Remplacemant de X par C devant le C doux
J'aprouve cette proposicion restrinte. Dans l'état actuel Yx se prononce de quatre manières diférantes :
1° come k ou c dur, ce qui a lieu lorsqu'il est suivi du c doux : excès, excepté, excellent, excessif, et dans ces cas on pourait , d'acord avec le Proç/rame , lui substituer son équivalant, le c, et écrire eccès, eccepté, cccélant, ecccssif, corne on écrit : accès, succès, etc. On serait ainsi en conformité gralique avec les autres langues romanes où dans ces mêmes mots l'a; latin a été remplacé par deux c.
2" come ks ou es : expose', expier, exclusion , excomimicacion , xilographe.
3° come gz : example, exar/crer, exiger, Xavier.
4" come deux s: Bruxelles, bruxellois.
Dans les trois derniers cas, ïx doit être conservé come représantantle son double par un signe simple, Xx.
Pour être d'acord avec cette règle, il faudrait substituer deux c à Vx dans les substantifs terminés en xion et écrire : fîeccion, fluccion, réfleccion, et(\, le c figurant déjà dans les mots du même radical : fléchir, fluctuacion, réflecteur. Cette ortografie se trouverait d'acord avec celle des mots : ficcion, conviccio)!, correccion, etc., qu'on écrirait ainsi en vertu du • remplacemant proposé du t par le c lorsque le / a le son du c doux. Ce sistème a d'ailleur été mis en pratique au xvi" siècle dans la célèbre imprimerie do De Tournes, à I.,yon. (Voy. p. 47.)
IG. Itemplaceman/ dr X jxir S à la fin des mots pluriels.
Los mots loi, clou, bambou, coucou, sont écrits maintenant par l'Académie avec lui s au pluriel; il n'y a d'eccepcion ((ue pour les sept mots suivants: chou, caillou, genou, glou-
(flou, hibou^ joujou, pou, qu'il conviendrait de faire rentrer dans la règle, en remplaçant, au pluriel, par l's qui en est la marque, \x que rien ne motive. Quant aux mots qui se terminent au singulier par un s, ils conservent naturèlemant au pluriel l'ortografie du singulier : hois, poids, tapis, obus.
Les mots terminés au singulier en rau prènent un x au phiriel, agneau, agneaux; caveau, caveaux; eau, eaux[l). Ceux qui sont terminés en al, en el et en ail transforment cette désinance en aux au pluriel : cheval, chevaux ; fondamanto.1, fondamant aux ; journal, journaux; matériel, matériaux ; travail, travaux; vitrail, vitraux; bail, baux.
Les substantifs qui se terminent au singulier par un a: qu'on prononce, le conserveraient au singulier et au pluriel, corne antrax, index, torax; mais, lorsque cet x final est muet, il serait plus racionel de lui substituer l's, d'autant plus qu'il reparaît dans les dérivés. Au lieu donc de choix, croix, noix, poix, prix, perdrix, etc., on devrait écrire : chois, crois, nois, pois, pris, perdris, à cause de choisir, croiser, noisette, poisser, priser (estimer). L'homografie qui en résulterait entre les mots : la crois et je crois, le pris et il est pris, etc., n'est pas une objeccion valable, car dans une frase il n'y aurait pas plusde doute entre un substantif et un verbe, qu'il n'y en a dans l'ortografie actuels pour le bois et je bois, un écrit et il écrit, etc.
Quant aux adjectifs terminés par un x, il serait mieux , en raizon même de la transformacion régulière de Vx en se au féminin, de les écrire au singulier par un s qu'ils conserveraient au pluriel, et alors nombreux, boiteux, fâclieux, laborieux, amoureux, s'écrivant avec un s à la fin, formeraient régulièremant leur féminin en ajoutant un e : nombreus, nombreuse ; boiteus, boiteuse, etc. ; mais cette réforme ne me semble pas urjante.
Le Programe. qui exprime ce dernier vœu dans le but de
(1) La TariacioQ de l'oitograûe des dérivés de aqua est curieuse; on voit ce mot écrit d'abord ieve, eve, ieau, aiguë.
simplifier la règle sur la formacion du féminin, se met en contradiccion avec lui-même en écrivant nombreuze, rigoureuze, ce qui ne ferait que remplacer une eccepcion à la règle par une autre, si l'on écrivait nombreus et nombreiize.
