‹ Observations sur la guerre dans les colonies, organisation, exécution: Conférences faites à lChapitre 21 sur 25 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

ORGANiaA.TION DES TROUPES COLOIVIALES

Historique sommaire jusqu'à la loi du 7 juillet 1900. — Organisation militaire des colonies. — Décrets du 19 septembre 1903. — Rôle et avenir des troupes coloniales.

En remontant très loin sous Tancienne monarchie, on retrouve trace de Texislence de canonniers et fantassins de marine organisés pour combattre à bord des vaisseaux et fournir des compagnies de débarquement.

Ces corps n'avaient en réalité rien de commun avec les troupes de la marine, devenues, depuis la loi du 7 juillet 1900, troupes coloniales, et c'est dans l'ordonnance de 1822, qui confiait aux troupes nouvellement organisées la garde des colonies d'alors, Réunion, Antilles, Sénégal et des ports de la métropole, qu'il faut placer leur véritable origine.

Présentes depuis lors sur les champs de bataille de l'Europe, à côté de l'armée métropolitaine, liées à ses victoires comme à ses défaites, les troupes coloniales n'ont guère partagé ses périodes de repos; elles ont été sur d'autres continents et sous d'autres climats l'instrument incessant de l'expansion nationale. Plus lointain et plus obscur, ce rôle d'effort quotidien et de sacrifice, méritait une mention spéciale et le Parlement, au moment de la discussion de la loi du 7 juillet 1900, a rendu un magnifique hommage à l'énergie déployée par d'héroïques troupes en Afrique, au Mexique, en Océanie et en Extrême-Orient.

334 LA GUE&KE DANS LES œLONIES

En 1774, il existait des régiments d'infanterie à deux ou trois bataillons et des compagnies d'artillerie dans chacune de nos colonies; mais les graves événements qui se déroulaient en Europe firent rentrer en France presque toutes ces troupes qui formèrent le corps royal des canonniers matelots (1779) et quatre régiments d'infanterie de marine (1792). Vers cette époque, le tout fut réuni, sous la dénomination d'artillerie de marine, en un seul corps, comprenant sept demi-brigades et trois compagnies d'ouvriers, qui réunissait les attributions précédemment dévolues aux canonniers et à l'infanterie de marine.

Après bien des suppressions, des transformations et des reconstitutions successives, l'ordonnance du 13 novembre 1822 attribua aux troupes de la marine un certain nombre d'hommes des levées et créa :

2 régiments d'infanterie de marine pour ie service du bord, des arsenaux et des colonies;

1 régiment d'artillerie de marine, 5 compagnies d'ouvriers et 5 compagnies d'apprentis canonniers pour le ser\'ice des forges et fonderies, des directions des ports et des colonies.

En 1825, le Département de te guerre ayant été chargé de la garde des colopigià; j)rit;à sontGjpinpte l'infanterie de marine et \c service de rarlillérie âUx colonies que l'ordonnance de 1828 rendit ensuite à l'ài'tfllerié de'tharine, puis de nouveau l'infanterie de marine fut reconstituée en 1831 à deux régiments pour le service des ports et des colonies, et à trois régiments de 30 e(>nipagnies en 1838.

Ces rattachements successifs .trahissent une fâcheuse incohércncc cl l'absence de ^ouie Iraditicm iriilitaire coloniale. Remaniés suivant les besoins budgétaires, à une époque où le budget extraordinaire était d'^illeu>S Ja règle, les petits corps de la marine, à la merci d'une administration puissante, subissaient cruellement les contre-coups des événements.

Les menaces de complication en Orient avec r.\ngleterrc provoquèrent en 1840 une sérieuse augmentation des troupes de la marine, dont Teffectif atteignit 16.000 hommes, et l'on peut dire que les ordonnances de 1831, de 1838 et de 1840, qui prévoyaient le service colonial (1) comme la principale attribution de Tarme, ont établi la base de la constitution de l'infanterie de marine. Jusqu'à nos jours, le corps ne subira plus que des modifications de forme, et bénéficiera presque toujours à chacune d'elles, d'augmentations imposées par l'extension du domaine colonial.

