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Observations sur la controverse

Pendant les travaux de notre visite Pastorale, un débat s'est élevé dans l'enceinte des Chambres législatives au sujet de la liberté d'enseignement (1); il a été précédé et suivi d'une polémique fort vive entre le§ divers organes de l'opinion publi(jue.

Nous ne nous plaignons pas de n'avoir pu prendre la parole au moment où la lui le ('toit le plus animée. Lorstpie les esprits sont \i\(Mucnl énuis, il est bien diiru ile d'être écouté ou de se défendre de certaines préoccupations, c[uc nous

(1) Séance de la Chaiul)io des Députc.s, du -17 mai.

désirons éviter, et qui pourroient (railleurs être peu compatibles avec nos devoirs de Pasteur.

Sans donc regretter le temps déjà écoulé, nous profitons d'une discussion devenue plus calme, et d'une plus grande liberté d'esprit.

Nos Observations n'ont d'autre but, que de faire disparoitre des malentendus fort graves, et fort préjudiciables aux intérêts de la Religion et de l'Église. En rappelant des faits déjà connus, et en les expliquant avec une parfaite bonne foi, en exposant des vues et en exprimant des désirs conformes, nous croyons pouvoir l'assurer, à ceux de la plupart de nos Collègues dans l'Épiscopat, nous annonçons assez clairement que notre intention est de ne faire la guerre à personne. La guerre est de sa nature si destructive, qu'elle profite rarement à ceux-là même qui la font avec succès. Nousyenons rappeler une promesse, un droit, et prouver que nous n'avons pas mérité d'en être frustrés. Nous le ferons dans des termes pleins de modération et de bienveillance pour ceux-là même dont nous ne pourrions partager la manière de voir.

Pour être mieux compris, nous commencerons par rappplfM' le véiitable sujet de la discussion; après quoi nous dirons : 1" (piel a été

l'objet principal des réclamations de l'Épiscopat; 2° quelle espèce de liberté nous désirons dans l'enseignement public.

La Charte de 1830 avoit promis cette liberté, à la suite d'une révolution faite dans l'intérêt des libertés publiques. La nécessité de ces libertés, leur importance, l'immensité de leurs résultats avoient dû être l'objet des plus sérieuses réflexions de la part de ceux qui travailloient à les faire triompher. Si pour les conquérir ils ont exposé aux chances terribles et toujours incertaines des révolutions le repos de la France et de l'Europe, ils ont dû être certains qu'ils poursuivoientune conquête digne d'un tel enjeu.

Voyons cependant ce qui s'est passé au sujet de la liberté d'enseignement. Par une loi votée en 1833, le Gouvernement a déjà essayé de réaliser les promesses de la Charte dans les Ecoles primaires. L'enseignement secondaire a été moins heureux. Il n'existe encore (]ue deux projets iiuililement discutés, et un troisième dont la discussion nous est promise.

Si depuis treize ans tous les Evêques de Iwani e avoient eu recours aux nombreux movens de |)ul)hcité autorisés [)ar la loi j)()ur r(H lanwM- une lilxMté sincère et éleiulue , ils u'aiiroitMit Wùt

qu'exercer iiii droit bien légilinie, el (jue personne ne peut leur contester. Toutefois, telle n'a [)as été leur conduite. Pendant onze ans ils ont gardé le silence le plus absolu.

Dès 1831, quelques écrivains catboliques fondèrent le journal L Avenir. Ils s'annonçoieni comme \<nilant à tout prix revendiquer la liberté d'enseignement. Les rédacteurs ne mancpioient ni de talent ni de zèle; mais, parce qu'ils crurent devoir employer un ton de colère et de menace, les Evéques de France, qui se sont toujours fait une loi de la modération et de la charité, demeurèrent plus qu'indifférens à leur polémi(|ue ; il est même certain qu'ils la blâmèrent hautement.

