DE DEUX COSAQUES PRISONNIERS
D'où sait il que 6 000 hommes d'infanterie et l6 canons suivront le mouvement de la cavalerie ? Il les a vus à Drouja : l'infanterie était en marche; cependant on prétendait qu'elle étoit restée jusqu'à nouvel ordre à Luyski.
Est ce que l'infanterie compte beaucoup de milices parmi elle?
Il y a beaucoup de milices parmi l'infanterie et chaque bataillon en compte jusqu'à 100 hommes.
Où sont ils restés pendant tout l'été passé ?
*A Àbov, une ville sur la frontière de la Suéde, et commandés parle général S teinheil, qui vient d'être nommé Comte.
S'ils n'ont jamais manqué de vivres?
Ils ont été mieux à la frontière suédoise ; cependant leur corps reçoit tous les jours ou du pain, ou du biscuit.
Le général Comte de Wréàe à Monsieur le général Baron Corhineau.
Daniélowitsche le il Novembre 1812.
Monsieur le général !
En vous envoyant la lettre qui m'a été adressée par Monsieur le Duc de Bassano pour vous, je m'em-
106 LE GÉNÉRAL WRÉDE AU GÉNÉRAL CORUlIfEAU.
presse de vous prévenir mon cher général, que les ocme et tyème corps ayant dû commencer leurs opérations le 14, je me mettrai demain en mouvement pour Ghloubokoè", où tout le 6^mo corps se réunira après demain. D'après ce que Monsieur le Duc de Bassano m'écrit: Monsieur le Duc de Reggio aurait désiré que je marchasse sur Béréczino. Cela ne me paraissant plus possible , parceque la route de Wilna pourroit être compromise par le corps du général Wlastow, je commence par marcher à lui, et ce n'est qu'après l'avoir ou repoussé, ou laissé un corps pour le tenir en échec, que je pourrai me porter par ma droite vers Pouichna ou dans une direction plus directe ou plus haute vers Kamen. En attendant je pense que vous trouverez moyen mon cher général de vous approcher du 2eme corps, et de prévenir Monsieur le Duc de Reggio du mouvement que je me propose de faire.
J'ai l'honneur d'être avec une haute considération
Le général de cavalerie commandant le 6eme corps,
signé: Comte de Wréde.
Le Comte de Wréde au Duc de Bassano. 107
Le général Comte de Wréâe à son Excellence Monsieur le Duc de Bassano.
Ghloubokoc le 20 Novembre 1812.
Monsieur le Duc!
En communiquant à votre Excellence les dernières nouvelles que m'a adressées le général Baron Corbineau, et dont une grande partie, contenant le rapport du colonel Lubiensky, est certainement bien outrée, j'ai l'honneur de la prévenir que je suis arrivé hier ici vers midi , et que l'ennemi , qui avait occupé cette ville pendant plusieurs jours avec 300 cosaques, autant de dragons et 1000 hommes d'infanterie sous les ordres du colonel Andropov, l'a quitté avant - hier dans la nuit à la hâte ; soit qu'il ait été prévenu de ma marche, soit en conséquence d'autres ordres qu'il avait reçu. Pendant son séjour ici il a assez maltraité les habitans, et les a employés ainsi que son infanterie pour mettre à sec l'étang, dont il a retiré quatre pièces de canons.
Avant leur départ d'ici les officiers ennemis ne parlaient que de leur marche sur Wilna, et menaçaient de ne pas laisser pierre sur pierre dans cette capitale. Le soir avant la retraite, ils se disaient qu'ils allaient marcher par Porplichtché pour me
108 Le Comte de Wiuwe
tourner dans la position de Daniélowitsche , mais le fait est qu'au lieu de s'avancer ils se sont retirés et même a la hâte sur Louyki, où le général Wlastoff a réuni son corps; et s'est porté, probablement pour me tromper, espérant que je le croirais retiré sur Disna , dans la nuit , par Prozowki à Koublytschi , pour renforcer le général Wittgenstein. Cette manoeuvre n'est pas bête ; mais , heureusement , je n'en serai pas la dupé.
Arrivé hier ici j'ai naturellement du poursuivre l'ennemi par la route où il s'est retiré. Mon avantgarde s'est encore portée hier jusqu'en avant de Zaboré, et aujourd'hui jusqu'à Louyki parla gauche; par le centre jusqu'à Plissa; et par ma droite jusqu'en avant de Kowali. Ayant obtenu par ces mesures des nouvelles positives sur la direction que l'ennemi a pris, je me vois dès ce moment maître de mon mouvement , et je marche demain par ma droite sur Gholoubitschi , d'où j'arriverai aprèsdemain à Koublitschi pour le trouver et me mesurer avec lui.