17. Remplacemant du tréma sur l'E par Vaccant grave et par le tréma sur l'U qui précède l'E.
Cette proposicion est fort juste. Le tréma qui indique la séparacion d'une voyèle de l'autre devrait être réservé pour l'i et pourl'ii, come dans ?!«;/, héroïsme, coïncidence, stoïque etcigûe, aigûe, traïr (au lieu de trahir), traîzon, traïssant, qu'on écrirait ainsi come ha:ir, haïssant, etc. Pour l'c il ne devrait pas être remplacé exclusivemant par l'acçaut grave, come le veut le Programe, mais aussi parl'acçant aigu : par Tacçant grave lorsque la silabe suivante est muète, come poème, poète, et par l'acçant aigu dans le cas contraire, come goéland, goélète , etc.
18. Remplacemant de CE et de C par SE et S après une consone.
Du momant où le Programe oficiel dcrM (p. 23, 1. 13) le mot remplaçait avec une cédille, et cinq ou six fois le verbe remplacer et aussi renoncer (p. 6, 1. 18 (1), tous deux avec uu c, il en résulte que le c doit être conservé dans tous les mots semblables ■.agacer, commencer {mmAnc&r), placer, remplacer, etc. (ils sont environ une quarantaine), et qui emploient la cédille dans les participes agaçant, comancant, perçant, plaçant, etc., et dans les passés définis agaça, comança, perça, plaça, etc., ainsi que dans les quatre participes conçu, déçu, perçu, reçu. 11 en sera de même pour leurs composés.
(1) A lu page 32, 1. 17, du Vrograme, on écrit renonser et aussi dhxrscr; niftis diMrsrr u loujouis (•tr •'■crit |)ar uu s; c'est proliaMcuinut le nidt divorcer, nml lu sur la ci»/(t(', i^i'oii aura iiuiiriniù uvw un .s, divorsir.
Mais ie Programe écrit inapersii (p. 32, 1. 8). Puisque nous avons le c, profitons-en, et ne déflgurons pas à plaisir dans ces mots l'ortografie habituèle : comancer, comança; apercevoir y aperçu; d'ailleurs le mot Français (p. 17, 1. 21) est ainsi écrit, avec raison, et non Fransais!
Le c cédille devant Vo n'est employé que dans dix mots seulemant: façon, garçon^ hameçon., leçon, limaçon, maçon, poinçon, rançon, tronçon; — cepandant le mot garçon pourrait s'écrire par un 5, garson, le primitif étant gars.
Quanta maçon, on devrait l'écrire, corne l'ont fait Bossuet, Racine, Voltaire et d'autres, avec une double ss, masson, en le faisant dériver du verbe masser.
19. lîemplacemant de ILLI, ILL, IL mouillés, par IL avec tréma.
On a mis en avant divers sistèmes pour indiquer le son mouillé que prand la lettre / simple ou double. « Ramus, dit « le Programe oficiel, propoza une virgule sous la lètre / ; u l'abé de Saint-Pierre préféra le point ; Marie et Féline « choizirent le tilde; le père Buffîer propoza une lètre grecque « {">). L'abé Girard opta pour le tréma sur Vi, et M. Firmin « Didot s'est prononcé dans le même sens. »
Un long examen de cette question amena le Comité central, après avoir très-bien exposé les incouvéniants des autres sistèmes, à se ranger à mon opinion, avec cet amandemant de suprimer encore le second /.
Je regrète de contrarier les vues du Comité en retirant ma proposicion, mais celle que je vais émettre me paraît préfé-, rable. Le sistème qui consisterait à indiquer 1'// mouillé par le tréma sur Vi précédant, est certes, pris en lui-même, le plus pratique de tous ceux qu'on avait proposés. Il n'en est pas de même de celui du Programe oficiel. Le nombre
de mots où la double // est mouillée étant très-considérable, la réforme entraînant la supression d'un / produirait un grand chaugemant dans l'ortografie actuèle et soulèverait des oposicions, d'abord par cette supression, et ensuite par la multiplicité du tréma, dont l'emploi est peu habituel : ces deux changemants à la fois modifieraient trop sensiblemant la figure des mots (1). On se déciderait dificilemant à écrire, come le voudrait le Comité, file, au lieu àa fille, famïle, au lieu de fmni/ie, ils'habïle, au lieu de il s'habille, et aigûïle, au lieu de aiguille, où deux trémas se trouveraient l'un à côté de l'autre. En outre, ce tréma sur ïï jouerait alors deux rôles oposés : tantôt il indiquerait la présance de deux sons, tantôt la fusion en un seul, ce qui porterait un certain trouble dans l'esprit, etpourait souvant induire en erreur. Un élève voyant d'un côté les mots naïvemant, baïonète, etc., où le tréma indique que cette voyèle se prononce séparémant, et de l'autre : nous travaïlons, la bataïle, meïleur, etc., ainsi écrits selon le Programe oficiel, pourait croire qu'il faut les prononcer come les précédants : trava-i-lons, bata-i-le, mc-i-leur.