En 1837, un projet de loi est discuté à la Chambre des Députés. Avant la discussion, les Évèques sont appelés à émettre un avis sur les dispositions qui pouvoient intéresser leurs petits Séminaires. Ils s'empressent de répondre, mais, depuis six ans, leurs observations sont demeurées inconnues. On n'en a soupçonné l'existence que par quelqu(^s mots échappés au Miiiistre qui avoit le portefeuille des Cultes en 1837, et au Ministre cpii, en 18V(), étoit cluugé du portefeuille de rinslruction pul)rKjiie.

La discussion abandonnée en 1837 lui lepiise en 1840, mais avec de nouvelles conditions jugées par les Évèques moins favorables que celles du premier projet. Presque tous réclamèrent : les uns en écrivant au Minisire des Cultes, les autres en s'adressant au public. Ces observations étoient en général dirigées conlre les dispositions qui intéressoient les petits Séminaires, et que les Évéques regardoient connue propres à y porter la perturbation. Elles ont donné lieu, ainsi que le projet lui-même, à un malentendu qu'il est important d'expli(|uer; il a été le point de départ d'une polémique (jue des intérêts opposés ont rendue dej)uis si irritante.

M. le Minisire de l'instruclion pul)lique désiroit ne point faire entrer les pelils Séminaires dans son projet de loi. Une céda, il faut lui lendre cette justice, (ju'aux instances de (juehjues hommes polili(|ues d'un noble caraclcic, cl foil zélés pourlesinlérélsdclalU'ligion.llscrurciUlesser\ir en faisant placer l(»spelils Séminaiicsdanslcdioil conunun.LesKvc((ucs auroicnla[)j)laudià ce projet , si le dioil cornu nui (juc j)r()p()S()il le (iouvcrncmcnl u^m'iI couKmui des disposilions (|iii eu rcndoieni le bcncfii c ilbiMuir pdiii la liiandr

majorité des diocèses. La pensée de M. le Ministre étoilderenleriner le Clergé dans l'enceinte des petits Séminaires, de l'empêcher de sortir du terrain Tort circonscrit sur lequel l'avoient placé les ordonnances de 1828, et que la jurisprudence universitaire resserroit tous les jours davantage.

La pensée des catholiques dont nous venons de parler étoit d'établir, entre l'Université, les diverses Institutions vouées à l'enseignement, et le Clergé, une concurrence également utile à tous, et surtout à la jeunesse française.

L'Épiscopat ne pouvoit rejeter un tel dessein; mais il vit dans le projet de loi de 1841, au lieu d'un moyen d'exciter une utile émulation, des conditions très-peu favorables à la liberté.

En efllèt, une Institution rivale devoit en être le juge souverain, et le Clergé n'étoit point d'ailleurs en mesure d'y satisfaire, par suite de la situation qu'on lui avoit faite depuis treize ans. D'autre part, il voyoit les petits Séminaires, déjà soumis à de dures exigences, menacés dans leur existence. Il poussa un cri d'alarme qui étonna M. le Ministre de l'Instruction pu])li(iue; car il désiroit de tiès-bonne foi laisser en paix les petits Séminaires, pourvu (pic les Lvèques fusseni

contraints de renoncer à former d'autres ctablissemens.

Les réclamations des Evéques, si nos souvenirs ne nous trompent pas (1), étoient surtout et avant tout, en faveur de l'indépendance des petits Séminaires; d'où il suit que, même en 1841, onze ans après la promulgation de la Charte, l'Episcopat laissoit à d'autres à réclamer le plein et entier accomplissement d'une promesse solennelle consignée dans la loi fondamentale. Qui oseroit accuser d'exagération des Pasteurs, qui, à quelques exceptions près, réduisoient à ce point leurs réclamations?

On s'est plaint (ju'ils aient plaidé cette cause dans les journaux. Mais où pouvoient-ils la plaider? Dans des lettres particulières au Ministre des Cultes? En 1837 elles étoient demeurées ignorées, et ils ont craint ([u'elles n'eusseni le même sort en 18il. Dans des Mandemens? On menace de les déférei* au Conseil d'Etal.

