I?4 OBSERVATIONS
à transmettre la fièvre jaune, ne mettent pas une année à passer d’Amérique en Europe , outre que , d'après ce que l’on a lu sur la persistance du principe contagieux , cette objection est de peu de poids , je réponds que par des recherches plus détaillées faites dans les deux nîondes , sur les registres publics des douanes et des hôpitaux , on découvrirait probablement que la fièvre jaune a régné plus d une fois dans les mêmes années à Cadix et dans quelque partie des Amériques. C’est ainsi qu’en 1^30 elle était à la fois sur la côte de Carthagène, à la Louisiane et à «Cadix; en 1733 à la Barbade et à Cadix; en 174s à Çharles-Town et à Cadix; en 179a et eu 1800 encore à Charles-Town et à Cadix , et finalement l’année dernière, 1819, elle ravageait a la fois la Martinique, la Jamaïque, la Vera-Crux, la Havane et Cadix.
En me tenant toutefois aux dates que je viens de rapporter, il se trouve qu’en 1705, la première chose qu’eu tendit le père Lahat à son arrivée à Cadix, fut que la maladie régnante avait été apportée par un vaisseau venant d'Amérique.
Le docteur don Francisco - Fernandez - Navarrete , cité par Villalba, dit que le vomissement noir de 1730 et 1731 fut introduit à Cadix paF uue barque américaine. U ajoute que le mal se porta dans d’autres parties de la Péninsule, et qu’il alterna jusqu’en 1738 avec d’autres épidémies, pendant qu’une dyssenterie cruelle désolait les côtes de Malaga, de Séville, et de presque toute l’Andalousie. Cette dyssenterie aurait -elle été une conversion de la fièvre jaune?
A 1 egard du vomissement noir qui, en 17^1 parut à Maiaga, où il enleva plus de dix mille personnes , l’auteur de l'Ëpidémologie espagnole en donne pour cause l’introduction d’un contagium apporté par des étrangers qui arrivaient d’Amérique , et répandu avec les marchandises que ces étrangers mirent dans le commerce de la ville. *
Les écrivaius ne s’expliquent point sur l’origine des épidémies subséquentes, jusqu’à celle de 1800; laquelle fut attribuée, d'une commune voix, à l’équipage d’un vaisseau qui venait de la Havane. Cet équipage s’était séparé en deux bandes. L’une entra dans Cadix; l’autre se rendit à Séville : et la fièvre jaune éclata presqu’en même temps à Séville et à Cadix. En 18 13, comme je l’ai dit précédemment, ce fut après l'arrivée du vaisseau du roi \e Saint-Pierre , venant de la Vera-Cruz et de la Havane, que la maladie fit explosion. Les marchandises et les effets qu’il débarqua en introduisirent le germe. C’est là le sentiment de M. Florès.
11 faut l’avouer, de tels rapprucbeniens sur l'importation de la fièvre jaune d’Amérique en Europe manquent toujours d’une certaine authenticité. Faute de vérifications suffisantes, ils ne sauraient donner à l'importation dont il s'agit ce degré d’évidence qui subjugue l’esprit et tranche toute objection. Mais il faut avouer aussi qu'ils se fortifient merveilleusement l’un par l’autre; et s'ils ne prouvent pas que la fièvre jaune soit importée , ils prouvent moins encore qu elle soit spontanée en Andalousie , et surtout ils ne sauraient prouver que, née d’abord en Europe, elle en soit jamais partie pour aller en Amérique : tandis qu’il est très - probable que les deux Amériques, l’équinoxiale et la septentrionale, se la sout transmise mutuellement. Je lis, par exemple, dans un extrait de l’ouvrage du docteur Carrey, que l'époque où les réfugiés de Saint-Domingue allèrent chercher un asile à Philadelphie, fut justement l’époque où s’alluma cette terrible fièvre jaune qui se répandit, comme un leu dévorant, dans les états de New-Jersey, de Deiaware, de Maryland, dans la Virginie et dans les deux Carolines, jusqu’à la Géorgie. D'un autreacôté, si en I lOi , au rapport de Lind, la Havane infecta Charles- ’fown , én revanche , des frégates anglaises qui venaient de Philadelphie entrèrent, en juin 1794, daDS le port de la Havane, et bientôt la ville, toute l’escadre espagnole , toute la marine marchande, et même une partie de File de Cuba, furent envahies par la fièvre jaune. Or, de ce que les deux contrées que je viens de citeront pu s'infecter mutuellement, que s’ensuit-il? Qu’elles peuvent infecter à plus forte raison une troisième contrée , plus propre encore que les deux premières à recevoir le mal , précisément parce qu'elle ne le produit pas.
