elles, et qui souvent restent visibles environ trois secondes après que les étoiles mêmes sont éteintes. (*) Ce sont les météores que Virgile, Aratus et Pline ont regardés comme les signes du vent. Il 11’y a pas de doute que leurs qçeues sont produites par la combustion de quelque matière inflammable diffuse dans l’atmosphère. Selon mes observations , elles sont bien plus fréquentes au temps des comètes :
(*) Voyez une longue dissertation sur ces météores dans mes Resf arches about atmofiphenc l'/ienonitua 3 éclii. 8°. London 1823.
par exemple le io août 181 1 , pendant que la magnifique comète de ladite année s’approchait de notre système , je me rappelle avoir dénombré plus de cent de ces météores, entre les 9 et 10 heures du soir, dans le voisinage de Londres; et on m’assure qu’ils ont été vus, pendant toute la nuit, en très-grande quantité. De pareilles observations contemporaines ont été faites dans plusieurs parties de l’Europe. La meme année au mois de juillet, j’observai à Waltbamstow un phénomène très-rare dans ces régions Boréales, une pluie tombante d’un ciel parfaitement serein; les goûtes n’étaient pas nombreuses, mais larges, et donnaient des indications d’une électricité positive. Je sentis pendant la chute de cette pluie une odeur semblable à celle qui , dans certaines expériences électriques, échappe de la machine, ou à celle qui descend quelquefois par le cordon d’un cerf volant au temps d’orage.
Le 3 juillet 1819, à 11 heures du soir, j'eus le plaisir de découvrir la brillante comète de cette année, dont l’apparition subite produisit une grande impression en Angleterre ; elle fut observée , la même nuit , à l’observatoire de Greenwich : pendant l’automne qui suivit , ces météores à queues blanches se montraient encore. Observant la comète attentivement, j’apperçus un mouvement à l’extrémité de sa queue. Cette comète me semblait d’une couleur plus rouge que celle des comètes
en généra). — La température de l’été, comme celle de l’été précédent , était chaude , Fliiver froid. (* *)
En i832, année de la comète de Biela, ces météores traînant de longues traces lumineuses devenaient encore nombreux : à Beverley dans la province de York, le 12 novembre, le ciel en semblait rempli; ils ont été vus en meme temps dans toute l’Angleterre, en Flandre, en France, en diverses parties de l’Allemagne et en Amérique; le i3 un grand météore fut observé a Boreham en Essex , et pendant ce mois et celui de janvier, ces phénomènes étaient fort communs. Une nuit où j’étais dans mon jardin à 1 o heures du soir, je vis tant de ces petites étoiles a queues blanches, traînant à la fois leurs lignes blanches dans plusieurs directions, que le ciel pendant cinquante secondes présentait le spectacle d’un entrelacement de fils de coton blanc. L’année passée, voyageant sur les bords du Rhin , je remarquai plusieurs de ces petits météores blancs, et un ou deux en hiver à Aix-la-
(*) Je n’ai jamais dit que les comètes augmentent la température moyenne , mais que les extrêmes de chaleur et de froideur, ainsi qu’un bouleversement plus ou
moins général de l’ordre naturelle des saisons, accompagnaient souvent l’apparition de ces astres. Cette opinion résulte d’une laborieuse examinatioii historique des phé¬
nomènes.
