‹ Observations sur l'origine et les progrés [sic] du préjugé des colons blancs contre les hommes de couleur;Chapitre 3 sur 4 · DEUXIEME QUESTION · texte numérisé non relu

DEUXIEME QUESTION

Doit-on accorder les droits de citoyen actif à tous les gens de couleur libres ; et doit-on les restreindre à certaines fractions de cette classe ?

On m'assure que le comité colonial , cédant en partie a la vérité, et en partie au préjugé, doit , pour concilier tous les partis , proposer ce meiio termine, c'est-à-dire, de n accorder ces aroits qu'à ceux qui auroient atteint

î6 un certain degré de mélange de sang blanc, qui les confonde avec les blancs, par la couleur de 1 épidémie. Mais outre que ce seroit, encore une fois , violer le principe de régalité , comme il est inutile de le démontrer , cette transaction avec k préjugé, augmenteroit les divisions, loin de les diminuer , seroit la source d une foule d'injustices , de haines et de jalousies ; d oii résulteroit que la prospérité des colonies , seroit retardée. Entrons dans des détails.

Pour prouver les inconvéniens de cette mesure , il est nécessaire de bien expliquer ce qu'on entend par degré de couleur dans les colonies.

Le produit du blanc avec une négresse , se nomme mulâtre. Et c'est le premier degré.

Le produit du mulâtre , ou premier degré avec le blanc , s'appelle quarteron. Et c'est le second degré. .

Le produit du quarteron, ou second degré, avec le blanc , s'appelle tierceron , ou troisième degré.

Le produit du tierceron ou troisième degré , avec le blanc, s'appelle métis, ou quatrième degré.

A ce degré, la couleur de lepiderrae est parfaitement la même que celle des blancs , les plus blancs de la peau. Et dans ce mélange entre ce

même

même degré, leurs produits ne montreront jamais aucune nuance qui pût faire appercevoir qu'ils sont nés d'Africains.

Le troisième degré offre bien rarement une différence dans la couleur de Tépiderme , avec celle des blancs , et cette diiîérence même est presque insensible.

Le deuxième degré ou quarteron montre plus de variété. A ce degré , il y a des individus qui sont aussi blancs que les François les plus blancs, et les plus bruns sont com.me les peuples du midi de la France les plus bazanés.

On appelle le produit de deux mulâtres , mulâtres francs 3 et leur couleur est un peu plus claire que celle du mulâtre naturel.

On appelle le produit entre les seconds degrés ou quarterons , quarterons francs; leur couleur est communément plus claire que celle du quarteron naturel.

II en est de même du tierceron ou troisième degré , et du métis ou quatrième de^ré.

On donne le nom générique de gens de couleur, à tous les mélanges de ces diiférens degrés.

Maintenant que tous ces degrés sont bien connus,^ on doit voir, d après le préjugé, combien il doit être rare de voir parvenir au troisième et quatrième par légitimité;, car, pour parvenir au second degré, ou celui de quarteron en lé^>ltimiîé

il ne faut qu'un blanc qui veuille se marier, et encourir le mépris de ses semblables; au lieu que pour le troisième et quatrième , il en faut deux et trois. Or , il est évident qu'on trouvera bien rarement ce nombre de blancs.

Prenons un exemple. Je suppose qu il y ait six mulâtresses à épouser , par des blancs pour avoir des enfans légitimes du second degré. Il faut, comme on voit, six blancs qui veuillent se mésallier. De ces six mariages, il viendra, je suppose , six filles et six garçons ; il faudra encore six autres blancs qui veuillent se mésallier pour avoir àos tiercerons légitimes , ou le troisième degré ; et pour arriver au quatrième degré de couleur et de légitimité , il faudra encore six blancs '; ce qui donneroit le nombre de dix-huit bîancç. Or, en réfléchissant à la force du préjugé, voits concevez combien il seroit difficile de trouver dt nombre de blancs.

Mais, me dira-t-on, on n'exigera que le degré de couleur, sans exiger celui de légitimité. Hé bien , alors qu arrivera-t-il ?

1°. Vous récompenseriez et élèveriez les enfans illégitimes, de pères et inères vicieux , et qui ont violé les mœurs au détriment des enfans légitimes de pères et mères vertueux ; en sorte que le législateur récompenseroit le vice et punitoit la vertus

2°. Ce n'est pas tout encore. Le législateur, paiv cette mesure, éloignerok du mariage, etpo'rteroit les filles de couleur au libertinage ; car il est bien clair qu'une fille, voulant avoir des enfans: qui fussent réputés blancs, préféreroit de vivre en concubinage avec un blanc qui lui enprocureroit, que de se marier avec un homme de couleur, qui sembleroit la dégrader. Ne seroit-ce pas favoriser le concubinage au détriment du mariage ? 3 "• Nous avons vu que le préjugé , depuis 1764 jusqu'aujourd'hui , avoit empêchébeaucoup de mariages entre blancs et filles de couleur, et que cela ayoit engagé une infinité de filles de couleur à vivre en concubinage avec les blancs : il doit donc être évident que c'est dans cette classe d'enfkns illégitimes de couleur, que se trouveront lesprivilegiéspour le degré de couleur;- et alors, vov-s auriez des citoyens actifs sans patrimoine , sans famille , avoués et reconnus ; et des gens de couleur, au premier , au second degré deléritimité ayant une famille, un patrimoine, exclus de ce' titre.

4". 11 y a beaucoup d'habitations, dont 1-s propriétaires n'ont jamais été dans les colonies ■ hs économes, les ouvriers de ces habitations 'ont eu des enfans avec des esclaves, que les maîtres n ont jamais voulu vendre à kurs pères ; en sorte

que ces enfans de Gouleiir sont demeurés esclaves. S'il y en a qui sont au degré que|les loix exigeroient pour être citoyens ; alors vous tireriez de Tesclavage un individu, pour le porter au rang dé citoyen , et vous excluriez de ce droit un père un propriétaire.

Je suppose que la mesure du comité soit adoptée ; il en résultera le trouble , la haine, la jalousie dans les familles.

Un frère et une sœur arrivent au degré oii il ne faut plus qu'une alliance avec un blanc, pour avoir des enfans reconnus citoyens actifs. Le frère, d'après le préjugé , ne pourra épouser une blanche; il épousera donc une fille de couleur , et ses enfans, qui seront germains avec ceux que sa sœur aura eus d'un blanc , seront de condition dillérente ; les derniers seront obligés de mépriser les premiers. Quels désordres cette différence ne porteroit-elle pas dans les familles! On demande en France une loi d'égalité de partage , pour créer plus d'union dans les familles , et dans les colonies on en feroit une qui les désuniroit ; d autant plus que les distinctions de rang sont plus cruelles que les distinctions de fortune. Les meilleures loix sont celles qui peuvent détruire les haines et faire régner les mœurs.

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