‹ Observations ... sur l'instruction relative à la mort du duc de Bourbon, prince de CondéChapitre 3 sur 7 · LE DUC DE BOURBON NE S'EST PAS DONNÉ LA MORT · texte numérisé non relu

LE DUC DE BOURBON NE S'EST PAS DONNÉ LA MORT

Au moment de la mort si tragique du duc de Bourbon, vingt-six années s'étaient écoulées depuis la catastr6phe.de Vincennes; et c'est une observation qui accuse peut-être d'împuissanoe le cœur humain ^ mais qui n'en est pas moins incontestable, que les plus vives comme les plus justes douleurs finissent par céder à l'action du temps. Les princes n'ont pas été affranchis de la loi commune ; aussi le duc de Bourbon, doué, a dit un témoin (M. Dubois^' architecte), d'un courage extraordinaire, et qui supportait l'adversité avec la plus grande résignation, le duc de Bourbon, tout en conservant depuis i8o4 un souvenir douloureux au fond de son âme, avait-il depuis long -temps retrouvé du calme et de la sérénité II prenait part à tous les plaisirs de Chantilly et de Sainfv- Leu; on l'entendait chanter souvent, et toutes les fois qu'il se trouvait avec quelques compa-

(9) gnons de sa jeunesse ou de son exil, il se faisait remarquer par les grâces et par renjouement de sa conversation.... « Seul avec trois ou quatre » seigneurs, dit un témoin (Schûtz), il était » d'une gaîté charmante. »

Il est bien vrai que les. événemens de juillet plongèrent le Prince dans de grandes anx.iétés ; maïs il faut sarvoir comprendre cet esprit éclairé; il faut surtout savoir lire dans ce cœur généreux.

Témoin de la révolution de 1789, le Prince a^ pu craindre le retour de l'anarchie, et il n'est pas douteux que la position de Charles X et de sa famille lui causa d'abord les plus cruelles appréhensions; mais il est constant aussi que, rassuré par l'avènement de Louis-Philippe et par les nouvelles de Cherbourg» il retrouva bientôt cette parfaite tranquillité, cette quiétude profonde qui semblait constituer le fond de sa manière d'être.

F&AXTçois, ancien, valelnie^pied du Prince, actueilemeni chez le Roi, — Après les événemens , le Prince avait été douloureusement affecté dans les premiers momens;maLi& dès que le calme avait été rétabli , il avait paru moins affecté (ai* déposition), (i)

(1) On indiquera par leur numéro seulement les dépo-

(lo)

Baron bb Pr^xban, F un des gentilshommes du Prince, -^ lie Prince abondait dans le sens que le duc d'Orléans pouvait seul nous tirer de la crise..«<, A cette époque, le Prince recevait journellement trois ou quatre courriers : les dépêches et les lettres lui parvenaient, quelques-unes, décachetées à la vérité, mais sans obstacle, même avec des témcNgnages de respect et de considération pour sa personne.. Au doa de l'une on lisait: F'if^e le duc de Bourbon} U peut are tranquille, il n0 lui sera pas fait de mal* (3* dé^ position,)

Comte DE LA YiLLEGONTiEH, premier gentilhomme du Prince, — - N'étant arrivé à Saint-Leu que le soir du lundi a août (f arrivais de Bretagne) , je ne puis rendre compte des knpressions qui, dans les huit jours précédens, avaient pu saisir Son Altesse Royale. Je le trouvai inquiet, mais cependant plus calme que je ne m'y attendais j il déplorait le coup dont une partie de sa famille avait été frappée , maif il me parut résigné.

D, Depuis votre retour jusqu'à la mort de Son Altesse Royale, de quel sentiment paraissait- eUe animée?

R. Le Prince était trop peu communicatif en ce qui le concernait personnellement, pour que je puisse répondre d'une manière catégorique à cette question; mais il m'i^ paru avoir adopté comme une nécessité et le seul espoir d'aveuir, le nouvel ordre de choses. U s'en est ^usieurs

sitions de l'instruction faite à Paris par M. le conseiller de La Huproye. Celles de l'instruction commencée à Pontoise seront désignées par le mot Pontoise entre parenthèses.

fois explique devant moi, et m'a paru k faire saru résen^ et sans hésitation. Ce fut même lui qui me traça la con-^ duite que j'ai tenue à cette occasion, (i'" déposition.)

M. BoNNiE, chirurgien élu Prùtee, — Le Prince paraissait singulièrement afiFecté de la position de Charles X et de la famille royale. Souvent il lui est arrivé de renvoyer son valet-de-chambre et de me garder seul dans sa chamr bre; il me disait en fondant en larmes : » Que deviendront-ils ? » Mais lorsqu^il apprit que Charles X était ar^ rivé à sa destination, il a reçouf^ré sa sérénité, et se dispo^ sait à mprendre ses habitudes, [S* déposition.)

Lecomte, Vun des valets-^de-^hambre du Prince. — Le Prince, efiErayë par les événemens de juillet, s'était rassuré; quoique triste, il n'était pas affecté d'une manière inquiétante. Il disait à M, Bonnie, dix jours avant sa mort : « Bonnie, nous n'avons plus que deux bonnes nou- » velles à apprendre, l'arrivée de Charles X à sa destina- » tion, et la certitude que sa santé n'est pas altérée; el » alors nous pourrons reprendre nos habitudes. * (91" dépo^ sition.)

Enfin^ la visite que la Reine a faite au duc de Bourbon le 20 août au matin , cette visite toute amicale dans laquelle S. M. a engagé Monseigneur à reprendre ses habitudes, et dans laquelle, pour nous servir de l'expression de M. de la VîUegontier, le Prince montra plus d'expansion qu'à l'ordinaire et parut gai et satisfait; cette visite, disons-nous^ achève de démontrer que les événemens de juillet ne pouvaient plus

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laisser dans l'esprit de Son Altesse le plus léger mouvement d'agitation ou d'inquiétude.

Il est vrai cependant que les projets de ré^ forme que l'on présentait au Prince comme une nécessité, ou du moins comme une sorte de tîonvenance , lui causaient une véritable peine ; mais on comprend aussi que ces projeta, dont il ne s'attristait que dans l'intérêt des anciens serviteurs dont on voulait le séparer, ne peuvent expliquer, sous aucun rapport ^ l'épouvantable événement dont la justice recherche la cause.

M. BoNNiE. — Ce qui l'a plongé de nouveau dans l'afr fliction, c'est la proposition qui lui a été faite, et pour ainsi dire imposée, de supprimer un de ses équipages die chasse..» H ne pouvait y consentir... « Supposons, disaitr il, que je n aie pas besoin des gens attachés à Véquipag^^ du sanglier ; ils ont besoin de moi : que dci^iendronl ces malheureux? ,•„ Au surplus , c'est une affaire d! argent ^ f arrangerai cela, puisque vous le voulez, » (5* déposition,)

Baron de Surval, intendant général du Prince. — D, Etait-il à votre connaissance que le Prince dut réformer un de ses équipages de chasse ?