Je n’ajoute plus que ce peu de réflexions : Aucun vice local ne peut favoriser à Cadix le développement de la fièvre jaune; si un vice de cette nature existait, il eût été plus sensible autrefois qu'aujourd’hui, et la fièvre jaune eût infecté Cadix depuis des milliers d'années. Au contraire, ce fléau n’y a été connu , selon toute apparence, qu’en 1701; c’est-à-dire deux siècles après la découverte de l'Amérique. Lorsqu’il y parut peu d'années après sa propagation dans les Amériques, il fut considéré comme une maladie nouvelle. C’en est assez pour autoriser l'idée de l’importation. Pour mon propre compte, je m arrête à cette idée comme à la plus probable que l’on puisse adopter; et du reste je n’imagine pas que le caractère .contagieux de la fièvre jaune en Espagne soit désormais l’objet du plus léger doute, surtout d’après ce qu’on
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a vu en 1800 et 1819. Or, je le répète pour la dernière fois, c’est ce caractère contagieux , ai manifeste dans 1 a tièvre d'Europe et si peu dans celle d’Amérique , qui établit entre ces deux maladies la différence U plus sensible et la plus importante. S’e(Tacera-t-«lle avec les années? et, supposé que la lierre jaune devienne endémique en Espagne à mesure qu’elle prendra ce nouveau caractère , perdra-t-elle celui de contagion , comme il est possible quelle l’ait déjà fait en Amérique? Quelle autre voix que celle du temps peut répondre à cette question ?
Une question plus grave se présente. La France est -elle menacée du même fléau que l’Espagne? sera-t-elle un jour attaquée par ta lièvre jaune? Si j’en croyais les médecins espagnols , M. Aréjula tout le premier , je répondrais hardiment, oui. D’après ce grand médecin, que faut -il pour que la lièvre jaune s’introduise parmi nous? le* trois choses qui l’ont introduite en Andalousie : des dispositions personnelles ; nous ne les avons que trop : une chaleur forte et soutenue ; elle peut être telle dans les parties méridional de France, à Marseille, à Toulon, dans les petits ports de la Méditerranée; dans ceux de l’Océan à Bayonne et même à Bordeaux, etc. Par. une température vive de trois mois, en mai, juin et juillet, les organisations auraient reçu 1 a préparation nécessaire. Cela posé, que la troisième chose se présente, et la lièvre jaune éclatera. Quelle est cette troisième chose? on le sait d’avance : un principe contagieux , un germe , un miasme ; des malades déjà frappés ; des communications imprudentes avec des équipages arrivant d’Amérique ou d’Asie ; un déployement subit d’une grande quantité de marchandises ou d’effets usuels , pris dans des lieux infectés , entassés dans un vaisseau, long -temps privés d’air, et peut-être altérés par le repos et la chaleur. Fallait-il d’autres moyens pour introduire tout récemment en Europe l’ophthalmie d’Égypte, et la disséminer en France, en Allemagne, dans les Pays-Bas, et surtout en Angleterre, où elle a été si opiniâtre? En a-t-il fallu d’autres pour la variole , lorsqu'elle a passé d’Europe en Amérique ? Souvenons - nous que des exemples de fièvre jaune ont paru à Bayonne, à Bordeaux, à Hochefort , à Brest. N'en a-t-on pas va dans le Nouveau- Monde, jusqu'à l’embouchure du fleuve Saint - Laurent , sous un parallèle plus élevé que celui de Paris ? La fièvre jaune de Livourne en 1804 est déjà un avertissement très-significatif. Que dirai -je des essais de fièvre jaune observés deux lois en Suisse par Haller? Que cette fièvre ait été importée,
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quelle suit née d'elle -même, qu’en résulte-t-il, si ce n’est une double leçon sur la nécessité de prendre des mesures ? Remarquez que celte fièvre de Suisse a eu quelque chose de coutagieux. Je ne parle pas d’une épidémie plus récente qui s’est montrée , m’a-t-on dit, dans un canton , et dont le germe résidait dans des papiers qu’un soldat suisse envoyait de la Havane à sa famille. J’avoue que les fièvres jaunes sporadiques aperçues de loin à loin dans des ports de France, n’ont rien eu de ce caractère; mais tout change avec le temps, les lieux, les émanations, les