I-cs aulres pensent , sans doute avec plus de
raison , que l'on ne giiéril pas le mal en irritant la plaie; qu'il existe de sages tempéiainens entre une indifférence très-blâniable et des attaques violentes. Ils croient que la lutte contre des abus très-réels produit à la longue un effet plus salutaire , lorsqu'ils sont signalés avec une sage modération , avec une parfaite exactitude , par des hommes amis de la paix , qui laissent toujours entrevoir combien ils regrettent d'infliger un blâme, et combien ils seroient plus heureux de louer sans restriction. C'est-là une censure difficile, sans doute, mais ce genre de difficultés est toujours vaincu par im chrétien maître de ses premières impressions, quelcjue pénibles et légitimes (ju'clles puissent être.
On connnet une injustice, on mancpie à un engagement sacré, dites-vous, en nous refusant une liberté solennellement promise. Au lieu (l'un enseignement irréprochable , nous avons un enseignement phil()S()phi(|ue oppose au (Christianisme. Toutes les faveurs sont [)()Ui' hii; toutes les rigueurs, toutes les enliaves sont ])our les histitutions sincèrement chrétieiuu^s. ^(>us est-il (h'ièndu de faiic reinarcjutM- et ces (Mtcmiis et cette tvramiie ' \\r non, sans doute; niais il
est mieux encore de les faire cesser. Et pour cela, vous avez besoin de ne pas indisposer ceux qui peuvent vous aider à remplir cette tâche. Vous avez besoin de réunir tous les gens de bien , tous les bons catholiques. Faites en sorte qu'ils vous donnent raison pour la manière de défendre une cause qui leur est chère, comme ils vous la donnent quant au droit luimême. Les bons catholiques ne vous suffisent pas; Tappui de tous ceux qui comprennent les vrais intérêts du pays vous est nécessaire. Prouvez, ce qui est facile, que vous soutenez ces intérêts, ceux de tous les pères de famille, ceux de vos adversaires eux-mêmes. Nous l'avons fait, dites-vous encore : soit; mais on peut dire les mêmes choses avec calme ou avec colère ; la colère ne nous convient jamais. On peut combattre l'erreur, ou poursuivre les personnes : la lutte contre l'erreur est toujours utile quand elle est opportune; les personnes, au contraire, doivent toujours être ménagées, et traitées avec les égards que la justice et la prudence exigent quelquefois, et que là charité conseille toujours.
Ces égards étoient d'autant plus désirables, que les dispositions de la plupart des personnes
attaquées ëtoient devenues meilleures; qu'à T hostilité contre la Religion on voyoit succéder des sentimens pacifiques et même bienveillans. On peut être vrai sans tomber dans l'exagération. En manquant de mesure, on manque quelquefois à la vérité. La vérité exagérée n'est plus la vérité. Ainsi, par exemple, les abus que vous signalez comme produits par les Institutions universitaires dépendent aussi d'autres causes qu'il auroit été équitable de ne point passer sous silence. Il étoit juste de remarquer que le mal , loin d'être en progrès, commençoit à diminuer.
A ces inconvéniens n'a-t-on pas ajouté celui de mal choisir son temps, ses expressions, ses adversaires, de porter ses coups au hasard, et de gâter ainsi, par des torts accessoires, une cause bonne et légitime en elle-même ?
Le Clergé l'a compris en préférant à tout autre moyen celui de la modération unie à une sage fermeté. Nous disons le Clergé, parce qu'il n'est point responsable d'une polénii(]ue soutenue par des écrivains (jui ne sont pas dans ses rangs, bien (ju'il rende pleiiu» juslice à leui" bonne loi et à leur noble dcsiiiIrressiMuenl, au laliMil dislingué (le (|ue](|ues-uns d Cnlre eux. Il repousse
aussi la r('S|)()nsal)ililé de deux livres récemment publiés; le premier, adopté ou écrit par uu Clianoine de Lyon, signale des erreurs qui ne sont que trop réelles, trop pernicieuses; mais étant éloigné des écrivains qu'il vouloit juger, il a confondu des hommes dont il auroit dû séparer la cause. Il a fait en outre des citations dont l'exactitude matérielle ne garantit pas toujours l'exactitude quant au sens. Il a pris un. ton trèsinjurieux, ce qui est une manière fort peu chrétienne de défendre le Christianisme.
L'autre adversaire, qui nous est inconnu, n'a été ni plus heureux ni plus habile.
Quoi qu'il en soit, un corps qui compte cinquante mille individus ne sauroit être responsable des torts qui ne peuvent tomber que sur quelques-uns de ses membres.
Nous n'avons point h juger la conduite des deux Évéques qui n'ont fait qu'obéir aux inspirations de leur conscience. Ils ont pris part au débat avec énergie sans doute, mais sans amertume contre les personnes, et sans jamais céder à aucun sentiment que leur noble cœur puisse être obligé de désavouer.
Concluons qu'en présence d'une conduite généralement iiréprochable, et d'une patience (jue
nul n'a voit le droit d'exiger à ce degré, il y aiiloit une grande injustice à nous priver d'une liberté aussi utile et aussi légitime. Cette liberté telle que nous la concevons, c'est-à-dire, avec les seules restrictions que réclame l'intérêt religieux, moral et politique de notre patrie, peut être éloignée, mais nous n'avons garde d'y renoncer. Son espoir nous est nécessaire pour nous consoler, lorsque notre ame est cruellement attristée par de funestes divisions. Nous le conservons cet espoir, parce qu'en lui nous voyons le salut de l'Etat, des familles, et du corps enseignant lui-même ; tous devant également profiter d'une utile émulation et d'une faculté réglée avec justice et avec sagesse. Nous le conservons, et il est pour nous comme l'ineffable espérance qui reposoit dans le sein de Job, le gage sacré d'une vie nouvelle avec laquelle renaîtront successivement les sentimens généreux, source des belles actions, le respect pour l'autorité, (jui devient plus nécessaire à mesure (|ue l'extension de nos lilxMtés le rend plus difficile. Nous retrouverons enfin l'union des c(XHU's, condition indispensable de toute force morale, de la force des |)lus i^rands Etats t'onnne (l{\s [)lus obscures associations. Soutenu
par cet espoir, nous allons parler de la liberté qui en est l'objet; nous essaierons ensuite de résoudre les difficultés qui jusqu'ici en ont retardé le trionipbe.
Il est peu de libertés utiles à la France , qui soient sérieusement contestées en principe. Mais au moment de les réaliser, les intérêts particuliers se coalisent pour les combattre , et ils n\ parviennent que tiop souvent, au grand préjudice de l'intérêt général. Ces contradictions sont nombreuses dans toutes les parties de notre législation. Qu'il nous suffise de parler de celle (jui n'est encore qu'en projet au sujet de la liberté d'enseignement.
Pour éviter les malentendus, toujours si redoutables, nous devons couuiieucer par déclarei' (jue toute libellé, (juelle (prelle soit, esl à nos yeux un moyen, et non simj)U»ment un but. INous estimons fort peu une liberté (|ui n'auroil d'autre
elTel (jiie de briser toutes les entraves, sans cive utile au perfectionnement moral et intellectuel de l'humanité. Nous regarderions comme funeste celle qui dégraderoit au lieu de perfectionner , qui remplaceroit un ordre, même très-défectueux, par un désordre réel. Si donc le monopole de l'enseignement pouvoit aujourd'hui ce qu'il a pu à d'autres époques, réunir tous les esprits dans la profession des vrais principes en morale et en religion, et établir, au moyen de cette unité, celle de tous les intérêts, de toutes les forces , de toutes les intelligences, c'est-à-dire la plus parfaite unité nationale , si ce monopole avoit, en outre, l'inappréciable avantage de seconder le développement régulier des sciences , des arts, de la littérature de la France; s'il pouvoit préserver les mœurs, au lieu de les corrompre; si tels étoient ses heureux résultats, nous ne penserions jamais à la liberté. Nous n'aurions pas même besoin de jouir immédiatement de tous ces biens à la fois. Heureux de posséder les plus essentiels , nous attendrions les autres avec patience , à peu près comme l'homme qui possède l'honnête nécessaire , est moins pressé de conquérir la fortune.
Si la liberté n'a de prix pour nous (ju'autanl
qu*elle peut être un moyen d'obtenir le seul succès que nous ambitionnons, nous pouvons en dire autant des personnes. Il nous importe peu que les Professeurs, Directeurs, Proviseurs soient laïques ou ecclésiastiques, Jésuites ou Oratoriens, pourvus ou dépourvus de grades. Nous accorderons notre préférence aux laïques , s'ils sont plus dignes de leur mission ou plus aptes à la remplir. L'intérêt du corps auquel nous avons l'iionneur d'appartenir n'est pas d'ajouter à la tache que l'Eglise lui confie, une tâche nouvelle et bien difficile, celle d'élever la jeunesse dans les écoles; il ne peut désirer celleci qu'autant que la Providence lui en donnera les moyens. Il est évident, d'ailleurs, pour le (Uergé, comme pour tout homme qui réfléchit , qu'il ne peut en être chargé exclusivement ; cela lui est inq)()ssible, soit à cause de son personnel et de ses autres ressources trop huiilées , soit à cause de la disposition des esprits.
