A SON ALTESSE SERENISSIME
Dockchitsoui. J'ai expédié un second courier au général Vivier, pour le prévenir, que je ne pourrais arriver que le 28 à Ghloubokoe, espérant qu'il pourrait se maintenir dans sa position jusqu'à mon arrivée; quoique mes couriers lui sont arrivés à temps, il a cru à propos de brûler le magasin, de jetter son artillerie dans l'eau , et abandonner Ghloubokoe, m'écrivant qu'il croyait ne pouvoir y tenir. Cette nouveUe inattendue m'a engagé de marcher le 2 8 de Dockchitsoui à Boïare où j'ai couché, et je suis arrivé hier à 1 1 heures du matin ici , où j'ai trouvé une grande partie de mon grand parc d'artillerie, et quelques détachements, que, lors mon passage à Ghloubokoe , j'avais dû laisser par ordre de V. A. S. à la disposition du commandant de Ghloubokoe. Je m'occupe aujourd'hui à incorporer ces détachements dans leurs régiments respectifs, et non-obstant cela , y compris la brigade de cavalerie Corbineau, je ne compte pas 4000 hommes de cbmhattans ; dans deux jours je compte adresser un état exact de situation à V. A. S. Selon les nouvelles que me rapporteront aujourd'hui mes reconnaissances, que j'ai envoyé en avant, et les espions que j'ai dirigé sur tous les points , je marcherai demain où après demain en avant pour empêcher que l'ennemi ne s'empare des canons, que le général Vivier a fait jetter à l'eau à Ghloubokoe, et pour peu de renforts que Son Excellence Mr. le Duc de Bassano ou Mr. le gouverneur de Lithuanie général comte de Hoggendrop m'enverront je pourrai reprendre l'offensive.
J'ai fait une grande perte à Plissa , où j'avais réuni toutes les armes des soldats morts; par le manque de chevaux, les fourgons sur lesquels ils furent chargés ( au nombre de 51) ne purent être
LE pRIIfCE DE NeUFCMATEL. 35
emmenés, et ils furent brûlés. En général S. M. le Roi, mon maître, a fait, de très grandes pertes dans les derniers 8 jours. Je supplie votre altesse sérénissime d'en donner connaissance à Sa Majesté l'Empereur et Roi.
Il me reste à joindre copie du mémoire de proposition pour la croix de la légion d'honneur que m'a présenté le général baron de Corbineau et de supplier V. A. S. de le mettre sous les yeux de Sa Majesté l'Empereur et Roi. Je suis convaincu que toute cette brigade brûle de zèle de mériter la satisfaction de Sa Majesté.
Le général de brigade baron l'Héritier, le colonel du 7^me de cuirassier baron Dubois, le général de brigade baron de Corbineau, le colonel du 8^me de lanciers LubiensM , le colonel du 7cme je chasseurs St. Germain, le colonel du 20^rne de chasseurs Lagrange, le général Grundler ,
le major Trupel commandant le îçèrae je ligne et le capitaine Melin , adjutant - major du 3 7ème Je ligne ayant rendu des services pour les intérêts et la gloire de l'armée bavaroise, je sollicite l'approbation de S. M. l'Empereur et Roi , pour demander auprès de S. M. le Roi , mon souverain , la décoration de l'ordre militaire de Max -Joseph pour eux.
Je suis avec un profond respect
signé : Wréde ,
général de cavalerie.
34 A soi* alt. SEBErc. le Prince de Neufchatel.
Postscripturn.
Daniélowitsche le 31 Octobre 1812.
Je viens de recevoir le rapport, par mes reconnaissances que j'ai envoyé hier à Ghlubokoe, et qui furent jusque dans la ville: que l'ennemi n'y est pas, que la nuit du 28 au 2Ç , 8 cosaques sont arrivés, annonçant pour Je lendemain l'arrivée de l'armée et en sont repartis après avoir bû et mangé. Toutes mes nouvelles parlent que le général StengeJ a retiré le gros de son infanterie vers Disna , que 3a ligne de ses avant -postes s'étend de Charkouchtizna par Louijld^ Sclichtsche à l'Uschatz. Comme j'ai reçu 'hier des nouvelles positives que l'ennemi n'a pas même poussé sur la route de Drouia à Vidzoui plus loin que jusqu'à Opsa , et que le général baron Coutard occupe toujours la Ville de Vidzoui, je marche demain sur Ghloubokoe pour m'assurer du parc que le général Vivier a jette dans l'eau. — Je préviens de mon mouvement son Excellence Mr« le Duc de Bassano ; s'il peut m'envoyer des renforts, je ne tarderai pas de me porter plus en avant, je préviens également de mon mouvement Son Excellence Mr. le maréchal Duc deReggio, qui, d'après une dépêche qiPe j'ai reçue hier de Son Excellence Mr« le Duc de Bassano, a repris le commandement du oème corps.
Votre Altesse recevra ce rapport présent par Mr- le chef d'escadron, Prince de Salm , du 8^me de lanciers , qui sert avec autant de zélé que de bravoure. Je le recommande à la protection de votre Altesse serénissime
signé: Wréde,
général de cavalerie.
Le général Laurencez au général Wréde. 35
Le chef de V état -major le général Laurencez au général de Wréde.
Paulé le 23 Octobre 1812.
Mon général!
Mr* le Maréchal me charge d'avoir l'honneur d'informer votre Excellence que l'armée prend aujourd'hui position ainsi qu'il suit:
Les cuirassiers à Ghoroui, la cavalerie légère à Janovo, Berézowa. Deux divisions d'infanterie à Oziekova, une autre division à Tschervetia.
Dans cette position Mr« le Maréchal désire que vous fassiez prendre aujourd'hui au 6^me corps position derrière le ruisseau qui passe entre Selichtché etZarietché, laissant une avantgarde à Babinovitschi et tenant des partis vers Koubloutschi afin d'éclairer les routes de Disna et de Wilna.
Mr* le Maréchal vous prie de lui donner souvent de vos nouvelles, il prendra aujourd'hui son quartier -général à Kamen.
J'ai l'honneur Monsieur le Comte, de vous renouveller l'hommage de la plus haute considération.