En présance de la dificulté de figurer, sans de graves inconvéniants, 1'/ mouillée soit par un signe particulier (ce qui introduirait une nouvèle lettre ou forme de lettre dans notre alfabet), soit d'après le sislème du Prograitte oficiel^ il est préférable de le représanter par le signe binaire actuel, la double //, à l'example des Espagnols, et c'est ce que font les Portugais par Ih et les Russes par un signe particulier ajouté à la suite de la lettre /.
Voici le sistème que je propose et qui obtiendra, je l'espère, par sa simplicité môme, l'assanlimant générai. Sans introduire une iKiuvèle leltn' on forme nouvèle dans notre alfabet et sans recourir aux deux points sur 1'/ lorsipi'il précède
(I) (lu sait iraillciii- (|u'cii tipuj;ialic les puiiils sonl sujets îl se liriscr.
la double //, on obtiendra le but désiré en adoptant la règle suivante :
« LA DOUBLE LL PRÉCÉDÉE DE l'i PRAND INVARIABLEMANT LE SON MOUILLÉ. »
Jusqu'à présant ce qui avait empêché de recourir à un moyen aussi simple, c'était la confusion résultant de l'ortografie de mots s'écrivant de la même manière et se prononçant diféramant, tels sont :
ville et vrille, tinbécillité et faucille,
tranquille et quille, million et billot,
riUaije et pillage, sibylle et cheville,
pusillanime et sillar/e', codicille et estampille,
sillabe et sillon, distiller et fusiller,
nullité et millet, osciller et habiller, pupille et gentille.
Dans ces mots, quoique peu nombreux (une quinzaine), la prononciacion, contrastant avec celle du plus grand nombre, était un obstacle contre lequel avaient échoué tous les sistènies proposés jusqu'à présant. Le moyen que j'indique fait cesser ce trouble, eu restituant à chacun d'eux l'ortografie que leur prononciacion exige , par la supression de la seconde /, qui est inutile.
Ainsi les mots ci-dessus s'écriront : vile {{), tranquile, vihf/e, pusi/anime, silabe{2), nulitc, jmpile, imbécilité, milioii, stbile, codicile, distiler, usciler
(1) Vile est ainsi écrit dans nos anciens manuscrits. Il ne peut ofrir de confusion a\ec l'adjectif «îVc, sur lequel d'aillcur, couformémant à la prononciacion, on peut mettre un circonflexe. Longtemps on en a mis sur vite. 11 est des monosilabes qui, s'écrivant de même, ont trois accepcions diférantes : tel est son. On écrira donc une âme vile, et une vile, un vilage, un vilajoi's.
(2) La prononciacion du mot sillabe est laissée à l'arbitraire par l'Académie, et Duclos écrit silabe. Quant au mot monosilabe, il serait plus régulier d'écrire monossilube corne on écrit dissilabc , pour éviter qu'on prononce monozilabe. C'est seulemant dans sa dernière édicion que l'Académie a suprimé une l à imbécile.
L'Académie ne devrait pas écrire uniformémant moitié et semoule. Le son final étant mouillé dans semoule doit être écrit semouille, comme rouille, quenouille, grenouille, etc.
Come eccepcion à la règle générale , la double // non mouillée devant IV ne restera que dans neuf mots, non compris leurs dérivés, comançant par •/// et formant une série qui se distingue par cela même et les rend faciles à reconaître ; ce sont : illégal, illégitime, illétré, illicite, illuminé, illisible (1), illuminer, illusion, illustrer. Dans ces mots eccepcionels, ill ne prand pas le son mouillé. Ils rentrent dans la catégorie des mots dont il a été parlé p. 20, où la voix s'élève à leur comancemant et nécessite l'emploi de la double consone, qui se place entre la première et la seconde silabe (2).
En ce qui concerne 1'/ simple finale, qui se mouille étant précédée de Vi, elle n'a le son mouillé que :
1° Dans les terminaizons ail, eil et euil, et cela en règle générale, sans eccepcion. Il n'est donc pas nécessaire, d'acord avec le Programe, de toucher à l'ortografie de ces mots.
2° Mais pour quelques mots terminés en il, où le Programe o/iciel croit nécessaire à'indiquer grafiquemant 17 mouillée, à cause de la diférance de leur prononciaciou avec les autres homogral'es , il cite come exampies de 1'/ mouillé : baril, péril, gril, babil. Je ferai remarquer que, d'après l'Académie, r/ ne se fait plus entandre du tout dans le mot baril. Les mots de cette catégorie sont peu nombreux et leur prononciaciou est variable et nulcmant fixée. L'/ finale ne se fait pas plus entandre dans baril que dans chenil , coutil, fournil, fusil, nombril, outil, persil, sourcil, où
{)) Quelques persones pioiioiifcnt et iTiivoiit inlinible.