Un orateur a dit (1) : 1/ L iiiversitc est. le sicclc c'/isr/o/uf/ft. Vn autie Député, <jui est en même tcMups membre (hi (Conseil royal, ajoutoit : A>>/av prétendons, en effet, e'ti-e rinini^e de la société ("i).
(1) M. de Lainaitiiio.
(2) M. Dubois. (Séance du liT mai 1843.)
La conclusion est facile à déduire. Les pèies de famille inclineront en beaucoup plus grand nombre vers une Institution expression plus fidèle de leurs doctrines et de leurs sentimens, que vers des Institutions soupçonnées de tenir fortement aux intérêts et aux idées d'une autre époque. Nous n'examinons pas si l'éducation et l'instruction n'ont pas d'autre but que de représenter le siècle. Nous pensons qu'elles ont une mission plus grande et plus utile , celle de réformer ses mauvaises tendances et de favoriser les bonnes. Nous voulons seulement prouver que si les Collèges ont pour eux les sympathies du siècle, ils ont un moyen de succès dont les Écoles ecclésiastiques sont privées.
Quoi qu'il en soit, les Collèges nous sont aussi chers que nos Écoles. Nous leur en avons donné les seules preuves qui fussent en notre pouvoir, en choisissant les Ecclésiastiques les plus capables d'y faire connoitre et d'y faire aimer la Religion. Parmi nos sollicitudes il n'en est peutêtre pas une aussi vive, nous l'avons ,dit bien souvent, que celle de donner aux diverses Institutions de la Capitale, placées sous la surveillan(;e de l'Université, un nombre suffisant d'Ecclésiastiques exclusivement occupés d'y foimer
les enfàns à l'amour et à la pratique des verlus chrétiennes. Nous avons été heureux de trouver parmi messieurs les Pioviseurs un louable empressement à obtenir ceux qui leur étoient désignés comme les plus capables de comprendre et de remplir utilement leur mission ; nous aimions à partager les regrets qu'ils nous exprimoient d'être enchaînés par les réglemens trop peu favorables à l'enseignement religieux et à l'utile action des aumôniers. Ils savent avec quel empressement nous avons loué ce qui nous a paru digne d'éloges, et combien nous sommes disposé à atténuer certains reproches dont nous ne pouvons dissimuler la vérité. Quelle n'a pas été notre peine, lorsque, les esprits commençant à s'aigrir, nous avons vu en même temps s'éloigner et s'aflbiblir les espérances que nous donnoient des dispositions et une situatit)n meilleures! A la vue de ce nouvel obstacle ajouté m tant d'autres, notie aHliction a été protonde et notre ame en proie à de cruels déchirein(Mis.
C'est donc avec des dis[)ositions bienMMJlantespour les Institutions universitaires, et non sous renq)ii'e de préoccu[)ations hostiles et intéressées, <|ue nous plaidons la cause de la li- IxMlé d'enseignement; nous réclamons, non pas
une libellé ([uelcoïKjue, mais une libeiié qui soil réellement profitable aux générations appelées à en jouir. En promettant la liberté, on a promis la plus utile. En disant aux Instituteurs de la jeunesse, Vous serez libres, c'est comme si on leur avoit dit, La liberté est meilleure que le monopole. Un gouvernement qui change une institution est tenu d'en donner une plus parfaite, sans quoi son action seroit inexplicable. Il peut être, il est souvent condamné à laisser subsister certains abus, de crainte d'en faire naitre de plus graves ; mais, s'il doit quelquefois les tolérer, il ne doit jamais les provoquer, les favoriser, et surtout s'en rendre l'auteur. Le Gouvernement qui a promis la liberté d'enseignement a donc cru promettre un progrès , et non une situation plus défectueuse. Sa conviction a été, a dû être que les efforts les plus persévérans et toutes les ressources que place dans ses mains une grande nation, ne donneroient pas, sous un régime absolu, les garanties que promettent l'intelligence, l'intérêt des bons Instituteurs soutenus par l'intérêt si pressant des pères de famille.
Après avoir prouvé que telle a été la conviction des auteurs de la Charte et du Gouvernement qui a pris l'engagemenl de l'exécuter, il
nous reste à justifier cette conviction, à en montrer les motifs péremptoires, à prouver par conséquent que, s'il n'avoit pas encore fait la promesse, il devroit la faire, et surtout être fidèle à l'accomplir.
On sera peut-être étonné que la promesse étant aussi constante, si souvent, si clairement renouvelée, nous insistions encore sur la nécessité de l'accomplir. Mais notre insistance paroîtra sans doute moins inutile à ceux qui auront remarqué les divers délais apportés à la concession de cette liberté. Nous n'affirmons pas qu'ils aient été volontaires, mais nous ne serions pas sincère si nous disions que nous n'éprouvons aucune méfiance. En effet, si la volonté a été sérieuse, d'où vient que les projets étoient toujours présentés de manière à rendre leur discussion impossible dans les deux Clianibres, pendant la durée de la même session ? Quand on désire réellement donner une libcMté, on ne rend pas plus sévères et plus nombreuses les restrictions légales déjà existâmes, on les adoucit au lieu de les ai^^naver : on j)ivpare ainsi les esprits à un réj^ime plus libéial. (l'est la voie contraire qu'on a suivie à l'éi^ard des petits Séminaires de certains Diocèses. Kniin, avec une
volonlo bien airctée de rendre les Écoles libres, on n'ëlèveroit pas des prétentions qui, si elles étoient fondées, seroient décisives en faveur du monopole. Quand nous exprimons cette dernière crainte, nous ne le faisons pas témérairement; nous y sommes autorisé par les paroles prononcées dans la séance du 27 mai, la dernière où il ait été question de la liberté d'enseignement. Elles nous donnent de justes motifs de redouter que ce bienfait ne soit ou refusé ou long-temps ajourné. On a dit : « Le Gouver- » nement, tant accusé de monopole, a la main » libérale ; il j a bien peu à faire pour satisfaire )) aux vœux des pétitionnaires (1). » Il est évident que la concession d'une liberté pour laquelle il y a bien peu de chose à faire, n'est pas une mesure urgente.
Nous avons donc de bonnes raisons pour ne pas regarder comme certaine la concession immédiate de la liberté d'enseignement'j, pour rendre de plus en plus évidente la nécessité de cette liberté , pour examiner les conditions qu'il convient de lui assigner, et la nature des garanties ([ue l'État doit se réserver.
(l) Séance du 27 mai. Discours de M. Dubois.
En répoussant une liberté indéfinie , nous avions déjà reconnu le principe, que l'État a des droits (1) ; mais quels sont-ils ?
Le Gouvernement peut ouvrir des Écoles, soit pour offrir des modèles ou un motif d'émulation aux Écoles privées, soit pour former des sujets plus aptes à remplir certains emplois qui demandent des études spéciales.
Le Gouvernement peut encore exercer une surveillance sur toutes les Ecoles , afin d'y réprimer les abus et les désordres qui sont de nature à être constatés par les agens de son autorité. Si c'est dans le premier sens qu'on a voulu dire que l'Université pouvoit représenter l'État, nous n'avons aucune envie de le contester; mais nous ferons remarquer qu'il seroit plus exact de considérer cette institution comme appartenant à l'État, plutôt que comme le représentant. On n'a jamais cru que le Conservatoire destiné à servir de modèle à toutes les Écoles de inusi(|ue, et à développer l'art (prellcs cultivent , représentât l'Éuu. L'Ecole des Arts et Métiers, les Fermes-modèles, les diverses Fabricpies (|ui sont la j)r()priété de l'Etat , ne le représentent
(l)Pa(îcl2.
en aucune manière. Leur destination est d'offrir des procédés plus parfaits aux industries privées. Elles représentent, si l'on veut, l'intérêt que le Gouvernement porte à l'agriculture, aux arts, au commerce ; mais elles ne peuvent être destinées à imposer des entraves, à établir un monopole.