Lorsqu'il aura filé delà par sa gauche pour passer l'Uchatz à Svonia et renforcer le général Wittgenstein : je le suivrai en prolongeant ma droite aussi loin que possible, pour enfin obtenir des nouvelles directes du oème corps, et y faire ma jonction. Il est bien pénible pour moi que de ce côté là aucune nouvelle ne me soit arrivée , ni aucun ordre parvenu, soit par son Excellence Monsieur le Maréchal Duc de Bellune, soit par Monsieur le Maréchal Duc de Reggio.
Son Altesse Sérénissime le Prince major -général m'a fait connaître dans une lettre, datée du 1 1 , que Sa Majesté l'Empereur et Roi a donné
AU DUC DE Ba6SANO. lOt)
les ordres, à LL. EE. Messieurs les Maréchaux d'attaquer vigoureusement l'ennemi, et que je dois recevoir leurs ordres ; mais à l'heure qu'il est je n'ai pas reçu un mot , à l'exception de ce que votre Excellence m'a fait l'honneur de m'écrire en date du 16. Dans ma réponse du 17, votre Excellence a vu que dans la disposition de me porter avant le 14 à Béréczino, où l'attaque des 2^me et Q^me corps devoit commencer, ces ordre? n'étaient arrivés sous deux points de vue trop tard 1°. parceque si cette attaque a réussi, comme il est à espérer, je serais en partant le 18 de Daniélowitsche arrivé beaucoup trop tard à Béréczino; et 2°. parceque ce mouvement ne pouvoit plus se faire, l'ennemi ayant porté pendant ce temps. là des forces sur ce point.
Enfin voyant clair dans ce moment -ci; ma gauche ne courant plus de danger; et n'ayant pas à craindre que l'ennemi puisse détacher des nouvelles forces sur mes derrières, avant que je me sois rapproché du o^me corps, rien ne peut rétarder ma marche par ma droite.
Il me semble que pour le moment même, m' éloignant d'ici, Wilna n'a plus rien à craindre; et je laisse, pour assurer ce point le plus qu'il est dans mon pouvoir de le faire, 600 hommes bavarois à Daniélowitsche, qui correspondront par leur gauche avec les postes de Vidzoui, et qui par leur droite seront en quelque correspondance avec le mouvement que je dois faire demain.
Je désire vivement de me trouver en état de pouvoir communiquer après -demain à votre
1 10 LE PftINCE MAJOR-GÉNÉRAL AU CEN. WREDE.
Excellence quelque nouvelle qui pourrait l'intéresser.
J'ai l'honneur d être avec respecl
signé: Le général
Comte de Wréde.
Le Prince major -général à Monsieur le général Comte de Wrk.de.
Smolensk le il Novembre 1812»
Monsieur le général de Wréde ; je vous renvoyé Monsieur le Prince de Salm. Le quartier -général est à Smolensk. L'armée prend position entre le Dnieper et la Dwina. L'Empereur a donné ses ordres au Duc de Bellune et au Duc de Reggio pour attaquer vigoureusement , l'ennemi. Vous êtes sous les ordres des Maréchaux, auxquels l'Empereur a fait connaitre ses intentions.
Vous connaissez Monsieur le Comte, mes sentiments d'attachement et de considération.
Le Prince de Neufchâtel major-général , signé : Alexandre.
lûB GÉNÉRAL COKBINEAU AU GÉNÉRAL WrÉD£. 1 1 1
Le général Baron Corbincau à S. E. Monsieur le général Comte de Wréàe.
Wolkolata le 18 Novembre 1812.
Mon général!
Malgré que je ne crois pas un seul mot du rapport de Mr« Lubiensky: cependant j'ai cru devoir vous l'envoyer. Il me semble même que chacun qui lui a donné ces nouvelles est un espion russe* Si je peux passer par Béréczino , Pouichna et Lepel , je le ferai, mais j'en doute. J'ai reçu enfin un ordre positif de Mr» le Duc de Reggio , que vous avez eu la bonté de m'envoyer , il est du Q Novembre. Si l'armée françoise a repris l'offensive le 1 4 , déjà nous aurions su le résultat de l'attaque : cependant d'après l'occupation de Minsk par les russes , Cela ne peut plus tarder.
J'ai l'honneur de vous prier mon général, de recevoir de nouveau l'expression de mon respect
signé: Le général
Baron de Corbineau.
112 Le général Corbineau
Copie d'un lettre de Mr» le colonel Lubîensky datée de
Sitzé le 1 7 Novembre 1812, adressée à Mr* le
général Baron Corbineau.
Mon général!