(2) On pouiait encoïc, pour ne pas liérogcr ii In règle générnie, placer un tréni» isur l't inicial dans res neuf mots; i|ueli]ucs-uns pouraii'iit ininic >'ecrire avec une seule /. On fait seiilii- tris-pini la doulile // ilans illitiion.
il était mouillé auparavant ; il a même disparu dans récriture de cabri, émeri. Il n'est mouillé que dans les suivants : avril, babil, gentil, grésil, gril, péril, où il finira par ne plus se faire entandre, corne dans les autres, ce qui est déjà acompli ]>our gentil el gril. D'ailleur, quand bien même cela n'aurait pas lieu, n'est-il pas plus facile d'aprandre ces six eccepcions que de bouleverser l'ortografie ?
Quant aux mots terminés en il sonore, on peut s'étoner à bon droit, surtout en ce qui concerne les adjectifs , tels que civil, puéril, sitbtil, viril, volatil, qu'ils ne s'écrivent pas au masculin avec zVe, corne agile, fragile, fébrile, ^itile, etc., qui dérivent, de même que les premiers, des adjectifs latins on ilis. En écrivant au masculin corne au féminin civile, puéinle, subtile, virile, volatile, on éviterait cette contradiccion chocante, et on ferait cesser l'homografie avec les mots terminés en il oîi Yil final est ou mouillé ou muet. Rien n'empêcherait d'étendre cette régularisacion aux substantifs terminés en il, tout en laissant aux poètes la liberté de suprimer l'e muet final, corne on le fait pour encore, qu'on peut aussi écrire encor, de même qu'on écrit avec, et avecque.
Il serait à désirer que la double // ne représantât qu'un seul son, et qu'il en fût pour l'ortografie française come pour l'ortografie espagnole, oîi ce signe binaire se prononce toujours avec le son mouillé. Nous gagnerions ainsi un signe nouveau qui manque à notre alfabet. Mais actuèlemant cette unificacion n'est pas possible, à cause d'une petite série de mots où la double // se prononce distinctemant come deux / simples, bien que l'usage tende à faire disparaître en général le redoublemant des consones dans la prononciacion. En tout cas, en suprimant le second / dans les mots où un seul se fait entandre, come : baie, balotage , claie, bêle, célule, nouvèle.
chandèle, il chancelé, etc. (voyez ci-devant, p. 16), nous nous acheminerons vers cette régularisacion.
Voici les mots, non compris les dérivés, oîi la double // se prononce corne deux / simples, et où son maintien est par consécant nécessaire :
Allécher, allègre, allégorie, allocation, allocution, allouer, allusion; — belligérant, belliqueux; — calligrafie, callosité, collatéral, collation, collectif, collision, collocation, colloque, colloqner, collusion ; — ellipse , elliptique; — fallacieux , folliculaire; — gallicisme; — hallucination, hellénisme; — malléable; — nullité; — pellicule, polluer ; — solliciter, sollicitude ; — velléité.
Dans cette catégorie doivent être rangés les neuf mots suivants : illégal, illégitime, illétré, illicite, illimité, illisible, illuminé, illusion, illustre, dont nous avons parlé plus haut.
Le Programc oficiel propose, avec juste raizon, d'écrire milion, bïlion, miliard,Y)a.v une seule /. On ferait de môme pour milésime, milier, milimètre, etc., le primitif étant mil. Mais immédiatemant après le Programe se contredit en proposant, pour distinguer billion, terme d'arithmétique, de billon, monaie de cuivre, d'écrire le premier bïlion et le second bïlon. Or, il sufit de suprimer une l dans le premier; quant au second, par son ortograûe actuèle il rentre dans la règle générale sur la double // mouillée.
En ce qui concerne l'adjectif numéral mil, dout nou; avons deux formes : mil et mille, la seconde est complètemant inutile; il convient donc delà suprimer. Pourquoi en éfct deux orlograOes pour le même mot? Si nous trouvons bon d'écrire l'an mil huit cent, pourquoi ne pas écrire de môme mil francs, mil complimunts? Outre la simplificacion logicjue, on y gagnerail aussi la supression de riionionimie avec le mol mille, mesure itinéraire, qu'oi> doit écrire mile conforniéniant à la prononciacion.
— AG — 20. Remplacement du Tl doux par Cl.