L'Université peut-elle représenter l'État à titre de surveillante des Écoles? Il est vrai qu'elle en exerce les fonctions par le moyen de ses inspecteurs , institution nouvelle, inconnue avant 1808. Les magistrats ordinaires peuvent surveiller les Écoles. Des inspecteurs spéciaux ne sont pas nécessaires pour signaler l'espèce d'abus et de désordre que le Gouvernement a le droit de réprimer S'il veut les conserver, ils peuvent être séparés de l'Université. Quoi qu'il en soit, surveiller et enseigner sont deux fonctions bien différentes : la première appartient au Pouvoir, sauf à ne l'exercer que dans l'intérêtdela société, et non dans un intérêt purement fiscal en faveur d'une corporation ou d'une administration ; quant à la seconde, si l'État l'exerce, il ne doit ()as la dénaturer, et convertir un moven d'encouragement en un pouvoir discrétionnaire, pour ouvrir ou fermer les Écoles à son gré.
Un Gouvernement n'a aucun droit qui ne découle d'un intérêt public qu'il est oblige de conserver à la société, ou d'un service qu'il est tenu de lui rendre. Afin que son droit soit exclusif, il faut que cet intérêt et ce service dépendent uniquement de lui. Le droit d'enseigner, s'il étoit exclusif entre les mains de l'Etat, ne pourroit lui venir que de l'impuissance des Écoles privées d'atteindre le double but d'une solide instruction et d'une bonne éducation. Quel est ce but? 11 consiste dans le perfectionnement moral et intellectuel de la jeunesse. Discutons d'abord ce que peut l'État en faveur du premier.
Il professe certains principes , certaines maximes de justice; il a des règles pour maintenir l'ordre dans l'intérieur de la France , et fixer ses rapports avec les Gouvernemens étrangers ; il proscrit les attentats contre les mœurs ; en un mot, il reconnoît et consacre les lois de celle morale universelle , (|ui apparlienl à lous les temps et est reconnue par lous les peuples civilisés. Loin de lui contester le droit de les faire respecter et d'y conformer ses actes, il n'est personne ((ui ne le proclame, el n'y voie aussi un devoir sacré, le plus grand enire lous ceux (|ue Dieu a inq)()S<*s aux cliofs d une sociélc.
Mais il Y a bien loin de ce droit à celui de diriger renseignement moral dans toutes les Écoles. Pour s'en convaincre, il sullfil de considérer la nature de cet enseignement , ses liens intimes avec la Religion catholique et avec les autres cultes, le mode le plus efficace de le donner aux élèves, enfin l'influence qu'il peut avoir sur l'ordre politique.
La morale des Gouvernemens ne peut régler qu'un certain nombre d'actes , et elle les règle dans un intérêt purement extérieur. Presque entièrement étrangère à la vie privée et à ses actes, elle s'arrête sur le seuil de la demeure des citoyens. Si elle ne doit pas entrer dans les maisons , comment pourroit-elle entrer dans les cœurs ? La morale chrétienne a des règles dont l'action est plus étendue , plus intime , plus profonde. Elle atteint une foule d'actes qui échappent à l'empire des lois. Elle pénètre jusqu'aux affections du cœur qui préparent les œuvres extérieures, bonnes ou mauvaises.
La morale est une science, sans doute, et, comme toutes les sciences, elle est susceptible d'être réduite à certains principes desquels on déduit des règles nombreuses (jui renferment elles-mêmes de nombreuses applications. Cependant jamais
aucun Gouvernement chrétien n'a eu la pensée de donner un Code de morale, comme il promulgue divers Codes pour les diverses parties de la législation. Pourquoi cette difterence? C'est que la morale du Christianisme renferme éminemment la morale des (iouvernemens , et de toute Institution scientifique qui, à tort ou à raison, auroit la prétention de les représenter. On n'a jamais entendu de pèies de famille réclamant pour leurs enfans la morale du Gouvernement ou de l'Université. Cet enseignement est essentiellement religieux, et celui qui le donne, ini pouvoir religieux. Il est indissolublement uni à nos dogmes, et en forme le corollaire naturel et nécessaire. C'est pour cela que les pères de famille réclament cette double instruction d'un sacerdoce. Les pères catholi(|ues le demandent à des prêtres catholiques, les protestans à leurs ministres : personne ne l'exige du Gouvernement. Chaque secte, chaque religion possède, connue rÉglise catholique, un enseignement moral, ([ui, malgré certains principes communs, forme néanmoins un corps de doctrine fort dilTérent. L'Klat, (|ui protège (juatio cultes, ne peut avoir quatre Codes de ce genre; ce seroil un excellent nioven de ne donner aucune règle de conduite.
Hien que la morale forme une partie essentielle de l'instruction , susceptible d'être déposte, comme les autres, dans la mémoire et l'intelligence de l'élève, il est à remarquer néanmoins que cet enseignement, pour être efficace, réclame une méthode sans analogie avec toutes les méthodes scientifiques. H faut qu'il se mêle à toutes les leçons, à tous les exercices ; il doit arriver par toutes les voies , par la parole de tous ceux dont l'élève reçoit (juelque instruction , par les exemples des maîtres , des condisciples , des parens ; par les mille moyens qui révèlent une ame à une autre ame, y réveillent des sentimens élevés, ou y produisent de périlleuses impressions. C'est une vie qu'il s'agit de communiquer; vie mystérieuse, dans laquelle le travail de l'histituteur est infini, et presque toujours imperceptible.
Concevez - vous l'État remplaçant le Prêtre dans sa plus auguste mission , se substituant au père , à la mère les plus tendrement dévoués au bonheur de leurs enfans? Est-il naturel, est-il juste (ju'il soit chargé de cette œuvre si peu en harmonie avec la nature de ses fonctions? Mais s'il ne le fait pas, que feia-t-il donc dans les Écoles pour leur perfectionnement moral?
Bornera-t-il sa mission à mellre l'instruction et Féducation en harmonie avec nos institutions politiques , et à inspirer pour le Pouvoir de vives affections? Au lieu de discuter ce droit, nous préférons examiner si son exercice peut être justifié par un intérêt réel et digne de la sollicitude du Pouvoir.
Nous ne parlons ici que de renseignement des Collèges, où Ton s'occupe des langues, de l'histoire, des mathématiques, de la philosophie. L'enseignement de notre droit public leur est complètement inconnu. Que peut-on y dire en faveur de nos institutions? Quand on aspire à remplacer le Gouvernement, ce n'est pas d'une manière négative, mais par une action réelle, qu'on peut devenir son représentant. Quelle sera cette action ? Sans doute que vous vous efforcerez de préparer les élèves à respecter, à aimer le régime sous lequel ils sont appelés à vivre. Voilà bien votre pensée, n'est-ce pas? Cette pensée fut celle du chef de l'Empire, et il pouvoit la croire phis (|ue réalisée en voyant l'enthousiasme dont il étoit l'ohjel. Cep(Mulanl la jeunesse élevée sous son règne, après Tavoir servi sur les champs de bataille, Toublia bientôt dans les travaux (\v la paix.
Depuis 1814 jus(ju'en 1830, les Ecoles, qu'on prétend être les fidèles reprësentans du Gouvernement, furent celles dont les élèves lui témoignèrent le moins de sympathie. Nous citons ce fait sans autre dessein que d'y trouver une nouvelle preuve de l'illusion de ceux qui penseroient à se servir d'un enseignement officiel pour un intérêt purement politique. Nous ne conclurons pas de cette double expérience, que la direction donnée aux Écoles soit inutile pour former des sujets fidèles et de bons citoyens. Nous la croyons , au contraire , toute-puissante ; mais nous pensons qu'il est une autre voie pour atteindre le but. 11 faut disposer avec force et douceur des âmes jeunes encore, à être maîtresses d'elles-mêmes et de leurs passions, les rendre capables, en les nourrissant long-temps de sentimens purs, élevés, généreux, de sacrifier leui' vie et leur fortune à leur foi, à leur famille, à leur pays. Un noble patriotisme jetera alors des racines profondes dans le cœur des élèves. Il aura de la grandeur ; et il enfantera des prodiges s'il parvient à s'emparer de t|uelqu'un de ces rares caractères que Dieu donne dans sa miséricorde aux peuples dont il veut rendre les destinées plus glorieuses.
Quoi c[u'il en soit, alors même qu'une telle espérance ne se réaliseroit pas, la paix publique est suffisamment assurée, si la conscience empêche de sacrifier l'Etat à d'ambitieuses chimères, source ordinaire des bouleversemens politiques. Or, ces garanties, nous ne craignons pas de l'affirmer, ne dépendent pas des sentimens qu'on inspire aux élèves dans les Écoles du Gouvernement. Ces Écoles n'ont point à s'applaudir d'un plus grand succès que les autres, et, sous un rapport, elles peuvent être inférieures à la plupart des Écoles libres. En effet, les garanties désirées ne sauroient tenir à l'éloignement qu'on inspire pour un régime tombé , aux éloges plus ou moins sincères et toujours intéressés, dont on comble le pouvoir régnant. Voilà ce qu'il seroit facile d'apercevoir, si on réfléchissoit que l'affection pour un (Gouvernement, comme pour un individu , s'éloigne souvent davantage à mesun* (pTon la recherche avec plus d'incjuiéludc.
