‹ Observations sur l'origine et les progrés [sic] du préjugé des colons blancs contre les hommes de couleur;Chapitre 4 sur 4 · Si vous donnez au degré de couleur et de · texte numérisé non relu

Si vous donnez au degré de couleur et de

légitimité, joints ensemble , la préférence , et eu ii faille les réunir tous les àenx , jusqu'au second degré ;quarriveroît-il? Le préjugé subsistera toujours pour une nombreuse partie ; car dans cet état de choses, jamais ceux qui sont en arrière de ces deux degrés , n y arriveroient , parce qu il ne trouveroit pas des blancs qui voulussent se

mésallier.

70. Les hommes , sur-tout, d'après le préjugé, ne pouvant trouver à se m.arier avec des blanches, n atteindroient jamais le degré de couleur. Il arriveroit encore , a après cette mesure, que les enfans étant plus proches du degré que leurs mères , les mépriseroient. Or , quels troubles et quels désordres un pareil mépris des mœurs domestiques occasionneroit dans les familles !

8*^. Toutes ces mesures , soit pour le degré de couleur seul, soit pour le degré de légitimité, soit les deux ensemble , seroient donc dangereuses , et ne feroient qu'entretenir le préjugé.

9^. Il faut le détruire en entier , et Ton détruira la cause de toutes les divisions actuelles. Déclarez que tous les sangs-mêlés libres de la colonie ont droit d'être citoyens actifs y alors beaucoup de blancs ne répugneront plus à épouser des fiîîes de couleur , parce qu'alors ces mariages ne les écarteront pas des places ; alors les filles de couleur

qui H attendront que de leur vertu, leur alliance avec les blancs , la pratiqueront. Enfin, ces alliances, devenant communes, peu à peu on s y ^coutumera , et dans vingt ans ^ j'ose le prédire , le préjugé sera effacé ; et si , comme je n'en doute pas, des filles d'Europe épousent, dans les colonies , des hommes de couleur , bientôt les mariages entre blancs purs seront en petit nombre ; et les antiques prétentions qu'ils pourroient conserver , seront anéanties par Fintérêt général de la majorité, qui tendroiî à ks détruire.

Je ne m'appesantirai pas sur les conséquences heureuses qui résulteroient de cet état de choses ; çUqs ont été développées dans plusieurs ouvrages, et sur-îout dans la lettre de M. Brissot à M. Barnabe; .mais je ne puis terminer ces réflexions^ sans proposer quelques questions aux colons blancs , qui veulent si lestement nous dépouiller des droits, qui nous appartiennent au même litre qu'à eux.

- - Premihre question,

sr.I^'asseaiblée nationale a-^t-elle le droit de décréter, comme article constitutionnel, qu'une classe d'individus libres , propriétaires, contribuables^ etc. doitobéirj non-seulement à des loix

qiî'ils n'auroient pas consentie , fîi leurS répré- Ssntans , mais encore à celles qui seroient faites par une classe d'individus , ennemis déclarés des premiers?

Les colons blancs ont assez montré qu'ils étoient les ennemis des hommes de couleur libres , etc.. et cependant ils sollicitent l'assemblée nationale pour quelle décrète , comme article constitutionnel y qu'ils pourront eux seuls faire des îoixpour les hommes de couleur libres, pro;^ priél;aires !

Deuxième question

L'assemblée nationale peut-elle transmettre ïè droit de législatrice , qu'elle tient de la nation , à une partie de la population d'une province, pour en user envers l'autre partie^ sans que cette première partie de la population dût rester assujétieaux loix qu'elle feroitpourla seconde?

Les colons blancs demandent à rassemblée nationale de leur transmettre le droit d'être seuls législateurs des hommes de couleur libres, propriétaires , contribuables , et que ceux-ci soient assujétis aux loix qui leur seront données par les colons blancs^ sans que ceux-ci y soient assujétis»

Troisième question.