IL Oui n il était effectiyement question de la suppresT sion de l'équ^age du sanglier, et, le dimanche ayant, le Prince m'avait donné l'ordre de faire régler les pensions de retraite des gens attachés à cet équipage. Il m'avait même recommandé de bien traiter ces gens réformés, en me témoignant le regret d'être obligé de le faire.

D. Est*il à votre connaissance que dans cette circon-' stance le Prince siÙTit ses propres inspirations, ou qu'il cédât aux représentations des personnes qui l'entouraient?

R. Cette idée de réforme n'était point effectivement venue de lui; il avait été sollicité de l'opérer ; j'avoue que nkoi-même je l'y avais engagé » autant politiquement en raison du grand nombre de sangliers qui existaient dans les environs de ses forêts et qui occasionaient beaucoup de plaintes et de réclamations de la part des fermiers et cultivateurs, que par vue d'économie , car ces réclamalions occasionaient une dépense énorme, par les indemnités que l'on était obligé de payer ; mais jamais il n'a été question de l'équipage du cerf. ( 7^ déposition,)

Le a3 ou le :24 août, le Prince adressait à Bonnie , son chirurgien , des paroles qui prouvent que l'on avait cherché à lui donner des Inqurétudes sur les sentimens que lui portaient les habitans de Saint-Leu. <c Eh bien ! on disait que les habitans se plaignaient de moi ? Il paraît que cela n'est pas; on m'a donc trompé? » (Lecohite, déposition à Pontoise.)

Au surplus, tous les doutes, s'il en restait encore à ce sujet dans l'esprit de Son Altesse, ont été nécessairement dissipés le aS août, jour de sa fête, par les témoignages d'amour et de respect dont toute la population se fit , pendant cette journée, un devoir et un plaisir de l'entourer.

« Le Priùce^ dit M. Le Dug^ adjoint du maire*de SaùU'^ Leu, accueillit les autorités avec une bonté toute particulière, et rien n'annonçait la moindre préoccupation cF esprit » (37® déposition,)

C'est surtout dans la journée du a6 août qu'il faut que l'observation morale et philosophique s'attache aux pas du Prince, étudie ses actions, ses paroles, ses regards, et essaie de pénétrer dans cette âme qu'un intérêt trop facile à comprendre suppose livrée aux projets les plus sinistres. Et d'abord, sur les faits en euxmêmes, rien ne peut remplacer les paroles des témoins.

M. le comte de Gossé-BaisSAC déclare, dans sa déposi-* tion du 3o novembre i83o à Pontoise, qu'il est arrivé \ Saint-Leu le 26 août à deux ou trois heures, pour parler d'afiaires de service. — 77 est reçu at^ec affabilité, H ne fut pas question des événemens du jour. Le Prince lui demande s'il avait vu Charles X, et lui témoigne l'intérêt personnel qu'il prenait à ses malheurs. — Sans s^appe^ saniir sur les événemens politiques, il engage acec bonté M. de Cossé à séjourner quelques jours à Saint-^Leu, puis à y coucher au moins une nuit; et, sur le désir témoigné par celui-^i de retourner à 'Paris le jour mène, il l'invite à dtner. — Il fait appeler M. Lambot, et le chaîne de s'entendre avec M. de Cossé relativement à quelques personnes du service qu'il avait protégées et auxquelles il désirait encore s'intéresser. — Une demi-heure avant le dîner, M. de Cossé passe chez M. Lambot pour, lui re-

mettre les notes relatives aux personnes dont il 6'agit. -« Le Prince y vient et veut signer deux papiers présentés par M. Lambot. M. de Cossé ne se rappelle pas s'il fut dit quelque chose à cet égard. — On se rend au salon ; ie dîner se -passe comme à l'ordinaire. — Après le repas, M. de Gosse reste dans le salon jusqu'à neuf heures et demie ; le Prince se fait Ure un article de journal^ prend part à la conversation acec sa liberté '<f esprit habituelle, ~ A neuf heures et demie, M. de Cossé part pour Pa-> ris; le Prince le reconduit jusqu'au vestibule.

Miadàmç la comtesse dé Choulot, née de Chabannet» — Le Prince était le 26 août en parfaite tranquillité et esprit i il a mangé comme à l'ordinaire , et il est faux qu'il se soit lepé de tabh. Elle a quitté le salon à dix heures. ( 74* déposition, instruction de Paris» )

François , ^alet^-de-pied, — ^ Le 26 août dernier, M. le eomte de Gossé-Brissac dînait à Saint- Leu; il parla des caricatures exposées dans Paris. Le Prince^ qui n'aimait pas qu'on parlât politique à table, fit signe à M. de Gossé de se taire. Le dîner fut assez gai; le Prince dîna trèsbien. Au dessert, madame de Feuchères avait épluché des cerneaux pour le Prince , qui se sentait difficilemeM de sa main droite; le Prince les refusa, ce qui me frappa. Après le départ de M. de Gossé, le Prince fit apporter une table à jouer. Je dois faire remarquer que depuis les événemens de juillet on ne jouait pas chez le Prince ; C'était le troisième jour quil en a^ait repris rkabitude. La partie dura jusqu'à onze heures et demie ; en se retirant le Prince salua affectueusement toutes les personnes qui l'entouraient, en leur disant : j4 demain. (21* déposition. )

Patel , valet'-de^pied. — Je ne puis me persuader que le Prince ait mis fin à ses jours. Depuis la visite de la

Reine, il paraissait trè^-calme, et je dois dire que le 26 août, le servant à table, je l'ai vu très-gai ; il a très-bien diné. n nous avait dit lui-même : « Allons! je suis conr' » tent^ nous partirons vendredi ou samedi pour ChantUly, » Enfin , il paraissait disposé à reprendre ses habitudes or^ dinaires. (23* déposition.)

Sall^c , valet'-de-'pied. — J'étais depuis treize ans valet-de^pied de Monseigneur. Le 26 août dernier je le servais à table; je fai vu aussi gai quà V ordinaire; il a bu et mangé comme d'habitude. ( 24* déposition,) - BiusiLLANT , porteur, — J'étais de service à table le 26 août; le Prince a diné comme à son ordinaire, et a paru aussi calme que de coutume, {fyi* déposition.)

