ASSASSINAT
Les causes du crime de Saint-Leu seront constatées lorsque les deux questipns suivantes se* ront résolues :
i"" Au moment où ce crime fut consommé, madame de Feuchères savait-elle que le testament du 3o août 1829 lui conférait d'immenses avantages?
ù,"" N'avait-elle pas alors de vives inquiétudes sur le sort de ce testament , et ne devait-elle pas se croire au moment de perdre sans re* tour l'empire absolu qu'elle avait si long-temps exercé?
1° u4u moment où le crime de Saint-Leu fut consommé^madame de Feuchères savait-elle que le testament du 3o ax>ik 18219 lui conférait dHm^ menses avantages ?
Dès 1 824 9 madame de Feuchères avait entre les mains un testament qui lui léguait le domaine de Saint-Leu et celui de Boissy, et peutêtre que par là son ambition devait se trouver
satisfaite ; mais l'amour de l'or s'accroît par se» succès même. Le testament de 1824 avait montré ce qu'une volonté ferme pouvait obtenir, et depuis ce moment les sollicitations étaient devenues plus ardentes et plus tyranniques. Il faut même le dire, le testament de 1824 ne convenait sous aucun rapport à madame de Feuchères, qui portait plus loin ses espérances , et qui, si Ton en croit la déposition de M. de Surval, a toujours préféré les certitudes d'une donation entre-vifs à l'instabilité d'une disposition'testamentaire. Dans le cours de 1828 elle dut croire que, sous le rapport de la certitude du moins, son vœu le plus cher allait être exaucé.
M. Robin déclare en effet (70e déposition)^ qu'à cette époque de 1828 l'intendant du Prince lui remit les titres de Saint-Leu et dépendances^ pour en opérer la donation entre-vifs en faveur de madame de Feuchères; le notaire fit même dresser l'acte avant le jour où le Prince devait le signer. La réalisation en fut ajournée; la cause de cet ajournement était l'importance des droits d'enregistrement que cette donation eut entraînés.
C'est M. de Surval, comme il en dépose, qui, à force d'observations et àe représentations, obtint qu'il ne fût pas donné suite i ce projet.
Madame de Feachères admit alors une autre combinaison.
Elle conçut l'idée d'un testament dans lequel ses intérêts seraient pour ainsi dire liés à ceux de la famille d'Orléans; et c'est vers ce but qu'elle se dirige désormais avec une constance opiniâtre, inflexible, mais qui rencontre chez le Prince une résistance d'autant plus soutenue^ que dans ses pressentimens il pensait que c'était de sa vie qu'il s'agissait.
Avant que Son Altesse, dit M. de Surval, fût définitivement déterminée à faire son testament, elle m'avait plu- «iem^ fois manifesté des craintes sur les résultats que pourrait avoir pour elle la confection de cet acte : « Par exemr- » pie, dùaà'^lle, une fois qu'ils auront obtenu ce quils dé~ H sirent, mes jours peut^ent courir des risques. » Le Prince , ajoute le témoin , me manifesta ces craintes , non pas une fois y mais plusieurs fois; et j'avoue que je les repoussai toujours et ne les attribuai qu'à la crainte exagérée que je lui connaissais de la mort; mais cependant en lui disant : « Monseigneur, il ne faut point vous tourmenter » ainsi; il faut vous donner toute tranquillité d'esprit, » en ne consentant point àfoure un acte dont les suites vous » donnent tant d'inquiétude. » Quand ensuite ( continue le témoin), à force de nout^eaux tourmens et de nouvelles vio^ Unces, il se décida à faire son testament, il ne me manifesta plus ces craintes ; en sorte que je n'y attachai plus d'importance. (i45« déposition,)
Ces nouveaux tourmens, dont parle le té-
moin 9 on peut s^en faire une idée en écoutant le récit de la scène qui précéda immédiatement la confection du testament du 3o août 1829, celui dont madame de Feuchèfes sollicite l'exécution.
J'ai toujours remarqué , dit M. deSuryal , dans S. A. il. le duc de Bourbon la plus grande répugnance pour faire le testament dont est mention dans ma déposition. Dès qu'il en a été question , il a repoussé ca^eû force Vidée de ce testament^ et ce nest qu'à force de tourmens et ^iny*^ portunités de là part de madame de Feuchères , que le - Prince jr consentit enfin. Je le vis souvent, à ce sujet, dans un état déplorable, le trouvant particulièrement les matins, à son lever, dans la plus grande affliction, et me disant : « Je n'ai pas fermé l'œil de là nuit; tous ces » iourmefis-là m'enflamment le sang (Tune manière épout^emr' » table. Y a^t^il rien de plus affreux que de se voir presser » ai^ec cette violence pour faire un acte qui m'est aussi dés^ » agréable! On n'a plus à me parler d^ autre chose à présent i » ma mort est le seul objet qu'on ait en vue. » Sur les obser-* vations que je lui faisais , que s'il avait la force de résis-* ter il n*en serait pas ainsi; que s'il le voulait permettre même, je résisterais en son nom et le soutiendrais par tous les moyens en mon pouvoir, il me répondit toujours: a Non, ce serait encore pire; vous vous mettriez mal avec M elle (en parlant de madame de Feuchères), et ce serait n pour moi un enfer continuel ; car vous connaissez sa vio- » lence, » Sur les instances que je lui fis encore de re* pousser les tourmens auxquels il était en proie, il me répondit une fois : « Mais si je ne consens point,elle me me~
» noce de partir» — Eh ! Monseigneur, laissez-la partir. -^ y* Je ne le puis, qjouta'^'-il les larmes aux yeux, vous savex » ce que c'est que la force é^une longue habitude et d^un al^ » lâchement que je ne puis vaincre, »
Enfin, vers le 20 août 1829, huit qu dix jours avant la signature du testament, il me- dit : u Eh bien ! je vois » qu'enfin il faut en finir; j'ai cependant encore une corde » à mon arc dont je veux essayer, c'est d'avoir recours » à M. le duc d'Orléans lui-même , et de le prier d'en^ » gager madame de Feuchères à me laisser tranquille à >» ce sujet; faites-moi un projet de lettre dans ce sens; » je la copierai, je la lui enverrai, et nous verrons si ce ^ moyen-là nous réussira^ » Je lui fis efifectivement le projet de lettre que voici , corrigé en partie de sa main; il le transcrivit de sa main d'abord comme brouillon (i) ^ le recopia une seconde fois comme lettre, et l'envoya sur-le-<:hamp à monseigneur le duc d'Orléans à Neuilly. Deux heures s'étaient à peine écoulées, que S. A. R. le duc d'Orléans arriva au Palais-Bourbon chez madame de Feuchères : cette dame m'envoya prier de passer chez «lie presque aussitôt, et je Jus témoin des instances que monseigneur le duc (^Orléans lui fit pour quelle laissai monseigneur le duc de Bourbon tranquille sur l'objet du testament, et qu'elle cessât toute importunité auprès de lui à cet égard. Madame de Feuchères ne promit rien, et il me fui facile de préuoir que cette nouvelle démarche n aurait point un résultat favorable. Effectivement, le lendemain matin, monseigneur le duc de Bourbon
(i) La copie dont il est question ici est la 6' pièce de la cote 6 de l'inventaire fait après la mort de M, le duc de Bourbon, par M« Robin , notaire.