Le général chef de l'état -major signé : Baron de Laurencez*
36 Le général Comte de Wréde
P. S. Mr« le Maréchal né pouvant pas vaquer aux soins du commandement actif, Ta remis à Mr. le général Legrand ; j'avais eu l'honneur de vous en prévenir, mais il parait que cette dépêche ne vous est point parvenue. Mr« le Maréchal vous prie, de vous mettre en rapport avec ce général pour tout ce qui pourra intéresser le service, et de renvoyer demain le 7^me de cuiiassiers à sa division.
Le général Comte de Wréde à son Excellence
Monsieur le Duc de Bassano , ministre des
relations extérieures.
Woren le 25 October 1812.
Autant que j'ai eu lieu d'être content de la journée d'hier sous le rapport de l'affaire que j'avais avec l'ennemi , qui quoique m'ayant attaqué avec des forces supérieures n'a pu réussir à me chasser de ma position de Kuhlice , laquelle j'avais prise à la suite des ordres de Mr. le Maréchal Comte Gouvion St. Cyr par une disposition d'avant -hier, et où même le 7ème de chasseurs avait pris des canons à l'ennemi, qui cependant bientôt après furent repris, après que le brave colonel St. Germain avait été grièvement blessé j autant je suis peiné par d'autres événements fâcheux, qui me sont arrivés. Une batterie de 12 , que je voulais faire filer vers le grand parc , se porta sur la route d'Uschaz. Elle traînait à sa suite la caisse du 6*me corps et tous les drapeaux
au Duc de Bassano. 37
empaquetés depuis Ô* semaines dans un fourgon , vu la faiblesse de mes régiments réduits à des compagnies. Tout ce train fut pris par l'ennemi entre Uschatz et Szedlice , parceque personne ne m'avait prévenu que tout le 2^me corps avait répassé la rivière de l'Uschatz , et parcequ'on avait négligé d'entretenir des communications avec moi à l'aide des patrouilles. Enfin la chose, assez fâcheuse en elle même, est faite , et il faut s'en consoler le mieux qu'on peut. Mais ce qui est encore plus désagréable c'est, qu'un ordre de Mr- le Maréchal St. Cyr, expédié hier à 3 heures après midi, d'après lequel je devais me porter sur la route de Wilna , ne m'est pas arrivé , et que conformément aux dispositions de Mr« le maréchal en date d'avant -hier, je n'ai pas dû m'éloigner du o®me corps. Enfin l'ennemi, (le même qui , il y a trois jours , s'était retiré au delà de la Disna } l'a repassé avant -hier après midi avec 2 5,000 hommes, est arrivé hier dans la nuit à Arekhovka, a dirigé toutes ses forces sur moij c'est ce qui m'a engagé de repasser pendant la nuit derrière l'Uschatz à Zwonia, d'où je me suis dirigé ici, y rencontrant le général Maison avec une division d'infanterie et les cuirassiers du 2eme corps.
C'est à mon arrivée ici que j'apprends verbalement de ce général que l'ordre m'avait été expédié hier, de me porter sur la route de Wilna. —
Je ferai mon possible pour la regagner, aussi difficile que cela sera , parceque l'ennemi gagnera des marches sur moi, et que toute mon infanterie, que ma cavalerie, ainsi que les chevaux de l'artillerie sont éreintés , et que ce n'est que notre bonne volonté et notre zèle qui pourront un peu accellérer la marche. Je compte de passer par Puichna, Bere-
38 Le général Comte de Weede
zino , Dockschui , pour arriver de là , s'il est possible , avant l'ennemi à Daniélowitsche. J'espère que les détachements , que j'ai à Plissa et à Ghloubokoe se replieront à temps, et qu'ils pourront me joindre h Daniélowitsche; mais tout cela ne forme que des forces peu considérables , et l'ennemi de son côté , d'après ce que les prisonniers de la journée d'hier me disent , marche avec la lère, 2^e, 6^me et 2ième division sur la route de Wilna.
Aussi peu que je crois , que l'ennemi risquera de s'éloigner de la ligne d'opération qui est la Duna, pour tenter une invasion à Wilna, autant j'espère de pouvoir encore arriver à temps pour lui mettre des obstacles , autant il est nécessaire qu'on réunisse toutes les forces possibles pour s'opposer au plan , qu'il paraît avoir formé. Le 2^me corps d'armée est très faible , le mien l'est encore davantage. Je prie donc votre Excellence de vouloir me faire connaître par le porteur de celle ci, quelles peuvent être les forces qui pourraient m'arriver de Wilna, et à quelle époque?
J'ai l'honneur d'être, avec la considération la plus distinguée
signé: * le général
Comte de Wréde.
au Duc du Bassàno. 39
Fuichna le 26 à 4 heures du matin.
Etant arrivé hier au soir ici, et ayant envoyé un de mes aides de camp à Monsieur le Maréchal pour lui annoncer que l'officier, qui me doit avoir été expédié avant -hier, avec Tordre de me porter sur la route de Wilna , ne m'est pas arrivé , et que je compte de la gagner encore d'ici; il me fit écrire par Monsieur le chef d'état-major d'Albignac une lettre qui ne prononce aucun ordre positif pour y aller, et qui me propose plustôt de me mettre en seconde ligne en arriére du oème corps, afin de pouvoir me reposer. Comme dans ce moment si urgent, on ne peut pas balancer, je suis bien décidé, aussi peu de monde que j'ai avec moi, de gagner la route de Wilna; je vous joins copie de la réponse, que je viens d'écrire à Monsieur le Maréchal. Si, comme j'espère, je gagne demain 27 cette route,, soit a Ghlouboltoe, soit en arrière, j'expédierai sur le champ un courier a votre Excellence. En attendant, je la prie de vouloir informer S. A. S. le major -général, du mouvement que je vais faire. Comme Mr« le Maréchal m'a remis le commandement du 6^mc corps, jusqu'à ce que sa santé lui permettra de reprendre le service actif, je ferai moi même un rapport detaillé au Prince major -général aussitôt que je me serai établi sur la grande route de Wilna.
signé : Wréde.
40 Le général Comte Wréde
Le général Comte Wréde , à son Excellence Monsieur le Maréchal Comte St. Cyr.
Puichna le 26 d'Octobre 1812.