Les maîtres sages évitent (Texciter dans hs âmes jeunes et foibles, promptes à s'(Mi(lammer, des passions auxquelles ne résistent pas toujours les âmes les plus fortes. Ces passions, (|ui nai- Iroienl infailliblement de la liberté laissée aux
élèves de s'occuper d'objets politiques, auroient le ii^rave danger de ruiner la discipline el les études. Les maîtres les plus dévoués, s'ils ne s'arrêtent pas à de trompeuses apparences, comprendront toujours que les meilleures garanties pour l'État et pour les familles, consistent à former leurs élèves à des habitudes de subordination, qui, pour être durables, doivent reposer sur des principes solidement religieux.
Ces principes n'empêchent jamais, quoi qu'on puisse en dire, la noble indépendance des consciences, la belle alliance de l'ordre etde la liberté.
S'ils ont été gravés dans l'intelligence, s'ils deviennent un objet d'amour, une sorte de culte, ils résisteront même aux révolutions, ou, s'ils sont violés, ce sera faute d'être généralement connus. Voulez-vous prévenir des violations nouvelles, et de nouvelles catastrophes, étendez, affermissez leur salutaire influence; tout le reste n'est que vanité et impuissance.
On peut conclure de tout ce que nous venons de dire, que l'enseignement religieux et moral est, par rapport à une instruction savante, à une éducation polie, ce que sont les fondemens par rapport à un édifice; ils en forment la partie la plus modeste, ils disparoissent aux regards; mais,
sans eux , les travaux les plus délicats, les i )rneiiiens les plus brillans, s'écroulent infailliblement.
Il n'est pas besoin de donner la raison profonde de cette vérité. Tout esprit éclairé doit savoir que la volonté dirige toutes les autres facultés, en sorte qu'elles s'égarent ou se portent vers le beau et le vrai, selon qu'elles sont bien ou mal dirigées par la volonté. Les passions, mères de toutes les erreurs, ne sont, comme le remarque Malebranche, que des égaremens de cette reine de nos pensées et de nos afTections En la formant, en la perfectionnant, on forme, on perfectionne l'iiomme tout entier: œuvre, nous ne saurions trop le faire remarquer, qui dépend d'un solide enseignement el d'une bonne éducation morale.
Si un Gouvernement n'a pas reçu la noble mission de les donner, il lui manque une condition essentielle pour se réserver exclusivement l'enseignement même des lettres et de la pliilosopbie. (]el enseignement a besoin d'être préservé, pai' la morale, de tous les vices (pii peuvent le rendre inutile ou funeste, (lette culture, si féconde (piand elle est en harmonie avec une morale pure et élevée, se réduit à des formes stériles, à un frixolc amusement, à diiuitiles
ïliéories, si elle est complèlenienl isolée des lois <le la conscience qui leur donnent la vie. Si ces mêmes lois sont violées, l'imagination, l'intelligence, la raison ne produisent plus que des fruits empoisonnés.
Nous sommes autorisé à conclure qu'un Gouvernement qui est incapable de poser la hase essentielle de l'enseignement public, ne peut en avoir le monopole. Il pourroit plus convenablement être confié à un corps, qui, appelé par sa vocation à établir les fon démens de l'édifice, n'est pas moins apte à le terminer, quelquefois avec majesté, mais toujours avec des conditions de sagesse et de durée, qui doivent le rendre préférable. Nos pères, qui avoient placé avant tout l'enseignement religieux et moral, recueillirent en outre les trésors que donnent l'intelligence et l'imagination, lorsqu'elles sont cultivées dans le premier âge par des maîtres animés d'un courage, d'une patience, d'un désintéressement fondé sur la Religion et la piété.
Qu'on ne dise pas qu'en prouvant trop, nous ne prouvons rien , et que nos argumens iroient à établir (jue le Clergé seul pourroit donner l'enseignemenl. Celte conséquence seroil peu logique. 11 (Ml est une autre inconleslal)le, et
d'ailleurs généralement admise ; c'est c[ue les Institutions laïques ont besoin de l'enseignement moral et religieux donné par le Clergé, et que le Clergé n'a pas besoin de l'enseignement littéraire et philosophique donné par des professeurs laïques. Nous ne réclamons point un droit exclusif, parce qu'un droit de cette nature entraîneroit avec lui des devoirs auxquels nous ne pourrions suffire. Ces devoirs sont aussi des services, que nous ne voulons imposera personne, mais que nous désirons avoir la liberté de rendre à ceux (jui les demandent avec de vives instances.
Nous ne refusons pas notre concours aux maîtres laï([ues, qui, domiant déjà l'instruclion littéraire et scientifi(|ue, réclament de nous renseignement moral et religieux, ^ous sonunes <lisposés à unir nos efforts à leurs elforls, à ('lablir avec eux les rapports les plus bienveillans, cl à lem* doimer toutes l(*s pieuses d'un intérèl vrai, d'un dévouenuMit désintéressé; mais ( c ra|>[)rocliement devicMulia ])lus facile, lorscpic «l'une pari la mission du Prêtre dans les Inslitulions laï(|U('s éj)rouvera moins dObsiac !(\s, et (ju'un<' libellé plus ('<|uilal>le lui svv;ï donnée dans les Inslilulions ec ( Icsiasticpies.
I.n nilraiil dans les unes eomme auxiliaires-^ nous leur donnons un eoniplénient indispensable, ainsi (|ue nous eroyons l'avoir prouvé. En dirigeant les autres, nous faisons naitre une émulation utile. Loin de nous, loin des lionimes généreux et dévoués que renferme l'Université, la pensée de sacrifier à l'esprit de corps les plus cliers intérêts de la France. Puissent les amis, et tous les membres de l'Université, être convaincus qu'il n'v a dans le cœur de l'immense majorité du Clergé aucun sentiment hostile contre leurs personnes, et qu'il désire sincèrement la prospérité des Institutions auxquelles ils appartiennent! Mais le Clergé comprend difficilement , que des professeurs représentent rÉtat dans leurs Ecoles, lorsqu'ils y explitpient les règles de la grammaire, qu'ils y font admirer les beautés d'Homère ou de Virgile, et qu'ils V donnent des leçons de chimie ou de mathémati(pies. Il lui est surtout impossible de concevoir (jue l'État soit représenté dans l'enseignement de /a PJnlosophic de l'Histoire , et de r Histoire de la Philosophie ^ deux cours, où trop souvent des maîtres présomptueux, li'ouq)és par leurs antipathies étroites, trompent à leur tour les nudileurs, en plaçant dans un faux iour deux.
lal)leaux si inslructirs, ou en n'y faisant remarquer que les traits les moins dignes d'un esprit judicieux.
Revenons à la liberté d'enseignement. Nous avons prouvé qu'il seroit injuste de la refuser sous le prétexte que l'État possède le droit exclusif d'élever la jeunesse. Il nous reste à établir que l'Etat ne peut pas confier ce même droit à une corporation particulière, il ne le peut pas, parce qu'il a promis de ne pas le faire, et qu'il a dû savoir le sens, l'étendue, toute la valeur de sa promesse. Il ne le peut pas, parce que cette corporation sera nécessairement, ou ecclésiastique, ou laïque. Il ne voudroit pas de la première; et, s'il la vouloit, elle ne seroit pas dans la possibilité d'accepter. Il n'y a pas dans le (Clergé une seule corporation capable de conduire dix Collèges; le Clergé tout entier ne seroit pas en mesure de diriger la majorili' de ceux (|ui existent en l'rance.
L'Etat ne peut clioisir une corporation laï((U(>, par un autre motif déjà exposé. C(Mt(* i'or])oration n'a pas la mission de donneur renseignement religieux et moral, l^lle est exposée à sépari'r ce (jue Dieu a iii\ inciblemeiil mû, \c cdun et rintellii;ence. Elle cullixe l;i raison aux dr-
peiis du sentiment; si elle développe celui-ci, elle esl impuissante à le régler. Le Gouvernement ne peut pas confier le monopole à une corporation laïque, parce que les Gouvernemens, qui peuvent former des administrations, ne sauroient créer une véritable corporation. Un membre du Conseil royal a donc eu raison de dire, dans le discours déjà cité (1): Nous ne sommes pas une corporation. Nous ne disons pas qu'une corporation laïque est impossible, mais nous disons que l'État ne peut lui donner l'être et la vie. Il pourroit en accepter une, si elle existoit, ou si nos mœurs la rendoient possible. Mais supposons-la pour un instant pleine de vie ; le Gouvernement ne pourroit commencer en sa faveur ce qui n'a jamais existé chez aucun peuple chrétien. Bornons-nous à citer notre ancien régime. Il est d'abord àremarquer que l'enseignement n'y étoit pas entièrement entre les mains du Clergé. Les lois excluoientsi peu les laïques, ([u'ils furent souvent investis de la dignité de Recteur de l'Université de Paris. Mais le Clergé luimême étoit loin de former une corporation. Les diverses corporations religieuses et ecclésiasti-
'1) I\L Diihois. Sf'.nicf (lii '27 Ml .11.