De nouvelles réductions, opérées en 1849 pour causes budgétaires, rendirent bientôt impossible la relève coloniale, et les nécessités de la guerre de Crimée vinrent à point pour motiver une réorganisation de l'infanterie de marine en 4 régiments (31 août 1854), et une augmentation notable de l'artillerie de marine, qui fut portée à près de 3.000 hommes et 200 officiers.

C'est avec ces nouveaux effectifs que l'Empire put commencer la conquête de l'Indo-Chine et continuer l'œuvre de Faidherbe au Sénégal. Entre temps, les troupes de la marine participaient glorieusement aux expéditions de Tarmée de terre dans la Baltique, en Crimée, en Chine et au Mexique. Mais cette action incessante ne pouvait s'exercer sans de nouvelles augmentations.

L'infanterie de marine, comprenant 140 compagnies réparties entre quatre régiments, atteignit l'effectif de 10.192 hommes avec 609 officiers et l'artillerie vit le nombre de ses batteries porté à 28 en même temps que la création d'une direction autonome lui donnait réellement une vie propre.

(1) Rappelons qu'à cette époque la durée du séjour colonial était de quatre ans et qu'en l'absence de paquebots, la relève s^opérait annuellement et par compagnie sur les transports de l'Etat. Dans chaque régiment, la moitié des compagnies était stationnée en France, Tautre aux colonies.

336 LA GUERBE DANS LES œLONIES

Largement poui'vus d^effectifs, les régiments des troupes de la marine étaient sur un pied excellent à la fin de l'Empire . Aguerries par de nombreuses expéditions, riches d'un admirable esprit de corps, habituées à se dépenser sans compter, ces troupes étaient prêtes à fournir le gros effort que la guerre de 1870 allait leur demander.

Dès le début de la guerre, Tinfanterie de marine fut en mesure de fournir, avec ses propres éléments, onze nouvelles compagnies, les compagnies bis, qui furent affectées à la garde des ports en remplacement des compagnies actives et 4 régiments à trois, bataillons formèrent, dans Tarmée de Châlons, cette division bleue qui devait s'illustrer à Bazeilles.

Durant le cours de la campagne, avec les dépôts, les troupes rentrant des colonies, les engagements volontaires et les débris de l'armée de Sedan, 15 bataillons de marche furent encore formés : 4 pour le siège de Paris, 3 à la première armée de la Loire, 1 à l'armée du Nord, 3 bataillons à la deuxième armée de la Loire, et 4 vers la fin des opérations.

Deux régiments constitués avec des bataillons de marche prirent part à la répression de l'insurrection de 1871.

Ainsi donc, depuis le commencement de la guerre, l'infanterie de marine n'avait pas fourni moins de 26 bataillons.

De son côté l'artillerie de marine put tirer du régiment, des compagnies d'ouvTiers et de ses établissements les éléments de 47 batteries ou détachements.

3 batteries montées firent partie de l'armée de Châlons; une 4* et le parc ne purent rejoindre à temps l'armée de Mac-Mahon et rentrèrent dans Paris.

I il le siège, l'artillerie de marine fut représentée par 11 batteries à pied et 5 batteries montées; 7 de ces unités purent être créées de toutes pièces avec les officiers rentrant des colonies, les gardes d'artillerie, les réservistes, les engagés volontaires et les débris de Sedan; 200 bouches à feu

furent expédiées par les directions des ports avec un approvisionnement de 250 coups par pièces.

Enfin, de nombreux détachements ou batteries, à cadres réduits, purent être constitués pour la guerre de province, grâce surtout aux compagnies d'ouvriers.

Tel fut l'effort considérable des troupes de la marine durant la guerre de 1870-1871. Employées sur tous les champs de bataille, chargées la plupart du temps de missions de confiance à cause de leur esprit de discipline qui résista à tous les désastres, ces troupes se distinguèrent en toutes circonstances par une attitude des plus énergiques en face de l'ennemi vainqueur. ♦

L*effet de la guerre de 1870-1871 fut un arrêt momentané dans le développement des troupes de la marine.