m'envoya chercher, et me dit , les larmes aux yeux z « Eh bien/ M. le duc ^Orléans na pu rien obtenir lui" M méine; j'ai eu hier soir une scène terrible; il faut en » finir, car l'état dans lequel je suis depuis quelque temps » n'est point exister. Au surplus , voici la réponse que w M. le duc ^Orléans m'a faite et dont je suis fort con'^ » tent. » Il me montra alors la réponse de M. le duc d'Orléans (i) , qui lui promettait d'user de toute son influence auprès de madame de Feuchères pour l'amener à ses fins. Il me dicta alors les principales conditions de son testament, en me prescrivant de les mettre en ordre et de les lui représenter pour qu'il les transcrivît. Il s'écoula quelques jours encore avant que ce testament fût mis en règle , et la veille au soir^ après avoir (Une avec S. A. R. chez madame de Feuchères, où se trouvaient également quelques autres personnes , j'entendis entre le Prince et cette dame une conversation fort animée qui eut lieu dans la salle de billard, séparée du salon jpar un simple couloir. A peine cette conversation fut-elle commencée, que madame de Feuchères m'appela : <c Mais » voyez donc, me dit-elle, dans quel état de colère se met w sans raison Monseigneur! tâchez donc de l'appaiser.» Je trouvai effectivement le Prince fort animé , les yeux enflammés et dans un état de colère et de crispation dans lequel jamais je ne l'avais vu. « Oui, Madame, lui disaà-il, » c*est une chose époui^antable , atroce, que de me mettre M ainsi le couteau sous la gorge pour me faire faire un acte >» pour lequel voxls me connaissez tant de répugnance. Eh bien! » Madame, ajouta- t-il encore avec plus de colère , enfon^ » cez^le donc tout de suite ce couteau y en/bnbez^le; » en
(i) C'est la 7« pièce de la cote 6.
lui mettant le doigt sous le menton. Cette scène déplora^ hle dura environ deux heures; il finit par s'adoucir comme il le faisait toujours , et la signature du testament Jut dé* finitivemeni résolue pour le lendemain matin. Le jour, après avoir enfin réuni toutes les notes nécessaires pour la confection du testament, je les lui portai, et il le transcrivit. Qusmd il eut terminé , il me dit : u Ces dispositions au » moins ne sont pas les dernières que j'aie à faire. // m'en n reste encore quelques-unes dont nous nous occuperons plus » tard. 9 lime répéta cette circonstance deux différentes /ois apant sa mort
Je dois ajouter qu'en général le Prince a toujours ma^ nifesté une répugnance tellement grande pour la confection de ce testament, que j'avais moi-même pensé que jamais il ne consentirait à le réaliser. Il fut même un jour jusqu'à me dire : « Dites à madame de Feuchères » que si elle veut me laisser tranquille à ce sujet, je lui » donnerai un de mes plus beaux domaines, le duché de » Guise. » Presque chaque fois qu'il m'entretenait de cette affaire, il n'existait effectivement plus; aucune tranquillité pour lui dès qu'elle avait été entamée , et il était facile de juger à toutes les personnes désintéressées qui l'approchaient, qu'il était efiiectivement bien malheureux. (7* déposition,)
C^est ainsi que le Prince a été conduit au testament olographe daté du 3o août 1 8:29 ' 4^'^^ importe de bien connaître.
Ce testament se compose de quatre natures de dispositions :
I ® Election d'un légataire universel ;
(5o) ao Legs à madame de Feuchères ;
3^ Création d'un établissement destiné aux enfans des soldats de Condé ;
40 Legs rémunératoires en faveur des officiers du Prince et de ses serviteurs ;
5® Sépulture du Prince.
Ainsi, 1* Henri-Eugène-Philippe-Louis d'Orléans^ duc d'Aumale, est nommé légataire universel , et à son défaut le plus Jeune des enfans mâles du duc d* Orléans;
oP A madame de Feuchères un legs ainsi composé :
Deux millions en argent ;
Saint-Leu ;
Boissj ;
Forêt d'Ënghieu ou de Montmorency et
toutes ses dépendances ; Mortefontaine ;
Le pavillon qu'elle occupe au Palais- Bourbon ; Le mobilier qui s y trouve compris :
Ces legs francs et quittes de toute charge;
3^ Disposition Relative à la maison d'éducation qui doit être fondée à Ecouen ;
4* Disposition relative aux officiers et aux serviteurs du Prince.
5^ Le Prince demande à être enterré à Vîncennes près de son fils.
Il faut examiner maintenant si^ à l'époque de la mort du Prince , madame de Feuchères avait une connaissance sufiSsante des dispositions contenues dans le testament*
On a vu que, dès 1824^ madame de Feuchères avait entre les mains des dispositions .qui lui assuraient Saiut-Leu et Boissy.
Ce ne fut qu'en 1 829 qu'il fut question de comprendre la foret d'Ënghien dans le legs qui serait fait à son profit :
« Le Prince , dit M, de Swval, wait beaucoup de ré" pngnance à ce sujet, et m'a plusieurs fois manifesté le regret qu'il a^ait d^ùre oblige de disposer de cette forêt, ancien domaine de ses pères; il finit cependant par y-' ton" sentir, comme il faisait en toutes choses, à force de sol^ licitations et de tourmens. Quant au ret^enu de cette forêt, la jouissance lui fut effectivement demandée par madcune de Feuchères, et moi je fis des observations sur la gêne que cela pourrait apporter dans le service de la maison'. Le Prince prit la parole, et dit : « Hé bien, Madame, il den meure convenu qu'on ne vous remettra le revenu . » qu'autant que le service de la maison le permettrait. » A cette e'poque , le service du trésor permettait efifectivement de remettre ce revenu en partie à madame de Feuchères; mais pour que cela ne fît pas planche, et qu'elle n'eût à se prévaloir d'aucun droit à ce sujet, il fut ^[alement convenu que le Prince recevrait directement
cette partie du revenu, et le lai remettrait de la main à la main, et afin qu'il ne fût pas fait d'écriture au nom de madame de Feuchères dans la comptabilité. » (i4^*
On comprend que, dans une pareille situation de choses, madame de Feuchères, certaine que ie testament était déposé, était tout aussi certaine que la disposition de Saint -Leu et de Boissy, consi^ée dans le testament de 181^49 avait été renouvelée dans celui de 1829, ^^ qu*elle y recevait aussi en toute propriété cette forêt de Montmorency dont elle avait déjà la jouissance. Au surplus, ce qui tranche toutes les difficultés, c'est la déclaration de M. de Surval , que le Prince avait fait verbalement connaitre à madame de Feuchères qi£elle était portée sur le testament pour les objets quelle désirait. Il parait même que le Prince avait annoncé à madame de Feuchères qu'elle serait portée dans le testament pour quatre millions en argent, puisque, d'après les documens de l'instruction , madame de Feuchères aurait dit, en entendant la lecture du testament : « Le » malheureux! ilm'a trompée! il m'avait promis » quatre millions. » C'est là du moins un hruit qui est revenu à M. de Surval. Ce qui reste au surplus certain , c'est que madame de Feuchè-
res avait un intérêt immense et bien connu d'elle, bien apprécié par elle, à ce que ïe testament dii 3o août 1829 ne fût ni révoqua ni modifié.
Il ne s'agit plus que d'aborder le § a des
questions posées en tête de cette seconde partie. 2® Madame de Feuchères nai^ait^elle pas de vitres inquiétudes sur le sort du testament^ et ne dei^Oit-eile pas se croire au moment de perdre sans retour F empire absolu qu'elle avait si longtemps exercé?
<t Depuis le testameiit du mois d'août 1829, dit M. de Surval, jusqu'aux éve'nemens de juillet, il ne fut plus question de donation; niais, ajoute-t-il, les évén&n&is lui ofoni donné (à madame de Feuchères) beaucoup de crainrtes sur l'exécution du testament à son égard, elle tourmenta effectivement le Prince pour convertir en donation les dispo^ sttions qu'il avait faites en sa faveur du domaine de Saint-' Leu (i). Le Prince, comme il le faisait toujours, et pour avoir la paix^ comme il disait , avait fini par consentir. Mais, effrayé que j'étais du droit d'enregistrement , qui
(i) Evidemment il y a erreur ici de la part de M. de Surval, et ce n'est pas du domaine de Saint- Leu seul qu'il s'agissait , mais aussi du domaine de Boissy et de la forêt d'Enghien ou de Montmorency. En effet, pour que le droit d'enregistrement se fût élevé, conmie va le dke M. de Surval, à 4 ou 5oo,ooo fr., il fallait une valeur capitale de 4*700,000 fr. à 5,900,000 fr. environ (le droit est de 8 fr. 5o cent, pour 100 francs.)
se montait à 4 ou 5oo,ooo fr. ^ somme que j'eusse rue arec peiue sortir de la caisse de monseigneur le duc de Bourbon, s'il eût fait la donation à madame de Feuchè^ res(i), je proposai de vendre ce domaine à madame Adélaïde, sœur du Roi, qui en avait quelque envie. Il est probable , ajoute M. de Surval , que cette idée eut reçu son exécution sans la mort du Prince. » ( 7* déposition.)