(jiies, Bénédictins, Jésuites, Oralorieiis, Doctrinaires, etc. , foi'inoient des corps qui étoient nonseulement distincts, mais séparés par leurs règles, leur esprit, leurs intérêts. Il régnoit entre eux plus que de l'émulation, ils étoient de véritables rivaux; mais ils étoient libres, et tout le monde rétoit également. Les Universités avoient des prérogatives ; mais aucune ne jouissoit d'un privilège qui frappât d'interdiction toutes les écoles d'une province; encore moins pouvoienlelles absorber la direction et la surveillance de toutes les Ecoles du royaume.
D'autre part , les pères de famille jouissoient d'une très-grande liberté, ayant à choisir entie tant d'Institutions diverses.
Les Rois étoient lil)res aussi en donnant des exemptions de telle ou telle juiidiclion, des préséances, des bourses, des tiaileiuens de professeurs et des encouragemens de lout g(Mir(\ Tous les amis de Tinslruction éloienl libres de fa\()riser par des donations les ctablissemens (|u'ils jugeoient les phis utiles.
Telle fui la libellé (.renseignement en labsence de la lilxMlt' (l(\s culles. Sujourd'lmi (jiic »(«ile (Icrnièic est consacict^ par lt\s lois, com- »nent pourroit-on r(^ruscr la prcmièie^ Il c^t
VI ai (|ue rCaiiversité, en acceptant un choit exclusif, s'impose l'obligation d'enseigner ou de faire enseigner plusieurs religions aux élèves de ses Collèges. La (juestion n'est pas de savoir si la chose est possible, puisqu'elle existe, mais si elle est réellement la meilleure.
L'homme convaincu de sa foi ne consent jamais à prêcher ou à faire prêcher ce qu'il considère comme une erreur, sauf à tolérer celle-ci, et à n'employer, pour la dissiper, que les armes de la charité et de la persuasion.
Ce double but seroit parfaitement rempli , si les catholiques et les protestans pouvoient former des écoles séparées, avec une pleine liberté. Mais, dans cette hypothèse, le monopole en faveur d'une corporation devient impossible.
Outre l'expérience de l'ancienne monarchie, qui nous a fourni ce que l'École appelle une preuve à jorLiori, nous pouvons invoquer une expérience plus récente. Si nos paroles dévoient être offensantes pour quelqu'un , nous n'hésiterions pas à garder le silence ; mais nous n'offenserons personne en citant des doctrines philosophiques dont renseignement s'explicjue dans lous les temps pai' l'attrait si puissant de la iHUiNcaulr, cl dans h^ nôtre, par le succès
qu'elles promettent à des écrivains (jui ont su les exposer avec un talent distingué, et remplacer l'inutilité ou la pauvreté du fond par la richesse de la forme.
Nous voudrions que tous ceux qui sont disposés à la sévérité sondassent leur propre cœur, et ([u'ils pussent se répondre à eux-mêmes qu'ils n'auroient pas cédé, dans les mêmes ciiconstances, à l'entraînement et aux séductions dont ils ont eu le bonheur de se préserver.
Nous ne sommes donc pas étonné qu'il y ait une philosophie antichrétienne; mais nous soutenons (pi'elle est funeste à la jeunesse, et surtout qu'elle ne doit jouir d'aucun privilège. Renjarquez ([u'au lieu de parler de tout rcn~ seignement, nous choisissons le cours de jiliilosophie, parce (pie plus ([ue tout autie il inlhie sur les crovances bonnes ou mauvaises d'un élève, et détermine son attachement à la loi ou son scepticisme antichrétien, l/lionnnc ii'csl (juehpie chose dans le monde intellechicl, cpie par uiie science morale fort élendue; el (juand cette science nCsl pas dirigée», l'cclilice par (H^le de la religion, elle esl toujours inspiit'c par une pliilosopliic opposée au (llu islianisme. il esl donc Irès-imporlaul de saxon eelle <|im a
— ÔC) —
prévalu parmi les professeurs les plus célèbres.
La Kelii;ion , expliquée par les aumôniers , enseigne la nécessité de réformer les penclians vicieux de la nature; les philosophes que nous signalons posent en principe la bonté native de cette nature. Les uns inculquent aux élèves la nécessité d'une lumière, d'un secours supérieurs; les autres supposent ou professent clairement (jue ce secours et cette lumière résident uniquement dans l'homme. Les aumôniers n'excluent pas la philosophie; aux lumières tirées de la Religion , ils ajoutent toujours celles que fournissent la raison et le sens moral. Les professeurs se contentent des facultés naturelles, comme pouvant seules conduire à la vérité et à la vertu.
Les élèves, ayant à choisir entre ce double enseignement, sont bien exposés à se décider pour le plus favorable aux penclians et aux inclinations les plus fortes, qui sont loin d'être les plus vertueuses. Ils aiment mieux approuver les premières (jue les condanmer. Ils sont heureux de savoir (ju'elles sont naturellement bonnes, en tout conformes à la di'oite raison; qu'il ne s'agit que de les développer, et nullement de les soumettre à une léforme contic la(|uelle ils se révoltent avec une puissante rneigie. Prenez dans tous les sens
— iyi —
les systèmes anciens el modernes (jui lejeltenl une révélation, vous n'en trouverez pas un seul, n'importe son nom et ses erreurs, qu'il soit athée, déiste, matérialiste, ou panthéiste, où vous ne rencontriez cette pensée de la bonté native de l'homme. Non-seulement ils la renferment, elle y est dominante; elle est plus encore, elle est, au fond, le sens caché ou apparent de tous les raisonnemens des écrivains qui ont soutenu ces systèmes. Mais, si cette pensée devient une conviction , chacun n'est-il pas autorisé à se donner une morale, et à en tracer les règles? La conséquence nous semble inévitable.
On conçoit que le chrétien, convaincu (ju'il porte en lui-même despenchans mauvais, cherche sa règle dans une loi meilleure, et supérieure à l'homme; qu'il s'élève jusqu'à Dieu et à Taulol'ité dépositaire de ses commandemens. Mais si vous supposez que ces mêmes penchanssont légitimes, que la volonté ne s'égare (pie lauled'aNolr appris de la laison à l(\s bien dirigei-; si nous croyez en oulre (|ue cette raison iinolie d inu^ parfaiu* in(lépendanc(\ es! le seul jugecompélenl . supposition connnune v\\ ellèl à lous nos philoso[)lies; il est cxidenl (|uc chacpK* indi\idii |)ourra laiic sa morale, <»u pluh)l il n\ aura
|)]iis(le morale. La morale est essenliellemenl une loi ; el loule loi, ainsi que le dit l'Ecole et le bon sens, esl une règle commune à tous, et non une règle particulière ; une règle permanente, et non variable à l'infini; une règle émanée d'un pouvoir supérieur, et non du sujet qui doit s'y soumettre.
C'est peut-être à cause de cette vaiiété de règles, ou à raison de leur absence, (jue l'on a présenté les Écoles qui ont adopté la nouvelle philosophie, comme l'image de la société.
En effet, il y a, sinon dans toutes les classes, du moins dans celles qui aspirent à diriger notre marche et nos progrès, des vues, des systèmes, des notions morales très-divergentes, souvent contradictoires. L'enseignement philosophi((ue de plusieurs professeurs les reproduit avec fidélité, et il a la vertu de les accroître et de les perpétuer. Mais, si telle est la situation des esprits, nous ne concevons pas comment on pourroit louer l'Université d'en reproduire la fidèle image. INous sommes disposé à croire (pi'il est mieux pour elle de ne pas adopter des choses contradictoires ou divergentes; (pi'il est préléia])le d'avoir des vues, des pensées, une voloMlr' |)r()j)re, (jue crad()|)lei' loulcs les pensées ,
toutes les vues , toutes les règles enfantées pai l'inconstance de l'esprit humain. Si cependant ce dernier parti ëtoit jugé le seul praticable, par des hommes qui ne veulent pas d'un enseignement chrétien , on nous fourniroit l'argument le plus décisif en faveur de la liberté d'enseignement. En effet, les histituteurs , abandonnés il eux-mêmes, feront-ils autre chose que de reproduire les divers systèmes philosophiques qui existent dans la société? Plus ils seront libres, plus le tableau sera exact. Un corps particulier ne peut en représenter qu'une partie. Si tous les individus, si toutes les associations qui veulent se livrer à l'enseignement sont libres de suivre leur attrait, le tableau sera véritablement complet, parce que la société tout entière sera représentée. Nous ne demandons pas ce désordre; mais nous prions aussi ceux qui doivent le redouter autant (|ue nous, de ne pas fournir à ses partisans de Irès-forts argumens pour le justifier.