Monsieur le Maréchal! <•
Je viens de recevoir une lettre de Monsieur le chef d'état -major d'Albignac qui . ne me dit ni oui ni non: si je dois continuer mon mouvement pour regagner la route de Wilna. Votre Excellence sait qu'en me tenant dans ]es mouvements précédents scrupuleusement aux ordres que j'ai reçus, et me liant toujours à la gauche du 2^me corps, j'ai abandonné la xoute de Wilna, en exposant et sacrifiant mes dépots, mon parc de réserve et mes convois d'argent , qui se trouvent sur cette route ; pour me récompenser du mouvement que j'ai fait conformément aux ordres d'avanthier, au lieu de communiquer avec moi par Uschatz dans la position de Kublycze .et de Babinitschi, qui m'était indiquée, par des patrouilles, on a même rompu le pont d'Uschatz, par lequel ma batterie de 12, que je voulais faire rejoindre le grand parc, devait passer, et cette batterie ainsi que la caisse militaire, tous les drapeaux des régiments qui se trouvaient empaquetés, et une grande partie des équipages de mon état major -général furent pris* — Le soir à 5 heures, Uschatz fut évacué, sans me prévenir, tandis que je restai jusqu'à 1 1 heures du soir dans la position de Kublycze, m'étant défendu toute la journée contre un ennemi qui dirigait toutes sas forces contre moi. Il
au Maréchal Comte St. Cyr. 41
est vrai que je n'ai plus qu'une poignée de monde, mais elle est prête à mourir pour défendre la route de Wilna, et les dépôts du 6®,ne corps, qui s'y trouvent. — Je me mettrai donc en marche bien décidément au point du jour avec la brigade Corbineau pour aller encore aujourd'hui, par mal Doltsui, à Sloboda , d'où j'éspére arriver demain à Ghloubokoe, où je trouverai des renforts de mes différents dépots. Si je suis attaqué en route , je manoeuvrerai en conséquence, pour être entamé aussi peu que possible.
J'ai l'honneur etc.
signé: Wréde.
Le Duc de Bassano à Monsieur le général Comte
de Wréde, lieutenant - général , commandant en
chef les troupes auxiliaires bavaroises.
Monsieur le Comte!
J'ai reçu avec beaucoup de reconnoissance la lettre que vous avez bien voulu m'ecrire dé Cynowka le 23 de ce mois et par la quelle j'ai appris les brildants avantages que vous avez remportés le 20. Je n'avois que des nouvelles indirectes des affaires de Polotsk il ne m'étoit rien parvenu du Maréchal de St. Cyr. C'est à vous que je dois , Monsieur le Comte , des informations d'un si grand intérêt.
42 Le Duc de Bassano au
J'allois vous réexpédier Mr« Mentzingen lorsque Mr. le Prince de la Tour et Taxis est arrivé chargé de votre lettre du 25 et 26. Nous avons appris avec beaucoup de plaisir que vous étiez en mesure de couvrir Wilna. 'A l'exception des régiments de Lithuanie à peine formés et armés, qui ne sont point habillés et qui n'ont que peu d'officiers, nous n'avons absolument ici que ce qu'il nous faut pour nous mettre à l'abri de quelques partis de cavalerie. Mais il arrive tous les jours des troupes de passage et nous attendons de plus une brigade de réserve qui sera ici dans les premiers jours du mois prochain. Nous comptons qu'alors et si nous retenions les troupes qui ne sont point destinés à Wilna, nous aurions de plus de 10 à 12,000 hommes y compris une cavalerie qui, jointe à celle que nous avons déjà, monterait à .2,000 ou 2,500 hommes. Lorsque j'aurai reçu les premières nouvelles que vous m'annoniez, nous aviserons aux dispositions qui seront prises d'accord avec vous. Il paroît bien important, que tout en couvrant la route de Wilna, vous puissiez dans les positions que vous prendrez, conserver vos communications avec le ocme corps dont Mr« le Duc de Reggio va reprendre le commandement} le Maréchal partira cette nuit.
Les lettres que je reçois du Duc de Bellune m'annoncent qu'indépendament de la division qu'il avoit depuis le 24 à Witepsk et qui s'est probablement rapprochée de l'Oula, il marche sur Sienno avec le gème corps pour agir le plutôt possible de concert. 11 faut que l'ennemi n'ait pas eu connoissance de ce mouvement, lorsqu'il s'est porté en force sur vous.
J'ai l'honneur de vous prier, Mr* le Comte, de faire parvenir les lettres ci jointes à Mr« le Ma-
général Comte de WrÉde. 43
r^chal de St. Cyr. Agréez, je vous prie, Monsieur le Comte , les assurances de ma haute considération.
Wilna le 28 Octobre 1812.
< signé : Le Duc de Bassano.
Le général de cavalerie Comte de Wrede , à S. E. Mr. le ministre Duc de Bassano,
Daniélowitschc le 29 Octobre 1812*
Monsieur le Duc!
En revenant sur la dépêche que j'ai expédiée à votre Excellence, de Buchnia le 26 à 4 heures du matin, par Monsieur le major Prince de la Tour et Tassis , j'ai l'honneur de la prévenir, que le même jour, j'ai fait une marche forcée par Maltolztoi, Veltolstoi, Stolichte. Arrivé là, j'ai trouvé des marais si impraticables sur ma droite, que j'ai dû descendre â Tscharnitsé, où j'ai couché. Le 27 j'ai du descendre jusqu'à Doclïchitsoui, pareeque les marais se prolongaient jusque là dans mon flanc droit.
Avant de partir de Duchnia j'ai expédié un officier du 8eme de lanciers et un Maréchal de logis du même régiment sur différentes routes , pour prévenir le général Vivier à Ghlubokoë, qu'espérant de pouvoir coucher le 26 à Sloboda près de Gholon-
44 Le oÉifÉBAL Comte de Wréde
bitschi, je comptais d'arriver infailliblement le 11 vers midi à Ghloubokoë.