L'assemblée nationale a-t-elle le droit de àé-^

créter Tétat des personnes de couleur libres, propriétaires , contribuables , différemment que ceiui des blancs, désigner aux premiers une ligne de démarcation , qu ils ne sauroient jamais franchir, et de les priver, par ce moyen, des avantages de la société ? ,

Les colons blancs demandent cependant à l'assemblée nationale, qu'une ligne de démarcation. sépare d'avec eux les hommes de couleur libres ,prop riétaires, contribuables, etc. et qu'ils ne puissent jouir des m^êmes avantages que les Mancs , qui ne sont ni plus libres ni plus contribuables que les hommes de couleur. •

Quatrième question.

L'assemblée nationale , comme législatrice , peut-elle , en forçant àes individus à obéir à des îoix que ni eux ni leurs représentans n'auroient consenties, les forcer encore à demeurer dans îin pays , où ces Ioix ne lieroient qu'eux , et ne péseroient que sur eux ?

Si les colons blancs sont autorisés à faire seuls des Ioix pour les hommes de couleur libres, etc. si ces Ioix ne sont obligatoires et ne pèsent que sur eux , peut-on alors empêcher les hommes de couleur d'émigrer avec kurs

fortunes , pour aller chercher ailleurs des laîx plus égales eî plus justes?

Cinquihme question.

L'assemblée nationale , comme législatrice , peut-elle, sans renverser tout fondement d'équité, sans blesser toute justice , faire plus peser la loi sur certains individus libres , propriétaires , contribuables, etc. que sur d'autres, sous le faux prétexte que les premiers n'ont pas une origine aussi distinguée que les autres?

Les colons blancs n'allèguent pas d'autres raisons que celle de la différence d'origine , pour demander à l'assemblée nationale des loix qui ne touchent et n'assujétissent que les homm.es de couleur libres , propriétaires , contribuables , etc. comme les colons blancs.

Sixième question.

Des législateurs qui doivent habiter le pays pour lequel, ils font Aqs îoix, peuvent-ils se soustraire eux seuls a la totalité des loix qu'ils feront ?

Si les colons blancs observoient ce qu'ils demandent à l'assemblée nationale , le droit d'être seuls les législateurs dans les colonies , ils feroient des loix contre les hommes de couleur

libres, propriétaires et contribuables, qui habitent les colonies , que la plupart des blancs n habitent pas.

Septième question.

Quel est le pouvoir sur la terre qui peut s'arroger le droit de faire à^s loix injustes, lorsque FEîerneî h'tn est abstenu?

Les loix injustes sont celles qui sont faites contre les droits de la nature, et avec le glaive desquelles on force ceux, contre qui elles sont faites, dy obéir, quoiqu'ils n'aient pas été sonsuites^ et que leurs intérêts soient blessés.

Telles seroient cependant les loix que \^s colons blancs sollicitent contre les hommes de couleur libres , propriétaires , contribuables , etc-

Huitihne question.

L'assemblée nationale peut-elle , sans injustice et sans renverser toute la déclaration à.ts droits de l'homme , décréter qu'un citoyen françois , qm va s'établir dans les colonies françoises , puisse y être dégradé de s^s droits ^ ainsi que ses enfans , en épousant légitimement une personne née libre, sous le prétexte que cette personne libre tient son origine d'une femme qui aura vécu autrefois dans l'esclavage ?

Un citoyen françois passe dans les colonies ; s'il y suborne une fîile y s'il vit avec elle dans uo concubinage public, il ne perd aucun des droits de citoyen françois.

Mais sll épouse une femme vertueuse , si! pratique toutes les vertus civiles et morales, sll est bon père , bon mari , bon citoyen , sll fait bien élever ses enfans, et qulls répondent aux soins qull en a pris : eh bien , tout cela ne Fempêchera pas d'être dégradé de tous les droits de citoyen , lui et sqs enfans, si la femme qull a éoousée , née libre , tire son orii>ine dline femme qui aura été esclave! Llnjustice va encore plus loin ; car , si les enfans légitimes de ce premier mariage , sont encore mariés à des citoyens françois 5 et qulls aient des enfans légitimes ; eh bien, ces enfans , à la seconde génération de légitimité, quoique François , sont encore , ainsi que leurs pères , flétris par Fopinion , dégradés des droits de citoyens , et privés de tous les avantages de la société , quoique riches propriétaires^ et contribuables.

