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Les dates étant ainsi rétablies, j'ai beaucoup plus raison de croire que l'information que j'ai donnée le 5 novembre, quoique dédaignée par M. Laverdière, a servi à quelque chose! L'empressement de M. Casgrain à aller le lendemain, ou le jour suivant, deux fois chez M. O'Donnell (1); la connaissance positive qu’il a eue d'une voûte à la basse-ville (2); tout cela ne suflisait-il pas pour faire opérer la découverte qui s’en est suivie? Et cette connaissance d’une voûte dans l’escalier-Champlain w’était-elle pas suflisante pour donner à l’esprit de ces Messieurs une clairvoyance plus grande dans l'étude des textes qu'ils consultaient ? Très-certainement, ct je vais le prouver par la brochure de ces Messieurs. Je serai libéral dans mon procédé, et je prendrai la date la plus reculée, celle du 7, comme le jour où M. Casgrain alla pour la première fois chez M. O’Donnell.
Eh bien! que mentionne la brochure, ce mème jour du 7 novembre, AVANT que ce Monsieur ne fût allé rendre visite à M. O’Donnell ? On y lit ce qui suit:
“7 novembre, mercredi, 94h. du matin.—Descente dans les caveaux de la Cathédrale.” (pour la recherche du corps de M. de Champlain et autres qui auraient pu être transportés de l’ancienne Chapelle de la Recouvrance ou celle du Gouverneur en cet endroit). “ Grand désappointement: tout est rempli j: qu’au pavé, à l'exception d’un grand sillon sous la Chapelle S inte-Anne. Au retour, examen des régistres ; nous remarquons (ce qui ne nous avait pas frappé jusqu'alors) que M. Gand et le P. Raymbault ont été enterrés dans la Chapelle de Champlain après l'incendie de 1640. Là-dessus grande discussion.”
Viennent ensuite les visites de M. Casgrain chez M. O’Donnell, où il apprend laffaire de la voûte :
Même date: “ À la veillée nous continuons de discuter, et repassons les textes: Sagard, Cliamplain, Catalogue des Bienfaiteurs, Relations, Régistres, etc., Conclusion: donc la Chapelle de Champlain n'était pas à la haute-ville ; donc elle était à la bassevilles... 7 (9%
Il est vrai qu’il ft convenu que le lendemain matin on irait
ne
(1) Brochure de MM. Laverdière et Casgrain, page 17.
(2) Lettre de M. H. O’Donnell du 16 novembre, insérée dans cette brochure, page 8.
(3) Brochure de MM. Laverdière et Casgrain, pege 16.
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visiter les caveaux de l'église de la Basse-Ville ; ‘mais cétait
évidemment pour pouvoir dire le 8 novembre :
Impossible que le tombeau de Champlain puisse être là ! (1)
D'ailleurs, sous de telles circonstances, il était prudent de ne pas aller trop vite, en supposant même que les écritures de ce journal aient réellement été faites dans le temps et aux jours marqués.
Après tant d’'inexactitudos et d’aflirmations lécères commises par ces Messieurs, on no peut trouver mal que je réclame le bénéfice du doute ; je pourrais même, si je le voulais, PROUVER que tout le
journal a été écrit après coup !
Mais allons plus loin, et voyons quelle somme d'informations ces Messieurs, par suite de leur étude des textes on manuscrits trouvés, possédaient avant les démarches de M. Casgrain chez M. O’Donnell.
On se rappelle, sans doute, l'émouvante nouvelle que donna au public M. Laverdière, lors de notre discussion dans les journaux, touchant la découverte de vioux manuscrits qui promettaient d'importantes révélations, à tel point que M. Laverdière ne crut trouver de plus puissantes armes pour me combattre, que de publier à grand fracas la nouvelle de cette découverte de textes inédits. J'ai lieu de croire que c’est par, suite des enivrements causés par cette bonne fortune, qu'ils décidèrent de me jeter en dehors de leur chemin, en écrivant qu'ils ne me devaient rien ! Citons plutôt :
‘“ A l’occasion de documents curieux et fort anciens trouvés par M, l'abbé Casgrain dans les archives de la fabrique de Québec, et qui avaient rapport à Notre-Dame de Recouvrance, nous conçûmes lespoir de retrouver dans ces vieux papiers quelques traces de cette Chapelle hêtie par Champlain, de celle de Champlain même, et par suite, de son tombeau.” (2)
Cette révélation fut agréablement reçue et piqua la curiosité publique au plus haut degré, parce qu’elle laissait espérer que de cette belle et importante mine historique, jailliraient de grands éclaircissements.