Ainsi 9 madame de Feuchères n'ignore pas, ne peut pas ignorer les dispositions que le testament renferme en sa faveur.
Cependant, depuis les événemens de juillet, ^le a beaucoup de craintes sur Texécution du testament à soa égard ^ et le système de la vente à madame Adélaïde ^ ce système au surplus si peu praticable, ne lui répond que d'une partie des objets légués, et la laisse sans garantie ^o^/r les quatre millions qu'elle espère^ pour le riche domaine de Mortefontaine ^ pour le pavillon qu^elle habite et pour un somptueux mobilier... Depuis le mois de juillet elle a des craintes pour f exécution du testament à son égard!
Et combien son anxiété ne doit-eiie pas s'ac-
(i) Madame de Feuchënes a dit au général Lambot, qui en a déposé, que les frais d'enregistrement (de la donation entre-vifs) seraient considérables, et que, pour en faciliter le paiement, die wait promis à M. de Surval des économies sur les ohttssa. { i oS' déposition.)
croître par de mystérieux préparatifs qui dénotaient chez le Prince Tinteation de s'éloigner d'elle à son insu !
Il a existé trois projets de départ :
Une fuite en juillet;
Un voyage aux eaux de Bourbonne, qui probablement devait conduire le Prince plus loin;
Un retour à Chantilly^ qui, fixé d'abord au 3 f août y dut être accéléré et avoir lieu le 27 août au matin.
Reprenons.
«( Est-il k votre connaissance , demande-t-on à M. bb P&iiEAH, que pendant plusieurs jours les cbevaux étaient prêts toutes les nuits pour le départ du Prince ?
» Oui , répond M. de Préjean , j'en ai eu connaissance ; mais je dois faire remarquer que cela a eu lieu seulement les premiers jours qui ont suivi immédiatement les événemens de juillet. »
Leriche^ homme des écuries, et le baron de Flassans, neveu de madame de Feuchères, donnent des détails plus circonstanciés, mats qui se renferment dans le même objet.
C'était là un projet imposé par la nature même des choses, par la toute-puissance des événemens, et qui toutefois pouvait avoir pour les espérances de madame de Feuchères les plus graves conséquences» Le projet de voyage aux
eaux était encore plus alarmant pour elle, comme on en va juger.
Dans les premiers instans, et dès le ag juillet, le Prince, qui n'avait pas seulement, comqie parait le croire madame de Feuchères, le projet de s'éloigner du théâtre des événemens, s'était /ait remettre un million en billets de ban^ que par le baron de Sun^al^ auquel il aidait recommandé de garder le plus grand secret ai^ec madame de Feuchères. Vers le milieu d'août, M. le baron de Survol , à qui le Prince remit le million^ voulait rendre au Prince sa quittance, et le Prince s'j refusa parce qu'il considérait ce million comme restant toujours à sa dispo-sition.
Ici tout est précieux dans les paroles de M. de Surval.
On lui demande d'abord si le Prince , en lui remettant le million reçu le 29 juillet, ne lui a pas aussi remis une boite renfermant ses dia-mans.
Voici la réponse :
« J'étais dépositaire des diamans du Prince déjà depuis trois ans ; ils se trouvaient renfermés chez moi dans une caisse construite dans ma chambre à coucher; mais tout le monde l'ignorait : le Prince seul connaissait le lieu où ik étaient, et il m'avait recommandé lui-même spéciale-
ment de ne jamais dire à madame de Féuchikf^ qu^fi^hù ce dépdt ".' ■
» Quand je portai le million en billets de banque au Prince, le 29 juillet, il me fit la même rccommandalion , en me disant .* « Elle se doutera cependant bien que vous m^cu^ez » apporté de farg^; vous lui direz que vous m'aidez apporté » 6ofOoo/r, » Quand le 1 5 il me remit ce million, il me dit : «« Gardez-^le particulièrement sans le mettre dans Id caisse » du trésorier, afin qu'il soit à chaque instant a ma disposition, » et mettez-'le avec les diamans. » Quand il me remit ce mUlion , je lui observai que , pour la décharge de son trésorier, il m'en avait remis une reconnaissance ; qu'il fallait au moins que je la lui rendisse ; il me répondit : « Non, » je considère ce million comme étant toujours entre mes » mains , puisque vous le tenez à ma disposition et qile » je ne fous le remets aujourd'hui que .pour me débar- » rasser momentanément. » (7* déposition,)
Un million I quelle preuve plus évidente que le Prince se disposait à quitter la France ?
M. de la Villegontier fixe d'une manière précise le but du voyage pour lequel le Prince voulait avoir un million entre les mains. Cétait dans l'intention de s'éloigner momentanément de la France, et ainsi de se soustraire au joug qu'il ne pouvait plus porter.
<c Ce projet de départ, dit M. le Conseiller-instructeur & M. de la Yillegontier, avait-il pour cause les événemens politiques? » Et M. de la Yillegpntier répond : « Il se peut que le» événemens politiqttes n'y fassent pas étranger$^
mais je doute qu'ils en fussent la principale cause. » (i^^tté^ position,)
Non 9 la politique n'était pas la principale cause du voyage , et nous parlons ici le langage de révidence et celui des té^loins.^
M. BoNNiE. — P. Est-il à votre connaissance que madame de Feuchères ait eu un empire absolu sur le Prince ?
R. Cela n'est que trop vrai.
D. Dans les derniers temps, le Prince n'ayait-il pa^ manifesté l'intention de secouer le joug de madame de Feuchères?
R. Oui; c'était làle motif qui le portait à s'éloigner. (5* dé^ position,)
Manouiy explique^avec détail les mystérieux apprêts dont il avait été chargé :
« Madame de Feuchères (qui effectiTement paraissait w inquiète de mes allées et venues) e^tfine^ me disait le » Prince ; elle cherchera à vous tirer les vers du nez; prenez » bien garde à laisser entrepoù* mes projets,.,. » {6^ déposition.)
Manouiy devait se procurer un passer-port, prendre une voiture, et la conduire à Mois^ selles , où le Prince devait le rejoindre.
« Si vous n'êtes point rentré, dit le Prince à Manôur y, » je saurai ce que cela voudra dire. »
La question des passe-ports fit tout échouer: le Prince n'osait pas en demander un pour lui-même ; il avait seulement engagé Manoury
(59) à en prendre un , et Manonry tie croyait pas pouvoir en obtenir sans une autorisation du premier gentilhomme. (Voir à cet égard de longs détaib dans la déposition de Manoury.)
« Eh bien! dit le Pritice, n'y pensons plus; nous irons w à Chantilly, et de là chez Porcheron (ancien régisseur » du Prince , qui habitait Clermont). » {Mène déposition,)
Au surplus , il paraît constant que madame de Feuchères surprit le secret de ce voyage hors de France , comme on va s'en convaincre.
M. de Choulot avait eu plusieurs entretiens avec le Prince sur ce projet de voyage , ainsi <|u'il s'en explique dans l'instruction.
« Le Prince, dit-il , avait en avec moi plusieurs entre-' tiens particuliers depuis les e'vénemens de juillet jusqu'à sa mort; iljr était question de quitter la France. Je ne peux dire si le Prince avait pris des mesures à cet effet; le matériel des voyages ne me regardait pas ; il avait dû charger son valet-de-chambre Manoury de ce soin. Je dévais raccompagaer avec Manoury; nous étions seuls dans la Gonfidencew » {^5^ déposition.)
Seuls dans la confidence / Mais comment dé« rober à madame de Feuchères les conférences, les démarches, les préparatifs que nécessite un semblable projet?