Cependant Louis XÎV, dans son éditde 1685, octroyoit aux affranchis , proprement dit , le droit de citoyen. Il faisoit plus ; il obligeoit le Franoois 5 qui avoît abusé de son esclave , deFiépouser etÛQ légitimer ses enfans^ sll n étoit pas marié ^'et

la femme, devenue libre par le fait du mariage, étoit élevée à la condition de son mari, ainsi que SQS enfacs.

L'assemblée nationale seroit-elle moins juste qu un despote ?

..■Mil >i iUlMTinTl

:!,■:■ ,FZ

"^^"urg

Be M. Raymond à J. P. Bris sot.

aaaaasaaaaa

L E hasard vient de me procurer îa lecture d'une lettre que distribue contre vous P. B. F. Laborde , qui se dit député à la défunte assemblée générale de Saint-Domingue.

Ce brave champion , laissant à d'autres plumes le soin de répondre à la lettre que vous avez publiée contre M. Barnave , et qui reste encore sans réponse ; ce brave champion, dis-je, s'est attaché à travestir et altérer deux faits que vous avez cités dans cette lettre , et que je vous ai fournis moi-même.

Avant de réfuter tous les mensonges et toutes les inepties que renferme ce misérable pamphlet , je dois remarquer l'adresse des colons , qui , n osant attaquer vos calculs et vos raisonnemens, s attachent à de petits , mais bien petits faits , pouï rendre suspecte l'exactitude de vos renseignemens 5 et détruire l'impression que vous avez faite. Mais cette ruse ne leur réussira pas; et secondant le zèle- que vous mettez à poursuivre ces tyrans ilès colonies, je vais prouver la mauvaise foi et

3^ î'îgnorance que porte P. B. F. Laborde, jiisques

dans le récit de ces petits détails.

Guillaume , Charles et Alexandre Laba- DIÈ ëtoieiit trois frères. Ils n ont pas hérité de biens aussi considérables que P. B. F. Laborde veid le faire entendre par sa lettre. Leur père etoit Béarnois; il fit en mourant un testament par lequel il laissa M. Darniand exécuteur testamentaire et légataire universel Celui-ci, conlîoissant les intentions du àéfimt , remit , deux ans après, à Guillaume, Charles et Alexandre Labadie toute la succession ; et chargea Guillaume Labadie , dont la probité lui étoit connue, de donner à Benjamin Labadie leur frère , mineur , une somme de trente mille livres à sa majorité ; ce qui a été exécuté.

Cette succession consistoit environ en soixante esclaves et de mauvaises terres. Ainsi chacun àQs enfms a eu environ quinze nègres , et les terres ' ont été partagées.

Comment P. B. F. Laborde ose-t-il avancer que les terres dont Labadie a hérité , ont dû s'élever, depuis quarante ans, à quarante fois leur valeur primitive , tandis qu'il ne doit pas ignorer que les terres que possédoit le vieux bon hommeLabadie, pat si fort perdu de km première vaieur, que le

quartier où elles étoîent situées est devenu ua désert ? P. B. F. Laborde ne peut pas ignorer que , depuis le grand Kaliers jusqu à la rivière des Côtés -de -Fer (ce qui fait une distance de six lieues ) , il n'y a plus un seul établissement , tant îa sécheresse frappe cette partie de stérilité; dail« leurs, elle est totalement privée d'eau douce, qui! faut aller chercher jusqu'à deux ou trois lieues.

Guillaume Labadie , après la mort de son père , fut obligé 5 par la sécheresse du quartier , d'abandonner ces habitations et d'en acheter une à la. coliiie d'Aquin , de M. Radoux ; habitation sur laquelle Labadie a toujours resté depuis, san> avoir vendu ni cédé ses autres terres.

Il y a environ dix ans que Labadie voulut es^ ^ayer de cultiver encore une de ces habitations; ^^iîuée à FEtang-Salé ; mais les sécheresses Vy ont fait renoncer, et il a été contraint d'en faire une espèce de hâte (endroit destiné à élever des bes.. tiaux ) 5 seul moyen de tirer parti de ces terres.