Baron de Préjeait. — M. de Cossé partit sur les neuf heures avec le général Lambot. — Au whist, qiddurajus*^ qu'à onze heures et demie, le Prince me fit observer que fwwds fait une impasse qui était contraire aux règles, ce qui parowfe qvtU aumi toute son attention au jeu; il perdit onze fiches, et ne lés paya pas, en disant : A demain, — H souhaita le bonsoir conûne à l'ordinaire. (3* déposition,)

Comte DE LA ViLLEGONTiEE. •— Toi remarqué que Mcnrieigneur, qui ne parlait presque jamais et qui naimaà pas que l'on parlât à son whist, s'était exprimé anfec cri» tique et plus de gaM quà l'ordinaire sur un des coups de cette partie, oii, du reste, Ufut le m£me que de coutume. La partie terminée , il avait perdu et se disposait à payer; madame de Feuchères lui dit qu'il valait mieux remettre le paiement au lendemain, le prince Louis de Rohan, qui était intéressé dans le jeu, devant venir le lendemain. Monseigneur n'insista pas et se leva* (i'' déposition.)

Madame la baronne de Peéiean. — • Il était onze heures et demie lorsque le Prince se relira ; nous montâmes Fea-

calier ayec le Prince y M. de la YiUegontieir» M. de MoUac, M. de Préjean et moi; il nous souhaita le bonsoir dune manière très-affectueuse. Il était aussi calme que je l'aie jamais vu, ( gg* déposition,)

Legomte , valet' de^chxtmbre, — Le^Q août au soir^ il a

quitté le Printe vers minuit; il Va laissé très^calmè. Le Prince n'a pas parlé pendant que M. Bonnie le pansait, mais cela lui arrivait souvent Ayant senti dans le gousset du pantalon de nankin un papier ( en emportant les ha* hits), il le remit au Prince , qui se leva pour le placer, sans doute sur la chemine'e. Il demanda à quelle heure il devait se présenter le lendemain : le Prince répondit ai^ec sa tranquillité ordinaire : A huit heures, (gi'^ déposition, )

On s^étaît proposé de commenter les paroles, les actions du Prince; mais au milieu de tous ces actes, empreints de calme, de raison et d'aimable gaîté, de toutes ces paroles remplies d'avenir, le texte échappe au commentaire par sa clarté , par son évidence même. Il est vrai que M. de Préjean, en parlant de cette journée du îi6 août, a dit que le Prince était habituellement triste; en ajoutant toutefois : « Mais je » n'ai remarqué ce soir même en lui aucune » sorte de préoccupation. » La gravité, la tristesse, qui se trouvaient si bien en rapport avec l'âge, la dignité du Prince et les souvenirs de sa vie , se conciliaient parfaitement chez lui avec les manières les plus affables, et, comme dans

leé journées du a 5 et du a6 août, avecd'siimables et douces distractions. Il parait bien que pen-> dànt le diner son âme noble et franche n'a pas su dissimuler le déplaisir que lui causait un sujet de conversation; mais un témoin vient de dire qu'il était faux que le Prince eût un seui instant quitté la table pendant le repas , dont ce nuage passager n'a pas détruit la gaité.

L'instruction explique avec la plus grande précision et la plus grande clarté les actions du Prince lorsque ^ resté seul dans sa chambre, il semblait échapper aux regards des hommes. On sait qu'après le départ de son chirurgien et de son valet-de-chambre , il est demeuré fidèle à toutes ses habitudes, et qu'il a vaqué aux soins qui l'occupaient d'ordinaire. Que ces habitudes intérieures, intimes, soient d'abord retracées par un ancien serviteur qui les connaissait bien, Dupin , qui n'était pas à Saint-Leu lors de l'événement , mais dont la déposition est venu jeter un grand jour dans le procès, en expliquant la manière d'être et de se comporter de son maître.

Lorsque le Prince se retirait dans son appartement, nous nous retirions jusqu'à ce qu'il nous sonnât, et il res*tait souvent une demi-heure, et même trois quarts d'heuire, avant de nous appeler. Il déposait sur la cheminée ses tlA et son argent, remontait sa montre de chasse. Pour

81^ moiitre de viU^, U n^ la înemontaift ptss die Y.4^X h ipiatîn par le valet-4e-cbambre, /Nfra^ ^im le Prmce éUiU ir0p maladroà pour tou^rir^ (^* 4éposUim^)

Or, ce que faisait habituellement le Prince est précisément ce qu'il a fait dans la nuit du vl& au 27. Manoury, valet-de-chambre du Prince, entré le premier dans la chambre mortuaire ^ dit ea effet : .

Tai trouvé sur la cheminée son argent , le paquet de défis qu'il portait habituellement dans son jgilet, sup ses papiers, dans la même place qu'à l'ordinaire \ les deux montres étaient remontées, . Je dois faire remarquer que le Prince montait sa montre de chasse; le valet-de-dbambre montait ordinairement la montre de ville. (6" déposition.)

Remonter sa montre, c^est là une idée inconciliable avec cette pensée de la mort qui ne promet pas de lendemain. Une autre précaution que l'avenir inspirait encore a été constatée.

Dupin explique que lorsque le Prince désirait se rappeler quelque chose pour le lendemain , il avait l'habitude de faire un nœud à son mouchoir.

Manourt. — On a trout^é sous le trat^ersin son mou-* cho'r de poche apec un nœud : c'était l'habitude du Prin^ ce, quand il voulait se rappelor quelque chose, de faire un nœud à .son mouchoir, qu'il plaçait sous son traversin. Cela m'a paru d'aulant phid^^turel, que la veiUe

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»u "toii^ à sept heures tnoitis un^^qtiar^^le Prince m'avait dloiittl^ l'ordre d'^pédicr Un courrier à^ M. le comte àe Gfaemlotà €hantîUy, pom* qu'il Vînt lui parler le lende^ main matin à Saint*Leu; j'ai dû croire que c'était pour «e le rappeler 'que le Prince avait fait le nœud à son mouchoir. (6* déposition»)

'l' fIL Jii.i^vGHTÈXÉiE.^ inspecteur des forêts du Prince à Saint - Leu - Tcu^em^. — Le Prince avait fait un nœud Aittm :mouchoiry que l'on trouva placé sons l'oreiller; ce qu'il avait , dit-on , l'habitude d« faire quand il voulait se souvenir ' de iC^lque - chose» (ta* déposition,)

M. BoNNiE. — Le Prince était dans l'habitude de faire 4m* nœud à son mouchoir quand il voulait se rappeler qttdque chose, et son mouchoir a été trouvé sous son traversin avec un nœud. (5" déposition,)

, LiÇ Prince souffla les deux bougies que Ton plaçait sur la cheminée , et cela une demi-heure environ après le départ du chirurgien et du y;ilet-de-chambre ; ce fait est démontré par l'état inéme où Ton a trouvé les bougies-, qui , laissées entières et à peine usées d'un pouce chacune, n'avaient évidemment brûlé que pendant vingtcinq à trente minutes. Une seule bougie est restée, celle que l'on plaçait dans la cheminée, et qui, en raison de l'arrangement du garde-feu, projetait sa lumière vers le plafond.

Ces détails sont puisés dans l'instruction, source unique du travail que la partie civile croit devoir soumettre à la Cour.