Madame de t. YiLiiiECOirnsA déelalre que AL de Choulot lui a raconté que, le lendemain d'une scène trë»-vk>^
lente qu-ileut (i) avec madame de Feuchères en prë-. sence du Prince, Son Altesse l'entretint de pr.ojet3 de départ pour la Suisse, et que madame de Feuchères ayait entendu la conversation, (97* déposition,)
Manoury pense que madame de Feuchères a pu entendre la conversation du Prince avec M. de Choulot relativement à son départ, par l'escalier dérobe' et contre la porte du petit salon jaune. M. de Choulot lui-même a dit : Je crois qu'elle a entendu notre conversation. (117* dé^ position, )
n résulte d'une autre déposition de Manoury, qu'un premier projet qui devait s'exécuter vers le 10 ou le 12 août fut abandonné; qu'il fut ensuite question d'un autre départ qui devait s'accomplir vers le 20 ou le 2 1 . A ce sujet, le Prince avait dit à Manoury : T ai parlé à Choulot; je compte sur vous. ( 82* déposition,) * •
Que madame de Feuchères ait été dans l'impossibilité de surprendre les paroles prononcées dans la dernière conversation relative au départ, c'est ce que pense M. de Choulot; ce qui n'est pas exclusif de l'idée qu'une autre conversation aurait été surprise. Au surplus, voici la déposition même de ce témoin , qui , méditée, ne reste pas en opposition avec celle de madame de la Yillegontier et celle de Manoury, comme on pourrait le penser au premier aspect.
. (1) Le 3o juillet, à son retour de Saint-Goud. (i4l* dé^ posiâon,)
La dernière fois que le Prince m'a entretenu de fitfn projet de départ, la conversation a eu lieu dans l'embrasure de la fenêtre de son petit salon; il était impossible que personne entendît notre conversation, qui avait lieu à voix basse.
Manoury et moi connaissions seuls les projets de départ du Prince ; il nous avait fait promettre à l'un et à Fautre de ne pas mâne nous en entretenir ensemble. J'étaiss chargé de la direction, et Manoury du matériel du voyage. Je n'en ai entretenu Manoury que depuis la mort du Prince , et il semblerait résulter de sa déclaration que je l'en aurais entretenu auparavant; ce qui n'est pas exact Je me rappelle parfaitement que , causant un jour avec madame de la Yillegontier, et elle m'adressant quelques questions relativement aux projets de départ du Prince, elle finit par me dire que probablement madame de Feuchères avait entendu la com^ersation du Prince nvec moi; à quoi je répondis, comme aujourd'hui, que cela était impossible. J'ai toujours été extrêmement réservé sur tout ce qui a concerné les derniers événemens. ( i4i*
Quoi qu'il en soit de cet épisode, il reste démontré que le Prince voulait d'abord quitter la France; qu'il cachait avec soin son projet. et ses préparatifs; que c'est la difficulté d'obtenir un passe-port qui a fait échouer cette première résolution : et l'on comprend sans peine qu'une femme aussi active que madame de Feuchères, et aussi vivement intéressée à connaître toutes les démarches du Prince, exercée comme elle
l'était k pénétrer dans ses intentions, n'a pas été dupe des moyens employés pour se cacher d'elle. Et c'est ainsi que Ton se trouve conduit à ce projet de retour à Chantilly, qui , dans Tordre accoutumé des choses, ne devait avoir lieu qu'au mois de septembre, et que le Prince avait la volonté d'avancer d'un mois.
Il faut encore ici laisser parler M. de Surval.
u Le.aS, sur la demande que je lui en fis et ^e je lui avais faite plusieurs fois depuis quelque temps , il (le Prince) me répondit qu'il comptait partir le lun(ii suivant 3 1 pour Chantilly, mais qu'il me recommandait de n'en rien dire à personne, » (7" déposition.)
Le 3 1 il échappait à la mort! La veille de sa mort, le malheureux Prince avait chargé Guy, qui en dépose, de prendre ses fusils et de les transporter à Chantilly, où il ne tarderait pas à se rendre. Tel était soii désir d'arriver promptement à cette résidence, où un instinct conservateur lui disait d'aller chercher un asile, qu'il pressait Dubois son architecte de faire faire les travaux que de nouvelles dispositions intérieures nécessitaient.
« Le Prince , dit M. Dubois , devait se rendre le 3 1 août à Chantilly; il m'avait recommandé de déployer toute l'activité possible pour que son appartement fût prêt. Il avait été même jusqu'à dire^ « diU^n y passer la nuiL M (94* déposition^)
Que ii'a«-t-il en e£fet revu cet antique patrimoine de ses pères ! Là ses jours auraient été en sûreté.
A GhantiUy, dit M. le comte de la YiHegontier , le valet-de-chambre était nécessairement confident de tout ce qui se passait chez Monseigneur; la disposition des lieux était beaucoup meilleure qu'à Saint -Leu. (i'" déposition.)
M. de Préjean , interrogé sur la question de savoir si à Chantilly la disposition de l'appartement était meilleure pour la sûreté personnelle du Prince qu'à Saint-Leu, répond sans hésiter :
Beaucoup plus sûre; des valets-de-chambre couchaient à côté de la chambre du Prince, dont ils n'étaient séparés que pSLT une cloison , et j'ai la conviction que si le Prince a^aà été habiter Chantilljr, nous aurions eu le bonheur de le conserver» » (3* déposition.)
« Je suis convaincu, s'écrie Manoury, que si Monseigneur eik été à Chantilly^ nous aurions le bonheur de le posséder encore^ » (6* déposition.)
Yoîlà ce que les fidèles serviteurs du Prince savaient; mais voilà ce que d'autres savaient aussi I
D'autres savaient que le crime était aussi fa* cile à Saint-Leu qu'il était impossible à Chantilly.
Dupin va tracer le parallèle des deux habitations.
A Je n'étais pcùnt à Saini^Iieu à répoque- de ia tncrrt du Prince : lorsque Son Altesse Royale quitta Chantilly avec une partie de sa maison j'obtins la permission, d'aller à Paris pour y soigner mon épouse , qui venait de tomber malade, et que j'ai eu le malheur de perdre te 3i juillet dernier. Le Prince était si bon, que toutes les fois que l'un de ses serviteurs était lAalàde ou inquiet sur le sort des personnes, qui lui 'étaient cli^reây ille.dis'pensait spontanément de toute espèce de service auprès de sa personne. . ^ •
M Je ne puis tiietp déplorer cette malheureuse circiMi.'* stances sans elLsf tnon- service m'eût appelé auprès du Prince à l'époque des é«(éneinens; et, tétnmn-^de H'mt^ pression que les événemens de juillet pouvaient faire sur Son Altesse , j'aurais profité de la liberté qu'elle daignait m'accorder pour lui parler franchement et la déterminer à aller à Chantilly, où il était impossible que le' Prince se portât à im acte de désespoir ou fui victime iun tissas-' sincU sans que le valet-de-chambre attaché à son service ne fût à même de les prévenir : l'appartement que le Prince occupait à Ckantilfy était disposé de manière à prévenir toute surprise ; le valet-dë*chambre ' de sèiVicè couchait dans une chaml^re tenant à celle du Prince, et qui n'en était séparée que par une cloison ; le lit du Prince et celui du valet-de-chambre étaient placés sur une ligne parallèle; le valet-de -chambre entendait jusqu'au moindre bruit que pouvait faire le Prince ; je l'entendais marcher dans sa chambre, même sur le tapis ; on ne poxwaxt arrif^ér à la chambre du Prinee sans passer par celle du valet de-chambre ; les autres issues qui y conduisaient étaient exactement fermées , et c'était un devoir recommandé au valet-de-chambre de service, de
veiller k la feirmetiure des issues : au lieu qu'à Saiiit-Lett ie Prince étatt poar ainâi dire abandonné à' lui-^méine, et en
X^ét^énement il lui eiU été difficile d^ohtenir le moindre rs. A Saint-Leu ^appartement du Prince se composait,
etc ^ . Je suis moralement
convaincu que si le Prince eût e'té à Chantilly ou ailleurs^ nous n'aurions point à déplorer le cruel événement qui nous Ta enlevé. Je suis entré il y a seize ans et demi (le V avril i8i4) au service de Monseigneur; je l'ai accompagné dans les cent-jours, et je connais parfaitement ses habitudes , comme j'ai été mille fois dans le cas d'ad-^ mirer la bonté de son cœur. (9* déposition») (i)
Depuis le 25 août, jour qu'il a pris la résolution de se rendre à Chantilly, jusqu'au 29, un délai de quatre jours est donné au crime. Il parait cependant, d'après une déposition de M. de la Villegontier, que le départ ne devait avoir lieu que le 3i, et que, dès le jour de son arrivée, le Prince devait se mettre en chasse.