(1)11 y eut pourtant quelques exceptions. Ainsi M>' l'Ai rliovêque de I^yon léclinua une liberté senihlaMe à celle <|ui existe en J5elj;ique.

Dans une lettre à M. le comte de Montalenibei t, nous rxpiiniions un vœu Tavoiable au droit coniuuni , pourvu «jii'il ne renl'erniàt pas un niono])oledé{Miisé. M^' rAiilu vè(pie de Bordeaux forni.i un vfiui À peu ])rès sendilable.

Dans des pélitions aux Chambres? Mais les pétitions auroient pu n'être discutées qu'après la loi, et devenir ainsi complètement inutiles. Les Evéques redoutoient d'autant plus ce dernier inconvénient, que d'après des renseignemenspeu exacts plusieurs journaux leur faisoient craindre une prompte discussion. S'il étoit permis aux Evéques de se réunir pour délibérer sur les grands intérêts de la Religion, il est probable qu'ils se dispenseroient de recourir à la presse quotidienne.

Dans cette circonstance, il est quelque chose de beaucoup plus regrettable que la polémique dont nous venons de parler, c'est l'ignorance de deux faits qui mieux connus auroient donné une direction plus utile aux réclamations.

D'une part, le projet de loi qui venoit d'être présenté ne devoit pas être discuté. D'autre part, les dispositions de ce projet qui menacoient les petits Séminaires étoient celles auxquelles M. le Ministre tenoit le moins.

La connoissance du premier fait auroit conseillé plus de lenteur, et permis plus' de concert. La connoissance du second auroit révélé (|ne la grande, que l'unique difficulté étoit ù'ohlcnir une liberté assez large pour ([u'il fut

facile à tous les bons Instituteurs d'en profiter.

Les faits ignorés au moment où les réclamations se succédoient rapidement, ayant été mieux connus , quelques Evéques se bornèrent à demander que les dispositions des ordonnances de 1828, portées à une époque de réaction contre le Clergé, ne fussent pas rendues plus oppressives.

Elles rétoient devenues, en effet, {)ar une double cause. D'une part, le diplôme de bachelier, qui n'étoit exigé que pour quelques carrières , avoit été successivement imposé pour toutes; en sorte qu'on ne peut désormais sans cette épreuve embrasser une seule des professions libérales de la société. D'autre part, ce diplôme est refusé aux élèves les plus capables des petits Séminaires, s'ils ne terminent leurs études dans une Institution de l'Université. On n'avoit exigé d'abord qu'un certificat constatant qu'ils y avoient suivi un cours de j)lnloso- ])hie. IMus lard le certificat de rliélori([ue fut im])()sé. On auroit pu même exiger celui i\vs classes élémenlaires, et forcer à recoinnuMucMle cours entier des études, si Ton axoll nouIu presser les termes de la décision, \insi le joug étoit doublement aj)pesanli, soit pai des e\i-

geiices nouvelles, coninuiiies à lous les citoyens, soit pai' celles qui frappoient exclusivement les petits Séminaires (l).

Les Évéques faisoient observer que , par ces nouvelles entraves, l'Université dépassoit le but

(1) La pratique suivie en ce qui touche le certificat a beaucoup varié jusqu'en 1821. Une ordonnance du 17 octobre de cette année fixa les incertitudes, en déclarant qu'il n'étoit autre que le certificat de philosophie dans l'un des Collèges, Institutions ou Ecoles ecclésiastiques régulièrement établis, où, cet enseignement aura été autorisé, etc. L'ordonnance du 16 juin 1828 déclara que les études faites dans les Ecoles ecclésiastiques n'étoient valables que pour un diplôme spécial. Mais en les privant d'un bénéfice dont elles avoient joui jusqu'alors, celui de donner un certificat d'études pour la philosophie, elle ne définissoit pas ce qu'il falloit entendre par études. L'auteur de l'ordonnance de 1828 s'en référoit sans doute au sens que ce terme avoit reçu de l'ordonnance de 1821. Aussi l'Université continua à n'exiger que le certificat de philosophie.