(ai )

' Mahouay. — On allumait toujoun tiir la chemûi^ 4e Monseigneur denx bougies; luirméne les ^éteignait Oa allumait paiement une bougie entière dans un bougeoir que Ton plaçait dans l'âtre de la cheminéa^ derrière. m garde-feu en fer*Uanc plein. Les deux bougies placées sur la cheminée éudeni à peme usées- (tun pouce chaeune^ celle qui était dans le bougeoir tirait àsaifin et Té|>aAâait une faible lueur. ^ ^ .i<

D. Avez-yous remarqué sll n'y avait pa» des gouttes de cire dans le plateau du bougeoir? ' t

ii. Il y en avait quelques-unes; mais cela arrivait fri^ quemment. (6* tiépositiom) ^

Comte DE LA YiLjLEGONTisa. — Sur la cheminée étaient deux bougies > qu'il (le Prince) àeignaà bU^mâne hr^ que son valet-de-chambre s'étaà retiré. Dans Vâtre de 'hi r^ cheminée, près dii garde-feu en fer-blanc, était ^ suivant son usage, une bougie allumée qui était presque usée. ( i"* dépositioui) ' * v

Le mouchoir noué et placé sous le traversin, les bougies soufflées, ne sont pas les seuls témoins qui attestent que le Prince s'est mis aii Ut. Une infirmité que le Prince tenait secrète l'obligeait de porter un bandage qu'il quittait chaque soir, et qu'il plaçait, ou pour nàîeux dire qu'il cachait dans son lit. Or, c'est encore là ce qui est arrivé dans la nuit du 26 au ^7 août.

M. BoHNiE. — " D. On a trow^ dans le là du Prince un bandage} le Prince était-il atteint d'aune hernie, ou étaiH:e seulement preca^^tion de sa part ? ' * ' * " ' ^ ^

R. Le Prince était atteint d'une faeiliie ingoinalé da eftté gauche ; personne ne le savait i}ne moi... /e lui aifûU recommandé m»p-mâne tTâter le bandage tous les jours en se couplant; j'en- avai» senl^nent prévenu les valeu-de^ chambre du Prince^ en cis d'accident» (5* d^siiiùn^)

DfTpàN , valet-de-ckamère^ "-^^ Lé Prince avait été atteint il y a long-^tem|>sdfune hernie ^ à là suite d'une <ihut« de cheval. Son médecin lui avait prescrit l'usagé d*ttn Imu^*^ dage , et dans les trois aknëes qui ont précédé sa mo^^ il ne le quittait que la ftiik^ et quand il allait un voyage ^ Ote mettait dans la voiture un sac dans lequel éadent des bandages. Le Prince ne voulait pas qu'oti le sût.

D. Le Prince ne portait-il pas un bandage?

A% IVMijourè.

On sait à merveille que la résolution dèses** pçrée de se donner la mort n'est pas exclusive de la nécessité de satisfaire à certains besoins avant de terminer sa vie, et toutetois on n'en reste pas moins frappé de cette réflexion de Ma* noury. t^

MiHOuir. -^ J'ai remarqué également que ie Prince avait uriné dans scm.vase de nuit; qu'il avait été dans cette nuit même à la garde -robe, et qu'il apaà plié comme ^ordinaire, le linge qui lui servait dans ces ocea^ sions. Le Prince avait la poitrine grasse ; il avait l'habitude d'expectorer dans son Vase de nuit, et j'y ai effectivement remarqué des crachats. Le Prince était très-propre, mi- «tiili^usement soigneux, et j'ai été singuliènmehtjhzppé •de i*éir ifiie.dùns la nuà tnùne où il a péri il he se fitt écarté en rien de ses haUtudès^ortUnaires^ (& déposkùn.)

L'on n'a pas pu foire un pas dans la chambre du Prince, on n'a pas pu se livrer à une vérification, sans rester persuadé que le Prince comptait sur un lendemain. Le Prince était dans l'usage de tenir note de ses dépenses et de ses pertes au jeu, et le témoin Romanzo, dans sa déposition à Pontoise , a fait remarquer que Von aidait troiwé écrit dans sa cassette ce quCil aidait perdu au whist^ pour en solder le montant.

De tout ce qu'on vient de lire il résulte :

I ® qu'il n'e}LJstait pour le Prince aucune cause qui pût le porter au suicide ; ^"^ qu'il est impossible d'admettre, d'après les faits constatés, que son esprit ait été- livré à de si funestes projets.

Que des réflexions tirées des opinions du Prince viennent maintenant protéger sa mé* moire contre l'injurieuse supposition dont on v«ut la flétrir.

Le vainqueur de Weissembourg redoutait la mort, quand elle ne s'offrait plus à lui dans l'ordre du devoir et parée des prestiges de la gloire; surtout il avait horreur du suicide.

Le baron de Saint^Jacqués , ancien aide^'-de^amp du Prince. — Depuis long-temps Tide'e de la mort i-épugnait au Prince , et il me fit un jour le reproche de lui avoir laissé entrer M. le marquis Dauyllly qui venait lui annoncer la mort de sa fenune , «n me disant : « f^oiu savei j mon cher baron, que notre famMe na jamais craint Iff

». moHet que je rteapas dégénéré*, Tmpcyéde ma personne » en énùgraUon y mais l'idée de la mari méfait une peine que M Je ne puis rendre. » (i6" déposition, )

C'est dans ce sens qu'il faut entendre cette déposition de Guy, ancien valet-de-chambre :

«Ze Prince craignait la T?iorLy>(^'j^ déposition.)

La pensée du Prince sur le suicide va se trouver retracée par tous ceux qui l'entouraient.

Sallée, valet~de~pied, — Dans toutes les cîrconsfances, lorsque Ton parlait devant le Prince d'un suicide , il le blâmait hautement et l'envisageait comme une lâcheté. (24* déposition.)

M. BoNNiE. — Le Prince a toujours manifesté l'opinion dont il était pénétré, que le suicide était une lâcheté. <c Notre vie, disait-il , ne nous appartient pas^ nous ne pour' » uons la quitter sans l'ordre de celui qui nous Va donnée, » (5® déposition,)

EcHETTE, valet-de^pied, — Monseigneur avait horreur au suicide; et toutes les fois que l'on parlait devant lui . ifi personnes qui avaient mis fin à leurs jours, il disaà que notre vie ne nous appartenait pas, et que le suicide éiaiê le fait d'un lâche, (22" déposition, )

François , valet-de-pied. — Le Prince avait horreur du suicide. On parlait un jour devant lui d'un général qui s'était brûlé la cervelle , et l'on exaltait son courage. « Du y courage .^ dit^il ; il n'jr a que de la lâcheté. Notre vie ne >» hous appartient pas; nous ne devons pas en disposer, et dans y. quelques circonstances que nous nous trouvions, il est de » notre devoir de supporter l'adversité avec courage, » (21* dè^ position,)