J'avais proposé, avec l'autorité de Port-Royal, Douchet et Beauzée , de substituer au / , lorsque dans des circonstances eccepcionèles il prand le son doux du c, un t avec cédille, ce que l'Académie avait été sur le point d'adopter, mais je crois que, conformémant au Programe oficiel des Comités suisses et belges, la lettre c, qui est l'une des lettres de notre alfabet, peut sans le moindre inconvénîant remplacer le t cédille; et enéfet, dans bien des mots il est employé au même usage. Ainsi l'Académie écrit avaricieux, gracieux^ licencieux, précieux, réve'roicietix, sentencieux, spacieux, vicieux, tandis qu'elle conserve ce t sans aucun motif dans ambitieux, captieux, factieux, prétentieux, sujjerstitieiix. Elle écrit contradictoireraant concordanciel et confidentiel, négociation et initiation, circonstanciel et pestilentiel; différenciel et pénitentiel; chiromancie ai démocratie ; rabdomancie, et bureaucratie; négociant et patient.
D'après ces examples et conformémant aux précédants de l'Académie, j'ai démontré, dans mes Observacions sur l'Ortografie, § V, la nécessité de remplacer par notre c le ^ latin, lorsqu'en se transformant dans les mots français il prand le son de 1*5. Le Diccionaire de Somaize écrivait j}rétieux (1) ; Mézeray , dans les cahiers préparatoires (pour le Diccionaire de l'Académie), écrivait vitieux et vitieuse. Bossuet, dans ses remarques sur les cahiers préparatoires, écrit de même ces mots. Dans les manuscrits autografes de Bussy-Rabutin, je vois toujours écrit : il licentia l'armée , le licentiement des troupes. Il écrit antienne maison ; Corrozet et autres écrivent de même antien, antienne (2).
(1) Mon Diccionaire de Le Ver de 1420 écrit précieusement préciosité.
(2) Pour déraonstrer les Dieux bien patients. Punissant tard l'iniquité humaine, Venantz sans bruit; certes les antiens Les ont descriptz avec des bas de laine;
Dans tous ces mots et dans une foule d'autres, l'une des imprimeries les plus célèbres de France, celle de Jean de Tournes, au seizième siècle, a généralisé cet emploi, précédant en cela l'Académie française ; -voici ce que de Tournes dit à ce sujet :
« Mais touchant l'ortografe , Ion ha tenu le meilleur moyen « que Ion ha peu, pour les varietez qui sont auiourdhui en la « langue françoise entre les sauans, quant à résoudre si Ion « doit suiure la derivacion ou laprononciacioji : mesme, par- « tie par inauertence, partie pour suiure la naïue douceur de « la prononciacion françoise , en quelques mots trouuerez « quelquefois vne ou deux laissées , ce que vous plaira sup- « porter et prendre le tout en meilleure part. A Dieu, amis lec- « teiirs, qui vous maintienne eu sa sainte grâce (1). «
Cette ortografie se retrouve dans plusieurs ouvrages imprimes par Jean de Tournes (2). On y voit ainsi écrits les mots : récréacion, proteccion, sinifîcaccion, co7isommacion, Egypcien, condannacion , rédemcioîi, crcacion , imitacion, mène ion , faccion , salutacion, résurreccion , contemplacioti, etc., etc.
L'Académie, qui a remplacé le c par l's dans quelques mots , écrit (dans toutes les édicions de son Diccionaire) extension 'p^T un s, tandis qu'elle écrit préteiition par un t. Racine écrivait prvtaviion.
C'est la prononciacion française et non pas l'étimologie latine qui doit nous guider et nous faire écrire corne les Espagnols, édicion, nncion, etc., puisque nous prononçons ces mots corne eux. Si les Italiens écrivent eilizione, n//zianc, ils se conl'ornient avec raizon îi leur prononciacion italiène.
(1) /'j(;»/e.s '/(( Norivcnn Ti'stnmciit ; I.von , laii de Tointios, lâ.'JG.
(2) llaiiH les Qiiailrins /ii,s<i/r(V/i«;s île la lliblc; l.yuii, laii de Tournes, 1536; — et dans les Devises hiroiques de Claude Par.idin ; Lion, Inn de Tournes, l.'iii?. — Un nuire imprimeur à Lyon, Thibaut Ancelin, a suivi son cxample dans l'impression de 1'. Monte franrois, l.-iSfl, iii-8.
Ils ont raizou, mai» est-ce une raizou en France, du moins en ortografie^ d'avoir raizon pour .n'être pas traité de déraizonable (1)?