Au lendemain de nos désastres, l'attention du pays était lout entière tournée du côté de l'Allemagne et la préoccupalion des hommes d'Etat qui assumèrent la lourde charge du relèvement national fut de créer de toutes pièces une nouvelle armée.

La haute commission parlementaire chargée d'éludier la reconstitution de nos moyens de défense ne crut pas devoir étendre son action de réforme aux troupes de marine et celles-ci restèrent soumises aux effets des décrets antérieurs.

Or, parmi ces décrets, ceux afférents à la période du gouvernement de Juillet avaient constitué les cadres des régiments de la marine à l'image des corps de l'armée de terre, mais ceux correspondant à la période de l'Empire abandonnaient à la réglementation ministérielle l'organisation des corps créés. Le vote du budget qui avait lieu par ministères de 1852 à 1801 puis par sections de 1861 à 1809 et non par chapitres, donnait au département de la marine toute latitude pour favoriser un service aux dépens d'un autre et les troupes de la marine pâtirent de cet état de choses; elles

Guerre col. 28

338 LA GUERRE DANS LES œLONIES

manquaient de cadres supérieurs et souffraient vers 1880 d^un malaise général (pii finit par attirer l'attention du conseil d'amirauté et des pouvoirs publics.

Le décret du 20 janvier 1880, qui portait le nombre des compagnies d'infanterie de marine de 164 à 170, donnait en même temps une légère augmentation de cadres tout en maintenant les anciennes formations excessivement lourdes des régiments à 43 et 45 compagnies. Cette arme ne devait bénéficier d'une réforme sérieuse qu'en 1888, après la guerre du Tonkin.

Pendant ce temps, l'artillerie de marine bénéficiait également de quelques augmentations et était chargée d'assurer le service des fortifications et constructions militaires aux colonies jusque-là assuré par le génie.

Mais les augmentations dans le haut personnel étaient loin de correspondre à l'extension des troupes de la marine et il fallut que la guerre du Tonkin vînt exagérer encore une situation des plus pénibles pour faire aboutir les modifications désirées.

La campagne du Tonkin jeta de profondes perturbations dans la répartition des eflectifs coloniaux. Il fallut dégarnir les vieilles colonies pour subvenir d'abord aux nécessités des expéditions du Tonkin, de Formose et de Madagascar, puis aux besoins nouveaux de l'occupation de l'Indo-Chine. .

Il fallut faire appel aux officiers de l'armée de terre et créer les premiers bataillons de tirailleurs tonkinois.

Toutes ces modifications n'allégeaient pas les formations régimenlaires, et les inconvénients d'une organisation surannée, s'aggravaient de plus en plus. En outre, les portions centrales restaient toujours chargées de la comptabilité, des achats et de la centralisation des portions secondaires; il en résultait un travail écrasant pour les conseils d'administration centraux et les comptables, des relards sans nombre, une gène permanente. Il importail de prendre sans relard

LA GUEREE DAXS LES COLONIES 339

(les mesures en conséquence, et tel fut Tobjet du décret du 23 janvier 1888.

Aux termes de ce décret, il était créé, avec les troupes d'infanterie de marine présentes en Indo-Chine, trois régiments de marche à trois bataillons de quatre compagnies. Chaque régiment, possédant son colonel (ou lieutenant-colonel) et son conseil d'administration, existait de sa vie propre, et ne dépendait des portions centrales de France, chargées de la relève, que pour la tenue des matricules et l'alimentation des effectifs. Avec cette organisation nouvelle, les quatre régiments métropolitains ne comptaient plus que de 35 à 39 unités.

Enfin le décret du P' mars 1889 dédoubla en France les portions centrales en créant les 5", 6", T et 8' régiments stationnés dans les ports d'origine (1) et constitués en pleine indépendance de commandement et d'administration. Les 1", 2% 3% b% G^ et T régiments étaient à 3 bataillons de 4 compagnies, plus un bataillon de dépôt à 2 compagnies. Les V et 8** étaient à 4 bataillons de 4 compagnies. Les régiments de marche d'Indo-Chine devenaient les 9*, 10" et 11* régiments d'infanterie de marine, les G compagnies de la Nouvelle-Calédonie formaient le 12* régiment et les corps ou portions de corps situés à la Guyane, au Sénégal, aux Antilles, à Tahiti, à la Réunion, devenaient pareillement des unités indépendantes, au point de vue commandement et administration.