XkmUe B£ QusSNATy ancien tude'^h'camp €i écuyer d» Prince^ — Le Prince ayait perdu le degré d'énergie nécessaire pour mettre fin à ses jours. Jamais je ne lui ai entendu manifester l'idée d'un suicide , et je puis attester qtie ses principes éthonneur répugnaient à Vidée de voir le dernier des Condé terminer aussi misérablement son existence, quand mène il eût été accablé des plus grands malheurs. {11^'^ déposition,)

M. HosTEiN , chirurgien dentiste du Prince , a déclaré devant M* le juge d'instruction de Pontoise , que le i4 août, dans une conversation qu'il eut avec le Prince sur l'arrestation de M. de Polignac , ayant dit qu'à sa place il se serait plutôt brnlé la cervelle, le Prince lui dit d'un ton pénétré : « Est'-^e bien vous qui osez tenir un pareil » largage ! Apprenez, monsieur Hostein, qu'un homme d^kon^ >» neur ne se donne jamais la mort^ il ny a quun lâche qui » puisse le faire. Quel exemple pour la société! Je ne vous » parlerai pas comme chrétien, quoique j'eusse dû commencer »> par là ; vous sauez qu'aux yeux de la religion le plus » énorme des crimes est le suicide / et comment se présenter » défiant Dieu quand on n'a pas eu le temps de se repentir? »

La supposition du suicide, inadmissible dans Tordre moral, est réfutée dans Tordre physique par son impossibilité même ; c'est ce que vont démontrer des détails douloureux, mais né* cessaires.

II a été constaté que le corps du Prince était suspendu à l'attache d'en haut de l'espagnolette des volets intérieurs de la croisée du côté nord de la chambre, et que k point d'attache était

à la dislance de six pieds quatre à cinq pouces de hauteur du sol de Tappartement. Ce n'était donc qu'en levant les bras fort au-dessus de sa tête qu'un homme, même d'une taille élevée, pouvait attacher le lien suspenseur à l'agrafe de l'espagnolette.

Les témoins expliquent avec précision la position des mouchoirs.

RoHAïf zo , valet-nie^UA • — Le mouchoir f or lequel portait la tête du Prince supportait la mâchoire et for^ malt une espèce de mentonnière; il entourait deux /ois le menton^ était noué par une rosette et venait se rattacher derrière la tète, à la naissance du crâne, à un aUtre mott<^ dioir fixé à l'agrafe de l'espagnolette; de sorte que la nuque était à découvert. Ce nsiouchoir ne comprimait pas le cou du Prince, et il était si lâche que l'on pouvait aisément passer la main par derrière. C'est moi qui ai défait les deux mouchoirs, et }e puis certifier que U mouchoir qui éUul attaché à l'agrqfi de l'espagnûleUe était noué par un nœud droit qu'il est très^ifficile de défaire* Quant à celui qui soutenait le cou du Prince , il était noué en rosette. (19' déposition,)

Camus, ^valet-nle-^pied. --^ Le mouchoir qui soutenait U tète du Prince, et qui était assez lâche pour que l'on pût passer la main droite du côté de la joue, était noujé à un autre mouchoir attaché à l'agrafe de l'espagnolette. Le

mouchoir qui supportait la tête du Prince se relevait

derrière la tête comme une anse de panier. Si ce mou-^ choir lui eût serré le cou , le sang ne pouvant plus circuler, sa figure eût été ronge et hvide. (20* d^sition.)

FiiâNçois reconnàit aussi que le nosud ifû attachait le second mouchoir à l'espagnolette éiaà un naad dé tirsB^

rond, {21* éépofùiùn.)

M. DIS. LA YiLLEGOMTiKR. — Le sccoiid uiouchoir ( ici le second mouchoir est celui qui touchait le Prince 4 dans la précédente déposition ce second mouchoir est celui qui joignait l'espagnolette ) ne formait pas un anneau au cou, mais une imse. ( f* déposition,)

Cest ainsi que le lien suspenseur se trouvait composé.

Quant à la position du corps, on en trouve la description idans le procès-verbal du maire de Saint-Lçu. . .

.. a J„es bras pendans et raides placés en avants lèfideiix poings fermés, les bouts des deul pieds tt^uchant le tapis de ladite chambre, les talons élevés, savoir : le gauche de trois pouces, et le di*oit d'un pouce et demi ; les genoux à demi Ûéchis.

, Ces données sont rectifiées sous quelques rapports par les dépositions des témoins.

RoHANzo. — Les orteils des deux pieds touchaient

terre; les genoux légèrement ployés. {Pantoise.)

M. Delafontaine. — Le Prince touchait le sol de la plante des pieds et des talons. Une des personnes prët^éntes 'essaya de passer la main sous les pieds da Prince , et mâne sous les Udons} ûh ne piUy parvenir. {12" l i épositi on, Parisi) ...

^ Camos, 'va&^de-peecf. —..... Je Vie Monselgoeur phitAt accrocbé que pendu, ler genoux fléchis, lês pieds par terre f la tête penchée sur la poitrine* ( 20« dépcaitioru )

L'instruction explique de la manière la plus précise que, dans la situation observée au mo* ment de l'ouverture de la porte, l'axe du corps se trouvait dans la ligne de sustentation; en dTautres termes , que le centre de gravité était conservé.

Comte DE Ghoclot, l^un des gentilshommes du. Prince, — L'extrémité des pieds touchait la terre; les talons élevés, Fun plus que Tautre ; les genoux à demi fléchis.

Il pense ( le témoin ) qu'à cause de sa' taille élevée et attendu que le panneton ou agrafe de l'espagnolette n'était qu'à 6 pieds 5 pouces du tapis, et le mouchoir àt suspension embrassant un espace de 6 à 8 pouces de hauteur, le Prince aurait pu échapper à la mort en s' aidant de r appui de la croisée qui était à sa portée, (yS* déposition,)

Louis Leclerg , ^alet'-de'chambre. — Il lui a toujours paru que la tête du Prince étant à peu près au niveau de la poignée de l'espagnolette; si le Prince €U^ait voulu se seruir de cette poignée, ou mène du rideau de la croisée qui était à sa portée, pour se soutenir, il rCeût pas pu mettre fin à ses foursk (i5* déposition,)

Ainsi, la position constatée, c'était la suspension incomplète. Or, le bon sens indique, et une savante dissertation a démontré (i) que la

(i) Mémoire médico-légal sur la mort du duc de

( ^9) suspension incomplète ne peut amener la mort ^ae dans Tune de ces deux circonstances :

i"* constriction du lien rendue instantanément irréparable par le seul efibrt de l'individu; a* position du pendu , telle qu'aucun effort de sa part ne soit possible ou efficace pour faire cesser l'action produite par le poids du corps. Il est constant que le cadavre, au moment de Fouverture de la chambre mortuaire, ne se trouvait dans aucune de ces deux circonstan- <;es; le lien n'était pas à nœud coulant, et ne formait pas même anneau autour du cou : loin d'être irrépai*able la constriction était donc impossible ; la position du corps laissait au Prince la facilité de faire cesser le danger^ en se redressant sur les pieds. On ne comprend pas même comment^ dans une pareille position , la strangulation et la mort ont pu survenir. Des expériences ont démontré que la position constatée n'amenait ni douleur ni danger.