Je puis vous satisfaire complètement tant sur la marche de l'ennemi que sur sa position , en ayant les détails les plus sûrs. Ayant parlé avec un homme venant de Lepel, qui est très porté pour nous; l'armée russe est dans des camps aux environs de Lepel; elle est composée du corps de Wittgenstein, renforcée parle corps du général Steinheil, et de 3 0 à 40,000 hommes de milices que sont venus Je joindre: Elle est forte de 70,000 hommes maintenant encore. Disna , Drouia^ et les bords de la Duna étant occupés pas les milices russes , qui doivent être au nombre de cent vingt mille hommes , dont 3 0 mille ont joint Wittgenstein et Q 0,0 00 sont de l'autre côté de la Duna, ou en marche; ce sont les milices des Gouvernements dePskow ou Pleskow; de celui de Petersbourg et de celui de Moskau. Le 25 où le 26, le 2ème Corps a eu une affaire assez vive avec les russes, il avoit fait embusquer de l'artillerie et de la cavalerie, et on leur a tué plus de 1000 hommes; arrivé à Lepel le commandant du 2^me corps fit placer plus de cent canons au débouché et fit cantonner les troupes dans des baraques, le passage était impossible à forcer : le général Wittgenstein laissa une partie de son corps, commandé par le général Steinheil, devant le débouché, et avec l'autre il marcha sur Kamien pour tourner la position , ce qui force le généralcommandant le 2èiae corps d'évacuer Lepel, il n'y
AU GÉNÉRAL WrEDE. 113
eut qu'un petit engagement qui n'eut aucune conséquence.
Le 2Ç , 30 ou 31 l'ennemi attaqua le oème corps près Tschasniki. Les français avaient mis des canons au nombre de 25 dans le château de Smolance qui firent un terrible dégât dans les milices que le général Wittgenstein avait envoyé pour attaquer ces batteries. Mais l'artillerie russe alluma le château, et les français en l'évacuant n'ont pas eu le temps de prendre leurs pièces de canon ; le 2^me corps après cette affaire se retira à Sienno, où il se réunit au gème corps. La dernière bataille qui a eu lieu 9 n'a été décisive pour aucun parti ; les russes sont campés près de Lepel ; où ils ont fait des barraques ; ils annoncent qu'ils vont y prendre leurs quartiers d'hiver, les français ont 10,000 hommes àCzasniki; 20,000 hommes à Holopienicza où Kolopienicze, et le quartier -général des deux Maréchaux est à Lukomel. Il parait d'après cette position, qui est celle qu'occupe actuellement l'armée , que les russes se sont retirés après la bataille dans leurs camps prés de Lepel. L'Empereur était en marche avec 20,000 hommes de Witepskj les généraux Ertel, Zapolski et Schnatiov, qui sont àBobruisk, sont entrés en liaison avec le général Tormasov sur la rivière Pina.
Il a couché hier à 4 milles d'ici à Skiante, deux deDokdcyce, 1000 cosaques, venant de Bobruisk, pour rejoindre le corps de Wittgenstein à Béréczina, ou il a toujourg 3 à 400 chevaux, dont les patrouilles viennent tous les jours aux environs de Dokscyce. Les 1000 cosaques marchent toujours la nuit, ils sont suivis d'une journée par trois escadrons de cavalerie. Us ont pris en route un courier qui alloit à l'Empereur , et une vingtaine de prisonniers ; ils ont repris
114 Le GÉNÉRAL CORBINEAU AU GÉNÉRAL WrÉOE.
deux généraux russes prisonniers ; ils annoncent le passage de 30,000 homme , ce qui est pourtant difficile à croire.
Il est arrivé hier à Ghloubokoe beaucoup d'infanterie j les vedettes de cavalerie étant à Ghloubokoe ne sont qu'a 3 petites lieues d'ici. Ils établissent de grands magasins à Ghloubokoe et en ont de fort considérables à Zaborzé et à Plissa j ils semblent vouloir établir leurs quartiers d'hivers.
Je reçois dans ce moment votre lettre mon général avec l'ordre de partir demain pour Dolghinof à 7 heures ; si vous ne trouveriez pas mauvais , je partirai plus matin ayant l'ennemi fort nombreux tout à l'entour de moi , il serait très possible qu'il veuille tenter quelque chose demain matin -, cette nuit encore je redoublerai la surveillance. La route qu'ont pris les 100 0 cosaques et ceux qui les suivent, passe à 3 lieues de Dolghinof à la même distance de Buzlau ; ils marchaient avec un si grand mystère, qu'à une lieue de là, à Sitzé , le 1 7 Novembre 1812 cinq heures et demi, personne n'en savait rien.
signé : Lubiensky.
Le Comte Wréde au Duc de Bassano. 115
Le gênerai de cavalerie Comte de Wrède à son Excellence Monsieur le Duc de Bassano.
Dockschùtzoui le 23 Novembre 18 12.
Monsieur 4le Duc!