Ayant trouvé dans ma marche du 26 les obstacles sus - mentionnés , qui me forcèrent le 27 de descendre jusqu'à Dokchitsoni, j'ai expédié à mon arrivée dans ce petit endroit un troisième lancier au général Vivier, avec la lettre, dont je joins copie ici sous N°. 1. Contre toute attente j'ai reçu de lui la réponse ci -jointe, sous N°. 2. Il ne m'appartient pas de taxer ou de juger cette conduite inconcevable du général Vivier, qui, au moment, où il savait que je fais des marches les plus forcées, que jamais troupe a pu faire , pour arriver à son secours , abandonne la ville de Ghloubokoe, un magasin très considérable, et un parc à ce qu'on me dit, de dix sept pièces de tout calibre, sans avoir été attaqué de l'ennemi; enfin d'après ce que viennent de me dire les soldats malades, qui arrivent dans ce moment ici, l'ennemi n'avait pas encore occupé hier à 6 heures du soir la ville de Ghloubokoe. Je suis arrivé ce matin à onze heures, et j'ai pris de suite position, et suis forcé par les marches incroyables que j'ai fait, de faire reposer les troupes aujourd'hui; mais demain je vais pousser des reconnaissances , pour voir où l'ennemi se trouve. J'éspére en même temps pouvoir m'organiser en espionage, afin d'avoir des nouvelles les plus positives de la position et de la force de l'ennemi. Si je peux parvenir à réunir quatre â cinq mille hommes, je marcherai en avant pourréoccuperGhlouboltoë, et pour empêcher l'ennemi d'emmener les pièces que le général Vivier à jette dans l'eau. Si votre Excellence peut m'envoyer, en outre , trois où quatre mille hommes , et parmi eux cinq cents hommes de bonne cavalerie, je lui
au Duc de Bassano. 45
promets, que je reprendrai tien vîtement l'offensive, et qu'il me sera facile de marcher sur les derrières de Monsieur le Comte Wittgenstein et de Steinheil, pour faciliter les opérations du 2eme corps, ainsi que du gème corps. Je prie votre Excellence de donner des ordres, que tous les soldats français, qui se trouvent dans ce moment- ci entre la route de Wilna et d'ici, soient arrêtés à Michailiky , et réorganisés en bataillons de marche. Je donne le même ordre pour les soldats du 6eme corps.
Si peu de force que j'aie dans ce moment- ci, votre Excellence peut être sûre, quelles que soient aussi les vues de l'ennemi sur Wilna, et si même* ce que je ne crois pas , il aurait fait un détachement sur la route de Vitsoui à Swentsiany, je tâcherai toujours de manoeuvrer de manière à anéantir ce projet. Je prie seulement votre Excellence de vouloir me tenir au courrant de ce qui se passe chez Monsieur le Maréchal Duc de Tarente, ainsi que des mouvements que font le 2^me et le gème corps.1 Dans la lettre ci -jointe, pour Monsieur le général Comte Merle, qui commande ad intérim le 2^me corps , je le préviens de naon arrivée ici.
Comme il ne me sera guère possible de faire un rapport détaillé à S. A. S. le major-général avant demain au soir ou après - demain , votre Excellence m'obligerait infiniment, si elle voulait donner le plutôt possible connaissance de mon arrivée ici à S. A. S. le major- général.
J'ai l'honneur d'être avec respect
signé : Wréde,
46 Le général Wréde au général Vivier.
Le général Comte de Wréàe au général Vivier. Doltszitsoui le 27 Octobre 1812.
Monsieur le général î
Les lanciers du 8eme que je vous ai hier et avanthier envoyé, vous ont prévenu de ma marche \ les marais que j'ai trouvés hier à Tscharnitse sont cause que j'ai dû diriger ma marche aujourd'hui par ici, où je dois nécessairement coucher, parceque l'infanterie et les chevaux de l'artillerie sont si fatigués qu'ils n'en peuvent plus. Je vous envoyé deux lanciers lithuaniens pour avoir de vos nouvelles, et d'apprendre si vous croyez pouvoir vous maintenir pendant la journée de demain à Ghloubokoe, parceque si cela se pouvait, je partirai à quatre heures du matin par Porplichtché pour vous réjoindre demain au soir. Si vous ne croyez pas pouvoir tenir demain dans la journée à Ghloubokoe , je marcherai par Boiaré sur Daniélowitschi ; donnez- moi donc Monsieur le général, par les porteurs de celle-ci, qui ont l'ordre d'être ici à minuit le plus tard , des nouvelles de votre position, de vôtre force, de la position de l'ennemi, et de ce que vous savez de sa force.
J'ai l'honneur de vous saluer avec une considération distinguée.
signé: Le général Comte de Wréde.
Le général Vivier au général Wréde. 47
Le gênerai Vivier au général Comte de Wréde. à Ghloubokoe le 27 Octobre à 4 heures du soir.
Monsieur le général!
V otre dépêche me parvient une heure après que mon mouvement de retraite est commencé. Monsieur le colonel Treuberg à dû vous instruire que je n'ai pas un seul homme de l'armée française et 20-0 et quelques hommes bavarois qui suivent mon mouvement jusqu'au parc de votre reserve; les cosaques sont déjà à l'entour de notre hôpital; je n'en connais pas le nombre; mais un régiment a couché avant -hier à Louiski. Monsieur Treuberg m'a dit que 1000 hommes d'infanterie russe sont arrivés hier vers les huit heures à Plissa ; s'ils marchent sur Ghloubokoe, il m'est impossible de m'y défendre. J'ai déjà détruit mon parc et partie des magasins, et je crois que la position n'est pas tenable, je veux donc continuer mon mouvement sur Wilna afin d'en couvrir la route et je laisserai vos troupes à votre grand parc.
Agréez, mon général, l'assurance de ma considération respectueuse etc. etc.
signé: Le général Raimond Vivier.
48 Le général Vivier au général Wréde.
Le général Vivier au général Comte de Wréde* à Daniélowitsche le 28 Octobre 1812.
Mon général !
Je trouve ici quatre vingts caisons de votre artillerie, et j'y laisse les deux cents bavarois qui formaient la garnison de Ghloubokoe. Si vous prenez une autre direction , je vous prie de leur envoyer des ordres.
Le peu de français que j'ai avec moi ne valent pas la peine d'être comptés , et je me dirige avec eux sur Wilna.
Agréez mon général l'assurance de ma considération respectueuse
signé : le général
Raimond Vivier.
Un rapport que j'ai reçu de Ghloubokoe me porte à croire que l'ennemi n'y avait pas paru ce matin à six heures . J ai fait ma route sans en rencontrer. Il est possible qu'il ait connoissance de nos mouvements de la droite, et qu'il craigne, en se «portant plus avant , de n'être plus à tems de se retirer.
Le Duc de Bassano au Comte Wréde. 49
Le Duc de Bassano à Mr* le général Comte de Wréde.
Wilna le 2 Novembre 1812.
Monsieur le Comte!
J'ai reçu la lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire le 3 0 de Daniélovyitsche , le 3 1 de ce mois, par la quelle vous m'anoncez, que vous comptez vous porter le 3 1 à Ghloubokoë. J'ai communiqué les informations à Monsieur le Duc de Reggio, et au major -général. J'ai fait partir également par courier les lettres adressées à Monsieur le Comte Merle.