D'après tout cela, il est évident que Labadie â'a eu, de l'héritage de son père, qu'environ quinze nègres et l'habitation de îE'îang - Saîé. Ses autres frères ont eu les autres. Aujourd'hui Labadie a cent cinquante esclaves appartenant à lui seul, et beaucoup d'argent comptant, avec l'habitation de la Coljne , qu'il a" acquise de M!.B.4.don?.^

Si les frères vivans de Labadie riè sont pas aussi riches que lui, c'est qu'ils se sont obstinés à cultiver toujours ces mauvaises terres, auxquelles P. B. Laborde prête une si forte valeur.

Tout ce détail dément , d'une manière irrésistible , ce que P. B. F. Laborde avance avec assurance, que Labadie n'étoit pas aussi intelligent pour Fadministration de ses biens, que vouslavez dit dans la note de votre lettre , page ij.

Voyons maintenant si P. B. F. Lgborde est plus exact dans les autres assertions de sa leît;i:e.

La dépense de Labadie , dit-il , ni ses bienfaits envers sa famille , ni toute autre considération , nont pu diminuer safortum,

Labadie , comme je l'ai prouvé , a considérablement augmenté sa fortune , et il nen a pas moins été généreux et bienfaisant envers sa famille et les étrangers , tant blancs que personnes de couleur.

Il a abandonné à son beau-frère Julien Delaiinay, les droits qu'avoit sa femme à la succession de leur mère commune, madame VinceneuîL ** Avant cela, il avoit payé plusieurs dettes de ce beau-frère, et il avoit fait des dons assez considérables à deux neveux et une nièce du côté de sa femme.

Quant à son frère Charles Labadie , quoique

moins

moins riche que lui , il n'a jamais eu besoin d'aucun secours ; mais il n'en a pas été de même de Benjamin , son cadet , auquel il a fait plusieurs fois des dons dont il a mal usé.

Et qui peut nier que Labadie n'ait été trèscharitable envers les pauvres blancs, pacorilleurs et autres? il yen avoit toujours chez lui, et P. B. F. Laborde doit bien le savoir ; cette sorte de charité de Labadie l'avoit fait surnommer le père des pacotilleurs.

Quant à ses voisins, hommes de couleur, rien ne prouve plus le bien qu'il leur faisoit , que le dévouement que quinze d'entre eux lui ont montré, lorsqu'ils se sont armés, pour aller le délivrer à Aquin , lors de l'invasion des vingt - cinq brigands qui l'ont assassiné chez lui. D ailleurs , P. B, F. Laborde , qui étoit du nombre , avoue dans sa lettre , que quinze mulâtres vinrent demander sa grâce ; c'est une preuve quig cet honnête hôrrime ne leur étoit pas indifférent.

Je passe à la dénégation de P. B. F. Laborde , sur les connoissances de Labadie. Il dit , et croit êfre plaisant : que la nature na pas mis dans la tête crépue de Labadie , les connoissances de d^Aletn" héfty le génie dé Buffon et r érudition de nos historiens anciens et modernes , etc. Cela est vrai. Mais la na« îure a-t-ellè mis le génie et les connoissances de

ces grands hommes dans la tète unie et très-simpîe de P. B. F. Laborde ? Héias ! pour se convaincre du contraire , il ne faut que lire sa lettre 5 qu'il prend cependant grand soin d'affirmer être de lui.- —

Sans être égal à tous ces grands hommes , Labadie a su les entendre, les concevoir, et même les expliquer , et sa tête , quoique crépue , est bien mieux meublée de connoissances que celle de P.B. F. Laborde, et de beaucoup d'autres blancs.

Pour le prouver , voici un moyen que je lui propose. Je consignerai ici éccoliv., P.B, F» Laborde en fera autant. Nous enverrons à Saint-Domingue un homme impartial , et en état de juger quel est le plus instruit , de Labadie, ou de P. B. F. Laborde : si c'est le premier^ P. B. F. Laborde perdra son argent, et il appartiendra à celui qui aura fait le voyage ; si c'est au contraire P. B. F. Laborde , qui est le plus instruit , mon argent sera perdu. Je défie P. B. F. d'accepter ce pari. S'il refuse , il est jugé.