A la date du P' septembre 1891, l'infanterie de marine comptait 3 généraux de division, 5 généraux de^ brigade, 16 colonels et 2G lieutenants-colonels.

La réorganisation de l'artillerie de marine suivit celle de l'infanterie de marine. Le service des constructions militaires

(1) Cherbourg, !•' et 5«; Brest, 2* et 6«; Rochefort, 3« et 7«; Toulon,

4« et 8«.

et fortifications aux colonies s'étendait alors à de vastes territoires comme Tlndo-Chine ou le Soudan; le régiment comptait en France 23 batteries; la surveillance des travaux de plus en plus importants confiés à l'industrie, la nécessité d'un personnel stable pour les éludes et la construction du matériel d'artillerie navale, enfin et surtout les attributions dévolues à l'arme, soit pour l'occupation des colonies, soit en cas de guerre européenne (1) rendaient inévitable une transformation qui lui donnerait de nouveaux moyens d action.

Le décret du 8 juillet 1893 organisait en France 2 régiments de 23 batteries à Lorient et Cherbourg et réunissait les formations aux colonies en deux groupes distincts : celui de l'Indo-Chine et de l'Océanie et celui de l'Afrique et des Antilles.

L'artillerie de marine compta dès lors 1 général de division, 3 généraux de brigade, 13 colonels et 18 lieutenantscolonels.

Tout en admettant le principe du prélèvement sur le contingent annuel des recrues nécessaires aux troupes de la ma-

(1) L'utilisation des troupes de la marine devenues si nombreuses, et leur organisation en corps d'armée, étaient déjà prévues par le ministère de la guerre, en cas de mobilisation.

Une décision du 27 janvier 1892 arrêtait ainsi qu'il suit les dénominations des divisions et brigades de la marine :

Corps (T armée de la marine.

1" division de la marine :

1" brigade de la marine (1*"^ et 5® régiments) ; 2« brigade de la marine (2« et 6« régiments).

2" division de la marine :

3« brigade de la marine (3« et 7® régiments); 4« brigade de la marine (4« et 8® régiments).

Les généraux commandant les brigades portaient le titre de général commandant la ® brigade et les batteries statiojinées dans le • arrondissement maritime. A Lorient, le général ou colonel désigné portait le titre de conunandant des troupes d'artillerie et d'infanterie stationnées dans le 3® arrondissement maritime.

rine, le Parlement, pressé par Topinion, s'était préoccupé de réduire le nombre des jeunes soldats envoyés d'office aojx colonies. C'est ainsi que les lois des 23 juillet 1874, 22 juin 1878, enfin celle du 18 mars 1889 eurent pour effet de favoriser, dans une large mesure, par des primes appropriées, les engagements ou rengagements des hommes de troupe ou sous-officiers. La décision ministérielle du 22 février 1889 vint commenter et élargir, par la possibilité de permutations, Tapplication des règles en vigueur sur le service colonial. Une autre décision ministérielle du 7 avril 1891 stipula qu'il ne serait fait désormais appel, pour la relève, aux jeunes soldats du contingent, qu'à défaut d'engagés volontaires ou (le rengagés. Mais tous ces actes ne pouvaient donner une satisfaction complète au pays, que l'expédition du Tonkin venait d'éprouver cruellement. Le large tribut d'existences humaines qu'avait coûté cette guerre rendit des plus 'impopulaires le service aux colonies, où la mortalité était au moins décuple de celle de l'armée métropolitaine. D'ailleurs, malgré la création de corps indigènes, la nécessité de maintenir l'élément européen dans une certaine proportion réclamait maintenant des effectifs trop considérables et touchait à de trop graves intérêts sociaux pour que le prélèvement d'office sur le contingent annuel pût continuer à s'opérer. En conséquence, la loi du 30 juillet 1893 spécifia, par l'article l*', que l'armée coloniale, en ce qui concernait l'élément français, se recruterait désormais exclusivement par des volontaires, et, le 4 août 1894, un décret fut rendu en exécution de cette loi pour faciliter les engagements et les rengagements dans la plus large mesure possible en France et aux colonies. Ainsi donc le service colonial perdait son caractère d'obligation nationale imposée par voie de tirage au sort à toute une catégorie de citoyens, et les troupes de la marine subissaient une modification profonde, avec les inconvénients ou les avantages que devaient leur procurer désormais des soldats de métier.