Le 17 juillet 1835 intervint une décision du Conseil royal, d'après laquelle les candidats au baccalauréat dévoient produire un double certificat de rhétorique et de philosophie. Il n'y étoit pas clairement exprimé que le certificat de rhétorique ne pourroit être donné par les Supérieurs des petits Séminaires. Ce doute fut résohi à leur préjudice le 29 novembre 1836. Mais cette

qu'elle s'étoit elle-même propose. Elle avoil voulu retenir rëducatioii laïque, autant (ju'il est possible de la retenir, quand on ne dispose pas comme Dieu de la volonté toujours indépendante de l'homme. Elle demandoit à élever

décision n'ayant été provoquée que par quelques Proviseurs des Collèges royaux, les Supérieurs des petits Séminaires, jusqu'en 1841, continuèrent, dans le ressort de plusieurs Académies , à donner des certificats de rhétorique. Nous pouvons citer en particulier l'Académie de Bordeaux. Ces décisions nouvelles conduisent naturellement à faire une observation propre à frapper tous les hommes équitables. Les restrictions imposées par l'ordonnance du 16 juin 1828 étoient compensées par dos avantages pécuniaires inférieurs, sans doute mais sans lesquels néanmoins cette ordonnance n'auroit pas été portée. Cependant on a retiré les avantages , et conservé la restriction avec ses inconvéniens. Ce n'est pas tout : à une restriction sévère on en a ajouté une plus sévère encore. Après avoir contraint, par cette voie détournée, un certain nombre de parens à retirer des petits Séminaires leurs enfans avant de commencer la pliiiosopliie, on les a contraints de renoncer au cours de rhétoriijue. C'étoit le moyen de les engager à ne pas les y faire entrer pour les classes inlérieures. Le cours de plill()S()|)lile peut en ellet être facilement séparé des antres conrs ; mais il n'en est pas ainsi de la rli('lori(jue , (pu lurnu- \c (oniplémenl des linnianit(''s.

les niai^islrals, les fonclionnaires publics, les inililaires, les propriclaires, les comniei çaiis ; el pour en être plus assurée , elle réclauioit tous les enfans de la France, sauf \ingt mille, jugés nécessaires pour fournir un nombre suffisant de sujets aux grands Séminaires.

Elle ne prétendoit pas, d'ailleurs, que des enfans entrés à l'âge de dix ou douze ans dans une École ecclésiastique fussent tellement prédestinés au sacerdoce, qu'ils ne pussent y renoncer sans trouver fermées devant eux toutes les autres carrières de la société.

Nous ne discutons pas encore les prétentions ou, si l'on veut, le droit réclamé par l'Université. Nous nous bornons à affirmer qu'elle dépassoit le but des entraves qu'elle avoit imposées depuis treize ans au Clergé.

Jamais elle n'avoit pensé à frapper les élèves de rbétorique et de pliilosopliie , qui avoient cru de bonne foi être appelés au sacerdoce , et n'avoient conçu des doutes sérieux qu'au terme de ces deux cours. Cependant elle leur infligeoit deux peines fort sévères, sans leur laisser d'autre consolalion (jue de cboisir la moins terrible.

La première esl de les (>l)iiger, quelle ipic

soit d'ailleurs leur instruction, à recommencer, avec d'autres mailres et une autre méthode, deux années d'études. Mais, s'ils sont privés de moyens pécuniaires, ou si les parens redoutent pour eux le danger d'une atmosphère toute nouvelle et si souvent contagieuse, le choix de la peine n'est plus possible : il faut subir la plus dure; il faut se résigner à une sorte de mort civile, à l'exclusion de tous les emplois publics.