Les commissions honorables dont Labadie a été revêtu , prouvent l'idée qu'on avoit de son intelhgence. Labadie a été commissionné de lieutenant dans la milice; et, en cette qualité, a très-bien servi dans la guerre de 1749 et 1757. Voiilez-vs>us une preuve de cet esprit public

qne P. B. F. Laborde paroît refuser à cet homme de couleur , si généralement estimé ? En voici ifee. Labadie , en 1782, a donné lOOO livres , pour sa part volontaire , de contribution , à'un vaisseau que la colonie avoir voulu ofFrir au roi ; et j'ai les preuves en main ^ que les personnes de couleur libres, et propriétaires d'Aquin^, ont donné, entre dix-huit, une somme de près de dix mille livres, pour ce même obiet. Voilà pourtant les hommes que M. Laborde veut dégrader, et priver du droit de citoyen.

J'arrive à l'assassinat de Labadie; on dit que P. B. F. Laborde étoit un des complices : d'après cela vous jugez de l'intérêt qu'il avoit à dénaturer les faits ; maïs ses contradictions mêmes vont les rétablir.

Les citoyens d^ Aquin ^ dit-il , page 6 ^ mvoyïrent che:^Labadie des forces suffisantes^ pour y dissiper un attroupement de gens de couleur ^ dont on les avoitin^ formés^ etc*

Premièrement , il est faux: que Labadie eût une' assemblée chez lui d'hommes de couleur libres ; la suite le prouvera. Mais quand même il eût été prouvé que des gens de couleur libres et propriétaires se fussent assemblés chez Labadie 5 pour y délibérer sur leurs affaires , n'en avoient-ils pas le

êtoït} Qui avoit celui de les en empêcher ? Les blancs ne sassembloient-iJs pas? Pourquoi des hommes libres et propriétaires comme eux, en eussent-ils été empêchés ? sur-tout lorsqu'ils' avoient été invités parie comité du sud, ànommer des électeurs de leur classe , pour aller prendre connoissance de leurs intérêts respectifs.

Mais siLabadie seul étoit soupçonné, pour^, quoiles mêmes personnes, avant daller chez lui, ont-elks été , au nombre de vingt-cinq , chez Claude Boisrond et chez mon frère , quon savoit, être absens de leurs habitations ? Pourquoi , ne les' trouvantpas, ont-elles lâchement insulté leurs épouses , enfoncé toutes les portes , enlevé tous ^ leurs papiers , sous prétexte d'y chercher ma' correspondance ?

Lisez , monsieur , attentivement la lettre de' P. B. F. Laborde , page 7 , et comparez son récit avec la relation que je vous ai envoyée, et vous verrez de quel côté est la véritéi^. ^^^ ^

^ minuit on arriva , dit P. B. F. Laborde , ckei Labadie, avec vingt-cinq hommes ; M. Gay frappa à la porte qui fait face au nord ; Lahadie ne tarda pas à répondre ; M, Gay hd donna sa parole £hon . , murquerienne lui seroitfait, Labadie répondit, qm^.. si quelqu'un ouvre sa porte , il lui brûlera la cerMle';.: nà /instant même Lahadie ouvre sa porte et cou^ch^l

ri

tmgoue M, Gaj , etc, et tire son coup de fusil, Gomment se fait-il que Labadie, qui menace de brûler la cervelle au premier qui ouvrira sa porte, louvre lui-même au même instant; et lorsqu'il sait qu'il y a vingt-cinq hommes armés , qui en veulent à s^s jours ? cela peut-il se croire ?

Jlors , continue Laborde , Af. Gay , ^?^i échappa a la mon y saisit Lahadic , parks cheveux ^ le terrassa. Il étoit maître de sa vie , et Une la lui ravit pas.

Remarquez, et ceci est essentiel, que dès ce moment , voilà les blancs , maîtres de Labadie , et que par conséquent il est mis hors d'état de rien entreprendre.