Maintenant, voyons par la brochure, à propos de ces vieux papiers, dont on à tant parlé, et qui ont été trouvés, paraît-il, le
(1) Brochure de MM. Laverdière et Casgrain, page 16. (2) Lettre de M. Laverdière du 22 novembre.
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4et le 5 novembre, voyons quels renseignements ils ont fournis à mes deux antagonistes pour les conduire comme ‘ pas à pas” dans le tombeau de Champlain :
Dans l’un, intitulé /nventaiïre général des biens meubles appartenant à la sacristie de N.-D, de "Kébec, 1610, M, Oasgrain y remarque l’article suivant : #6 pauvres images du travail de feu M, de Champlain.”
Dans l’autre, Ze Livre de l'Eylise, Paroisse de Québec, où se trouve ‘ l'acte authentique de la pose de la première pierre de la athédrale, en date du 23 septembre 1647, ces Messieurs déclarent : “ que M. Ferland a fixé trois ans trop tôt la construction de cette église!” (1). Pas possible !
Puis, c’est tout ! Pas un seul autre renseignement n’est consigné dans la brochure de ces Messieurs, comme ayant été trouvé dans ‘ ces deux précieux documents,” ainsi que la brochure les désigne dès sa première page.
Vraimunt ! ça ne valait pas la peine de proclamer si haut l’importance de ces manuscrits, et de jeter à ce sujet tant de poudre aux yeux du publie ; c'est presque àe la moquerie !
Le 6 novembre, ces Messieurs discutent longuement sur la probabilité de la translation du corps de Champlain dans la Cathédrale.
Enfin, le 7, on trouve ce que j’en ai reproduit plus haut, page 21.
C’est Ïà tout le bagage d'informations que possédaient ces Messieurs, avant de songer à descendre à la basse-ville chercher le tombeau de Champlain, et il n°y a pas de doute que la connaissance que MM. Laverdière et Casgrain avaient de la voûte les détermina à prendre ce parti, * malgré toutes leurs convictions précédentes,” comme le dit lui-même M. Laverdière.
Quant aux contradictions on aux fausses interprétations qui se trouvent dans la brochure, elles pullulent ; mais, pour abréger, je n'en rapporterai que les suivantes :
1°—A la page 12, on lit:
“ Conduits ainsi, pas à pas et comme malgré nous, à placer la Chapelle de Champlain en cet endroit (à la Basse-Ville)..... nous allons donc, sans tarder, le 10 Novembre, nous adresser à M.
O'Donuell, Vun des Ingénieurs qui ont présidé aux travaux de l’aqueduc.”
(1) Brochure de MM. Laverdière et Casgrain, page 15.
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La rédaction de ce morceau fait assez comprendre que ces Messieurs faisaient là une première visite ; cependant, nous avons vu, à la page 17, que ce fut le 9 novembre que se firent les premières visites, et l’on se rappelle le témoignage de M. O’Donnell, qui a fixé au 6 ou 7 novembre, c’est-à-dire à la seule époque véridique, sa première rencontre avec M. Casgrain.
29— Par rapport aux trois crânes trouvés à environ 25 pieds du milieu de la voûte de l'escalier (1), ces Messieurs disent :
‘ Ce sont bien là les corps du frère Pacifique Duplessis (enterré la Chapelle de Kébec en 1619—Sagard, p. 55.), de M. Gand et d: P. Raymbault.” (2).
Cette affirmation n’est pas exacte, et vous apportez là, Messieurs, une preuve qui ruine votre argumentation ! Comme la Chapelle de Champlain n’existait pas alors, le frère Duplessis n’a pu y être inhumé ; d’ailleurs, le texte que vous publiez vous informe qu’il le fut dans la Capelle de Kébec, c’est-à-dire dans celle qui fut construite en 1615, par M. de Champlain et le P. Dolbeau. Vous vous fourvoyez chaque fois que vous évoquez le texte de Champlain, éd. de 1619, fol. 10, dans votre brochure, pour en faire surgir la Chapelle de Champlain proprement dite. De plus, en l’année 1854, les ossements du frère Pacifique Duplessis ne pouvaient être trouvés en quelque endroit que ce fût de la basse-ville, parce qu’ils reposent depuis plus de deux siècles dans les caveaux de la chapelle de l'Eglise de Notre-Dame des Anges, aujourd’hui l’Hôpital-Général ! Pour preuve: je vous renvoie à l’Æistoire du P. Leclercq, 1er vol. p. 375.
Quant à M. Gand, décédé en 1641, et au P. Raymbault, mort en 1642, ils furent inhumés, en effet, dans la Chapelle de Champlain, laquelle était alors construite! Et vous devez maintenant vous douter, Messieurs, par qui cette Chapelle fut construite, en quelle circonstance, et vers quelle époque.