Et comment ces malheureux jeunes gens ontils mérité un sort aussi affreux? Ils ont refusé de prendre à ({uinze ou seize ans, époque où ils ont terminé leur seconde, un engagement (jue les lois de l'Eglise ne permettent de contracter , qu'à vingt et un ans, et pour lequel vingt-cin([ ans sont exigés par les lois de l'Etat.

Frappés avec tant d'injustice, il ne leur reste d'autre ressource que de devenir \c Iléau de l'Eglise, s'ils se décident à ])rendre malgré eux des engagemens sacrés; ou de devenir le fléau de l'Etat, si, ne pouvant franchir hs barl'ières du sanctuaire, ils sont tcnlcs ilc voir dans la société un ennemi (|ni s'acharne à les repousser, sans motif, du fo\er niKjnel sont ndmis tous les enlans de la uiande lamille.

Coninienl des exiojences aussi dures , aussi dangereuses, seroienl-elles juslifiées par le désir d'empêcher quelques pères de famille de satisfaire leur \œu le plus cher, en confiant au Clergé des enfans qu'ils ne destinent pas d'ailleurs à embrasser le sacerdoce? Qui oseroit redouter pour la France un péril sérieux, parce que quelques individus seroient élevés par un corps qui a formé tous les grands hommes de l'ancienne monarchie? Cet absurde danger n'est-il pas d'ailleurs prévenu par tant de sentinelles intéressées à ce que le nombre de vingt mille ne soit pas dépassé? Il ne l'est pas en effet; les petits Séminaires ne renferment pas aujourd'hui plus de quatorze ou quinze mille élèves. • ,

Ce n'étoit pas assez de punir les élèves; on frappoit aussi l'Eglise de France, en éloignant du sacerdoce les enfans des classes aisées de la société, ceux-là précisément dont les parens sont les plus délicats et les plus scrupuleux en matière de vocation.

Si d'un colé ils sont tentés, en voyant la candeur, la piété de leurs enfans, de les croire appelés au sacerdoce, et de favoriser par l'entrée (huis un jietit Séminaire leui- vocal ion nais-

santé, ils doivent d'autre part considérer ces signes comme simplement probables. Or, dans le doute, ils optent pour des Maisons d'éducation où, à défaut du sacerdoce, l'enfant pourra embrasser une autre carrière. Ils leur conservent donc la liberté dans les seuls établissemens où l'Université permette d'en jouir. Mais alors les enfans les mieux disposés rencontrent trop souvent une direction qui les détourne de l'état saint auquel Dieu les appeloit.

Des raisons aussi décisives furent accueillies favorablement par les Ministres du Roi, et elles firent impression sur M. le Ministre de l'Instruction publique, qui les approuvoit comme homme d'Etat, et ne leur opposoit pas d'objection bien sérieuse comme Grand-Maitre. Nous sommes même porté à croire qu'il étoit an moment de faire une concession favorable, lorsqu'il s'arrcla devant une considération (ju'il est inutile de discuter.

La session des (llianibres alloit être ouverte. Il craignit d'adoucii-, sans Icnr (Concours, un joug (jui ponilant avoil été aggrasc' sans 1(n consulter. Il (\sl menu* probable (|ne riinmensc majorité (l(\s Déj)nt('s ignore les nouM^ihvs ics-

li'ictions imposées depuis sept à huit ans aux pelils Séminaires.

Quoi qu'il en soit, le Clergé dut être profondément affligé de n'être pas seulement privé d'une liberté sincère telle qu'il avoit le droit de l'attendre, et qu'il ne réclamoit pas néanmoins, mais de ne pouvoir obtenir raffrancliissement d'une véritable tyrannie. Ce refus produisit une irritation , et plus tard des discussions que nous ne saurions trop amèrement regretter dans le double intérêt de l'Eglise et de l'Etat.