En dehors de ces vingt reformes, il en est quelques-unes que le Programe oficiel introduit de fait, sans en parler dans son exposé des motifs. C'est ainsi qu'il écrit : aujourdui, d'ailleur, l'un sans Vh, l'autre sans l's, ce que j'aprouve complètemant. Pour aujourdui, il n'y a aucune nécessité de le diviser en deux par une apostrofe et d'y laisser subsister la lettre h. Pour d'ailleur, l's final est superflu , et même contraire à la prononciacion, puisque c'est Vr et non l's qui se fait sentir dans les liaizons (2), et je serais même d'avis de suprimer l'apostrofe et d'en faire un seul mot, à l'example de l'adverbe aujourdui. L'aglutinacion de tous les adverbes composés come avant-hier, d'abord, du reste, du tout, sans cesse, etc., serait logique et à désirer. Ces mots exprimant des idées simples ne devraient pas être décomposés dans l'écriture, et il serait temps de faire pour eux ce qu'où a fait pour les autres adverbes du même genre, come : doré7iavant, composé de de-ores-en-avant ou d'ores-en-avant; ensuite de
(1) Parmi toutes les irrégularités que j'ai signalées daus mes Observadons sur l'ortografie française, j'en ajouterai une que me signale, à l'instant où j'écris ces lignes, un membre de l'Institut, dont l'aïeul, membre de l'Académie française, a plaidé énergiquemant la cause de la simplificacion de l'ortografie (voy. p. 270 à 283 de mes Obsenmctons). Ayant eu oeasion de chercher au diccionaire le mot lombago, conforméniant à la prononciacion et à son analogie avec le mot lumbe. Va. où il devait se trouver, il dut recourir à l'étimologie latine pour chercher à lumbago le mot que nous prononçons lombago. Ainsi, avant d'aprandre à lire, il faut savoir le latin' et même le grec; passe encore pour les gens du monde, mais les paysans, mais les gens de nos campagnes auxquels on veut et on doit apraudre à lire! Est-ce possible?
(2) Puisque I'csage a fait disparaître dans la prononciacion l's du mot ailleurs, l'Académie doit constater cet usage dans l'ortografie de ce mol.
ensuite; enfin, de en-fin ; (lavantai/e,q<i\ oi\ém^d\\. d'arantaije come on écrit maintenant d'ailkurs. Lorsqu'on fait deux mots de l'adverbe du tout, quel travailpour l'esprit de découvrir le sens de cet adverbe gn analisant le sens de du tout ! Bien plus , les adverbes ou locucions adverbiales écrites séparcmant ofrent un sens non pas même diférant, mais quelquefois oposé. S(nis doute, écrit séparéraant, ofre un sens absolumant négatif; mais, écrit d'une seule pièce, son sens devient dubitatif : c'est donc u)i mot, qui même devrait être écrit sandoute, come on écrit soucoupe, plafond, sourire, supression, etc.
Comprendrait-on le sens de l'adverbe beaucoup si les mots qui le composent étaient séparés?
heProi/ia/ne oficiel écrit, p. 4, 1. 12, Elémans fnidaniuiitaus.
Je ne saurais aprouver la supression du / iiiial dans le pluriel des mots terminés en ant au singulier, come enfant, etc.
L'Académie, dans sa sixième édicion de 183S, ne craignant pas de se déjuger elle-même, est revenue sur cette supression du /, supression qu'elle avait introduite dans sa quatrième édicion de 1762. Elle a donc rétabli au pluriel l'ortogrulic du singulier dans les mots terminés par un /, avec l'addicion de l'v final. Elle écrivit, come elle l'avait fait dans ses précédantes édicions, éléments, monuments et non élémens, monumens.
Les raizons qui firent adopter ce principe furent longuemant discutées, dans une conféranco préliminaire, entre M. Hayiiouard, secrétaire perpétuel do l'Académie française, mon oncle Pierre Didut et nimi [iirc. Mii éfct, en écii\;uit éléînuiis, mitnumans, (ui dnil suposer que le singulier se termine en nuui : éléman, moniDïi'in, nman, et de même ipie les mots terminés en un forment leur féminin en ajoutant un c: paysan, pu i/sone; courtisan, courtisane ; on àcvait tenté
de croire qu'il devrait eu être de même pour savan, prudan, médian, amfidan, imprudan, élégan, impatian, mandian, etc., du raomant où leurs pluriels s'écriraient savans, mendians, etc. En outre, les dérivés élémantaire, monumantal, impacianter, etc., n'auraient plus leur raison d'être.