J)ans l'état actuc^l de notre société, \c monopole de l'inslruclion est phis imj)nissanl (|u'iine liberté réglée avec sagesse, (lelle-ci anroil j)(>iir elVet (le conduire l(*s [)ères de linnille à reeliereher renseignement \v plus r:«\<Mahle a runitc
morale, (jui piocluil elle-nuiue ruiiilé dans les ièi;les du goût, dans la culture des lettres et des beaux-arts. Phénomène remarquable! il existoit autrefois une multitude d'Écoles sans unité de direction , sans unité d'organisation , avec pleine indépendance dans l'emploi des méthodes; et il y avoit néanmoins plus d'unité dans toutes les œuvres artistiques et littéraires. Cela ne viendroit-il pas de ce que les belles formes dont le génie sait revêtir ses compositions, tiennent essentiellement à une force et à une vie intérieures, aussi indépendantes des méthodes les plus perfectionnées, que la santé et la beauté des coips peuvent l'être de l'étude de l'anatomie et de la physiologie ?
On peut assigner des causes fort diverses à ces grands mouvemens de l'esprit humain , qui ont illustré certains siècles et certaines contrées; mais les méthodes n'y ont pas eu la principale paît. Elles les ont suivis plutôt qu'elles ne les ont précédés. 15ossuet, Corneille, Fénelon, Pascal, Racine ont eu des maîtres moins .exercés (|u'un grand nombre d'hommes fort obscurs du siècle suivant.
Le génie a une méthode f|ui lui appartient; il a des voies ignorées du vulgaire , pour sY-
lever aux grandes pensées, aux inspiiations sublimes. H n'a nul besoin de maîtres pourvus de grades, et formant une caste particulière dans l'Etat. Des maîtres dévoués et vertueux lui seront toujours plus utiles pour le préserver des séductions de l'orgueil.
Un corps enseignant pourroit tout au plus aspirer à mieux former les hommes ordinaires destinés aux divers emplois de la société, mais nous croyons avoir prouvé que cette prétention plus modeste n'est nullement justifiée par l'expérience ; ce corps n'a pu nous préserver ni de l'anarchie dans les règles du goiit, ni de l'anarchie dans les règles de la morale.
A. cpioi nous serviroit désormais un monopole qui ne possède aucun àcs avantages de la liberté, et qui est sujet à plus d'inconvéniens et de dangers ?
Plus on réfléchit sur la nature d'une corpolation, et sui' celle de Tl ni\ersité, phis on (l(^meure convaincu (|ue la seconde ne possède ni les liens, ni la eonnnunauté de doctrines, de moyens, de but, <jiii doivent constituer une corporation. (^)u'est-ce donc (|ue Tl niversité? C^'est une administration, à lacjuelle sont soumis à diveis litres les (Collèges, les Pensions et Insti-
Uilions (lu royaume; elle emploie des hommes généralement estimables , studieux , instruits , exerçant une discipline exacte et sévère; des hommes dont (juelques-uns sont de bons et solides chrétiens, de véritables modèles de dévouement et de piété , dont un plus grand nombre ont adopté dès leur jeunesse les principes philosophiques que nous venons d'exposer. Ils ont \'écu dans une atmosphère toute philosophique, comme d'autres dans une atmosphère religieuse. L'instruction qu'ils ont reçue a influé sur leur intelligence, comme l'air et la nourriture agissent sur un tempérament. Et cependant il est juste de dire que le plus grand nombre ne sont nullement hostiles à la Religion catholique, que d'autres en sont peu éloignés; mais leur bon vouloir est ébranlé ou disparoit aussitôt que quelque mauvais vent souffle la discorde. Nous regrettons que cette discorde ait éclaté ; nous sommes profondément affligé que la controverse n'ait pas eu pour uni({ue objet les mauvaises doctrines : c'étoit déjà beaucoup ([ue de les combattre, et de rendre cette lutte utile il la Religion. Mais en déplorant qu'elle ait été plus loin, et (|ue des attaques fort vives aient été dirigées contic les personnes, l'intérct
d'une cause aussi sacive (|ue celle de renseignement , ne nous peiniet pas de dissimuler nos convictions sur les graves inconvéniens d'un droit exclusif confié à l'Université ; elle ne peut représenter l'Etat que pour des objets fort accessoires, et non pour tout ce qui fait l'essence de l'enseignement, puiscpie l'Etat ne lui a confié aucune doctrine, et ne pouvoit lui en confier aucune; nous l'avons suffisamment établi.
Ce que l'État n'a pu faire avec le secours de l'Université créée il y a trente-cinq ans, il ne pourra pas l'obtenir avec une autre administration, quelque honnête, quelque parfaite qu'elle puisse être, ou par le moyen d'une corporation. H ne peut d'ailleurs trouver dans le Clergé un nombre suffisant d'instituteurs; il ne le peut, et ne le voudroit pas, s'il le pouvoit. Concéder la liberté promise, est la seule mesure c|ui puisse nous faire parvenir à une situation meilleure.
La grande, runicjue dilïlcullé maintenant est de déterminer les conditions de cette liberté. Ees considérations précédentes ont dû vu r( lulre la solution plus lacil(\ ^()us ;ivons dit (jue l(" but (le tout enseignement doit être 1(* double })erfeclionnemenl moral et intellectuel de la
jeunesse. Les eoiidilions qui n'auioient pas j)oiir but d'assurer une l)()nne direelion morale et une instruction solide seroient inutiles. S; l'un de ces deux objets étoit seul prévu et réglé par le législateur, sa loi seroit incomplète. Le but étant connu , à quels signes les pères de famille reconnoîtroient - ils les Institutions qui cboisissent les moyens de l'atteindre? Le signe le plus certain , selon nous , est fourni par l'expérience. Vous connoîlrez les Instituteurs par leurs fruits. Vous connoitrez la bonté d'une École à la conduite du plus grand nombre de ses élèves, soit au sein de leurs familles , soit dans la société; à la modestie, à la régularilé de mœurs, à l'abnégation, qui font le cbrétien solide. Vous la connoitrez encore aux preuves de capacité et de savoir que donneront ces mêmes élèves dans les fonctions diverses (jui leur sont confiées. Nous croyons que ces preuves sont les meilleures. Mais est-il impossible à un législateur de les accepter, et de les insérer parmi les conditions qu'il \\ droit d'exiger?
Il ne le peut pas dans le système nouveau qui semble avoir jusqu'ici préoccupé exclusivement les divers Ministres de l'Instruction publicjue. Il le pourroil dans un aulre système cjui nous
semble préférable. D'ailleurs , en demandant que les Institutions qui, pendant plusieurs années, ont donné la puissante garantie d'un enseignement reconnu utile, soient dispensées de fournir des garanties nouvelles, nous sommes loin de penser (ju'il soit à propos de supprimer les preuves d'aptitude qui doivent précéder la mission d'enseigner. Nous voudrions, au contraire, qu'elles fussent plus nombreuses , plus certaines que celles qui ont été exigées par les divers projets de loi déjà connus.
Quelques observations sur ces projets feront mieux connoître notre pensée :
Ils imposent 1" l'obligation de présenter un certificat de moralité délivré par le Maire , certificat qui suppose l'absence d'une conduite immorale, mais qui ne gaiantit point et nesauroit garantir l'existence d'une seule vertu. Nous n'insisterons pas sur (^etle pieuve illusoire. Nous pensons (|u'il en faut de plus décisives.
Ils exigent en second lieu cpie le candidat soit pourvu de grades. Nous ferons remar(|uer d'abord (pie si les grades ont toujours été nécessaires pour profiter de ctMlains privil('g(N, poui* (Mitrer dans certaines professions, jamais ils iTonl (''t('' c()nsi{|('i('s connue indispcMisabies pour s(^ liviiM
à renseii^neinent. IN'esl-il pas téméraire de donnera une épreuve, d'ailleurs utile, un caractère exclusif, inconnu en France jusqu'en 1789, et qui n'a jamais existé chez aucun peuple de l'Europe?
Il est inutile de multiplier les citations sur un fait qui ne pourroit être contesté que par la mauvaise foi ou par l'ignorance.
Il est notoire que les anciennes Universités n'avoient entre elles aucun lien commun, et qu'elles formoient autant de corps indépendans.
Voyons de quels privilèges elles furent dotées.