Nous n'avons ici de disponible que le 4^me régiment westphalien arrivé hier, et qui a besoin de repos. Nous attendons aujourd'hui le régiment de Hesse-Darmstadt. Je compte pour quelque chose l'infanterie lithuanienne qui se trouve ici, et qui est fort nombreuse. Elle est bonne pour défendre une position , mais elle ne peut pas être mise en campagne. Vous voyez, Monsieur le Comte, que nous manquons pour vous appuyer, mais non pour vous renforcer.
J'ai des lettres du Duc de Tarente, datées de Stalgau le 30. L'ennemi avait fait une tentative sur ses avant -postes le 2Ç; il avait été battu partout. Le Maréchal rassuré sur sa gauche comptait marcher incessamment sur sa droite.
<jO l'E Duc de Bassano au Comte WhÉde.
Les différents corps de la 3 4cme division arrivaient successivement sur Tilsit, on j'ai mandé au général Loison d'envoyer sa réserve.
Je reçois des nouvelles du Prince de Schwarzenberg datées de Wirozembi le 30. Il m'annonce que le 29 l'ennemi s'est mis en retraite. Dans le cours de la journée, le général Régnier avait poussé une forte reconnaissance sur Simiatiche. Le même jour le 2^me corps , et 2 divisions de l'armée autrichienne avaient passé le Bug à Droghitschin.
Le lendemain, l'armée toute entière devait être en position , et commencer ses opérations à la poursuite de l'ennemi.
On m'apprend en ce moment, que samedi soir (31 Oct. ) un parti ennemi est entré à Widzi. Je ne sais pas encore, si le poste d'infanterie, qui était dans cette ville, l'aura repoussé, ou se sera retiré.
Je n'ai rien reçu du 2^me corps.
Si j'ai quelques nouvelles, je ne manquerai pas, Monsieur le Comte, de vous en informer. J'enverrai mes couriers sur Ghloubokoë.
Je prie Votre Excellence d'agréer les nouvelles assurances de ma haute considération
né: Le Duc de Bassano.
Le Comte Wréde au Duc de Bassano. 5l
Le général Comte de Wréde à Son Excellence Monsieur le ministre Duc de Bassano.
Barilc le 2 Novembre 1812.
Monsieur le Duc !
Jjjn communiquant, ci joint, à Votre Excellence copie de la lettre que j'ai adressée hier à mon arrivée ici à Monsieur le général de division Comte de Merle, portée par un lancier du 8eme, qui connaît le pays , et qui par le chemin le plus court se dirigera du côté de Lepel , j'ai l'honneur de la prévenir que j'ai pris position ici à Barile , celle de Ghloubokoë me paraissant trop aventurée pour le peu de forces que j'ai. Je tiens Ghloubokoë occupée comme avantposte, et je m'y suis porté ce matin, pour voir s'il y a moyen de retirer de l'eau les 2 7 canons, que le général. Vivier y a jette. Déjà j'ai pris des mesures pour faire transporter par Daniélowitze à Wilna, les 36 caissons de munition, laissés par le général également à Wilna.
Comme la glace couvre entièrement les canons, enfoncés dans le lac, on éprouvera quelques difficultés à les retirer, mais j'espère cependant d'y réussir. Le plus difficile sera de trouver les chevaux nécessaires pour les conduire à Wilna.
J'écris, parle même courier, à Monsieur le gouverneur général Comte de Hohendorp pour le,
52 Le Comte Wréde au Duc de Bassano.
prier de donner Tordre, que tous Messieurs les souspréfects et commissaires de districts retournent à leurs postes , et reprennent leurs fonctions , parceque sans cela on sera forcé de prendre les vivres et les fourages dans les villages, et les excès seront inévitables. Ce matin, une de mes patrouilles à pris un lancier russe en avant de Ghloubokoë ; d'après ce qu'il dit, son maréchal de logis, avec lequel il fut détaché avant -hier de Koubloutschi, où se trouvent deux escadrons de lanciers , 3 hussards et 4 dragons, était chargé de porter Tordre au magistrat de Ghloubokoë de leur délivrer les canons qui se trouvent dans cette ville. J'ai trouvé ce matin un homme, qui s'est prêté d'aller à Koubloutschi, et de là le long de TUschaz, pour reconnaître la position et la force de l'ennemi. Sitôt qu'il sera de retour, j'aurai l'honneur de communiquer son rapport à votre Excellence.
Je n'ai pas besoin de faire remarquer à votre Excellence , qu'il sera impossible que l'armée prenne des quartiers d'hiver, avant que l'ennemi ne soit rejette sur l'autre rive de la Duna, mais aussi il faut qu'entre la Disna et la droite de Monsieur le Maréchal Duc de Tarente, on ait établi une communication parfaite et que les différents corps se donnent la main.
J'ignore si la capitale de Wilna est toujours menacée du côté du Prince Schwarzenberg : si de ce côté il n'y a plus de danger, il me semble de la dernière importance de réunir toutes les troupes, qui se trouvent dans ce moment à Wilna , de les mettre de suite en mouvement pour les faire coopérer au grand but que je propose d'atteindre. La rigeur de la saison se fait déjà tellement sentir qu'il est à
Le Comte Wrede au Comte Merle. 53
prévoir qu'il ne nous restera que très peu de temps pour les opérations militaires.
J'ai l'honneur d'être avec respect.
signé; Le général
Comte de Wréde.
Le général Comte de Wréde à Monsieur le général
de division Comte de Merle, commandant U
oème corps.
Barile le 1 Novembre 1812.
Parla lettre que je vous ai écrite avant -hier, j'ai eu l'honneur de vous donner connaissance de mon arrivée à Daniélowitsche , et par celle, expédiée hier, je vous ai communiqué les nouvelles qui me sont parvenues sur la position de l'ennemi, et que j'allais me porter aujourd'hui sur Ghloubokoè".
Ayant appris hier au soir par Mr. le major Prince de la Tour et Tassis , qui. m'a apporté de Wilna des dépêches de Son Excellence Monsieur le Duc de Bassano, que le 2eme et Qème corps devaient opérer leur jonction le 30 au plus tard, et qu'ils devaient reprendre l'offensive aujourd'hui ou demain, je me suis décidé d'autant plus, à me porter sur Ghloubokoë> que par là je m'approcherai d'avantage de la gauche du oème corps.