Chapelle. J’ai observé constamment que les plus brillants de ces météores arrivent avec un baromètre descendant et quand il y a des nuages dits cirrostrati dans l’air ; aussi que les météores à queues blanches ont été suivis et quelquefois précédés du vent et de la pluie*. Voilà, quant à moi, tout ce que je puis offrir d’expérience ; mais par le catalogue des comètes que j’ai déjà fait , il semble que les années où il y avait de grandes comètes , ont été toujours les plus fertiles en météores et en divers phénomènes; comme par exemple l’an 1783. Cependant nous n’avons pas encore assez de faits pour établir un rapport indubitable entre ces phénomènes; la liaison est probable, ainsi que celle entre les comètes et les lumières boréales : il faut multiplier les observations. L’esprit inquiet de l’homme est trop porté à s’imaginer des signes et des prodiges; en 1828 le peuple attribua à la comète d’Enke , que bien peu de personnes avaient vue , le splendide arc lumineux qui , le 29 septembre , de 8 à 9 heures du soir , s’étendait de l’Ouest vers le zénith , à l’élévation d’environ dix lieues. Je vis ce phénomène en Essex et je regardai là-dedans un mouvement semblable à celui d’une colonne de fumée agitée par un très-léger vent. (*)
(*) Je ne gais que penser du météore décrit dans l’extrait suivant d’un journal irlandais : mais mon père fut témoin d’un pareil phénomène environ l’an 1799 à
Les météores que je vis descendre du ciel vers le sommet du Vésuve pendant Féruption de juin et juillet i834, tombaient avec une rapidité éton-
Hackney, il le prit pendant quelque temps pour un feu d’artifice. Voilà l’extrait :
Singular Meteor. — On Saturday evening, at seven o’clock, a meteor was observed, very remarkable for its shape, duration, and small élévation from the earth , by a family residing near Annesley bridge , who watclied it a intervale till twelve o’clock. It appeared to take a direction from S. E. to S. W. , moving from tlie seaside landwards, in nearly a horizontal direction, and lower than the summit of the Wicklow and Dublin mountain s , which it illuminated in passing. It was described as nearly as large as the moon , with a luminous tail of bright spots, like stars, which extended behind id , and sometimes below it in a curved direction the entire head and tail tlien resembling the oulline of a comma (in punctuation). During the five liours it continued visible it sometimes stopped, retrograded, and described various curves. It was occastonally intercepted by clouds, which it illuminated on the edges, and rendered partially transparent. Its colour was rather paler than the planet Mars. Various meteoric appearances were also perceptible on the previous evening, but we hâve not as yet heard any description of tliem on which we could rely. — Dublin Register.
nante , et ils avaient l’apparence de communications électriques. Je remarquai qu’avant l’éruption et meme dans les intervalles des vomissements de feu , il se formait au-dessus de la montagne un grand cumulus de la forme d’un cône de sapin renversé. Le lundi 7 juillet 1 834 , retournant avec ma famille de Pompéji à Naples , ces météores étaient accompagnés d’un orage des plus violents que j’aie jamais vus ; en meme temps l’éruption de lava, de pierres rouges , et de feu continua et présentait dans l’ensemble un spectacle à n’oublier jamais; passant tout près de la montagne, ma voiture fut couverte de cendres chaudes; mais n’allongeons pas trop cet article.
§ 5. Des épidémies et des comètes avant F ère
chrétienne .
En réexaminant, pour la troisième fois, mon . catalogue des comètes à présent beaucoup augmenté, je trouve, en dépit de ce que disent certains astronomes , qu’une liaison entre ces phénomènes célestes et ceux qui s’appellent atmosphériques est soutenue par la balance des probabilités. Si nous admettons que les pestes , les épizooties et les maladies des plantes sont des productions de l’air , les probabilités d’une influence cométaire deviendront bien plus nombreuses. Par une longue examination de ces maladies et de leur rapport avec les variations
de l’atmosphère , je suis convaincu que leurs causes excitantes consistent en certaines conditions morbifiques de l’air qui, agissant d’une manière spécifique y sur diverses parties ou organes de la machine animale des individus prédisposés à recevoir leur influence , produisent les symptômes extraordinaires qui caractérisent les épidémies ; classe de maladies qui méritent d’être étudiées par les médecins avec la plus profonde attention. Infiniment variées comme les nuances des couleurs, poursuivant une course invisible dans l’élément de la vie , attaquant les personnes en apparence les plus fortes et portant le fléau de la famine et de la mort à des nations entières , elles ont été regardées, en tous les temps, comme les plus mystérieux et les plus importants des maux de l’homme.
Combien de cités jadis fleurissantes ont été réduites en ruines> par ces fléaux ! Je ne doute pas que ce ne soit principalement par les épidémies que Babylone , Ninive , Thèbes , Palmyre , Ecbatane ont cessé d’exister ; et que Tyre et Sidon ont été flétris sous le fouet de ladite justice rétributive : car les troubles civils deviennent les causes prédisponentes des pestes; et quand Bellona a joué son rôle dans la scène sanglante de dévastation , Fébris foule aux pieds les débris qui restent d’une population presque anéantie par la famine et par la guerre. Sans accepter cette explication , il serait difficile de s’imaginer comment
Ha
tant de villes immenses, des nations opulentes de
maux ont été précédés par des comètes.