Avant de montrer quelle part y a prise le Clergé, il nous semble important d'expliquer pourquoi la question de la liberté d'enseignement ne tint jamais qu'un rang secondaire dans les réclamations de l'immense majorité de l'Épiscopat.

Sa conduite doit surprendre en effet, quand elle n'est pas expliquée. On conçoit difficilement son zèle pour faire obtenir les grades à quelques élèves qui renoncent après les humanités à l'état ecclésiastique, et son peu d'empressement en faveur d'une plus grande liberté.

A ceux qui s'étonneroient d'une telle modération, nous répondrons en toute simplicité, (|iic les Évêques n'ont jamais compté sur la li-

berté telle qu'il plaît à chacun de la régler selon ses désirs ou ses intérêts.

Il est à remarquer d'abord, qu'il n'existe au sein d'aucune nation civilisée une liberté sans limites et sans garanties. Appliquée aux institutions vouées à l'enseignement , ou à toute autre institution, une telle liberté ne pourroit être que funeste. Des hommes prudens, amis de l'ordre, des mœurs, de la piété, s'abstiendront de réclamer une faculté illimitée, ou de se déclarer satisfaits par une liberté fictive destinée à servir de manteau à un monopole dangereux, et à devenir ainsi une cause d'abaissement et de ruine morale pour la France.

C'est pour cela que le Clergé a été très-peu empressé en faveur de la première, et n'a pas été plus séduit par la seconde, (|ui, au lieu d'être excessive, n'étoit qu'illusoire. Les projets dont, selon toutes les apparences, le (rouveiiiement ne voudra j)as s'écarter, ou auxcjuels il apportera seulement (ju(^l(|ue légère modification, étoient des projets de loi ; ils n'('toient pas, (ju'on nous permette de le dire, des projets de liberté. Les Kvê(|ues, se trouvant placés ( ntre des honuncs réclamant une liberté indi'llnie, et une Mbert(' dont le b(''n('rice leur j)ar<>iss()it ou

nul (Ui (lu moins Iros-tlifficilc à ohlenir, ont j>réf( ré réclamer un adoucissement facile, el (jui ne pouvoit être refusé sans tyrannie.

Cljacun peut d'ailleuis juger si les appréhensions de l'Épiscopat étoient réellement fondées.

Dans tous les projets connus, les grades sont une condition indispensable. Quels sont les juges de l'admission aux grades? Des hommes justes sans doute, mais (jui, sous l'empire (Tune appréhension facile à expliquer, ne verront pas dans les candidats ecclésiasti([ues d'uliles émules, mais les jugeront des concurrens redoutables et peut-être des ennemis.

Ces candidats ont plusieurs autres désavantages qui ne pèsent pas sur les candidats laïques, soit avant d'obtenir les grades, soit après les avoir obtenus.

Avant. Le laïque dirige tous ses efforts, toutes ses études vers son but unique : le diplôme, il y emploie tout son temps, toute sa mémoire.

Le prêtre a dû s'occuper principalement d'études ecclésiastiques, et n'a pu do.nner aux autres (jue la moindre partie de son temps. On auroit tort d'en conclure contre lui une infé- I iorité d'instruction. De fortes études préalables, le zèle pour le progrès de ses élèves, son aj)pli-

— location exclusive à bien faire la classe confiée à ses soins , offrent des garanties préférables à celles du grade de bachelier. Pour obtenir ce dernier, il faut multiplier des notions qui dépassent la portée ordinaire des intelligences, et ne peuvent exercer la mémoire qu'au préjudice de la rectitude du jugement et de la solidité de l'instruction.

Le laïque se prépare à l'examen d'après la méthode suivie dans les Collèges de l'Université , qui sera celle des examinateurs.

Le prêtre aspirant aux grades a suivi une autre méthode; or, qui oseroit dire ([ue pour le cours le plus important, celui de la philosophie, la méthode des Séminaires n'est pas préférable ?