M. Delafontaine déclare que le lendemain de l'autopsie il prit les mouchoirs tels qu'ils avaient été retirés du corps du Prince^ attacha l'un à l'agrafe de l'espagnolette, et passa sa tête dans le deuxième sans le dénouer : il touchait le tapis des pieds ; il néprouifa pas la moindre

Bourbon, par le docteur Gendrin, inséré dans le cahier de mars des Transactions médicales.

sensation douloureuse. Il a renoutfelé cei essai devant M. Oby, concierge du château : il lui fut démontré que cette expérience ne pouffait offrir aucun danger, et cependant le Prince avait un pouce de plus que le témoin, (12* déposition,)

Il est certain qu'il était très-facile de passer la main entre le mouchoii: et la tête du Prince; et cela s'explique dq soirmémç, puisque le mou^ choir ne formait point anneau autour du cpu , ne l'entourait pas, et ne soutenait que la m^r choire inférieure.

Il résulte aussi évidemment^ pour ce tépiioiQ, et de la position da,ns laquelle il a vu le Prince, et des deux essais qu'il a faits lui-même an s^ plaçant tout-à-fait dans la même position, qu'il était impossible que le Prince mit fin à ses jours de cette manière.

Obry, concierge à Saini-^Leu^ a vu M. Delafontainë se placer exactement dans la même position que le Prince, et M. Belafontaine n'a paru éprouver aucun sentiment de douleur. Ce témoin a peine à croire que le Prince ait pu se donner la mort de cette manière. (i3* déposition^

Il faut conclure de ces observations que ceux qui veulent que le Prince ait mis fin à ses jours doivent admettre que, dans l'origine, la suspension a été complète, et que ce n'est que par suite de l'extension des liens suspenseurs qu'elle

a fmi par prendre les apparences de là suspension incomplète; mais alors il devient nécessaire y et pour la préparation et pour la consommation du suicide , que le Prince ait pu s'élever sur un meuble qui lui aura d'abord facilité la formation dés liens suspenseurs et du haut duquel il se sera ensuite précipité, ce qui aura amené pendant un temps quelconque la suspension complète, et par suite la strangulation. Il est dès-lors içQportant de rechercher si , au moment de l'entrée dans la chambre mortuaire, il se* trouvait à la portée du Prince un meuble dont il ait pu s'aider. La question de savoir si on a trouvé une chaise à portée du Prince réclame donc le plus sérieux examen.

Mamourt, entré le premier sur le lieu de la scène. -~ D. Après avoit enfoncé le panneau du bas de la porte, et en entrant dans la chambre du Prince , avez-vous trouve une chaise devant vous ?

R. Non. Tai couru directement au Prince, et je n'ai reneoniré aucun obstacle,

D. Quelle idée s'est offerte à votre esprit à Finstant où vos regards se sont fixés sur le Prince ?

R, En entrant dans la chambre je me dirigeai à Tinstant du côté du lit ; ne l'y trouvant pas , je tournai mes regards vers ia croisée, et je l*y aperçus dans l'attitude, à ce qu'il me parut, d'un homme qui écoutait ou qui voulait ouvrir l'espagnolette. Je m'écriai alors :« Ah! Monseigneur. . . » Je le pris à travers le corps, comme pour le

remettre dans son lit ; j'éprouvai une résistance : je portai la main à sa figure , qui était froide comme un marbre. MM. Bonnie et Le comte étaient derrière moi dans la chambre ; la chambre n'était éclairée que par la faible lueur d'une bougie presque à sa fin placée dans l'âtre de la cheminée derrière un garde-feu en fer-blanc plein , de sorte que la lueur ne se projetait qu'au plafond ; ainsi, s*iljr twait eu une chaise, soit defani, soà à câté du Prince, je me serais nécessairement jeté dedans.

J'ai ouvert précipitamment, en présence de MM. Bonhie et Lecomte, l'espagnolette et les persiennes de la croisée à l'est donnant sur Je jardin (c'était à la croisée du câté du nord qu'était le Prince) ; c'est alors que j'ai pu remarquer les di£férentes circonstances qui se rattachent à ce fatal événement, et que je dois rectifier en di£férens points le contexte du procès- verbal. (6^ déposition,)

M. Delafontaine na point vu de chaise a coté du corps du Prince^ ainsi que T indique t esquisse quil a sous les yeux. Le plan lui parait inexact sous tous les rapports (i). (i2e déposition*)

Fbavçois, valet'-de^pied, — D, Nous vous représentons le plan Est- il exact ?

R. Ce plan me paraît assez exact. Je crois cependant devoir faire remarquer que les pieds posaient sur le tapis ; que le mouchoir qui entourait le cou du Prince laissait un vide assez considérable pour permettre d'y passer

(i) Ce plan est le dessin qui fait partie des pièces de l'enquête sommaire , dessin fait de mémoire le 28 août. Il a été reproduit par M. le docteur Marc à la suite de son Examen médico-légal des causes de la mort de S, A, M, le prince de Condé,

la njiaiti , et qae la chaise figurée sur le plan ^it à nm trop grande distance pour poupoir s'en servir. (21* déposi» tion,)

M. BoNNiE. — - D. Lorsque vous êtes entré dans la chambre du Prince , par le panneau qui venait d'être en-^ foncé, n'avez-vous pas, en voulant vous approchet' du corps du Prince, déplacé une chaise qui se trouvait , ainsi que le constate le procès-verbal, placée à côté de la croi*»sée, à l'angle gauche, et à côté du Prince?

R, Oui, Monsieur. CSette chaise était placée dans l'ei^ droit où on la mettait ordinairement, entre le bureau du Prince et l'embrasure de la croisée; elle était à peu près à un pied du corps du Prince. Voulant m'assurer si tout secours était inutile, j'ai déplacé cette chaise avec mon pied. Mais je déclare positif^ement qu'elle n'a pu sentir an suicide présumé du Prince, quand méhte il eût eu la libre disposition de ses mains pour s'accrocher à l'espagnolette; et quand mène il eût pu monter sur cette chaise , elle n'était pas placée de manière à lui faciliter V exécution et un semblable projet. ( 5' déposition, )

Lfi MÊME. — Elle était placée (la chaise) à côté du bureau et à l'angle de l'embrasure de la croisée; on la déplaçait tous les soirs pour déshabiller le Prince ; mais on la replaçait très-soui^ent, après que le Prince était déshabillé et pansé , à côté du bureau. Je puis affirmer que quand je suis entré le 27 août dans la chambre du Prince, le bureau était un peu plus avancé que de coutume du côté de la croisée ; et cela s expliqua en raison de la distance qui existait alors entre le lit et le fond de l'alcoife. Cette chaise éta\t placée à côté du bureau, mais débordait un peu l'embrasure de la croisée. J'ai passé entre elle et le corps du Prince, et l'ai détournée avec mon pied pour me

donner plus de facilité. McUs cette chaise riétaà point pht^ cée dans F angle de la croisée, ni assez près du corps du Prince pour luifaciliier les moyens Raccrocher les mouchoirs à V espagnolette» uéinsi, elle ri a pu servir en euicune manière à la consommaUon^ suicide. (8i* déposition.)