animaux, les hommes, les maladies ellesinâmes; et par l'effet des maladies, aussi bien que par le mélange des peuples entre eux, les générations qui se succèdent ne se ressemblent pas. Les fils de ceux qui ont eu la fièvre jauue d’Andalousie 1 auront peut - être d une autre façou que leurs pères. N'a-t-on pas constaté que depuis l'introduction de la syphilis , les maladies de nature muqueuse étaient devenues universelles ? Un vieux chirurgien , que je consultais il y a quelques anuées , m’assurait que les affections inflammatoires étaient autrefois plus multipliées qu’aujourd'hui. On a vu souvent des légions d’insectes s'élever tout à coup , et donner le sinistre présage des plus cruelles épidémies. D'où sortaient ces légions? et comment ont -elles produit tant de maux? par la décomposition de leurs cadavres. Fort bien; mais, quoi! mille causes d'infection, en apparence plus énergiques que celle-là , u’ont pas été si meurtrières ! D’où venait la suelte que l’on ne voit plus? D'où venait la fameuse maladie noire du xiv". siècle, laquelle a ravagé l’Asie, l'Europe et l’Afrique, et moissonné la quatrième partie du genre humain? Était -elle partie, conuue on l'a dit, du centre de la Tarlarie? Était -ce par un déchirement de la terre que le germe s’était échappé de son sein pout se répandre dans l air et voyager avec les vents , de la même manière que par une de ses éruptions , le Colopaxi fit naître une maladie singulière qu’observa Joseph de Jussieu, et à laquelle ou donna le nom*du volcan? Ici, le feu; là, les eaux ; plus loin , les vents qui se traînent sur des plages empestées , et balayent devant eux mille poisons mortels : que de causes qui conspirent à la fois contre la pureté de l’air , et la fragile vie de l’homme !
Je n'ai pas la prétention de lire dans l’avenir, et de proposer mes décisions comme infaillibles. J’ose seulement soutenir que la fièvre jaune nons louche d’assez près pour que le gouvernement ne persiste plus dans la sécurité où il s’est teuu jusqu’à présent; et il me suffirait d’apprendre qu’après avoir régné uniquement à la Guayra, et sur le littoral de Caraccas, la fièvre
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jaune vient de franchir la cdte , et de se montrer sur le haut plateau où est bâtie la ville de Léon, pour qu'une pareille migration d'Espagne en France me semble non-seulement très-possible, mais encore très - probable , et même très-prochaine. Peut-être ne faudra-t-il pour la consommer qu’une nouvelle épidémie. Je ne crains pas d'ajouter avec les médecins espagnols , que la population étant en France plus serrée qu’en Espagne, les villes, les villages, les hameaux plus rapprochés, et les communications journalières infiniment plus multipliées, une première faute, ou si l’on veut, un premier malheur aurait parmi nous les plus funestes suites, ne fût-ce que par l’inexpérience et les débats des médecins. S’ils se sont trompés à Séville et à Cadix ; si même ceux qui avaient traité la fièvre janne en A mérique , l’ont méconnue en Europe, à plus forte raison se tromperont-ils en France; et n’oublions pas que l’erreur de Mercuriali et de Capivaccio coûta cent mille hommes à la république de Venise. Quant au système de mesures à prendre, il serait à propos, d’un côté, que par une gradation bien ménagée dans les quarantaines , on conciliât les intérêts du commerce avec le premier de tous les intérêts qui est la conservation publique; et, de l’autre, que ce système fût concerté avec les puissances voisines , et que toutes en prissent l’exécution sous leur garantie. Sans ce concours de volontés, le plan le plus sage serait trop défectueux. Far exemple, on nous a dit à Rayonne que les vaisseaux expédiés pour ce port, instruits qu’ils y- feraient quarantaine, prenaient le parti de se rendre d’abord au port espagnol de Saint - Sébastien ; que là, ils débarquaient la majeure partie de leur équipage, et revenaient ensuite à Bayonne. Les" ’ matelots débarqués en Espagne rentraient en France par la voie de terre, après un ou deux jours de marche. Supjiosé le fait vrai, qu’est -il besoin que j’insiste sur les conséquences?