On peut s'en rapporter à un des professeurs les plus éminens de l'Université, il se plaignoil, avec une parfaite sincérité, ((u'en supprimant toutes les grandes questions ([ui intéressent i'iiumanité , pour s'attacher à Torigine des idées, J<4 /)/u/os()p/uc avoit rh- placer dans un trou.

Après que les grades sont obtenus: le lai(|ne, s'il est sinq)le professeur, est chargé d'une classe qui occupe exclusivement sa sollicitude pendant

deux heures de la jouiiiee; cette elasse finie, ii jouit de toute sa liberté. Au terme d'une carrière plus ou moins longue dans l'enseignement des Collèges, rUniversitë le récompense en lui confiant une place d'inspecteur , ou par une pension de retraite.

Dans un enseignement libie, il peut se la donner à lui-même aussitôt qu'il est parvenu à recueillir une honnête aisance.

Le prêtre professeur est presque toujours aumônier et maître de quartier, fonction si pénible qu'elle suffît à elle seule pour épuiser au bout de quelques années la patience des laïques qui en sont chargés. Ce même professeur est presque écoUer, puisqu'il suit le régime des écoliers. Lorsqu'il s'est livré pendant quelques années à des fonctions aussi ingrates, il peut rentrer dans celles du ministère ecclésiastique, échanger des travaux contre d'autres travaux ; mais il ne peut compter sur le repos. La modicité de ses honoraires comme professeur ne peut jamais lui en donner la perspective. Les Évêques ont dû peser de telles difficultés. Si elles avoient été plus sérieusement examinées par les amis de l'Université, loin de redouter le Clergé dont la concurrence étoit rendue si dif-

ficile par l'exigence des grades, ils se seroient estimés heureux de le satisfaire par un acte de justice qui les laissoit sans concurrens ou qui ne leur en donnoit qu'un bien petit nombre.

Si c'est déjà une tâche difficile de former et conserver dans les Inslilutions ecclésiastiques , des prêtres gradués , capal)les de luttei" avec les histitutions laïques, cette tache apparoît plus difficile encore quand on pense aux autres moyens de succès dont le Clergé est privé. Il ne possède pas, comme l'Université, un personnel surabondant, d'innombrables édifices bâtis autrefois par des Évtques ou par des Congrégations religieuses, des rentes, des biens, des bibliothèques ayant la même origine, sans compter les bourses el les allocations du Trésoi', toutes les fois qu'une construction extraordinaire devient nécessaire.

Nous ne parlons de ces avantages que poui* expliquer l'étonnement dont les Evé(jues ont du être frappés. Aucun d'eux n'a pensé à rappeler ce que l'Université devoit à l'ancien Cierge. C'est à peine si deux ou trois ont réclamé inic (omplète liberté d'enseignement. Cependanl , ils se sonl vus dénoncés connue de redoulables envahisseurs, au moment même t)ù ils se renicrmoienl dans une demande leliemenl modeste.

f(ifello louchoit à peine aux promesses de liberté consignées dans la Charte.

Nous avons déjà expliqué le motif de cette réserve. Il étoit fondé sur le défaut de confiance dans un succès plus décisif. Cette méfiance a elle-même son principe dans les dispositions de ceux qui sont appelés à régler par une loi la liberté promise, et dont il faut bien tenir compte sous peine de tomber dans la plus grossière des illus^ions. Une discussion patiente, forte, persévérante, fondée sur des motifs péremptoires, peut sans doute changer ces dispositions; mais nous ne pensons pas que ce changement soit aussi rapide, aussi complet que le supposent certains écrivains, parce que des intérêts nombreux et obstinés résistent longtemps aux efforts tentés en faveur de la raison et du bon droit. Il faudroit d'ailleurs que ceuxci fussent défendus avec un ensemble qui n'existe pas encore.

Les uns craignent d'être complices de Terreur, de l'asservissement des familles, de la corruption de la France , s'ils ne dénoncent pas comme des ennemis publics les Instituteurs chargés aujourd'hui d'élever la jeunesse.

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