54 Le Comte Wréde au Comte Merle.
Me voilà aujourd'hui à 4 petites lieues de Ghloubokoë, où je passerai la nuit; je pousserai des reconnaissances jusqu'à la ville même. Demain matin je prendrai avec tout mon petit corps d'armée la position de Ghloubokoë. Toutes les nouvelles qui m'arrivent, confirment que l'ennemi tient entre la Duna et l'Uschaz une ligne d'avant - postes , en commençant de Charkovezisna par Louijki et Selicze vers Uschaz, Ses forces ne doivent pas être considérables entre ces deux rivières, où qu'il se confirme, qu'une grande partie de ce corps a repassé la Duna. En cas que Mr* le Maréchal Duc de Reggio soit déjà arrivé au 2eme corps, je vous prie Mr« le général de mettre cette lettre sous ses yeux, pour que je sois instruit aussi vite que possible des mouvements que Jes oème et Qème corps vont faire; parceque, arrivé à Ghloubokoë , je dois régler mes mouvements nécessairement d'après les vôtres; et même si ces deux corps ne reprennent pas l'offensive de sitôt, je dois être bien sur mes gardes, afin que l'ennemi ne détache pas de nouveau des forces supérieures contre moi. Dans ma lettre d'hier, je vous ai dit que Vidzoni est toujours occupé par le général Coutard, et que l'ennemi, jusqu'au 2Ç, d'où se datent mes dernières nouvelles de ce coté là, n'a jamais poussé des reconnaissances plus loin qu'Opsa. Le Prince Radzivil avait fait de Dunabourg une démonstration surKraslaw, mais l'ennemi marchant à sa rencontre, il fut rappelle à Dunabourg.
Je vous prie Mr« le général d'agréer
signé: Le général
Comte de Wréde.
Le Duc de Bassano au Comte Wrédi;. 55
Le Duc de Bassano à Monsieur le général Comte de. Wrède.
Monsieur le Comte1.
J'ai retenu Mr* le Prince de Tour et Tassis jusqu'à ce moment dans l'espoir d'avoir quelques nouvelles a vous donner soit de Riga , soit de Dunabourg , soit de Widzoni. J'espérais aussi un courier du Prince de Schwarzenberg que f ai engagé de me faire parvenir un pour vous , du général. Monsieur votre frère, N'ayant rien reçu , je ne m'oppose plus au désir que Mr- de la Tour a de partir.
Le Prince de Radziwill avait fait de Dunabourg une démonstration sur Kraslaw, mais sur l'avis que de l'infanterie russe venait d'arriver h Kaminicz, et que Drouia de nouveau était occupé par deux régiments d'infanterie , autant de milices, 4 pièces de canons et un poste de dragons, houssards et cosaques, le général Grandjean a rappelé le Prince Radziwill à Dunabourg. Tout était tranquille du côté de Widzoni, où on avait les mêmes renseignements sur les forces , qui se trouvent à Drouia.
Je n'ai point de lettres de l'Empereur depuis le 20. Celles de cette date étaient écrites de Droitska à 60 verstes de Moscau.
56 Le Comte Wrede au
H y avait eu une affaire d'avant- garde assez
forte , mais je ne pouvais savoir encore quelle direction prendrait positivement l'armée.
Je suis très impatient de recevoir de vos nouvelles , M*- le comte j c'est de vous seul que je puis savoir promptement ce qui doit intéresser notre position à 'VVilna, et les nouvelles sur les événements que la réunion du Duc de Bellune doit amener.
J'ai l'honneur Monsieur le Comte, de vous offrir les nouvelles assurances fde ma haute considération.
Wilna le 30 Octobre 1812.
signé: Le Duc de Bassano.
Le général Comte de Wréde à Monsieur le Maréchal Duc de Tarente.
Baril e le 3 Novembre 1812.
Monsieur le Maréchal !
Le 18 du mois passé, au matin j'ai expédié de Polozk Monsieur le capitaine Baron de Gumpenberg, un de mes officiers d'ordonance , avec des dépêches de Monsieur le Maréchal Comte de St. Cvr, pour votre Excellence. Comme cet officier n'est pas de retour à l'heure qu'il est, je commence à craindre,
Duc de Tarbnte. 57
qu'il ne lui soit arrivé quelque accident. Je vous prie donc, Monsieur le Maréchal, de me donner des nouvelles , si cet officier vous est arrivé , et par quelle route il a été réexpédié.
Je ne parle point à votre Excellence des événements, qui ont eu lieu depuis le 18 Octobre près de Polozk, et dans ses environs, je pense que son Excellence Mr« le Duc de Bassano vous aura communiqué les détails que je lui ai adressés à cet égard.
Me voilà ici depuis avant -hier en position; ayant mes avant- postes à Ghloubokoe, et ne comptant, y compris ma cavalerie, pas tout à fait 4000 hommes sous les armes. Quoique j'ai expédié déjà 3 couriers au 2®me corps, lequel j'ai laissé le 20 prés de Lépel , aucune réponse ne m'arrive , et je ne puis ni continuer à manoeuvrer, ni me décider à faire un mouvement rétrograde.
Je pense que votre Excellence a été prévenue par Mr« le Duc de Bassano, que le 25 Octobre, l'ennemi à fait repasser à une partie de ses forces la Duna, près Drouia, pour les porter vers Dunabourg. — Depuis que Mr« le Maréchal Comte St. Cyr a quitté le commandement en chef du 2®me et 6^me corps , pour rétablir sa santé, j'ai pris le commandement en chef du 6®me corps. Monsieur le Maréchal , Duc de Reggio , a repris celui du 2ème corps.
J'ai l'honneur d'être avec respect.
signé: Le général
Comte de Wréde.
58 Le Comtb Wrede au
Le général Comte de Wréde à Monsieur h ministre Duc de Bassano.
Daniolonitsche le S Novembre 1812.
Monsieur le Duc!