Que ces ordres donnés à M. Dubois, que ces projets de plaisir, sont loin des sinistres idées
(f) Dupin parle de l'appartement que le Prince avait toujours occupé à Chantilly; M. Dubois, de celui qu'il devait y occuper désormais, et qui avait servi à son père; n est certain que ce dernier appartement ne présentait pas moins de sécurité que l'autre, comme la Cour pourrait facilement le faire constater.
dont on veut que le Prince ait été obsédé!
Oui, quatre ou six jours scMit donnés au cri* tné; nâats dans la journée du a6 le Prince eni^te à M. de Choulot Tordre de se rendre à Saffi- Leu le lendemain, pour y recevoir une communication importante. M. de Cboulot accourt; il arrive le ay au matin : il n'était plus temps.
. . La veille au soir, dit M. de Préjean , M anoary m'avait dit que Monseigneur Favaît chargé d'envoyer un courrier à M. de Choulot à Chantilly, pour qu'il yint lui par-r 1er le lendemain matin » ei Manoury me recommanda le secrei, en me disant que Monseigneur lui wcùt dà de îCen parler à personne. (5* dfyosilion,)
Toujours du mystère, toujours la nécessité de ^e cacher : et de qui? est il besoin de le dire à présent? Mais vaine précaution !
Pouvait-on cacher à ceux qui avaient intérêt à tout connaître, et le départ et la destination des courriers ?
Ecoutons M. de Choulot :
La veille (26), j'ai reçu par un courrier l'ordre de me rendre à Saint-I^u le lendemain de bonne heure ^ pour recevoir «ne oommunicàtiôb ;importante. J'y suis arriyé au moment «àila porte de la tfaambre venait d'être enfon» cëè* ('jSfi^déposiiBon.) r -
A cette cause impulsive du crime qui résul*
(67) tait dés projets de départ, viennent i^'en joindre deux autres : lé bruit dûn changement projeté €tans les dispositions testamentaires y et Tes scènes de violence foi <waiènt échti entre le Prince et Tmukun^ de Feutres; ce qui ne permettait plus à c^lf^^çi'd^ Compter sur la perséi^érance deis in-tentions du Prince à son égard. ' '
^ ,09, cite^A sur ce point la déposition 4e AL d« Ch^ulot luiroftéinQ^ U4éelare 4^iraiil M«ie juge d'instruction de Pont-oiîse^ que ie< brait s'étaif répandu que le Prince devait changer quelque chose à ses dispositions ; intention.qqi^ du re^tei n'était pas à la connaissance personnelle de M. de Choulot.
LscLERG. — n a entQndu dire plusieurs fois danslfi maison que le Prince ^yaitHiitentioa de changer ses dis* positions testamentaires. ( i5" déposition. Paris.)
Il ne s'agit pas de savoir, si ce btruil était ou n'était pas fondé, si .l'on n'avait- pas pris pour un projet de modification ou de révocation l'intention dé reconnaître ou de mieux rëcbmpenser les soins d^ j^q(iae!q]giç& se?*yi|;ejL^rs, : .ç^ qju'il &U4; constater^ ti^e^i^t ht^jU di& changer ment qw, réuni à - ces 'projets mystérieux de départ, devait jeter l'inquiétude dans î'âme de kiBjEironlie; Dominée ^pour ain^î ilire elle-même
p^t cette violehce dont le Prince redoutait tant les éclats 9 elle n'ignorait pas qu'elle s'était portée aux derniers excès envers le Prince ; quels àujets de terreur et d'appréhension !
ïl faudrait remonter justjti'ati fatal moment ou le Prince a cohnù'riiadame de Teuclièrelô pour' la première fois, sïToA voulait retracer tè tableau complétée totttès les sdènes, de toutes lés douleurs dont cette rencontre est devenue j3our lùî la source. On' s'arrête à ce (J^e l'on jieùt nùkntner le secret de ChantiHy. ' -'^
Manoitrt. — Al époque du testament^ le jour ou le Prince s'est rendu dé ' ChantiDy à Paris , il y 'eut tme scène époupcmtahle, (117" déposUiori, ) "
Lé t«ihoio est dëpositaâre dW seeret important , confié par le Prince il y a deux ana, j^ rocca^ion d'une sc^e qui eut lieu à Chantilly enUre lui .et madame de Feuchères; mais le Prince lui ayant fait donner sa parole d^honneur de ne rien dire , telle chose qui arrii^ât, il ne croit pas pouvoir le dire; il doit seulement faire observer que cette scène n'a aucun i^pport à la mort du Prince. 'On insiste pour qu'il rende compte de ce secret ornais il persiste et s'y refuse. D'ailleurs, dit-^il, M.de Choulot en est aussi de'positaire ; c'est lui qui a laisse' entrevoir ce secret; il devrait le dire. »
• Il ne croit* pas d'ailleurs, en aouime el oon^^iice, que ce secret puisse être utile en rien .à l'instruction. (i\l* dépùêition.)
Sans s'attacher à pénétrer maintenant dans
(69) rse mystère, il faut^^ arriver aux dernières scènes dont Sain t^Leu a été le théâtre. .
. Le 1 1 août, Maooury, en entrant chez le Prince vers 9 heures du .ma]bin, remarque à l'œiLdu Prince une. fort^ .cpnj(usion. Le Prince lui 4ît : u Je. me suisr heuriié à la table de nuit. >i^ Ma- Boury prend la liberté de faire reraarquipr que la table a moins de hauteur que te lit. Le Princf ne répond rîeiji. Çi^ntôt Manoury, apçf'goit souj^ la poçtjB de l'e^alier. dpr^bé »^ne IçtJtrp qu'iji présente au P^wnc^j «ft dp^t.cçi derwer.sî^pare avec vivacité. C'est alors qu'il avoue à Manoury que ce n'est pas en se heurtant contre la table qu'il s'est mis dans Tétat où Mar noury le voit, maiâ dans une chute qu'il a ^te en reconduisant madame de Feuchères : ver^ sion qui ne paraît p^as à Manoury plus vraiâem^blâble que la première, tes apparences de la contusion n'attestaient q^ue trop bien que le Prinoe' avait été frappé- Ce sont encore lç3, ter moins qu'il faut laisser parler ^Manpury^^M** de la Yillegontâer> M. Bonnie. t .-
Manourt.— Le Prince a essuyé effeetÎTement une forCfr contasion à Fœil- quinze jours ou trois semaines a^nult sa mort; il a dit à tout le monde qu'il s'était Messe- daqs son lit, à la table, en dormant; il me l'a dit à mei^teéme. L'obp|i^,vatip«;^e f^ liti.fis qa'il était imp(i|ssi)d^<|a'il
pûi se heurter de éon lit à la table de ntiit-qaî était beaucoup plus basse, sans renverser le vase de nuit qui était dessus, il ne nie re'pondit rien; mais au moment même, ayant été étendre, suivant l'usage , un tapis dans le cabinet de toilette, je trouvai sofus la porte de ce cabinet donnant sur FescaKer dérobé, tme lettre qui débordait du côté de ce tabinet. Je la Taaaiassai et htporbaià Monseigneur, qui me l'arraçhâ jiresqUe deé teains ^t la posa auv la cheminée. Cest alors qu'il me dit : <* Jene suis pas bon menteur; j'aucUs dit que c était en dormant que je m étais fa^ mal ; là vérité est qiLen reconduisant madame de Feuchères, et tn, oui^rant la porte', mes pieds ont glissé, je suis tombé de c^té sur la hanche, ief ma tetnpe a porté sur V angle êU parmeau. » Le Priaoe eut'b^ bonté' de me montrer 'lait même comment cet accident lui' était arrivé, et me re^ commanda le secret. (6*^ déposition.)