Mais ( continue Laborde ) les citoyens tirèrent sur les portes au sud de la maison , quoique fermée y et en l'air ^ dans l'intention d'en imposer aux autres mulâtres qui étoient che^ Labadie , etc.

Tout ceci n'est-il pas bêtement arrangé , pour disculper l'assassinat ? N'est-il pas plus vraisemblable , comme le dit la relation que je vous ai remise , que les portes de la maison , forcées et abattues par les coups de fusils , nécessitèrent Labadie , alors , à sortir, et à faire usage de son arme pour se défendre ; et que c'est à cette époque où il reçut les trois coups de feu, et que son petit nègre fut tué à sqs côtés ?

Car, si ces coups de fusils n'eussent été tirés,

comme dît P. B. F» Laborde , que pour faire peu» aux mulâtres qui étoient chez Labadie ., et qui se 'sont enfuis , à la faveur de la nuit, comme dit Laborde : pourquoi n'a-t-on pu prendre ni voir aucun de ces mulâtres? comment pouvoient-ils s évader, sans être apperçus , d'une maison isolée en rase campagne , lorsque cette maison étoit investie de 25 à 30 personnes ? Qui ne sait, d'ailleurs, que sous la ligne, et à 15 degrés près, les nuits sont si peu sombres , qu'elles laissent voir à une très-grande distance? Et, qui ne voit dans tout le verbiage de P. B. F. Laborde, un entassement de mensonges grossiers ?

Sitôt y dit P. B. F. Laborde , que le petit grif^ dont îe nom est Valère , ou petit coquin , comme vous le verrez , auquel il donne un nom sale , pour avoir occasion de faire une diatribe, vit au on avoit saisi

son maître ^ Use présenta avec un fusil et le tira ; mais le fusil fit fausse amorce ; alors les blancs tirhent sur ^^ §^€ y i^fut couché, Labadie reçut tr&is blessures.

Comment , monsieur , pouvoir arranger les personnages de cQttQ scène , pour faire concevoir ce coup de théâtre ? Labadie est arrêté et saisi ; son petit nègre, pour le venger, veut tirer sur ses assassins : il étoit indubitablement séparé de cette troupe, et de Labadie : comment se fait- il

que tandis que les blancs ripostent à ce grif Labadie reçoit trois coups de feu, lui qui devoit en être éloigné, puisquà ce moment P. B. F.Laborde le dit saisi ? ^

Ah ! monsieur , c'*est ici où Ton sent la nécessité des jurés et le vice d une procédure écrite ; car les témoins, devant les jurés ^ seroient fort en peine d arranger la position des personnes avec leurs dépositions dans cette affaire.

Mais au reste , quel trait peut mieux prouver l'assassinat prémédité de Labadie, que celui fait quelques jours avant, de M. Ferrand de Beaudîere , auPetit-Goave ? Ce magistrat n'avoit commis d'autre crime que celui d'avoir rédigé une adresse en faveur des hommes de couleur "libres , et les blancs lui tranchent la tête. Jugez , d'après la connoissance que Labadie devoit avoir de ce fait , s'il devoit croire aux bonnes -intentions des brigands qui forçoient sa maison dans les ténèbres, et si tout ne devoit pas lui faire voir qu'on en voijloit à ses jours.

Voiliez- vous voir , monsieur , combien P. B. F. Laborde çst impartial , inconséquent et toujours en contradiction avec lui-même , lisez la deuxième et troisième note de la page 8 de sa lettre. Dans la deuxième note , il fait l'éloge de la hravc conduite du mulâtre Beuthier , et à la troisième note

il veut tourner en ridicule la bravoure que vous attribuez à la classe des mulâtres, ainsi que M. de Damas , et tous les généraux qui ont commandé ces hommes ? Mais je suis d'autant plus surpris que P. B. F. Laborde mette en doute la bravoure des hommes de couleur, que feu son oncle Lonné , de qui il a hérité , en a fait plus d une fois Texpérience à ses dépens.