Le Profjrame oficiel écrit, p. 27, 1. 2, Restreindre. Je ne blâme pas d'avoir maintenu ein dans l'ortografie de ce mot; mais pourquoi contrarier ici et inutilemant l'étimologie et écrire par ein ce qui devrait l'être par in? Je m'étone donc que les anciens partisans de l'étimologie aient négligé d'écrire, conformémant au latin : restrindre, restringere, on écrit restriction; oindre, cinture, cingere (puisqu'on écrit cintre, cintrer)', contrindre, constringere (1); atindre, attingere; findre, fingere ; tindre, tingere ; et aussi pindre, pingere ; pintre, pinture, pictor (2), pictdra.
L'Institut genevois ajoute encore les simpliflcacions suivantes aux proposicions du Programe oficiel :
1° Adopcion de toutes les rectificacions demandées par B. Pautex, dans son livre intitulé : Errata du dictionnaire de r Académie française [2' édicion, 1862).
2° Emploi plus fréquantde l'acçant grave ou aigu pour distinguer les hétérofônes, come fier et lier, Jupiter et 'dépiter, il devient et ils dévient.
3" Emploi du tréma pour distinguer Vu muet, come ubi--
(1) L'Académie éciit à tort contraindre, contrainte, par un a; pourquoi cette eccepciou? elle kaiiateindre, ateinte, etc.
(2) Anciènemant, et come on le voit dans le privilège acordé à Jcau Cousin et ailleur, il est ainsi désigné : « maistre pinctre. »
qûite&i équité, etc., et de l'acçantgrave lorsque Yu doit se prononcer on, come éqùacion, éqùateur, etc.
4° Adopcion du tréma sur 1'/ pour distinguer les dissilabes des diftongues : niable et 'diable, pieux et pieux, gracié et pitié.
S° Notacion, corne en espagnol^ de l'exclamacion et de l'iutérogacion aux deux bouts de la frase et non pas seulemant à la fin. Quand la frase par sa longueur ne permet pas au lecteur de deviner l'intonacion qu'il doit lui donner en la comançant, cette distinccion est nécessaire.
On ne saurait qu'aplaudir à ces perfeccionemants, qui ne modifient même pas la figure des mots.
Vous voyez, monsieur, combien il est dificile et presque impossible de régulariser complélemaut un sistème ortografique sans aporter un trop grand trouble aux habitudes. Ar^'tons-nous à ce que je crois possible, et c'est ce que je soumets à votre sagacité et à la prudance des comités.
En voyant les amélioracions introduites postérieurcmant au sistème ortografique dont le secrétaire perpétuel de l'Académie Duclùs nous a donc le modèle et l'example dans les ouvrages qu'il n'a pas craint de publier conformémant à son sistème, on ne doit point désespérer de l'avenir. D'importantes modificacions, qu'il u'u pas osé introduire, ontété enfin admises pur l'Académie , sous le patrouage il est vrai de Voltaire, et acueillies avec reconaissance par le public. Ce fùcheux emploi de Vo au lieu de l'a, si contraire à la prouonciacioii et que cepandant Duclosrt'uvait osé réformer , nous paraîtrait aujourdui une anomalie bien singufière et l'on s'étone de ne l'asoir pas vu cesser plus tôt. l'ourquoi n'en serait-il pas de môme pour d'autres amélioracions demandées par Voltaire, telles que le remplaccmant du ph par l'/et tant d'aulrtsdonl il nous donc l'cxaniple dans sa corespoudancr et dont ou trouve de nombreux similaires dans les uulografcs de bossuut,
de La Bruyère, de La Fontaine et de tant d'autres principaux auteurs ?
La comparaizon des changemants que noire ortQgrafie a subis et qui sont constatés dans les édicions successives du Diccionaire de l'Académie, prouve que les amélioracions demandées n'ont rien de contraire aux précédants de l'Académie : je me bornerai à cet example :
N" 1. — Première édicion de /'Académie (1694).
On ne sçauwht trop desplorer que rAcadémie Françoise qui ESTOiT AUisTRESSE d'escrire les mots de NOSTRE langue sans s'es- CARTER, comme il luy a pleu de le faire, de l'orthographe nationale, telle qu'elle se monstre dans nos vieux dictionnaires, nos anciens manuscrits et mesme nos anciens autheurs, poètes et prosateurs des xv^ et xvi° siècles, ait creu devoir partager cet injuste DESD.UN et n'ait pas sceu résister aux prétentions des scavants qui ont voulu revestir nostre langue Françoise à la romaine et à la grecque. Par ce système, j'oserois dire cette foiblesse , se sont considérablement accreues les difficultés dont se plaignent les estrangers; elles desgoustent les païsans qu'elles destournent de I'estude et ESLOIGNENT Ics cufauts des escoles.
N" 2. — Cinquième édicion de TAcadéjue (1835).