La création en 1894 du ministère des colonies vint également apporter une grosse modification dans la vie organique des troupes de la marine.

Déjà les lois de finances des exercices antérieurs à Tannée 1889 avaient détaché du ministère de la marine de nombreux chapitres concernant l'administration des colonies pour les rattacher à un ministère civil, le ministère du commerce, de l'agriculture et de l'industrie. Le décret du 19 mars 1889 groupa dans un même service de ce département les diverses administrations coloniales et mit à leur têle un sous-secrétaire d'état des colonies.

Enfin, la loi du 20 mars 1894 érigea l'administration centrale des colonies en ministère spécial.

Il résultait des lois et décrets en vigueur que, d'une part, le ministère des colonies disposait seul des forces militaires aux colonies et que, d'autre part, les ministres de la guerre ou de la marine de qui relevaient ces troupes en exerçaient seuls le commandement tant aux colonies qu'en France.

Cette situation se compliquait surtout de ce fait que l'administration des troupes stationnées aux colonies étant confiée au ministre des colonies, les services administratifs et de santé aux colonies n'étaient nullement subordonnés au commandement.

Cet état normal devait durer jusqu'en 1901.

La situation faite aux troupes de la marine par la loi du 30 juillet 1893 et par les mesures prises pour l'occupation de Madagascar nécessitait d'urgence la réorganisation de ces troupes.

Les situations d'effectifs dans les régiments entre 1894 et 1900 montrent la pénurie complète de personnel qui se faisait partout sentir (officiers et hommes de troupe). La relève était difficile à assurer. Il sembla indispensable d'incorporer dans les régiments métropolitains une partie du contingent qui ne partirait aux colonies que sur sa demande. Le passage au

ministère de la guerre paraissait utile pour obtenir ces hom-, mes et aussi pour mieux utiliser, en cas de mobilisation, les nombreux corps coloniaux stationnés dans la métropole.

Enfin les troupes de la marine, employées surtout à terre, recevant du minislère de la guerre leurs règlements et leurs méthodes d'instruction, ayant un même recrutement pour leurs officiers, n'avaient plus aucune raison sérieuse d'être rattachées au ministère de la marine.

La loi du 7 juillet 1900 vint enfin mettre un terme à une situation qui ne pouvait se prolonger plus longtemps et les décrets du 28 décembre 1900 posèrent les bases de la nouvelle organisation des troupes coloniales au ministère de la guerre.

En même temps que se transformaient ainsi les troupes de la marine, on créait et on augmentait successivement les différents corps indigènes.

Un premier essai de recrutement avait été fait au Sénégal en Ï831 et le décret du 3 décembre 1853 constituait 2 compagnies de tirailleurs sénégalais à Corée et au Sénégal. Devant l'excellence des résultats, le nombre des compagnies fut porté à 4 en 1857, à 6 en 1862, à 9 en 1884 et à 12 en 1889 (3 bataillons). En avril 1892 on créait de même 2 bataillons de tirailleurs soudanais portés à 4 en 1894; ce sont ces diverses unités qui ont formé le noyau des 4 régiments de tirailleurs sénégalais (14 bataillons) prévus par le décret du* 19 septembre 1903.

Ce qui devait réussir du premier coup avec le caractère guerrier des races de TAfrique fut plus difficile à acclimater en Indo-Chine. Un premier essai de levées fait en Cochinchine ne réussit pas parce qu'on n'avait tenu aucun compte des mœurs sédentaires et patriarcales des Annamites. En 1854, un nouvel essai de milices régionales organisées par l'administration militaire fut plus heureux et ces auxiliaires rendirent de précieux services dans la répression des insur-

rections locales qui marquèrent le début de l'occupation. Enfin, en 1879, fui créé le 1" régiment de tirailleurs annamites avec recrutement absolument régional.

