‹ Observations sur l'origine et les progrés [sic] du préjugé des colons blancs contre les hommes de couleur;Chapitre 1 sur 4 · DE J. R B RIS S O T · texte numérisé non relu

DE J. R B RIS S O T

J'ai lu , avec un véritable intérêt , vos Observations sur V origine et les progrès du préjuge

des colons blancs contre les hommes de cou^ leur. Je ne doute point qu elles ne puissent

être infiniment utiles , pour achever de détromper les membres de l'assemblée nationale , sur les fausses idées que les blancs leur ont inspirées à l'égard de vos frères. Vous devez vous hâter de les publier ; car M. Barnave nous menace d'une lecture très-s^ prochaine d'un plan très-complet sur Vorgansiation générale des colonies, — J'ai de la peine à croire que l'assemblée nationale veuille , pour la quatrième fois , adopter , de confiance, et ôans aucune discussion, les idées de ce prête - nom des colons. Lé masque est tombé, l'homme est connu, et rassemblée nationale ne se laissera pas sans doute entrahier , avec la même facilité , dans des mesures funestes ; elle se déshonoreroit ; si , étant avertie par les surprises précéden-

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îea, elîe cédoît encore une fois à la ruse du comité colonial , qui ne manquera pas de né présenter son rapport , que la veille du départ des flottes.

Vous rappeliez i-Yous avec quelle insigne perfidie M. Moreau de Saint-Méry empéchoit la discussion et l'ajournement du décret dn 29 novembre ? A l'entendre , tout étoit dans lé plus grand danger ; il n'y avoit pas un moment à perdre ; let instructions dévoient partir sous huit ou dix jours. Deux mois cependant se sont écoulés , la flotte est encore dans nofi ports , et les instructions dans le portefeuille du comité colonial.

J'ignore le plan de ce comité; mais le passé peut juger Tavenir; et on ne doit point attendre delumièfes de l'ignorance ou de la perversité. Quel que scit le plan , on ne doit pas balanceer àrajourner, sans discussion.

Mon raisonnement est simple ; on a commis une foule de fautes pour les colonies. Eh l pourquoi? parce qu'on n'a vu que par Iss yeux des planteurs et des négocians , qui ont défiguré tous les objets , suivant leur intérêt. Le nouveau plan est encore écrit sous leur dictée. Il faut donc s'en délier.

Chercher à ramener la paix dans les colonies f à former des assemblées primaires ,

ûis municipalités , et une administration co« bniale; en un mot, à exécuter le premier ffécret, quelqu'informe qu'il soit : tel doit être l'unique objet de l'assemblée. 11 faut se borner au provisoire, à ce qtii est urgent , à ce qui est nécessaire, et ne point s occuper d'organiser définitivement les colonies , jusqu'à ce qu'on ait entendu les mulâtres et toutes les parties par leurs députés , conima on a entendu les blancs ; jusquà ce que les négocians et les colons soient plus d'accord , ou que la discussion ait éclairé leurs intérêts; jusqu'à ce qu'enfin on ait les rapports des commissaires. Cette organisation doit donc être l'ouvrage de la législature future ; elle poura seule avoir les lumières nécessaires. Aujourd'liui l'on ne se sert que des ilambeaux de la haine , du voile des préjugés , et du glaive de la vengeance.

Eh 1 puis, quelle confiance avoir dans un comité composé , en parde , d'hommes ennemis, par intérêt, de la liberté et des principes , et dhommes , dont l'ignorance et l'impéritie sont aujourd'hui matîiématiquement démontrés, ? En se confiant à des guides aussi infidèles, aussi aveugles ,^l>s semblée nationale risque de violer encore une fois ses principes , d'égorger une foule

d'honnêtes citoyens , de s'aliéner à jamais-ies lies , et de ruiner le commerce.

On n'a point encore assez de lumières potr bien juger des colonies, et on a trop de choses à faire , pour acquérir ces lumières. Aussi , les membres de l'assemblée nationale, qui veulen; sincèrement le bien et la yérité , doivent-ib rejeter avec soin toutes les propositions qu'oK leur fait à cet égard. Telle est celle de statuei sur le sort de nos possessions dans les Indes orientales. A entendre M. Mosnermi , elles courent les plus grands dangers. Il faut en- Toyer vaisseaux, hommes et trésors pour réparer , défendre et s'aggrandir , en profitant de la bonne volonté des Indiens. -— Système absurde et funeste , comme on le démontrera , quand cette question sera agitée. — Eh ! vivez en paix avec vos voisins , n'intriguez point , ïiè tracassez point, n'ayez pas la fureur défaire les importans , de jouer un rôle dans l'Inde; commandez des toiles , payez les bien , et vous serez aimés des princes indiens , dans les états desquels vous ferez circuler l'or , et vivifierez l'industrie. — Les Américains ont -ils des villes fortifiées , des garnisoiis , une ^.otte militaire dans les Indes orienta '.es ? Non ; cependant leurs pavillons fi ot lent dans tous ies ports Indiens ; leur commerce est y fio^ rissant.

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Je reviens à votre ouvrage. Je crois qu'il pourra servir encore à écarter un projet que le comité a , dit- on, arrêté , pour en imposer aux hommes peu éclairés, pour avoir l'air de concilier les intérêts de la justice avec la passion des blancs : c'est de circonscrire le droit de citoyen actif à un certain degré de sang mêlé. Vous avez très -bien prouvé l'illusion et les funestes conséquences de cette idée barbare : elle allumeroit dans les îles trois volcans, au lieu d'un. C'est bien le moyen le pins efficace d'armer les frères contre les frères , les enfans contre leurs pa- .rens.

L'assemblée nationale doit être juste envers TOUS , ou elle viole ses "principes , et renverse la constitution : les hommes libres doivent être tous au même niveau, ou l'on, allume une guerre éternelle dans les îles. -Ses flambeaux brillent déjà ; on les doit à une équivoque des prècédens décrets sur le sort des mulâtres. Les blancs cependant ne parlent que d'échafauds , de gibets. Mais si, dans cette discorde, il est des coupables, ce sont les blancs ; s'il est des rebelles aux décrets ^ ce sont les blancs. Le brave Ogé et ses conipagnonsne demandent que justice, et l'exér cution des décrets.

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Je ne sais sî^ dans l'instruction que M. Barnave annonce , il est un article pour sauver la vie des insurgens , des fureurs de la ven* geance; mais s'il Favoit oublié , j'espère que quelqu'ami de l'humanité se lèvera, pour demander que le seul corps législatif de France juge de cette insurrection , et que les prétendus coupables lui soient renvoyés ; autreînent l'injustice et la baine feroient couler le san^:^ le plus innocent. — Il a déjà coulé ; et ce crime ne doit-il pas forcer les législateur^ qui vont prononcer sur le sort de milliers d'hommes, à lire, à examiner , avec une sévère attention , votre ouvrage , et ceux qui ont été publiés en faveur des mulâtres. — Erudimini qui judicatis. Qu'ils lisent même les petits pamphlets honteux de vos adversaires ;»

des Gûiiy , àesMoreau, des Rouveray ; ils

serviront à votre cause. La mauvaise foi , la perversité , l'ignorance , s'y montrent à décou. vert. Il n'est pas jusqu'aux négocians qui , maintenant détrompés, ne sentent que votre cause est la leur, et que les lies ne peuvent prospérer, tant que àts hommes libres y seront opprimés.

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