M. de la Villegointier retrace ces mtêmes feits avec beaucoup de lucidité :
A huit heures trois quarts, Manoury entre chez le Prince, qui, après les premières paroles, lui dit : Tenezj, voyez cela, en montrant son œil ; et il fît encore la fable de la table de nuit. -^ «< Hé bien, mon cher ^ voilà encore une histoife; il faudra bienqUeje déjeâne ici ; je np pourrais pas descendre auec un œil comme cAi . s ce soir ce sera diffén vent, ça ne paraûra pas à la lumière. » Peut-être une heure et demie^après, lUbeseigneurdit à Manoury : « p^ousmu-^ rez si madmne de Meuthères défedne ù tnbUi; vmcs àne Udmt^ vous -ne ferez semblant dp hm.'« Màdonir y/revint qujelipie t/dmpsiapvès^ «tappritità Afaateiiplemr qoe iiniâaaie :d» EeiLchèœs avait demandé à d^niier idana'fon apparts^
ment pour deux personnes, et qu'elle partirait de suite pour Paris. '
A II heures et demie eatiron^ probablement quelr ques instans après que je* serai sorti de diiez Mopsei* gneur, Manoury yint pour les' apprêts du défeàner.* Adon* seigneu!r d^eunait dabs'sa' <^mbre à couchejr^ ubm pe^ tite table se dressait dans faii^ticliatlibre, et «fU-^nssocM d'elle se plaçait un lapis de toile pour prëserrer le tapis ordinaire : en posant le tapis de toile, Manottiry v^t'uifte lettre qui passait sous la poi'te de l'escalier particulier ; il la prit, et entrant dans la chambre : « Monseigneur, dàt*if, voilà vne leUre qui pttssaû sous là porte de r escalier* » Motl«seigneur la prit avec prédpitatioa et en parut extrême^ ment trouble. Vht trois^Cûn 91 à intecViall^s» il revint sur le'fiiit de eetle lettre^ et îp cimfi mèmfi qu'il. dit à jMiarr noury, comme par unje>sorte d'interrogation : m Tous ne l'aviez pas lue? » Cette lettre le priéoccuppait teUenient qu'il^ odbliait de prendre le café. Aladame jdi^ Feacb^r^f ëiaâ; partie pour Paria )|Via^|t4^e Moçiseig^eu^ e^wt ache^^ de déjeûner.
Le déjeûner fini , « Hé bien, dit Monseigneur, fvous n'avezpas cru l'histoire de la taUedé nuit? — Monseigneur, je ne me permettrais pas de contredire Votre Altesse ; mais cela ine paraît un peu difficile» — Eh bien, vous auez raison,]' €d failli me tuer; » et là-dessus il raconta à Manoury qu'après une vive altercation avec madame de Feuchères, la reconduisant, à la porte de V escalier, le pied lui avait manqué sur la première marche, qiiil était tombé sur le côté gauche, que la tùe apdit porté, et qu'il s* était blessé à l'œil.
« Cette expUcatton, ajoute M. de la Yillegontier, parut aussi £âiutivè ((ne celle delà iAAe de nuit -, car, dans Pun.
^^, l'autre C95>:k ,€qi^^r..ex^4çi^f 4^ Tc^l ne fût pas reste' intact comme il l'était en effet ( Ici M, de la Villegpi^t^er ne |:etri^e.p}fi9.P^.<qU;il tient de Manoury, mai» ce qu'il a ve'rifié lui-même.) Rien, ni sur le nez, ni sur la partie supérieure de C orbite, f}i sur la joue, n'indiquait la plus légère contusion. Je ne puis m'expliguer cet acci-dent, que par un coup dfrectemeni porté. Quant à la chute, elle n'est pas douteuse, car pendaiïit plus de six jours MaïKMiiiy a frotté avec' des eaux spiritueuses une meurtris- .'amre considiérable de pli|8 de sôk -pouces de longueur le long de la cuisse gauche , depuis la banqhe. Monseigneur ejf. aouffi-ait^beat^çofipp^s gj^p dp.^pjpkœil. II. ][ ayaif aussi vue écorcburie à la chiite des reins. » ,
D, Avez-Yous aussi remarque', lorsque le Prince vous a fait voir son œil, des égratignures qui par^saient être le résultat de l'impression des ongles? ;
jR. Ne sottpÇK^nnant rien èé fficheost, il n'est pas éton-* Àant que je ne me sois pas attaché à des détails de ce genre.- Mtfis la partie infëtieuiiâ de l'ceil était sensible <> ment la plus maléficiée.
i>l Est-ce le même jour, où le lendemain , que vous animiez appris à madame de Feuchères l'accident survenu au Prince?
R, Je crois n'en avoir parlé à madame de Feuchères que le 12, à mon arrivée de Saint-Leu pour la Chambre de Pairs : cependant je n'affirmerai pas, parce que je suis fort en doute à cet égard, qu'arrivant à Paris le 1 1 pour la Chambre, je ne lui en aie pas parlé; maù ce ne dut Ûre que comme d'une chose connue d'elle.
D. Madame de Feuchères ne s'est-^e^^eii^ressée^ immédiateinent après avoii- appris cet accident, de r^
tourner à Saint-Leti pour entourer le Priiice des soins que nécessitait sa position?
IL Cette circonstance m'aurait trop Mppé pour que je ne m'en souvienne pas. Je crois que madame de Feuchères passa à Paiis la soirée du ii et la journée du 12. ( 1 42" déposition,)
On comprend que madame de Feuchères, qui a déjeûné à Saint-Leu, qu'elle n'a quitté que vers onze heures, pouvait être à deux heures à Paris.
Il reste démontré que la contusion est le résultat des coups portés au Prince , lorsqu'on lit la déposition de M. Bonnie; ces coups, qui les avait portés ?
^ M. BoiTNiE. — Le îour même où il s'aperçut de l'accident, le Prince ( qui avait expliqué la contusion par la table de nuit) lui demanda s'il avait vu madame de Feuchères. Non^ Monseigneur, répondit M. Bonnie. — Sicile 'ne vous parle pas de cet accident, ne lui dites rien. — Elle le sait donc? — Oui, elle le sait, /
Madame de Feuchères était ce jour-là à Saint-Leu : elle est partie à onze heures ou midi ; elle s'est fait apporter à déjeûner dans son appartement.
.11 ne sait d'ailleurs que ce~que.lui a dit le Prince.
Il a remarqué, outre la contusion, des empreintes d'oiigles sur la partie de la face contiguë à l'œil. La plaie pa-^ raissait faite plutôt par un coup d'ongle que par un corps contondant II jr aidait une excoriation à la peau du grand angh dé l'œil.
Lorsque le témoin se présenta le matin du même jour
pouv SO0 service , on lui dit de revenir plus taid , que le Prince était en affaires avec M. Oicy, de GthantiUy binais il n'a pAi! vu M. Obry. (12^ déposMmu).
On va connaître, d après deux dépositions dé Manoury, l'impression que cette ^cène et tant d'autres avaient produite sur le Prince.
ManouiIt. — Le Prince depuis quinze fours à trois semai' nés se plaignait de madame de Feuchères en recommandant au témoin de se méfier d'elle.
Il ne sait rien de positif sur la question de savoir si madame de Feuchères n'inspirait pas au Prince une sorte de terreur; mais il sait que dans les derniers quinze jours, lorsque madame de Feuchères demandai ta être admise auprès du Prince, il en témoignait beaucoup d'impatien* ce. Que veut cette femme? disait-il; il paraissait préoccupé et presque tremblant. Le témoin croit que cette espèce de mécontentement tenait à la divergence des opinions politiques. Il a entendu dire au Prince : T ai passé m>a vie apec eux; que det^iendront-ils , que deviendra cet enfant—là? On peut avoir Jait des fautes , mais cela n exclut pas la fidélités Et il . croit que l'éloignement qu'il manijfestait pour madame de Feuchères n'avait pas d'autre cause, {w]*^ dt" position^
Cette impression de te^rreur sur laquelle Manôury craint de s'expliquer éê retrouva nvec une grande énergie dans une proposition que le Prince lui a faite le 'xi août, quatre jours avant la catastrophe. C'est Manoury qui va parler : , ,
J> Prùtœ Wfott témoigné le désir que je arnùkasse à la porte Âe aathumàre'^ tmk ^ sur mon observation , que cela poi^rrait pai^tre ëtnmge aux antres valel»*de^h»aibr€, le Prince me dit que j'avais raison. Je lui dis qu'il pou* v«it enjoindre à Lecomte, ^ôn valet--de-chambre de serrice, d'y coucher. M*ais il répondit: « Oh non/ U Wy a 4pLà laisser edcu » Cesile dùmoiekê qui a précédé sa mort que le Prince m'a fait celte proposition, à ce que je présume. {Mène déposition,) -
Voilà comment le Prince jugeait sa position j et ce n'est pas dans la scène du 26 août, veille de sa lyiort, qu'il a dû trouver des motifs de «écurité.