Quant au P. Raymbault, qui fut enterré prés du corps de Champlain, et dans la Chapelle de Champlain (3), je trouve que 25 pieds
(1) Une lettre de M. Baldwin, de Boston, surintendant des travaux de l’aqueduc en 1854, mentionne le fait suivant dans une lettre qu’il vient d'adresser à M. H. O’Donnell : ‘“ Three Human skulls were found 9 feet deep, april 10th 1854, in digging for the 8 inches stop cock well at the head of Sous-le-Fort street, only about iwenty-five feet from the middle 'of the vault.”
(2) Brochure de MM. Laverdière et Casgrain, page 18.
(3) Brochure de MM. Laverdière et Casgrain, page 5.
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du corps de Chamrouve que 25 pieds
ndant des travaux de ne lettre qu’il vient ere found 9 feet deep, ck well at the head of middle 'of the vault.”
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sont une distance fort considérable, surtout à l’intérieur d’une petite chapelle, pour aflirmer que c'est bien Ià le corps uu P. Raymbault, etc.
Je serais même tenté d'ajouter que l’église de la basse-ville, incendiée depuis 1632, fut reconstruite par M. de Montmagny, vers l’époque de celle de Champlain, ou peut-être à la suite de lincendie de la Chapelle de N. D. de la Recouvrance, arrivé au milieu du mois de juin 1640. Si tel était le cas, alors il y aurait eu à la basse-ville, à l'époque du décès de M. Gand, deux Chapelles : (outre la Résidence et la petite église de bois des Dames Ursulines. — Üistoire des Ursulines, ler vol. p. 59.) la Chapelle de Québec, c’est-à-dire l’ancienne Chapelle de 1615; et la Chapelle mortuaire de Champlain, qui a coûté tant de soucis à MM. Laverdière ct Casgrain.
Je crois trouver le témoignage de cette supposition dans la brochure de ces Messieurs, dans l’acte même de sépulture de M. Gand, qu'ils y insèrent sans y rien comprendre, et dans lequel il est dit :
“ Le 20 Mai 1641 mourut François de Ré dit M. Gand... et ‘ ce en la chambre, qui est soubs la Sacristie et Chapelle du dit ‘ Kébec, où il avait passé l'hiver. Le même jour on chanta les ‘ vêpres des très-passés pour lui, et le lendemain 21 du même mois
“ après l’office des morts et la messe chantée solennellement il fut ‘enterré en la Chapelle de M. de Champlain.” (1)
C’est-à-lire que les céré monies de l’église se firent à la Chapell de Québec, et l’inhumation à quelques pas de là, dans la petite Chapelle de Champlain, au pied du Cap, là où ces Messieurs disent avoir trouvé le Tombeau de Champlain, à force de textes, et pas à pas !
Désireux d’en finir, je vais passer par-dessus bien d’autres faits, puis constater la jolie affirmation de M. Laverdière, à propos de la première visite de M. Casgrain chez M. O’Donnell :
6 ,,,..... Il faut remarquer que, le matin même de ce jour (vendredi, 9 novembre), M. Casgrain, à la suggestion de M. Cannon, était allé chez M. O’Donnell, lui demander des renseignements... ......et cela sans que j'en susse rien, et sans que J’eusse pensé à communiquer à personne les informations de M. Drapeau. Ilya plus ; samedi l’après-midi, nous descendions, M. Casgrain et moi,
(2) Brochure de MM. Laverdière et Casgrain, page 6.
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dans le tombeau de Champlain, et M. Casgrain ignorait encore que M. Draperu w’eût rien dit à ce sujet; cependant nous avons toujours étudié et discuté les textes conjointement. ?? (1)
Quoiqu'il paraisse considérablement étrange que M. Laverdière pût ionorer la première démarche de M. Casgrain chez M. O’Donnell, le vendredi, 9 novembre, la veille même de la découverte du tombeau, surtout quand on étudie et discute les textes conjointement, cependant cela peut arriver.
Mais M. Laverdière a-t-il le même droit de plaider ignorance et de s’attendre à être cru, quand les faits viennent dévoiler que cette ignorance à dû cesser d’exister le 6 ou le 7 novembre, après les visites de M. Casgrain chez M. O’Donnell, et qu’alors M. Laverdière ne pouvait plus écrire, surtout la veille de la découverte du tombeau, vendredi, 9 novembre, qu’il ignorait ce fait, puisqu’i était accompli depuis le mardi ou le mercredi d'auparavant !
Je vais en rester là.