Ricciolus , Eckstorm et Winston se sont servi des traditions anciennes pour prouver que le déluge fut occasioné par une comète; et puis, chose qui est au moins curieuse, les calculs astronomiques ont rendu l’apparition de la grande comète de 1680 assez probable , à cette époque : car assumant la période de la révolution de cet astre dans son orbite elliptique à 5~5 ans, il correspondra avec les comètes des années 1 106, 53 1 et de l’an /\$ avant J. C. ; la dernière fut la comète avant la mort de Jules César. Montant l’échelle des dates par des pas de 5^5 ans, nous arrivons a l’an — 618, époque où l’apparition de cette comète doit avoir eu lieu ; et cela correspondra bien avec la date de la fameuse Stella candens Sibillœ. (*) La tradition garde le silence sur son apparition en — r 1 193 ; mais retraçant ses retours , nous trouvons qu’elle a retourné au temps du déluge d’Ogyges; et puis, encore montant 5ç5 ans, nous arrivons à peu près à l’époque du déluge de Noé ! Une autre grande comète , selon ces chroniqueurs , fut visible
(*) Voyez mon Catalogue des comètes et Essai on ihe a.t mospheric or i gin of epedemic disorders , 2° édit. ]. 17. Aussi Webster on epedernics , et Chronilc der Seuchen , en 2 vol. 8°. Tubingen 1823.
en — 1 897 , avant la destruction de Sodome et Gomorra ; et quant à cela , il faut dire que le nombre immense des grands météores qui ont été observés tombant à la fois sur la terre aux temps des comètes de 1 8 1 1 et i832, porte à supposer la possibilité d’un pareil phénomène comme la cause de la combustion de ces deux anciennes villes. Nous cédons assez aux tbéologues qui 11e voient que la justice divine dans ce cas, en disant que Dieu pouvait employer ces météores comme instruments de sa vengeance; (*) le meme argument s’applique à toute question de l’origine des maux. Que ces météores ont été les causes des incendies, est déjà matière d’histoire ; dans une ancienne chronique de Londres, sous la date de 1202, nous trouvons qu’après un violent orage avec de la pluie et de la grêle grosse comme des œufs , il tombait , dans la nuit , un nombre de météores semblables aux charbons ardents qui ont mis le feu à plusieurs maisons. Ces météores ve-
(*) M. de Luc, d’après Aristote , dans ses Idées sur la Météorologie , regarde les météores comme occasionés par la <• combustion de l’hydrogène dans l’air. Mais avant mon ascension aérostatique, faite aux jardins des frères dominicains, voulant savoir quel serait le danger de passer par un nuage foudroyant, en montant, un collaborateur de nos travaux Ht passer l’étincelle électrique plusieurs fois par un petit ballon rempli de hydrogène, sans faire enflammer le gaz.
liaient quelquefois si horizontalement que le peuple s’imaginait qu’ils étaient portés par des oiseaux. (*) Encore en 1224, le 18 octobre, on a registre un ouragan qui démolit plusieurs églises et déracina une foule d’arbres, pendant que des dragons de feu volèrent dans l’air, (f ) Outre les nombreuses maisons qui ont été brûlées par la foudre, il est connu qu’en Angleterre plusieurs ont été allumées par d’autres espèces de météores. Cette explication est rendue plus évidente par les circonstances qui ont accompagné la chute des météorolites. Mon grand journal de la météorologie , dont j’ai déjà parlé, contient un nombre immense d’observations sur ces sortes de météores; mais je n’ai pas encore eu le temps de les mettre en ordre pour les publier , ayant été pendant vingt ans voyageur.
Lubienietski fait mention d’une comète visible pendant la famine au temps d’Isaac, et d’une autre qui éclairait à l’époque ou les fils d’Israël allaient chercher de la farine en Égypte chez leur frère Joseph-, à cause de la famine en Judée. Je voudrais bien savoir l’autenticité précise de ces comètes. Une autre chose doit être remarquée ici : les anciennes épidémies égyptiennes furent suivies par la peste des mouches ou des insectes ; nos jours nous ont fourni de pareils
(*) Cbronicle of London 1202.