Baron de pEéxEAN. — £^26 aoUU, sur les huit heures et demie du matin y madame dé Feuchères dememda à parler au Prince; cela donna lieu à une scène assez violente, dans le cours de laquelle on entendit répe'ter plusieui*s fois le nom de M. de Gboulot, et le Prince s'écrier : « 'Non y Madame, cela ne setà pas! » Monseigneur ouvrît la porte de son salon donnant sur le corridor, et la referma très^vivement après que madame de Feu-*
chères fut sortie Maru>urjr le retrowa dans • sa cham^
hre y lui donna de Veau de Cologne qu'il demandait. ( 3* dé^ position.) '* •
Comte DE i!à VrLLEGOîrriEB. — • 2>. Le a6 août, véflle de sa mort, une scène assez violente n'a-t'elle pas édàié entre le Prince et madame de Feuchères ? '
' R. Cette scène eut lieu le matin, vers neuf henreè, dans l'appartement de Monseigneur; on entendit lé Prince exprimer fortement un refus ; il prononça le nom de M. de Ghoulot. Lorsque madame de Feuchèt^s fût
fOj:tie^J\fajioary li^uvaMoQseigneiiv aws ^ur Ic^tit canapé devant la croU^e à l'est, dans une extrême agitation ; iljiit mâne obligé de lui donner de Veau de Cologne. (i '" déposition)
Manoukt. — Le ^6 août , veille de la moii; du'Prince^ éonr'léir hait heiirefiB etdemieda matin, j'ûeMteQdu beaucoup de bruit dans le salon où e'tait le Prince ^?^^ n^d^m^ de F^udbèri^s;,iV,e;çjt^4^^|>r^noncer plusieurs fois le nom de M. de Choulot; j'ai vu le Prince ouvrir la porte de son salon à madame ^e Feuchères, en lui disant : «^Laissez-^moi tranquille. » J'ai entendu Monseigneur refermer la porte avec violence', contre soft habitilide. Le Prince étant fentrë dans sa* chambre, pâde et dans une situation qui me parut extraordinaire; j'y en^trai mpi- ];aéme;, je vis le Prince assis sur upe ban^uet^e qui est le long de la croisée est : il paraissait préoccupé^ et me demanda de Veau de Cologne : je lui donnai le Ûacon qui était sur la cheminée.
D, I>Pest-*ce pas le même jour que le Prince vou&aurait fait tâter ses mains ? Ne les avezr-vous pas trQuvée^^ilsrurr lante&y et nattribuerie^^-vp^s pas ^ ^ ^cèn^ du piatin cette agitation extraordinaire ?
R, Je ne me permettrai même pas d'en indiquer la cause; mais il est certain que le Piûnce me dit, le soir dû même jour, veille de sa moit : « Tâtez doncme^tnuins ; elles aorU brûlâmes. » Je cherdiai.à le rassurer à cet «giird. J'ai été singulièrement frappé de cette circonstancjs, d'autant plus que j'avais, dans la scène du matin ^ entendu à plusieurs reprises prononcer le noni de M. de Choulot , et qu'il me donna V ordre en ce moment d!enç>oyer un courrier pour faire ret^enir M. de Choulot à Scunt-Leu, » ( 6* déposition )
- Cette' derniète scène est smtnè éki départ d*un courrier qui intime à M. de Chouîot Vor^ dre d^ accourir à Saint^Leu pour y recci^oir une GçmmuniGOtiQn , importante. I^e wj au matin M^ de>Choulot arrive. i.«.. Le Prinee n'existait plus ! ■ . ,.
On demande maintenant les causes de Tas^ sassinat !...
. Madame de Feuchères est légataire d'une valeur de i6 millions,; eUe Je sait;.
Mais depu^ les évéïiemens de juillet elle à conçu de vives inquiétudes sur l'exécntioii du testament;^ la donation est impraticable, la vente ne se réalise pas.
Cependant le Prince veut s'éloigner de la EraBce; ilvjeut du joiQiuSyse mettre à Chantilly à i'abri-de toute entreprise.
Les scènes avec Madame de Feuchères se sont multipliées.
. I-ie Prince se cache d'elle.
Quelques jours avant la mort du Prince , la veille même y les choses ont été pointées au der* nier excès.
Qu'il soit possible au Prince de respirer ; qu'une terre étrangère lui donné asile j qu'il se cache chez Porcheron^ ou que du moins Chantilly lui rende ses voûtes protectrice^ ^ et
le Prince aura par un mot puni tant d'ingrat!'* tnde. Le Prince rendu à la liberté, le talisman est brisé, le charme est détruit; l'ouvrage de tant d'années s'écroule. Qui sait $i de nouvelles dÎ6** positions n'iront pas porter dès consolations au sein d'une famille exilée? Ces mots : Que deuien* dront-4lsy que des^iendra cet enfant-tà ? ont î*etenti dans Saint-Leu ; encore quelques jours, en* core quelques instans, et le Prince a brisé ses fers. Choulotest mandé dans la journéedua6, et dans la nuitduâôau 27 le Prince a cessé de vivre! Les causés du crime ne se révèlent qu'avec trop d'évidence ; et cependant si , comme on en a répandu le bruit dans les premiers instans, il était démontré que personne n'a pu pénétrer dans la chambre du Prince, quelle argumenta-* tion pourrait prévaloir Contre une pareille objection ? Il faut donc, avant d*exaniiner les traces que les assassins ont laissées de leur passage, constater qu'il a été possible d'entrery et surtout de sortir; ce qui réclame quelques détails sur les localités, et c'est de Manoury q«e nous allons les recevoir.
Manoubt. — D, Trois portes de l'appartement - du Prince donnaient sur le corridor : ces portes e'taient** elles ferme'es , et qui en avait Içs clefs ?
R. Celle du salon et celle de la garde-robe restaient or-
i()uiai|*eniént fermées «ni dedans. Le fâlet-d^chiuiibve de service fermait celle du cabinet de toilette et empoortait la iclef •
i>« Toas étes-vous assuré que leis deux portes du salon et de la gaide-^obe fussent fermées ?
R. Oui, Monsieur; quand on les à visitées on les a trouvées fermées, les clefs en dedans.
D,JLe Prince était- il. dans l'habitude de feimer sa chambre au verrou ?
jR. Quelquefois cela arrivait; mais pour moi , toutes les
fois qire j'ai été de service, je n'ai jamais trouvé le ver-* rouferitiévLe Prince ét^tit sujet an cauchemar, et il ïn'est arrivé très'-souvent d'être attiré dans sa chambre par le bruit qu'il faisait : je n'ai jamais rencontré d'obstacle ; mais Lecomte m'a dit qu*il avait trouvé quelquefois le verrou fermé,
Yoici un fait qui est à ma connaissante personnelle : Le 21 août, autant que je' puis croire. Monseigneur m'avait envoyé à Paris pour afiklres ; je ne pus revenir à Saint- Leu que très-tard; déjà'lePrinèe était couché. levais à lui annoncer que la Beine devait venir le lendemain (i) ; j'allai trouver dès le matin Louis Leclerc , qui était de service ; je lui demandai à quelle heure Monseigneur lui avait ordonné d'entrer dans sa chambre : « A huit heures, me diWl; prenez la clef; * Je la pris,j'oums la porte du cabinet de isodette et pénétrai dan:» la chambre de Monsei'* gneur, que je trouvai endormi et rokflant^ le verrou rC était pas mis. Je dois faire remarquer que le Prince cubait le
(i) C'est le 20 août, d'après M. de la Villegontier, que la Reine a fait une visite au Prince.
sommeil dur et qu'il s'endormait aisément ; il était à peine dans son lit qu'il était endormi.