Je reviens à la comparaison que j’avais entreprise entre la fièvre jaune d’Andalousie, et les maladies avec lesquelles on lui suppose le plus d'affinité. Le docteur Moseley prétend que la fièvre jaune est une modification du Cousus, ou de la fièvre ardente décrite par Hippocrate et Arétée; fièvre que le climat rend plus grave, et qui, en quelque saison que ce soit, attaque uniquement les sujets pléthoriques et disposés aux inflammations. Je ne puis dire à quel point ce rapprochement convient à la fièvre jaune d’Amérique; mais conviént-il à celle d’Europe ? D’abord, celle d’Europe ne sévit pas en toute saison, et n’attaque pas exclusivement les sujets pléthoriques. En second
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lieu, jiarcourez les exemples de fièvre ardente consignés dans les écrits d'Hippocrate : consultez les 1"., H'., et III \ livres des Maladies; le livre des Affections; le traité du Régime dans les maladies aiguës; le livre des Crises; et les quarante-deux Histoires du I”. et du III'. livres des Épidémies : vous trouverez bien les symptômes suivans qui appartiennent à la fièvre jaune : l*. douleurs de la tète, du cou, du dos, et des lombes; a', mouvement fébrile, quelquefois très-faible; 3°. froid extérieur; 4”. ardeur intérieure; 5°. langue de couleur naturelle , mais sèche, puis épaisse , durcie, âpre, noire; 6 *. douleurs précordiales; 7 ”. soif vive; 8 ". selles noirâtres; 9 *. urines tantôt décolorées, tantôt bilieuses, huileuses, le plus souvent noires; 10 “. teinte subbilieuse ou jaune de la peau; mais ces symptômes sont disséminés entre les maladies: nulle part ils ne forment cet ensemble qui caractérise la lièvre d’Andalousie. On ne rencontre qu’une ou deux fois la coloration en jaune; une seule fois des vomissemens abondans de matières noires et fétides; et cela, dans line femme qui venait d’accoucher, et qui eut probablement une violente inflammation des viscères abdominaux et de leurs dépendances. Ces vomissemens et cette coloration ont été trop rares pour former des symptômes constitutifs. D’un autre côté, les exemples dont il s’agit n’offrent point ces graves Hémorrhagies que les écrivains attribuent au mal de Siam, que rapporte le père Labat dans ses Voyages, et dont peut-être la seule mort du général Debelle a reproduit, ‘dans ces derniers temps, l’effroyable image. La fièvre ardente ne porte pas une atteinte si brusque et si profonde aux forces vitales. Elle ne tue pas, comme la fièvre jaune et la peste, avec la rapidité de l’éclair. La fièvre ardente a une marche et des crises régulières. Elle se termine favorablement par un rigor, ainsi que l’affirme Hippocrate dans le livre des Crises et dans les Aphorismes ; ainsi que l’ont répété après lui Celse, Boërhaave, Vanswielen et Stoll. Or, je ne pense pas qu'une solution de cette nature ait jamais été vue dans la fièvre jaune; à moins qu’on n’ait la fantaisie d’assimiler à cette solution les heureux effets d’un abaissement de température, ainsi qu’on l’observe, je ne veux pas dire aux États-Unis, où les premiers froids tuent les malades, mais en Espagne, à Sévillg , à Cadix; ainsi qu'on l’observa surtout en iy4t à Malaga, on un vent frais et pluvieux fit évanouir la maladie. Enfin la fièvre ardente se convertit souvent en péripneumonie ; et , si ce genre de conversion eût été familier dans la fièvre jaune ,
il en serait question dans les observateurs. Que si vous jetez les yeux sur le
Cousus que décrit Arétée, les différences sont encore plus palpables; à quoi l’on peut ajouter, comme tout-à-fait décisives, les différences tirées du caractère contagieux de la fièvre jaune en Europe, et de la propriété quelle a de n’attaquer le même sujet qu'une seule fois dans toute sa vie; deux circonstances que le Cousus ne saurait offrir.
C’est encore par ces deux derniers traits que la fièvre jaune d’Europe se distingue des fièvres bilieuses de différons types, et spécialement de la fièvre bilieuse rémittente : dernière fièvre que Moseley ne veut pas confondre avec la fièvre jaune, par la raison que la fièvre bilieuse rémittente attaque indistinctement toutes les constitutions; tandis que le docteur Gilbert soutient que la fièvre jaune n’est que le degré le plus élevé de ces fièvres bilieuses. « De part et d'autre, dit-il, ce sont les mêmes causes, les mêmes symptômes, » le même traitement. Leur afiinité mutuelle fait non-seulement que celle-ci » se transforme en celle-là, mais qu’encore elles se servent l’une à l’autre » de préservatif. » Je ne contesterai point la justesse de ces vues ; mais si elles sont applicables à la fièvre jaune d'Amérique, elles ne le sont pas absolument à celle d'Europe : car, si en Amérique, la fièvre jaune peut tenir lieu de la fièvre. bilieuse rémittente ou intermittente, et réciproquement, en revanche, il est certain qu’en Europe, àCarthagène, par exemple, les fièvres bilieuses de tous les types, continués, rémittentes, intermittentes, bénignes, malignes, n'ont jamais préservé ni d'elles-mémes, puisqu’elles reviennent, ni de la fièvre jaune, puisqu’elle leur succède, sans jamais revenir; et, s'il en faut croire le docteur Ramon, il n'est pas d’exemple bien constaté que jamais à Carthagène, ou ailleurs, les fièvres bilieuses, rémittentes, intermittentes, bénignes ou ataxiques, aient été contagieuses.