(') Idem.
exemples clans le vaste accroissement de certaines classes des insectes qui ont accompagné en quelques saisons les maladies des plantes, chose qui 'm'incline à penser, appuie sur l’analogie, que ces épibotaniques mêmes peuvent dépendre de certaines animacuies invisibles — et si les maladies des plantes, pourquoi pas celles des hommes?
Cette grande disproportion dans le nombre des insectes en diverses saisons dépend probablement de quelques causes atmosphériques. Nous allons citer quelques exemples : l’an 1821 les guêpes devinrent par leur quantité énorme une peste en Sussex; bientôt après presque toutes les abeiiles disparurent; et en d’autres endroits, pendant l’hiver, millions de ces insectes utiles furent trouvés morts près de leurs ruches. En 1826, les bètes-à-Dieu , je crois cocci-
nella sexpunctata , traversaient en armées immenses
le pays avec le vent du nord ; dans leur marche vers le midi, elles sont restées, pendant la nuit, sur la coupole de l’église de S1. Paul à Londres, dont le côté du nord se trouva tout-à-fait rouge à l’aube du soleil le matin suivant, au grand étonnement des gens. Que le lecteur s’imagine le spectacle d’un dôme , grand comme celui de Sb Pierre de Rome , colorié d’une vive écarlate et cela subitement par l’arrivée inattendue de myriades d’insectes! Je pourrais citer de mon journal d’histoire naturelle , bien de pareils exemples.
$ 6. Des causes physiques des épidémies.
Comme nous allons entrer dans l’investigation des
épidémies et des phénomènes qui les accoin-
pagnent, il ne sera pas inutile de remarquer qu’il y a trois manières par lesquelles les conditions de l’air peuvent agir sur le corps: i° par l’électricité, 2° par l’oxygénation plus ou moins forte , et 3° par le moyen de ces mélanges inombrables de substances étrangères , dérivées des comètes ou autrement , qui agissent sur le système nerveux , ou au moins sur la vie animale et végétale d’une manière jusqu’à présent inconnue. Encore, si un de ces mélanges malsains peut agir seul, deux ou plusieurs peuvent se combiner et agir ensemble; et, si l’on réfléchit sur le nombre immense de ces combinaisons morbifiques qui agissent sur des constitutions animales varieusement prédisposées, il serait facile de concevoir des causes suffisantes à produire toutes les variétés des épidémies. J’ai déjà fait assez d’observations et d’expériences pour m’assurer de l’opération de ces trois classes de causes excitantes. Par le moyen de cet instrument ingénieux Félec- Iroscope de M. de Lue, ainsi que par les électromètres très-délicats, j’ai prouvé que certaines maladies commencent au moment des changements électriques, et que, si ces changements arrivent au temps de la nouvelle ou de la pleine lune , les exaeer-
bâtions des conséquentes maladies sont plus fortes. Ce que M. Gall et les médecins allemands appellent les périodes d’irritabilité , semble dépendre de cette influence lunaire. L’effet produit par le vent d’est, dans presque toutes les parties du monde , sur certaines personnes, est aussi remarquable que son action électrique sur les électromètres. Ce vent fait monter le sang vers la tète, donne des migraines, et en desséchant la peau , rend le malade fiévreux. Mais ce n’est pas tout : les cheveux deviennent plus petits et plus secs, et on ne coupe pas la barbe avec la facilité ordinaire ; un léger brouillard se mêle avec l’air , que j’ai trouvé constamment ou sans électricité ,“ ou électrisé négativement. Les douleurs que des malades éprouvent avant la formation ou l’approche d’un nimbus orageux, et le soulagement que , bientôt après, leur apporte la pluie tombante, prouvent incontestablement l’influence électrique sur les organes et les parties les plus faibles de la machine animale. Les expériences nombreuses de l’inspiration de l’oxygène , de l’oxyde d’azote gazeuse et d’autres airs malsains démontrent une seconde sorte d’influence morbifique que peut exercer l’atmosphère sur les fonctions nerveuses et pulmonaires ; pendant que mille observations sur les gazes malsains qui se mêlent dans l’air prouvent incontestablement le nombre et la variété de leur influence. Quand deux ou plusieurs de ces causes se réunissent on a dii
supposer que les effets seraient plus forts et désastreux ; il faut examiner maintenant la question, si ces mélanges et les épidémies les plus générales se rapportent avec les plus grandes comètes.