Au Tonkin, le sentiment belliqueux ayant été entretenu par les incursions chinoises, il fut relativement facile, en 1884, au début des opérations, d'organiser un corps d'auxiliaires tonkinois à 3 bataillons de 4 compagnies. Ces troupes firent preuve d'une grande solidité dans la guerre contre la Chine et des augmentations successives en portèrent l'effectif à 4 régiments en 1886.

A Madagascar, les auxiliaires sakalaves qui nous avaient prêté leur concours en 1885 furent concentrés à Diégo-Suarez; mais les effectifs fondirent d'abord rapidement en raison du sentiment très vif qui rattache le Sakalave au sol natal. Toutefois de grandes facilités leur ayant été données pour vivre en famille, les tirailleurs malgaches furent organisés en un bataillon à Diégo-Suarez en 1892. Au moment de la campagne en 1895, on forma un régiment à trois bataillons, puis un deuxième en 1897.

Organisation militaire des colonies.

Les acquisitions territoriales de la France en Afrique et Xîn Asie au cours des vingt dernières années ont eu pour résultat, en suscitant les convoitises des autres peuples, d'augmenter les chances de conflit avec eux et, en prolongeant les frontières de notre pays au delà des mei's, d'accroître sa vulnérabilité.

A l'ère des conquêtes doit succéder rationnellement la période d'organisation dont le double point de vue strictement militaire est d'asseoir à l'intérieur la domination de la nation conquérante et de protéger le pays conquis contre les tentatives de l'extérieur.

Jusqu'aux événements de 1898, il semble que la première partie de la lâche qui nous incombait ait absorbé tous nos efforts : lutte contre la piraterie au Tonkin, contre les fahavalos à Madagascar, contre les bandes de Samory au Soudan.

On n'avait pourtant point attendu cette époque pour se préoccuper de la question de la défense des colonies.

Confiée jusqu'en 1890 au ministère de la marine, celle défense lui était enlevée par le décret du 3 février 1890 et donnée au Département des colonies, rattaché d(»puis i>eu au ministère du commerce.

La création d'un organe technique destiné à éclairer le minisire responsable dans l'étude de questions relatives à la défense des colonies, et à assurer l'exécution de ses décisions s'imposa dès le début, mais sa composition et ses attributions ne commencèrent à être fixées d'une façon un peu précise (ju'à partir du jour où le Département des colonies cessa d'être ballolé entre les ministères du commerce et de la marine, et conquit son autonomie.

Le décret du 23 mai 189G constitua un (( comité technique militaire consullatif » présidé par un officier général ou supérieur et chargé de l'examen des questions techniques militaires spéciales aux colonies.

Un nouveau décret, en date du 23 juillet 1897, vint bientôt réduire le personnel de ce comité déjà fort restreint, de sorte qu'en fait l'ensemble des attributions de cet organe consullatif et l'autorilé de ses avis se trouvèrent notablement réduits.

Il faut d'ailleurs bien remarquer cjue ce comité était beaucoup plus un agent d'exécution qu'un organe consultatif : il lui manquait par trop l'autorité indispensable i)()ur jouer un pareil rùle.

L'importance nouvelle et considérable prise par les questions relatives à la défense des colonies, à la suite des difficultés surgies enti'e la France et l'Angleterre en 1898, ren-

346 LA GUERKE DAXS LES œLONIES

dirent ce défaut plus évident, et un nouveau décret en date du P' août 1899 modifia la composition du comité dans le sens d*un accroissement notable de compétence et d'autorité en y faisant entrer des officiers généraux des armées de terre et de mer.

En fait, la compétence et le rôle du nouveau comité en tant qu^organe consultatif se limitèrent étroitement à l'étude des questions techniques relatives à l'organisation et à l'armement des places fortes coloniales, points d'appui de la flotte, qui ne constituent cependant qu'une partie, et non la plus importante, de l'organisation défensive des colonies.