L'ennemi, m'ayant présenté dans la journée d'hier et d'avant -hier de forts détachements de cavalerie, de cosaques , de lanciers et de houssards , sur toute la ligne en avant de Ghloubokoej l'avis certain qui m'est arrivé hier , que de leur camp de Koubloutschi, les russes ont détaché 5 00 chevaux sur Gholoubitschi pour tourner mon flanc droit, n'ayant point reçu des nouvelles du 2eme corps, et ayant au contraire reçu, par un officier du grand Duché de Berg, la nouvelle que l'ennemi a occupé Lepel le 1er de ce mois, ayant en même temps reçu l'avis, que l'ennemi doit avoir dépassé avec quelques forces Vidzoni, et qu'il a poussé des partis vers Postavouï; votre Excellence dans sa lettre du 2, m'ayant fait connaître, qu'elle ne peut pas m'envoyer des renforts; avec les moyens, qui sont à ma disposition, ne devant point engager au hazard une affaire , mais plustôt ménager mes peu de moyens pour couvrir la route de Wilna , j'ai cru devoir reprendre aujourd'hui avec le gros de mon petit corps la position de Daniélowitsche , pour rester maître de mes
Duc de Bassawo. 59
mouvements, et pour observer ceux de l'ennemi. En attendant j'ai employé les journées d'hier et d'avanthier pour retirer 9 pièces, des 27 canons jettes dans le lac de Ghloubokoë,
J'ai traîné ces pièces ainsi que 13 caissons à ma suite jusqu'ici, et je les dirigerai sur Wilna; les 18 autres pièces sont tellement enfoncées dans le lac, et couvertes de glaces, qu'il sera difficile de les retirer avant le printemps. Je continuerai d'envoyer des partis sur Ghloubokoë aussi longtemps que possible ; mais je n'ose garder définitivement ce point, que jusqu'à ce que le 2eme corps aura repris loffensive , et que je serai instruit de ses mouvements. Je pousse aujourd'hui 50 chevaux en avant par Postavoui, Joudounschitschki , et Kotsianoui, pour observer les mouvements de l'ennemi du côté de Vidzoni. Je pense que votre Excellence aura dirigé quelques troupes sur Sventianoui pour l'observer de ce côté. On veut prétendre que l'ennemi a fait marcher des forces considérables sur Vidzoni. Mais il paraît peu probable que les russes pousseront encore plus loin leurs partis, si Mr> le Maréchal Duc de Tarente s'est porté, comme votre Excellence m'a fait l'honneur de m'écrire, sur sa droite ; c'est ce qui doit nécessairement inquiéter l'ennemi du coté de Drouia.
Je suis impatient de recevoir des nouvelles du 2ème et çême corps, et je supplie votre Excellence de me les communiquer le plutôt possible, si elle en reçoit.
J'ai l'honneur d'être avec respect
signé: Le général
Comte de Wréde.
60 Le général Wrede a son
Le général Comte de Wréde à son altesse sérénissime, le Prince major - général.
Daniélcmitsche le 5 Novembre 1812.
Monseigneur!
Par mon rapport du 30 et 31 du mois passé, votre Altesse aura vu qu'étant prévenu par son Excellence Monsieur le Duc de Bassano, que le 2^rae corps, après avoir fait sa jonction avec le çéme ? devait reprendre l'offensive le 1er de ce mois; — j'allai me porter ce même jour à Ghloubokoë pour coopérer aux mouvements du 2*me corps. Mon avantgarde est arrivée à Ghloubokoë au moment, où l'ennemi avait envoyé l'ordre au magistrat de lui délivrer, les 27 pièces de canon, que le général Vivier a laissées là. J'ai tout de suite envoyé un lancier du 8cme, par des chemins de traverse, pour prévenir le 2eme corps de mon arrivée à Ghloubokoë; mais n'ayant reçu aucune réponse, ayant au contraire reçu l'avis, que l'ennemi a occupé Lépel le 1er de ce mois? son Excellence Mr« le Duc de Bassano, m'ayant écrit, qu'il ne pourrait m'envoyer des renforts de Wilna; l'ennemi m'ayant montré hier et avant -hier de forts détachements de cosaques, de lanciers et de houssards , le long de la ligne de mes avant-postes devant Ghloubokoë î ayant en outre reçu
ALT. SEREN. LE pRINCE MAJOR -GENERAL. 6l
l'avis qu'il avait détaché 5 00 chevaux de son camp de Koubloutschi par Gholoubitschi pour tourner mon flanc droit, et que même son corps de Gholoubitschi s'était mis en mouvement contre môij ayant en même temps reçu l'avis que l'ennemi, en. occupant Vidzoni, avait détaché des partis sur la route de Postavoui, j'ai cru devoir reprendre position ici, pour pouvoir régler mes mouvements sur ceux de l'ennemi, en couvrant toujours la route de Wilna, et n'engageant point d'affaire sérieuse, avant que le 2®me corps n'eût repris l'offensive , et que je fusse instruit de ses opérations.
En attendant je me suis occupé à retirer du lac de Ghloubokoë les Ç pièces de canon et les 13 caissons, qui y avaient été enfoncées le 27 du mois passé. Les 1 8 autres pièces de canon n'ont pli être retirées de l'eau, parcequ'elles sont trop enfoncées, et qu'une trop grande masse de glace les couvre. Je doute qu'on puisse les retirer avant le printemps. Les Ç pièces et les 1 3 caissons arrivés ici , seront dirigés sur Wilna , où ils seront mis à la disposition de Mr» le gouverneur général Comte de Hoggendorp.
J'ai l'honneur d'être avec un profond respect
signé : Le général Comte de Wréde.
62 Le Duc de Bassano
Le Duc de Bassano à son Excel, le général - commandant h 6*me corps Comte de Wrède.
Wilaa le 5 Novembre 1612.
Monsieur le Comte!
J'ai reçu ]a lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'éerire de Baril le 2 de ce mois et qui m'a été apportée par Mr« le lieutenant Baron de Menzingen. Votre Excellence a fait une chose bien utile en sauvant de Ghloubokoe une partie des objets précieux que Mr# le général Vivier s'est cru obligé d'abandonner dans sa retraite.
Je vais envoyer à Mr» le Maréchal Duc de Tarente la lettre que vous m'aviez adressée pour lui.
Je n'ai aucun renseignement précis à vous transmettre sur les 2^me et le gème corps. Si je dois en croire le rapport d'un agent, il y avait eu une canonnade assez vive le 31 du côté de TschaehniM et le premier de ce mois les bagages du Duc de Belluno auraient pris la direction de Bechenkovitschi, tandis que le 2cme corps paraissait se diriger du côté de Sienno. Ce rapport reçoit quelque consistance d'une information, dans le même sens, que le commandant de Borisow adonnée à Mr» le Duc de Reggio à son passage dans cette
au Comte de Wréde. 63
ville. Ce Maréchal y était encore le 2 ; il avait été contraire dans sa marche par l'impossibilité ou les partis que l'ennemi jette au loin, l'ont mis, d'aller directement de Wileika sur Borisow,
Je n'ai pas de nouvelles du Prince de Schwarzenberg depuis celles du 30 que j'ai eu l'honneur de vous communiquer.