On ne saurait trop déplorer que l'Académie française qui était maîtresse d'écrire les mots de notre langue sans s'écarter, comme il lui a plu de le faire, de l'orthographe nationale, telle qu'elle se montre dans nos vieux dictionnaires, nos anciens manuscrits et même nos anciens auteurs, poètes et prosateurs des xv" et xvr siècles, aitcrw devoir partager cet injuste dédain et n'ait pas su résister aux prétentions des savants qui ont voulu revêtir notre.lmgaefrançaise à la romaine et à la grecque. Par ce système, /oseraî's dire cette faiblesse, se sont considérablement accrues les diftlcultés dont se plaignent les étrangers; elles déboutent les pai/sans qu'elles détournent de l'étude et éloignent les enfants des écoles.
N" 3. — Proposition en projet.
On ne saurait (rop déplorer que l'Académie française qui était maîtresse d'écrire les mots de notre langue sans s'écarter, corne il lui a plu de le faire, de l'ortografie nacionale, telle qu'elle se montre dans nos vieux diccionaires, nos anciens manuscrits et même nos anciens auteurs, poètes et prosateurs des xv^ et xvi" siècles, ait cru devoir partager cet injuste dédain et n'ait pas su résister aux prétancions des savants qui ont voulu revêtir notre langue française à la romaine et à la grecque. Par ce sislême, j'oserais dire celte faiblesse, se sont considérablemant acrues les dificultés dont se plaignent les étrangers ; elles dégoûtent les paysans qu'elles détournent de l'étude et éloignent les enfants des écoles.
Ainsi, sur ces cent vingt mots écrits conformémant à l'ortografie de la première édicion du Diccionaire de FAcadémie , en 1694, vingt-huit mots ont été modifiés par l'Académie elle-même , et vimjt-quatre lettres ont été supriraées. C'est ce que constate le même texte écrit d'après l'ortografie de la cinquième et dernière édicion de son Diccionaire en 1835.
Le nouveau projet se borne comparativemant au texte de cette cinquième et dernière édicion à la modificacion de dix mots et à la supression de cim] lettres.
Cette comparaizon prouve qu'on ne saurait accuser le projet de trop de témérité.
L'Académie, après avoir ainsi modifié dans les édicions successives de son diccionaire notre ortografie pour la raprocher de la simplicité des autres langues néolatines, atindra donr dès qu'elle le voudra le but auquel tous les bons esprits aspirent et qui serait si favorable à l'instruccion et à la pro{)agacion de la langue française.
On ne saurait croire combien sont nalurèles les modificacions aportées à l'ortografie dont j'ose ofrir un spécimen dans cet écrit, .l'en juge par l'exampie des ouvriers conipositciM's (|ui s'y lialiiliinit l';icili'ip;uit au point (|n'il Iciii- devient
difiriledene pas s'y conformer dans les autres ouvrages qu'ils composent.
Faisons donc des vœux pour que tant d'éfortsne restentpas stériles. C'est à la Suisse, c'est à la Belgique de rompre les entraves de l'habitude. Sur ce terrain vous avez toute liberté; imitez donc l'example de la Hollande au dix-septième siècle ; tôt ou tard, plus ou moins, la France, qui vous en saura gré, vous imitera; car enfin la raizon, et je dirai plus, la nécessité nous y obligent; c'est remplir un devoir que de simplifier et régulariser l'ortografie de la langue française.
Je finirai cette lettre en répétant encore une fois avec François de Neufchâteau :
« Jamais on na-prendra à lire aux enfants des pauvres. Surtout dans les camjmr/nes, s'il faut consacrer des années entières à cette seule partie de l'instruccion. »
Pour satisfaire au désir que vous m'avez manifesté, Monsieur le Présidant, je crains d'avoir dépassé les limites auxquelles les esprits sages , mais prudants ou timorés, auraient voulu qu'on se bornât ; mais les moindres changemants entraînent des consécances auxquelles on ne saurait se soustraire à moins d'eccepcionsqui auraient encore plus d'inconvéniants. La confiance dont on a bien voulu m'honorer m'oblijait de redoubler d'éforts, heureux si, une fois engagé dans ce labirinte, j'ai pu quelquefois rencontrer le fil pour en sortir, après bien des tentatives.
Veuillez donc m'excuser auprès de vos honorables collègues du retard aporté à répondre de mon mieux à des questions aussi dificiles , et je dirai mieux , impossibles à résoudre à la satisfaccion générale , et , en me rapelant à leur bienveillant souvenir, agréez, Monsieur le Présidant, l'assurance de ma considéracion la plus distinguée.
Ambroise FIRMIN-DIDOT.
15 mars 1872.