Il n'existait donc pas d€ chaise à la portée du Prince; et par cela seul l'impossibilité du suicide est démontrée.

Et d'ailleurs, en supposant même que la chaise eût été à portée, ce serait une grande question que celle de savoir si le Prince aurait pu y monter sans le secours de personne , et c'est ce que plusieurs témoins ne pensent pas. Dupin ne le croit pas assez agile pour Cela; Manoufjr fait remarquer que ^Monseigneur ne pouuait monter les marches du grand escalier quavee ùifiniment de peine ^ posait lentement les pieds F un après Vautre^ et s'appuyait sur sa vanne. M. de Préjean ne croit pas non plus que le Prince ait pu monter sur une chaise pour attacher le mouchoir à l'espagnolette ; et à ce sujet Manoury donne un gage de soti impartialité, car, tout en partageant l'opinion de M. dé Préjean sur le fond de la question , il fait remarquer qtie le Prince n'avait pas absolument besoin de monter sur une chaise pour attacher les mouchoirs* Lecomie pense au contraire que

le Prince n'a pu faire le nœud d'attache sans être monté sur quelque chose.

Il faut dire aussi que le Prince, naturellement maladroit, avait reçu des blessures qui avaient achevé de le mettre dans l'impossibi-lité de se servir avec habileté de ses mains.

Sur ces deux points, les témoignages abon-»

dent.

CowOe DE QuESNAT. — Il lui parait impossible que le Prince se soit pendu lui-^même. Depuis une chute à la chasse , par suite de laquelle il avait eu la clavicule gauche casse'e, il ne pouvait élever la main gauche au niveau de sa tête. Eu 1798, il reçut à la main droite un coup de sabre qui lui coupa les tendons de trois doigts. Quoique parfaitement guéri, il éprouvait beaucoup de gêne de cette maiu. Ainsi, il lui aurait été impossible de faire les nceuds» (25'^ déposition,)

Baron de Saint-Jacques. — Ce dernier (le Prince) avait eu la clavicule de l'épaule gauche cassée, et quoique cette fracture eût été bien remise , il s'y était formé un calus qui y à certaines époques, le faisait beaucoup soufiùrir; il ne pouvait lever la main gauche qu'à une certaine hauteur. Le témoin lui a erUertdu dire cent fois qu'il ne pouvait pas let^er les deux mains ensemble, et qu*il ne poupaà pas mène âter son chapeau de la main gauche.

Gomme le Prince souffrait beaucoup de la main droite,par suite d'un coup de sabre qu'il avait reçu à l'armée et qui lui avait presque interdit l'usage de deux ou trois doigts, il se plaignait souvent à la chasse de la fatigue qu'il éprouvait à cette main.

Le témoin ne pense pas que le Prince eût pu faire des noeuds à un mouchoir en élet^ant ses mains à la hauteur de sa tûe.

Madame la comtesse de la Villegontier. — Le Prince ne pouvait lever la main gauche, et pour se gratter il abaissait la tête au nii^eau dé sa main, H avait reçu un coup de sabre à la main droite, et ne pouvait jouer au billard. // est certain qiiil n'aurait jamais fait les nœuds des mouchoirs.** Il ne marchait quai^ec peine et ne montait les escaliers qu'en se tenant à la rampe et avec une canne, posant les pieds sur chaque marche l'un après l'autre* {ff]^ déposition)

Obrt, porteur*.* — J'étais à Saint-Leu, . . . .malade. . . . Je n'ai pu voir le Prince ni suspendu à la croisée, ni même dans son lit. Mes camarades m'ayant indiqué la situation dans laquelle le Prince avait été trouvé, je n'ai pu m'empêcher de m'écrier qu'iY était impossible que le Prince eût pu faire les nœuds des mouchoirs. J'affirme que dans le courant du mois de septembre 1829, le Prince ayant été à la chasse aux canards à Chantilly, et Panier, qui l'accompagnait ordinairement , se trouvant malade, il me désigna pour l'accompagner au hameau ; c'est moi qui portai le fusil. Le Prince ne voulant pas être aperçu, m'avait chargé de prendre les derrières du château d'Enghîen pour le rejoindre au hameau. La carde du va-^-^ient (petit bateau ) étant cassée, je priai Monseè^ gneur iy faire un noeud; il V essaya trois ou quatre fois , mais sans succès ; et quoique j'eusse pris la liberté de lui indiquer la manière, il ne put jamais en venir à bout; le noeud qu'il faisait coulait toujours. Je fus obligé de tirer la barque avec une perche pour passer Monse^^eur. // m'a été bien démontré que Monseigneur ne pommait faire un nœud solide. ( 84" déposition.) EcHETTE , valet-^'-pied. — Le Prince n'eut pu, n'ayant

{As la libre disposition de ses mains, faire les préparatifs du suicide. Le Prince ne pouvait pus même nouer les cor^ ions de ses souHers , et était d^une maladresse remarquoriie, surtout depuis qu'il at^aà reçu un coup de sabre à la main droite, ei qu'il a^ait eu la clopicule gauche cassée. Il ne pouvait pas élever sa main gauche; et quand il vou" lait la porter à sa tâe, il était forcé de baisser sa tête à sa main. Il paraissait même avoir dé la peine à se servir d'une cuiller ou d'une fourchette à table. (22* déposition.)

DuPiN, valet-de^-ckambre. — D.he Prince avait-il la libre disposition de ses mains ?

R, Non; il avait reçu à la main droite un coup de sabre qui lui avait fait perdre l'usage de trois doigts; il n'avait dans cette main ni force ni adresse, li avait eu depuis la clavicule de l'épaule gauche cassée, et ne pouvait lev(^ la n>ain gauche au-dessus de sa tête, youlaù^il atteindre sa tàe de cette main, il penchait la tûe jusqu'au niveau de la main. Il n'était pas même en état de mettre sa cravate , et nous avions l'habitude de la lui passer et de ramener les deux bouts en avant, pour qu'il formât luimême le nœud. Il faisait ce nœud assez mal, e^ sourrent nous étions obligés de le ^ire nousf-mêmes. En général, il était si maladroit, qu'il ne pouvait pas renouer les cordons de ses souliers lorsquils étaient détachés.