Personne n*est plus à même que moi de connaître les habitudes du Prince ; je le servais depuis seize ans , et ne le quittais pas un moment : mon père l'avait servi quarante-quatre ans. (7* déposition.)
Ainsi, toutes les fois que Manoury a été de service il n'a jamais trouvé le verrou fermé ; et le jour de la visite de la Reine le verrou a été trouvé ouvert* Ce jour-là, à six heures du matin , Manoury est parvenu sans obstacle jusqu'au Prince, qu'il a trouvé endormi.
M. DE P&ÉJEAir constate aussi ( 3« déposition ) que le Prince n'avait pas l'habitude constante de s'enfermer dans sa chambre ; que souvent il était arrivé à ses valets-dechambre d'entrer sans trouver la porte fermée au verrou.- M. de Préjean ajoute que Monseigneur avait le sommeil dur et senàjormcat très-promptement.
Il est cependant juste de reconnaître que si l'habitude de fermer le verrou n'était pas constante y comme on l'a fait insérer dans le procès-verbal de Saint-Leu, celle de le laisser ou* vert ne l'était pas non plus. C'est ce qui résulte de la déclaration de Dupin.
DupiN. — Z>. Le Prince était-il dans l'habitude de s'en-' fermer dans sa chambre en mettant le verrou?
R. Quelquefois. J'avais Thabitude d'entrer toujours dans la chambre un quart-d'heure avant celle qu'il m'a^
quefois aussi fermée; je frappais alors, et I^Pmce T^oait.' m'ouvrir.
D., Le Prince s'endormaitril aisément?
Rt Ouiy le Prince s^ei^donnaît aisément; cependant queUpiefois je l'ai entendu bâHleF en parlant^ comvut s'il ^ô( été préoccupé d^ ce qui s'ét0it passé dans la jourw née .y notamment lorsqu'il aVait essuyé quelques contrariétés. * .
D. Le Prince avait-il k' sommeil dur? - '
A Je l'ai sobvent trouvé roaifl^int. (9^ déjposinian.)*
LxGLBAG (Pierrp-Joseph jf id^e), ancien valet-, de^chambre, qui a quitté le service du Prince depuis nombre d'années, est le seul qui prête au Prince l'habitude de s'enfermer dans sa dbambre aq verroia , et qui prétend même que le Prlnoe l'avait coBtractée depuis l'accident arrÎTé à un prince angi^t^» qui pensa être vieliiii&.d9 la perfidie de .^^on valet-de-chambreu il déclare ensuite que le Prince ne mettait jamais le verrou quand il devait partir de jtrès-bonne heure pour la di^isse- (4^^ déposition.) Mais le Prince n'a pas consetvé cette habitude ; cela est prouvé par le témoignage unanime des quatre valets-deK^hambre à son service lors de sa mort; et Louis Leclerc , Tun d'eux , rappelle ( 1 5^ dé^ position) que le jour où Sa Majesté est venue voir le Prince à Saint-Leu, Manourj trouva le
Prince dormant profondément^ et la porte fer-^ inée seulement au bec-de-canne.
Il est assurément possible que le verrou se soit trouvé ouvert dans la nuit du 26 au 27 août comme, bien constamment, il est resté ouvert dans la nuit du 19 au 20; il est d'ailleurs une observation qui tranche la difficulté : Etaitil donc impossible d'obtenir du Prince luimême l'ouverture de sa porte ? L'annonce Éaite par un des familiers de la maison , d'une nouvelle arrivée de Paris dans un temps où il était si naturel d'en recevoir, une lettre pressante , un courrier. Aussi ce n'était pas l'entrée dans la chambre du Prince que l'on signalait comme impossible; c'était dans une autre circonstance que l'on faisait résider la preuve du suicide.
Le matin du 27, la porte s'est trouvée fermée au verrou , et il a fallu pour entrer briser un des panneaux : or, il n'existe aucune autre issue que cette porte pour sortir de la chambre :
quelle preuve plus évidente que personne n'était entré? car comment sortir et fermer le verrou en dedans ?
Aussi les médecins de Paris , requis par M. le procureur général de lui faire connaître en leur âme et conscience le résultat des opérations auxquelles ils allaient se livrer, ont«-i]s
cru, dans le rapport d'une enquête médicolégale, devoir placer au nombre des preuves du suicide cette circonstance que, « d'après le » procès-verbal du maire de Saint- Leu, la » chambre à coucher de Son Altesse Royale )) était fermée en dedans au verrou ; que les » fenêtres et les volets étaient également fer- D mes en dedans ; qu'on n'a remarqué aucune » effraction extérieure ni intérieure avant d'en-
» trer dans ladite chambre »
Cette observation, qui a paru décisive, a formé la conviction de plusieurs, et dominé les consciences de tous : entraînées par cette fermeture intérieure, toutes les personnes qui se sont occupées de la première instruction ont admis à priori que le suicide était constant ; on n'a point agi pour découvrir la vérité, mais pour compléter la démonstration d'une vérité
déjà connue (i) ; et les hommes qui, depuis
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(i) On trouve la preuve de cette vérité dans les pièces même de l'enquête. On lit, en eflFet, dans le procès-velvbal d'autopsie dressé par les trois médecins-experts le 8 août : M Continuant nos opérations, M. le procureur » général , ayant pris connaissance du rapport ci-dessus » (celui du 27), et considérant queTautopsie cadavérique » ne peut manquer d'ajouter des lumières nouvelles à » celles existant déjà pour démontrer te suicide , a requis » qu'il soit de suite procédé à cette opération, etc...^ »
(84) long' temps associés aux pensées du Prince, repoussaient dans le fond de leurs âmes la supposition du suicide » ont dû de garder d'émettre des opinions que la fermeture intérieure sem^ blait avoir réfutées à l'avance. £t cependant une expérience fort simple, faite non pas sur le verrou de la porte de la chanibre du Prince que Ton a forcé en brisant la porte, mais sur des verrous disposés d'une manière identique, a prouvé qu'il était extrêmement facile à une personne placée en dehors de la chambre d'opérer cette fermeture intérieure dont on s'est si fort préoccupé.
Une question adressée par M. le Conseiller-»
rapporteur à Dupin a répandu sur ce point le plus grand jour.
D* Grof es^Tous qu'il soit possible de ramener du de-* hors dans sa gâche le verrou qui ferme im appartement ?
IL Oui, M* de Joinyille eu a fait plusieurs fois Fessai k Saint-Leu, en ma présence; je l'ai vu ouvrir et fermer de cette manière un apparDemeat à l'aide d'un ruban extrêmement mifice. ( 9* déposàion,) ( i )
Et, chose remarquable, Lecomte déclare
(i)M. le Conseilleiwapporteur s'est transporté à Saint* Leu, et s'est personnellement asisuré de la facilité avec laquelle on peut opérer la fermeture intérieuie du verrou.
que M. de Joinville , l'un des aides-de-camp, a dit à Manoury, qui l'a répété à Lecomte, qu'il avait trouvé un lacet dans l'escalier dérobé. Il est cependant juste dé dire que cette déposition de Lecoœte se trouve en opposition, non pas seulement avec celle de Dupin et de Leclerc, qui déclarent n'avoir pas entendu dire que l'on ait trouvé un lacet dans l'escalier dérobé ^ mais, ce qui est plus important, avec celle de Mânoury. Quoi qu'il en soit de la découverte du lacet , il reste démontré qu'il a été possible de pénétrer près du Prince, et que, du dehors, on a pu opérer la fermeture intérieure. Il est donc désormais permis de rechercher les traces du crime dans l'état où se trouvait le 37 au matin la chambre à coucher^ et dans l'état surtout où se trouvait le cadavre.