En accusant la réception de la lettre que votre Excellence m'a fait l'honneur de m'adresser , en date du 1 Q , par Monsieur le major Baron de Gumppenberg-, j'espère qu'EUe aura reçue la dépêche que je lui ai expédiée de Ghloubokoë en date du 20, et par laquelle, je lui ai annoncé que j'allais me porter le 21 par ma droite sur Gholubitsche. . Arrivé là et ayant poussé le même jour mon avant -garde jusqu'à Zavasia, j'ai appris que l'ennemi avait filé par Uchatz, ce qui était conforme aux dépositions de 6 prisonniers de différentes armes que mes reconnaissances avaient ramassés la veille. De mes espions je n'ai pas pu avoir des nouvelles, parceque l'ennemi m'en avait arrêté les jours précédents trois dans les environs de Ghloubokoë et de Loujski, et en avait pendu un à ce dernier endroit. Ayant enfin des éclaircissements sur la marche de l'ennemi, elle se trouve justement telle que j'ai dû le désirer. Car si j'avais eu les
1 1 G Le général Comte Wrlde
mains libres, j'aurais pu marcher sur ses derrières, ou bien j'aurais pu lui rompre le pont sur rUchatz, et me porter avec rapidité sur Disna: où il a des ponts, et faire une expédition sur son grand parc, qu'il a foîblement gardé près de Valentzoui, et porter la terreur sur la rive droite de ïaDwïna; mais j'ai dû renoncer à ce beau projet, devant craindre que Monsieur le Maréchal Duc de Reggio, qui, conformément à la lettre de votre Excellence du 16, a désiré que je m'approche de Béréczino, pour attendre son coup de canon qui devait commencer le 1 4, ne puisse me reprocher de n'avoir pas suivi cette instruction et d'avoir préféré d'agir d'après d'autres vues que j'ai cru exécutables. J'ai donc fais hier un mouvement par mon flanc et je suis arrivé à l'aide d'une marche forcée ici. L'ennemi qui avait occupé à différentes reprises cette ville , l'a abandonnée hier matin, après avoir évacué et conduit à Lepel le magasin qui se trouvait ici. J'espérais trouver quelques renseignements sur les mouvements des 2éme et Qcme corps , mais à en juger d'après les dépositions ci -jointes d'un paysan, qui est revenu vendredi passé de Lepel, il parait, que l'attaque générale projettée pour le 14, n'a pas encore eu lieu, ou qu'elle n'a pas eu des suites prononcées. Enfin, le général Francesîty attaquera demain le poste que l'ennemi doit avoir à Béréczino, et y tirera dans tous les cas quelques coups de canons, pour donner connaissance au 2^me corps, que je suis à la hauteur qui me fut désignée. Aj^ant trouvé un homme, qui s'est offert de porter de mes nouvelles au Maréchal Duc de Reggio, je l'ai chargé du billet dont je joins copie ici:
au Duc de Bassano. 117
Copie du billet envoyé par le paysan Jaques Klinski
au Maréchal Duc de Reggio expédiée de Dock-
schiitzoui le 2 5 Novembre 1812.
»Je suis arrivé hier à la hauteur qui m'a été indiquée »par Monsieur leDuc deBassano dans une lettre datée y>du 1 6 Novembre, et qui ne m'est parvenue que le »1 7, d'après laquelle les gcme et 2^me corps auraieitt »dû commencer leur attaque ce 1 4.
»Les motifs qui ont dû m'engager de commencer *par faire une marche sur Ghloubokoë avant de me »porter ici, seront connus à votre Excellence par «Monsieur le Duc deBassano. Demain je ferai atta- »quer le poste de Béréczino, espérant que vous entendrez le canon qu'on va tirer. Si d'ici au 25 au »soir je ne reçois pas des nouvelles de votre Excellence »ou des ordres positifs, je ferai un autre mouvement, »pour marcher sur les derrières de l'ennemi. « etc. etc.
Il est bien pénible et désagréable pour moi, après tant d'efforts que j'ai déjà fait de mon coté, pour avoir des nouvelles du 2eme corps , que je ne peux recevoir aucune instruction positive de leurs Excellences Messieurs les Ducs de Bellune et de Keggio. Si d'ici au 2 5 au soir l'émissaire, que j'ai envoyé aujourd'hui à Tschereia , ne m'apporte aucun ordre, je crois mieux faire de manoeuvrer sur les derrières de l'ennemi. Par les marches et contremarches beaucoup de temps se perd , les maladies affoiblissent tous les jours le nombre des combattants et aucun mouvement sérieux et décisif n'en resuite. Si par hazard votre Excellence, à l'arrivée du Prince de "Ja Tour, aurait quelques nouvelles du 2cme ou çème corps, je la prie de le réexpédier le plustôt