Aucune n'en reçut un aussi grand nombre que celle de Paris, et cependant jamais son droit de monopole , au moment de sa plus grande extension, ne s'étendit hors de la capitale; on le voit même presque toujours borné à un seul (juartier. L'époque de sa plus grande puissance, est vers la hn du xvi'' siècle, pendant l'expulsion momentanée des Jésuites. Elle jouit alors d'un privilège exclusif, qui fut confirmé par les Statuts enregistrés au Parlement en 1598, et reçus par l'Université en 1600. Mais cette disposition ayant bientôt paru excessive, quoiqu'elle fût appliquée seulement à la capitale, un nouveau règlement ne tarda pas à lestreindre ce privilège au ((uarticr latin.
Le cardinal de Hiclielieu (avoi isa encore plus la liberté d'enseignement, convaincu, ainsi qu'il le dit dans son Testament politique , qu'il vaut mieux que plusieurs Institutions enseignent à Venvi , afin que V émulation aiguise leur vertu. Diverses Congrégations enseignantes, nouvellement créées, vinrent heureusement exciter cette émulation. On peut citer en particulier les Oratoriens, les Doctrinaires et les Jésuites, dont la fondation avoit précédé le ministère du célèbre Cardinal. Déplus, des fondations, soit municipales, soit privées, s'élevèrent à l'ombre de l'autorité royale , qui les autorisoit et les soulenoit par ses encouragemens. Ces Institutions diverses, dirigées soit par des religieux, soil par des prêtres séculiers ou par des laïques, étoientplus nombreuses que les Collèges appartenant aux différentes Universités du royaume. 11 n'y eut donc jamaisd'Uni versité (jui s'arrogeât un véritable monopole dans l'étendue d'une province, et encore moins dans lout le n^yaume. Leur vrai privilège étoitcelui de conférer lesgrades, non j)asau\ s(mi1s élèves deleurs(]olléges, mais aussi à tons ((mjv dt^s Collèges particuliers . Ces derniers ctoicut propres <i préparer aux degrés ceux qiu. pour les o/>/c/ii/\ rotdo/c/f/ passer aui f '/a\'crsifc\, et ) dccomplir
le cours des ctudcs acadé/niqucs. (^ lui il do 1763.) Il faiil entendre plus probablement pai' études académiques celles du cours de pbilosopbie. L'État avoit attacbé une importance particulière à ce cours ; pour le rendre plus moral , plus religieux, il l'avoit laissé sous la surveillance spéciale des Évéques. Il est évident que ce n'est pas dans ce but que l'on enlèveroit aujourd'bui aux Écoles privées cette partie des études.
Quoi qu'il en soit, le Clergé et tous les catboliques seroient beureux d'être aussi libres sous un régime qui a promis la liberté, que sous un Pouvoir qui croyoit avoir le droit de l'accorder ou de la refuser selon son bon plaisir. i*as plus que nos pères nous ne condamnons les grades. Que le Gouvernement les exige pour les établissemens qui lui appartiennent : c'est son droit. Qu'il promette et accorde certaines prérogatives aux établissemens particuliers dont les professeurs seront gradués; de tels encouragemens peuvent être utiles. Qu'il réserve à ses professeurs le droit de les conférer aux élèves des Institutions, laïques ou ecclésiasticjues, qui veulent jouir de la liberté, on conçoit ce privilège, et on peut le supporter. Mais qu'il ne soit pas possible aux pères de famille de donner leur
confiance à un Insliluleiu" insliniL et Ncitueux, sans que leurs enfans ne soient prives des grades, et exclus de toutes les carrières, voilà ce ({ui ne nous semble ni juste ni raisonnable. Qu'on ne dise pas qu'il faut une garantie, et qu'on ne peut en demander aucune autre. Comment ! il n'y auroit de possible que ce qui n'a jamais été fait ! La confiance donnée par un Conseil général à un homme chargé de diriger une Ecole qui intéresse tout un département, par un Conseil nmnicipal à l'homme qui doit diriger l'Fxole d'une ville, par un Evéque à un Prêtre appelé à diriger une Institution libre, nous semble offrir une garantie beaucoup plus sûre qu'un examen dont le succès dépend d'une mémoire plus ou moins heureuse, plus ou moins exercée, lis choisiront, soyez-en convaincus, des honmies éprouvés, et dont les services antérieurs garantiront les services futurs. Nos pères furent phis sages que nous; ils demandoient des garanties, non pas aux indivichis, mais aux Corporations civiles, ecclésiasticjucs et rehgicuses. Ils piéff'rèrent les premières, mais ils n'exclurent pas les secondes. Sous un régime de liberté, régalité de droit devroit ce seiuble èti c accordée à tous ceux <ini onVeul des garanties égales.
INous avons dit que le Clergé, les Conseils généraux, les Conseils communaux pouvoient trouver des garanties autres que les grades, et qui ne leur seroient pas inférieures. En effet, éclairés, soit par l'intérêt si pressant des pères de famille, soit par le désir de répondre à la confiance dont ils sont investis, ces corps ne négligeroient rien pour réunir les maîtres les plus distingués. Selon toutes les apparences ils cherclieroient à s'assurer de leur capacité par un fait péremptoire, à la portée de tous; qui, à lui seul, renferme des garanties aussi nombreuses, aussi sincères qu'il est possible de les exiger. Vous ne demandez à un homme que deux ou trois heures d'épreuve, ils lui demanderont une partie de sa vie. S'il n'est pas entré dans la carrière , ils rechercheront toutes les preuves de capacité qu'il a données dans le cours de ses études; s'il y est déjà entré, ils voudront savoir comment il a enseigné et dirigé les élèves, n'impoi'te dans quelle Institution ; comment il a formé leur caractère, quels sentimens de vertu il a su leur inspirer. Nous avons aussi quelque confiance dans les engagemens sacrés formés par un Prêtre, et dans le jugement porté par ses Confrères, par son Evéque, lorsqu'ils attestent que ces engagemens ont été constamment respectés.
S'il y avoil erreur, malgré les précautions que doivent suggérer un grand intérêt et une grande responsabilité, que le législateur pienne telles précautions qu'il jugera utiles pour fermer les mauvaises Ecoles : personne ne se plaindra d'une surveillance réclamée par l'intérêt public.
Après avoir examiné de bonne foi les avantages des grades, nous sommes demeuré convaincu qu'ils ne sont pas assez grands pour en faire le seul titre, la seule preuve de capacité, et une condition essentielle de la faculté d'enseigner. Sommes -nous téméraire en ajoutant que leur exigence n'a pas eu pour but principal le perfectionnement moral et intellectuel des élèves, mais qu'on a pensé beaucoup plus à rendre l'accès des Ecoles très-difficile au Clergé?
A quoi bon dissimuler une conviction générale? Certaines personnes sont convaincues (juc, si une trop grande facilité de former des établissemens étoit donnée au Sacei'doce catli()li(|uc, i^i concurrence deviendroil trop redoutable. Lue fois maîtres des Ecoles, n(* le seroicnt-ils p;is bientôt de la société? Un tel dangei doit élic prévenu par de sages mesures.
Si les grades soul iM(lis[)(Misabl(»s, s\\sl-(>n dii sans doule, nous «cMrlons tous les IMèlrcs (|ui
dirigent les petits Séminaires ou (jui y donnent un enseignement, lis ne se décideront pas à être confondus dans un examen avec les élèves (jui viennent de (juitter les bancs. Les Professeurs et Directeurs des petits Séminaires une fois écartés, nous n'aurons plus pour concurrens que leurs élèves. Or les Évéques ne peuvent avec ceux-ci former le corps entier de Professeurs, et surtout choisir un Supérieur, un Directeur, un Préfet des études, tout le personnel en un mot d'une Institution de plein exercice. Que feront les Evé- (|ues? Ne pouvant employer dans l'enseignement les élèves sortis de leurs Séminaires , ils ne leur feront pas même prendre des grades devenus inutiles. Après (juelques années d'exercice du ministère paroissial, et parvenus à Tage de vingt-huit ou trente ans, ils ne se résoudront pas à un examen qu'ils auroient facilement subi à dix-liuit ou vingt ans.
Vous le vovez, les mesures sont parfaitement calculées et les moyens très -efficaces, afin que le moment n'arrive jamais pour un Evéque d'élever école contre école; celles qui existent demeureront sans rivaux ou avec des concurrens moins redoutables. La société ne sera pas moins licuicuse i[yw nous, puiscpi'elle sera préservée
par les mêmes précautions qui nous préservent nous-mêmes d'un funeste envaliissement. — Nous serions heureux que ces intentions ne fussent que les rêves d'une imagination alarmée. Toutefois, s'il faut les traiter de cliimères, certains actes et certains projets de loi demeurent inexplicables.