D. Croyez-vous que le Prince eût été en état de faire les nœuds des mouchoirs auxquels il était suspendu?

jR. Non, Je me suis rendu à Saint-Leu immédiaitement ^ipsès l'événement ;. j'ai vu les nœuds des mouchoirs; i7 jf.en avaà un de tisserand, et j'affirme en mon âme et conr* science que le Prince était incapable défaire des nœuds pa^ reils, (9' déposition,)

PïCQ, garçon des petits apparicmens au Palais-Bourbon, —

Il y a environ trois ans, Monseigneur se promenait dan» le petit jardin contigu aux petits appartemens , et le cordon de son caleçon s'étant détache', il essaya vaùiemerd de le renouer, et m'appela^pour lui rendre ce serdce. Une autre fois, dans le même jardin. • . , il se consumait en efforts inutiles pour renouer les cordons de l'un de ses sou^ liers. . . // m'appela pour les renouer, et me dit : « C'est que je suis maladroit, » (i4o' déposition.)

Le Prince ne s'est pas donné la mort, parce qu'il ne pouvait pas en avoir le dessein , et que^ dans l'hypothèse dont on parle, il n'en avait pas la possibilité.

Ajoutons, qu'avant de commettre une action dont il n'a pas même pu concevoir l'idée , le Prince aurait éprouvé le besoin de mettre ses gens, ses amis^ sa maison, madame de Feuchères elle-même, à l'abri d'un cruel soupçon par une déclaration claire, positive, catégorique, renfeimée dans un écrit laissé sain et entier et toutà-fait en évidence sur le bureau ou sur la cheminée. Le moment viendra de parler des deux projets d'écrits dont les fragmens se sont si miraculeusement retrouvés; mais dès à présent il est permis de dire qu'il n'existe aucune trace de la déclaration qui , dans l'hypothèse , devenait un devoir que le Prince n'eût pas manqué d'accomplir.

François. — Je n'ai trouve aucun des fragmens que

Fon a recueillis ; j'ai vu dans les deux cheininées des cendres qui provenaient de papiers brûles récemment. Nous croyons que si le Prince eût eu l'intention de mettre fin à ses jours, il aurait exprimé cette intention pour ne laisser planer aucun soupçon sur les personnes de sa maison. (21' déposition.)

EcHETTE. — Monseigneur était trop bon et craignait trop de coinprometti;e les personnes qui l'entouraient , pour n'avoir pas manifesté de la manière la plus expresse l'intention qu'il aurait eue. (22* déposition.)

Baron de Pbéjean. — Le Prince était trop délicat poury dans le cas où il aurait conçu l'idée d'un suicide, laisser planer le moindre soupçon' sur les personnes qui l'environnaient, n eût manifesté^ ^une manière quelconque-, que c'était lui qui s'était donné la mort (3* déposition')

M. Dubois, architecte, — Je suis moralement convaincu que si le Prince s'était porté à cet acte de désespoir, dont sa vie tout entière repousse l'idée, il aurait manifesté son intention (Tune manière expresse, et n'aurait voulu laisser planer de soupçon sur personne. (90* déposition,)

Comtesse de la Yillegontier. — Mille circcmstances , etc. , sa lH>nté, qui ne lui eût pas permis de laisser planer de soupçons sur qui que ce fût , ne me permettent pas de douter qu'il ait été assassiné. (97" déposition,)

Colin, employé à l'intendance. — J'ai constamment dit que je ne croyais pas au suicide , et ma conviction repose SUT l'intérêt que le Prince manifestait toujours pour toutes les personnes attachées à son service. J'ai été touché de sa sollicitude (i) Il m'a paru moins occupé de ses

(l) Le témi>in fait allusion ici à une entrevue qu'il a

intérêts que des leurs.*. «. Il était trop ponctuel en toutes choses pour ne pas manifester authentiquement son inten-^ Uoru*.; il aurait amélioré le sort des personnes qui l'en-' touraient, comme Manoury. ( 1 39^ déposition,)

Et puis 9 comment admettre que le Prince, né en 1767; ait voulu que sa race et son nom s'éteignissent dans un genre de mort emprunté du supplice que les lois du royaume épargnaient à la noblesse, et qui ne pouvait réveiller en lui que de flétrissantes pensées?

Aussi la maison du Prince, ses amis^ nous le disons avec confiance, ses concitoyens, ont-ils réfuté par un cri d'indignation l'odieuse supposition du suicide.

Les hommes attachés au Prince depuis un demi-siècle, ses anciens serviteurs, comme Poulain , comme Guy, ne supportent pas la pensée d'un suicide, w Impossible qu!il se soit suicidé , s'écrie le vieux Guy ; d'ailleurs cela était trop contraire à ses principes d'honneur. »

eue avec le Prince la veille du jour où M. le^duc d!Ov^ lëans a été proclamé lieutenant*général du royaume. « Le Prince, dit-il, n'avait d'inquiétude que pour ses gens et non pour lui; il était calme et serein, avait toute sa présence d'esprit , et ne paraissait occupé que des personnes qui lui étaient attachées. » (55* déposition,)

Pannetier nV jamais admis que le Prince se soit suicidé. (45« déposition.),

Obrt, inspecteur général des foras à Chantilfyy dit qiic Fopinion publique repousse l'idëe du suicide , et que la sienne y çs( conforme* (80*^ dépçsiiion.)

M. Bonuie ne croit pas au suicide. M. le baron de Saint-Jacques pense que si le Prince avait eu la pensée de se suicider, ce qu'il est loin de croire, il n'aurait pas choisi ce genre de mort. (16® déposition.)

M. Lucien, curé de ChanJUlfy, s'est rendu à Saint-Leu imme'diatement après la mort du Prince , et il doit dire que l'opinion géneVale de la maison était que le Prince n'avait pas pu se suicider. Il a vu la croisée , et il partage cette opinion. ( iS^* déposition, )

M. le comte de la Yillegontier dit que plus les informations se sont multipliées, plus les faits et les inductions se sont présentés à lui , plus l'accusation du suicide s'est éloignée de sa pensée et de sa conscience. Il croit à t assassinat. (12S* déposition.)

Résumant en quelques mots toutes les observations dont on vient de présenter le tableau, le baron de Pb^jeait s'exprime ainsi :

Je dois exprimer la conviction profonde dont je suis pénétré , qu'il me paraît impossible que le Prince se soit suicidé, soit que j'envisage les faits physiques et matériels , soit que je me reporte aux considérations morales. ( 3^ déposition. )

Le Prince ne s'est pas donné la mort ; et par €ela même l'assassinat est prouvé. Il importe cependant de réfléchir sur les causes qui l'ont amené , et sur les vestiges ineffaçables qui en ont pour ainsi dire écrit la preuve sur les murs témoins de l'attentat et sur le corps de la vic^^ time.

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