Si P. B. F. Laborde avoit pris la peine de lire larticle des colonies françoises , dans le moniteur du 14 janvier de cette année , il n eût pas été si prompt à tourner en dérision la bravoure des hommes de couleur ; il eût vu dans cet article , que 400 blancs avoient fui devant les mulâtres du sud, et abandonné trois pièces' de canon — - ?

Laborde ne cesse de décrier la bravoure des gens de couleur. Je le crois. Cest à. leur aide que MM.Peynieret Mauduit oit dissous rassemblée coloniale ; ce sont eux qui ont sauvé le Port-au- Prince et la Martinique. P. B. F. Laborde a-t-il donc oublié cette vérité vingt fois avancée par nos adversaires ^ les blancs même , que les mulâtres étoient le boulevard le plus sûr des colonies.

Il me reste à vous faire connoitre P. B. F. La-

borde qui vous écrit. Vous aurez alors la mesure du personnage et de la foi qu'on lui doit. Il est passé fort jeune à Saint-Domingue ; il hérita d un oncle qui mourut.

Cet oncle de Laborde avoit gagné avec ma famille environ ïOO mille livres , comme MM. les quatre-vingt-cinq disent » que tous les blancs , qui ne sont pas habitans , gagnent de largent , c'est-àdire 5 par toutes sortes de voies ( i ). Lonné , oncle de Laborde avoit acheté de nous une créance d'environ 24,000 liv. que nous avions sur Thabitation de notre mère, pour environ 3,000 liv. Avec cette créance il trouva: moyen de s'impatroniser dans Thabitation de feue ma mère, femme âgée alors de plus de 65 ans, ne pouvant agir , à cause de ses infirmités , et avec laquelle Lonné nous avoit broiiilîés par ses rapports envenimés , pour écarter nos regards de ses manœuvres. Pendant deux ans qu il a géré les affaires de ma mère , et qu il avoit un intérêt sur l'habitation ,. il a gagné 40 esclaves. Mais enfin , ma mère , avertie de tous côtés , et

(i) Voyez V Examen du Rapport de M. Barnave , par M. Millet j et ï Observation politique sur la situation de Saim- Domin^ue , par M. Depons,

comparant les grands profits de Lonné avec ses petit îîioyéas, ie chassa.' , OLIigé de plaider avec la Vacance , poiir avoir tesucce^Hon de cet oncle, P. B. F. Lpborde vécut, pendant ce temps aux dépens de Poinson homme de couleur, qui lui servoit de père ; il y restaplusde i8 mois. Après avoir dissipé une partie de lasuccession de son cacle , il repassa en France, peur y faire une pacotille avec enyiron=8oooliv. pendant son séjour à Bordeaux , il fit des dettes «e plus , qu-'U n'a point encore pavées depuis dix ans. Un de ses compagnons lui obtint la procuration de madaip.e de la P , femme de

"couleur i de retour à Saint-Domingue, P. B F Laborde fut bientôt dépouillé de cette procuration; alors il retourna chez Poinson, son bienfai- •eur, qui le nourrissoit et le logeoit, et il étoit journellement avec des personnes de couleur avec lesquelles il faisoit de petites affaires bien avantageuses. Vous conviendrez , d'après ces faits, quil y a plus que de l'ingratitude dans l'insolent mepns de P. B. F. Laborde envers ses bienfaiteurs, les hommes de couleur.

Il me désigne, dans sa lettre , comme mulâtre,

en parlant de celui qui vous a fourni des faits.

I ;e l'étois, je n'en rougirois pas, parce qu'un

ame honnête n'a jamais à rougir que de mauvaises

actions ; mais P. B. F.Laborde doit me connokre assez, pour savoir que je suis fils et petit-fils, en légitime mariage , de pères blancs Européens et habitans de Saint-Domingue ^ et que je le défie d'alléguer contre moi aucune action qui puisse faire rougir un ami de la vertu. —

P. B. F. Laborde ne veut pas finir sa lettre sans répéter ^ pour la millième fois , largument bannal des colons: vous m connoisseï^ pas ce pays laiallc^ dans ce pays là,

A-t-il pu croire que si vous exécutiez ce conseil, vous abandonneriez les principes qui vous dirigent , que vous revêtiriez un jourTame de boue , et Fesprit rétréci de certains colons ? il vous connoît peu; car ce n est pas avec les yeux de l'ignorance que vous voyez ; ce n'est pas avec une ame de fer que vous sentez, et ce n'est pas enfin , avec un esprit étroit que vous cherchez la vérité.