Du reste , le typhus iclérodes étant une des plus effroyables maladies qui puissent affliger les hommes , la gravité de ses symptômes permettra toujours de le rapprocher des fièvres les plus insidieuses et les plus meurtrières : de celles où toutes les fonctions à la fois subissent les plus violens désordres. Conséquemment on aura toujours la tentation de supposer entre elles et le typhus ictérodes use identité fondamentale, et de faire considérer ce typhus comme le dernier degré que leur malignité puisse atteindre. Mais si l’on peut tout dire sur ce texte, en revanche, on ne peut rien prouver; et dans ces jeux d’esprit, il est aussi difficile de réfuter que de convaincre. Je me borne à rappeler ici les différences qui font du typhus ictérodes une maladie que l’on
ne peut confondre avec aucune autre : ni avec le» fièvres bilieuses, et bilieusesputrides ou adynamiques des pays les plus chauds : ni avec le causus des anciens : ni avec la peste d’Athènes, quoi qu’en ait dit Smith, ainsi que le fait voir le docteur Bally : ni avec la maladie noire d'Hippocrate , qui ne lui ressemble que par un symptôme, et par une épithète : ni avec le typhus des Indes- Orientales dont parle Dellon , maladie d'épuisement, que guérit une nourriture succulente : ni avec le typhus d’Égypfe, décrit par Prosper Alpin, maladie à la vérité plus funeste aux étrangers qu’aux indigènes , mais où dominent les symptômes ataxiques , où ni la peau , ni les excrétions ne sont colorées en jaune, et dont le traitement n’a presque rien de commun avec celui du typhus ictérodes : ni avec le typhus des prisons et des hôpitaux , qui suit une marche toute autre, qui règue plus spécialement dans les hivers, et dans les pays froids, que le printemps fait disparaître, qu’accompagnent plus souvent les pétéchies, et plus rarement l’ictère, et qui, bien que contagieux comme le typhus ictérodes, peut attaquer plusieurs fois le même sujet , et finalement ne saurait préserver de la fièvre jaune ; tandis qu’encore un coup par une première lièvre jaune s’efface la disposition à la contracter désormais. Quant à la peste orientale , si éminemment contagieuse, le poison qui la produit agit dans toutes les saisons, et dans les contrées les plus septentrionales, comme dans celles du midi. Cette peste ravageait Moscow dans le cœur de l’hiver de 1771, comme elle avait ravagé le Caire en i 58 r. Ce seul fait (et il en est encore une infinité d’autres semblables ) détruirait toute supposition d’identité entre la fièvre jaune et la peste. Si quelquefois des bubons, des anthrax, des parotides s’élèvent dans la fièvre jaune, c’est un accident toujours plus rare que dans la peste} et finalement, après une , deux , trois attaques de peste, on peut encore en éprouver les horreurs.
Quant aux traits fugitifs qu’Hippocrate a semés dans ses Prognostics, dans ses Coaques , dans le livre des Crises , etc. , sur le danger du vomissement noir et de la coïncidence de la coloration en jaune et du hoquet qui surviennent le cinquième jour, ces traits peuvent très-bien se rapporter à la fièvre jaune; mais ils se rapportent mieux encore aux maladies qu’Hippocrate avait eues sous les yeux ; et comme il a excessivement multiplié les espèces de fièvres , selon la remarque de Luzuriaga, s’il eût rencontré le vrai typhus ictérodes, il eût peint ce typhus avec l’exactitude et la fidélité qu’il portait partout , et l’on ne mettrait pas en doute aujourd’hui , s’il connaissait ou non la fièvre jaune : ou plutôt cette fièvre serait un objet tellement familier qu’on n’en parlerait plus.
Chose étrange ! les deux maladies les plus dissemblables par leurs apparences extérieures, le sont peut-être le moins par leurs procédés, si je puis employer ce terme. Ces deux maladies sont , d’une part , la petite vérole ; et de l'autre la fièvre jaune : du moins la fièvre jaune d’Andalousie. Jetez les yeux sur le tableau suivant :