Les administrations des districts ont reçu conformément à vos désirs l'ordre de rentrer à leurs postes.
J'ai transmis copie de vos dernières dépêches à S. M. et à Mr. le Duc de Reggio.
Le poste de Vitzoux a dû de nouveau occuper cette ville d'où il ne s'était retiré qu'après en avoir chassé l'ennemi et pour venir chercher des cartouches. On le fait renforcer par un bataillon de troupes lithuanienes de nouvelles levées.
J'ai l'honneur Mr« le Comte , de vous offrir les nouvelles assurances de ma haute considération.
signé: Le Duc de Bassano.
P. S. Les dernières lettres que j'ai reçues hier de S. M. sont datées de Vercia le 27. L'armée avait eu plusieurs beaux combats; le vice -roi dans une brillante affaire avait emporté le 25 , la ville de Maloia - roslavets et l'ennemi avait eu 5 à 6 000 hommes hors de combat.
64 Le général Comte Wréde
Le général Comte de Wréde à Monsieur le ministre Duc de Bassano.
Danièiovàtsche le 7 Novembre 1812.
Monsieur le Duc !
Votre Excellence se rappelera par ma lettre du 2 ou 3 , qu'arrivé à Barili le 1 Novembre , j'ai expédié un lancier du &àme avec ma troisième lettre pour Mr* le général Comte de Merle. Ce lancier avec beaucoup de peines a traversé la ligne ennemie, et il est revenu hier au soir.
Au lieu d'une lettre pour moi, il fut porteur de la lettre suivante, pour Mr« le général baron Corbineau :
»Mon général ! Je n'apprends pas sans »étonnement que votre brigade suive une autre »direction que celle du 2^me corps , et que vous »ne faites rien pour vous en approcher. Je »vais au 2ème corps en reprendre le com- »mandement. J'espère qu'on m'y justifiera »d'un mouvement , qui dans cette circonstance »me parait plus qu'extraordinaire. «
»Borisow le 4 Novembre 1 8 1 2.«
signé: »Le Maréchal Duc de Reggio.«
au Duc de Bassano. 65
Comme Mr» le général baron Corbineau fut précédemment mis sous mes ordres par Mr» le Maréchal Comte St. Cyr, qui commandait alors en chef les deux corps , je ne vois pas comment ce général peut être coupable d'avoir suivi mon mouvement 4 qui se faisait pour le bien de la cause commune, et qui m'avait été présent par un ordre du 24 Octobre. 11 est vrai que cet ordre ne m'est pas parvenu directement, car le porteur a été fait prisonnier; mais il m'a été transmis verbalement par Mr» le général de division Comte Maison , lorsqu'il m'a rencontré près de Voren»
Mais je suis bien éloigné de m'opposer à ce que Mr. le général baron Corbineau n'exécute sans délai les ordres de son Excellence Mr» le Maréchal Duc de Reggio ; j'ai donc chargé ce général de rappeler sur le champ ses détachements , qu'il a sur la route de Vidzoui, qui rentreront ce soir, et il partira demain de grand matin pour rejoindre en marches forcées le 2^me corps.
Votre Excellence, informée par mes lettres précédentes, que l'ennemi tient des forces assez considérables , et bien plus nombreuses que celles que j'avais jusqu'ici, entre Ghloubokoë et Koubloutschi, conviendra avec moi, que demain sans cavalerie, à 1 exception du peu d'hommes qui me servent d escorte; qu'avec 1937 hommes d'infanterie, je n'ose m'aventurer plus longtemps ; car éloigné de tout secours, je serai hors d'état de résister à des forces supérieures ; je dois donc nécessairement prendre une autre position en arrière entre Koubolnild et Constantinow, pour attendre les événements ou des ordres ultérieurs. Je suis bien peiné d'être forcé à ce mouvement, mais les circonstances paraissent le
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dicter. Je prie votre Excellence de vouloir en donner connaissance à son altesse sérénissime lo major -général, jusqu'à ce que je puisse moi-même lui adresser mon rapport.
J'ai l'honneur d'être avec respect
signé : Le général
Comte de Wréde.
Le gênerai Comte de Wréde à son Excellence Monsieur le Duc de Bassano.
Daniélowitsche le 8 Novembre lgi2.
Monsieur le Duc !
Comme par les moyens que j'emploie , je me vois assez bien servi par mes espions ; que je ne crains pas les hourras de cosaques, d'ailleurs sûr d'être prévenu à temps , si des forces très supérieures voulaient me tomber sur le corps , je suis bien décidé de garder la position d'ici aussi longtemps que possible, et de ne bouger de là seulement que quand des circonstances très majeures m'y forceraient. Comme il m'arrive un renfort de quelques centaines d'hommes de mon infanterie, je tâcherai de m'y garder aussi bien que possible.
au Duc de Bassano. 67
J'ai l'honneur de communiquer à votre Excellence différentes dépositions sur les mouvements ennemis j dans la journée il m 'arriveront de tous les côtés.
Mr» le général baron Corbineau s'est mis uu- Jourd'hui en mouvement pour coucher à Bocare et demain à Dogschutzoui, mais de là il ne sait pas trop bien quelle direction prendre vu son éloignement dii o^rae corps; et que pour faire sa jonction avec lui, il sera forcé de descendre la Berezina au moins jusqu'à Rudnia; mais il est probable qu'il arrivera trop tard, pour les opérations du 2ème corps , tandis que sur cette route- ci, sa brigade aurait pu être très utile aussitôt qu'on reprendra l'offensive.
Neuf pièces de canon et treize caissons que j'ai amenés de Ghloubokoë, sont partis aujourd'hui pour Wilna. Mr« le baron de Menzingen m'a apporté cette nuit- ci les lettres que votre Excellence m'a fait l'honneur de m'adresser en date du quatre de ce mois, et par lesquelles elle a bien voulu me faire connaître la marche de S. M. l'Empereur et Roi , et les brillants succès que la grande armée a remportés.
J'ai l'honneur d'être avec respect.
signé : Le général de cavalerie Comte de Wréde.