P.B.F. Laborde vous conseille de faire un voyage de trois ans à Saint-Domingue , pour y connoiîre la vérité sur les hommes de couleur; Eh ! bon dieu ! a-t-on besoin d'aller si loin , et d\m si long temps pour la trouver ? Ne la voiton pas ici, cette vérité , quoiqu'on cherche à Tobscurcir ? i^. dans les n^ensonges des colons

qui ont osé affirmer au comité de vérification (i) que les hommes de couleur, libres , avaient été

appellésauxassembIéesprimaires,étqu'ilsavoient concouru à la nomination des" députés blancsforqu'au contraire Ion vit à Saint-Doming.e le SenechaI,M.FerranddeBaudière,assassiné;pour

ZuUut^fu ""^ P'^"i'°" "" faveur des gens de couleur, hbres, qm demandoient , comme propriétaires et contribuables, de jouir des droits de Citoyens ;

20. Dans l'assassinat prémédité de Labadie , parce qii on soupçonnoit qu'il tenoit chez lui des assemblée des gens de couleur, libres, pour délibérer et nommer des électeurs pour les Cayes, par invitation du comité de ce lieu;

3^ Dans les intrigues des colons blancs , ourdies ici pour écarter les réclamations que les citoyens de couleur propriétaires , et contribuables, adressoient à rassemblée nationale; 4""' Dans l'adressée coupable que les colons blancs ont employée , pour faire confondre la cause des libres , propriétaires et contribuables , avec celle de leurs esclaves ;

5^. Dans les soins qu'ils ont pris pour faire

(i) MM. les membres du comité 'de vérification peuvent attester ce fait.

intercepter , tant ici qu a Saint-Domingue ^ tout ce qui auroit pu donner des lumières à rassem* blée nationale ;

6^ Dans leurs artifices pour faire rejetter a comme illusoire ,roffre de 6 millions de domina? triotique que les gens de tpuleur bnt faite à la nation ^ et qu'ils sont prêts à .payer :,aux cdmmissaires que rasrsembi^e-^njttionàle nomntera pppr les recevoiî^ ( I } - ^?*':or::z i ; ;

70. Dans le résultat de: ^§Wte«i ces infe-igues^ qui ont entraîné l'assemblée nationale à porter trois décrets sur les colonies , sans que les hommes de couleur libres et propriétaires , aient pu se faire entendre, ni leurs défenseurs ; quoique cependant l'assemblée nationale leur eût promis authentiquement, que jamais on m réclameroit en vain auprls d'elle^ contre des préjuo^és^ etc. ; et dans tous les rapports qui ont précédé ces décrets , les discussions n'ont jamais été ouvertes , les colons blancs seuls ont été consultés.

Enfin , ne la voit-on pas, cette vérité, dans le silence de M. Peynier ? M. Peynier vient de

( i) J'ai des lettres, signées de piusde 50 personnes de couleur, de la partie du sud , qui m'autorisent , au nom de tous, de renouveller cet ofFre , et qui sont prêts à faire les foa45. Mais , ai- je jamais pu être entendu ?

TjUO

Saint-Domingue, il a dissous rassemblée coloniale ; il a été forcé d armer les gens de coHleiir'-^' personne peut donner plus de lumières à Rassemblée nationale • cepeiidant il est en France / à Paris même, eul n'est pas entendu. Même obsëf-" vation pour le dér até de M. de Damas. Envoyé' en France exprès , il nest point entendu ! cependant, si Ton doit croire ses récits , et ils rie peiii' vent pas être suspects, on doit aux gens de cou^ leur le salut de la Martiiaïque. ' - ^- ^ • ■•- - n

,ihii^'

Page 1