Quant à la terreur qu'inspire le danger d'un envahissement , nous avouons notre impuissance pour la calmer. Qui pourroit redouter un Corps qui , après avoir joué un si grand rôle dans la politique de toutes les contrées de l'Europe, après avoir eu dans ses mains des tribunaux spéciaux, l'administration de biens immenses, avoir tenu le premier rang dans 1 Etat et dans les assemblées de la nation, est aujourd'hui sans rang, sans influence politi(jue, exclu de toutes les assemblées, depuis le plus pelit (Conseil municipal jus([u'à la (Ihambrc ch's Pairs, et dépouillé au point qu'il n'a pas hi propriété des maisons <ju'il habite et des temples où il prie? On hii conteste même ceux de ces édifices qui sont à lui en vertu des lois (jui régissent h's propriétés de tous h*s |)euj)l(N de riÙM-oj)c.
i)u\ donc poMiroil redouter une inlhinu'c (jui depuis (juaranlc ans ne s rsl j)res(|uc ja
mais exercée dans un inlérét personnel ? Sur mille donations faites au profit des Ecoles, des Maisons de cbaritë, des Fabriques, des Églises, des Séminaires, c'est-à-dire, à la décharge de l'État ou des Communes, à peine en est-il une qui intéresse réellement la Cure ou l'Évécbé. Lorsque l'un de ces deux établissemens est doté, c'est presque toujours au profit d'une autre Institution.
S'il n'y a à craindre aucune influence politique, aucune influence exercée dans un intérêt personnel, quelle est donc celle qui pourroitétre redoutée ? Voudroit-on ravir au Clergé la confiance nécessaire pour suggérer des œuvres de charité, pour faire réparer des injustices, pour rétablir la paix dans une famille? Nous ne le pensons pas.
Quelques personnes craignent que l'enseignement ecclésiastique ne soit pas favorable aux progrès de l'instruction et de l'éducation.
Quels sont ces progrès ? On ne le dit pas. S'agit-il du progrès moral ? Nous demanderons où il est, en dehors des doctrines professées par l'Église catholique et par tous les véritables chrétiens qui n'ont pas un autre Evangile que le notre? S'agit-il des dogmes ? Nous ferons la même question. Où sont-ils, en dehors du caiholicisme? Où sonl ceux du proteslanlisme ?
Qu'on nous montre surtout ceux des philosophes. Qu'ont produit ces derniers lorsqu'ils ont voulu appliquer à la société des théories qui n'ont jamais pu résister aux premiers essais tentés pour les réaliser? Faites mieux, si vous le pouvez, que Saint-Simon, que Fourrier! Vous ne l'osez, et vous avez mille fois raison. Vous êtes aussi impuissans, parce que vous n'êtes pas plus vrais. En fait d'erreur, vous n'avez rien inventé qui ne fut connu avant Jésus-Christ. Vous n'avancerez point, soyez en assurés, en vous revêtant de ces vieux et impurs lambeaux dont il a délivré l'humanité. Des discussions sans fin sur des systèmes qui n'ont pas produit une idée nouvelle depuis quatre mille ans, ne vous donneront pas un progrès nouveau. Vous nous reprochez l'inmiobilité ! Est-il préférable de s'agiter sans avancer ? Mais nous avons du moins la liberté? pourcjuoi donc nous refusez-vous celle de l'enseignement?
Mais voyez TEspagne, rAméri(|ue du sud, ritalie ? (jucllc lorpcur, ([uelle luovl dans les unes! quels déchiromens , (|uclle désohilion dans les au 1res !
Qui vous a dil (|ue les déchiremens ne vi(Minentpoint (h' la léniéi'ilé,(l(' rignorancej)r(>loii(l(»
des rcloiinalcurs <jui parlageiilvosdocliinesPQuî vousadit que, plus sages elplus éclairés, ces Étais n'auroient pas conquis la liberté sans la licence? La torpeur et la mort peuvent-elles venir des doctrines qui ont ranimé les restes vermoulus de l'Empire Romain, éclairé et policé les Barbares, rapproché et uni par des liens intimes des élémens qui, par leur incohérence et leur extrême opposition , avoient changé le monde en un affreux chaos? Cherchez donc une autre cause à cette décadence; vous la trouveriez dans les mauvais penchans de la nature humaine, si vous n'étiez pas assez aveugles pour les diviniser. Tout en défendant les droits des peuples, l'Église avoit inspiré envers le pouvoir politique, un respect, une vénération dont il n'a que trop souvent abusé pour énerver et asservir son allié le plus constant, le plus désintéressé , le plus fidèle. Ce n'est pas à sa fortune qu'il a fait la guerre la plus funeste, il l'a déclarée à son indépendance, à son ascendant moral; il a profilé de ses principes, de ses habitudes de soumission, de respect, pour paialyser ses principes de liberté. Il est vrai que les cath(>lif|ues n'aiment pas les révolutions. Toutefois, s'il falloil ('ouqiairi cl clioisii', (jui ne pré-
fëreroit la voie dans laquelle est entrée l'Irlande à celle de ses oppresseurs du xvi'' siècle?
Les écrivains qui reprochent aux auteurs catholiques la torpeur et la mort , placent la vie dans les progrès du commerce et de l'industrie, dans une prospérité toute matérielle, dans la liherté individuelle sans limites. Nous avons accepté pour un instant cette hypothèse ; il nous resteroit à examiner si la vie des sens et de la matière est la seule digne de l'homme. La prol)ité, la nohle indépendance des caractères, des mœurs sévères, la droiture du cœur, de généreux, de suhlimes dévouemens doivent-ils donc être comptés pour rien ?
Raconte-Jioiis tes vertus, disoit un philosophe à la philosophie du dernier siècle, je te dirai tes forfaits l }eVe'A les yeux autour de vous, dironsnous avec plus de modération, à ceux ((ui parlent de Faction du sacerdoce sans la comprendir ; rapprochez la conduite etlesd'uvi es inspirées par vos systèmes, des (cuvres (|ui sont nées de nofic enscrigiKMnenl et de noire ministère, ^ous connoissons les amis (l(\s pauvres, des orphelins, (les innomhrahles mallieureuv de la capitale : les plus cmpresst's à les soula«;<M', à (Iofhum la [)ai\ à leur ame, cl à leur corps la nourriluK-
et les vêteiiiens, ne soni pas dans les rangs de ceux qui font la guerre au sacerdoce.
Après nous avoir reproché la mort, on nous reproche un excès de vie. Nous sommes seuls, disent nos adversaires, et vous avez des chaires innombrables ; vous subjuguez toutes les familles. Nous avons dit quelle étoit notre vie, nous avons expliqué notre mort : expliquez-nous vos contradictions ?
Vous protestez de votre amour pour le Clergé, et vous l'attaquez sous le nom d'une Société non reconnue par les lois. Nous ne prétendons pas vider ici le procès de cette Société célèbre, dans lequel tant de passions ont été mises en jeu. Alors même que les Jésuites auroient des torts , vous n'êtes pas dispensés d'être justes et logiciens. Vous accusez les règles de ces Religieux d'établir un humiliant despotisme; vous savez bien qu'ils ne peuvent faire peser leur joug sur aucun de ceux qui ne sont pas disposés à l'accepter ; vous savez bien que , malgré certaines métaphores employées dans lî^ rédaction de leurs règles, leur discipline n'impose pas une obéissance passive aussi absolue que la discipliiKî militaire. Vous n'accusez pas d'envahissnncMil ceux (}ni possèdent tous les établisse-
mens d'Instruction publique; vous vous indignez contre les envahisseurs qui n'ont aucune École , aucun titre , aucun traitement. V ous prétendez qu'ils dominent les Évéques, et il dépend des Évéques de les congédier: ce qu'ils ne manqueroient pas de faire s'ils étoient aussi pervers que vous le dites.
Vous témoignez au Clergé du second ordre de vives sympathies : est-ce donc en blasphémant contre sa foi ? Vous plaignez son oppression , et vous ignorez que les Évéques ont toujours été très-empressés à défendre l'indépendance de son ministère. S'il n'a point des tribunaux pour le juger, qui donc les a renversés avec les lois qui y étoient en vigueur? Com])ien d'ailleurs trouvez-vous de Prêtres disposés à se plaindre ? Comptez les suflVages, et surtout ayez soin de les peser.
Vous protestez de votre respect pour le catholicisme, et vous prétendez (ju'il faut , sous peine d'èUe en opposition avec la loi, placer la vérité catholi(|ue dans l'approbation donnée au\ doctrines de toutes les sectes chrétieinies : mais c'est la destruction d'une Religion (|ui (\sl ime dans ses dogmes, dans son culte, dans sa hiérarchie; mais c'est la destruction de toutes