Aussi la composition des garnisons, la fixation des effectifs, de l'armement, des approvisionnements, l'importance des services militaires furent-elles dans nos principales possessions déterminées par des circonstances et des considérations locales et non d'après un plan général, ni surtout d'après le rôle dévolu à chacune d'elles.

Le Parlement ayant voté le 20 juillet 1900 (loi Gautret) un crédit de 61.275.000 francs en vue de la défense des colonies, l'importance donnée à l'organisation des points d'appui de la flotte s'affirmait plus éclatante que jamais, car, à part une modeste somme de 2.900.000 francs destinée aux « magasins indispensables à la mobilisation des troupes et à la défense de la Réunion », ce crédit en entier devait être consacré à la construction et à l'armement des points d'appui.

La question de la défense des colonies restait à peu près entière.

Les événements qui se succédèrent dans les années suivantes en Extrême-Orient, les groupements politiques qui en furent la conséquence rendirent bientôt d'une nécessité urgente l'étude d'une organisation défensive rationnelle et complète.

Un décret en date du 29 juillet 1902 réorganisa Tancien comité technique ou, pour parler plus exactement, le suppri-

ma et lui substitua un nouveau comité conçu sur des bases plus larges et comprenant en particulier une majorité d officiers généraux et de hauts foncîionnaires ayant longtemps servi aux colonies.

Ce nouvel organe prit le nom de « comité consultatif de défense des colonies », qui définit très exactement son rôle; une section d'études, composée de deux officiers supérieurs et de trois officiers subalternes, chargée de l'aider dans ses travaux et de préparer les éléments de ses délibérations, lui fut adjointe. Elle est absolument distincte du bureau militaire du ministère des colonies, qui reste chargé, sous Tautorilé directe du Ministre, de l'étude et de la suite à donner aux affaires d'ordre militaire (organisation et administration des troupes aux colonies, travaux, armements, etc.).

Les heureux résultats de cette réorganisation ne se sont pas fait longtemps attendre et, à la suite d'études très complètes entreprises par le comité, tout un plan d'ensemble de la défense de nos possessions d'outre-mer a été arrêté par le Ministre des colonies, qui en poursuit méthodifjuement et activement la réalisation.

C'est en conformité avec ce plan d'ensemble que les décrets du 26 mai 1903, u portant réorganisation du groupement des forces militaires stationnées aux colonies », et du 19 septembre 1903 (( portant réorganisation des troupes coloniales » et fixant les effectifs à entretenir dans chaque colonie, ont été élaborés.

Examinons très rapidement les grandes lignes du plan d'ensemble de la nouvelle organisation militaire de nos colonies et les bases sur lesquelles il repose.

Tout d'abord un principe s'imposait :

Il ne pouvait être question de défendre toutes les colonies; ni les moyens financiers, ni même les ressources de la métropole en personnel de toutes catégories ne l'eussent permis.

348 JJL GUEJRRE DANS LES COLONIES

A vouloii' être fort sur tous les points, on aurait couru le risque de ne Têtre nulle part.

Ce principe amenait obligatoirement à classer les colonîes en deux grandes divisions :

« 1** Celles d'une réelle importance militaire et dont la conservation ou la perte peut influer sur Tissue de la guerre, soit parce qu'elles appuient notre politique extérieure, soit parce qu'elles peuvent servir de point de départ à une action offensive contre des territoires limitrophes appartenant à l'ennemi ou placés sous son influence, soit parce qu'elles contiennent un point d'appui de la flotte reconnu nécessaire pour notre marine, soit enfin parce que l'ennemi trouverait dans leur occupation des avantages sérieux pour la direction de son action militaire;

» 2** Celles qui ne remplissent aucune de ces conditions. » (Avis du comité consultatif de défense des colonies du 8 décembre 1902.)

Aux premières devait nécessairement être consacrée la totalité des ressources en hommes et en argent, par prélèvement mémo sur celles de la 2* catégorie.

Un tempérament a été cependant apporté à ce principe, en ce qui concerne les colonies à indigènes rentrant dans cette deuxième catégorie, vis-à-vis desquelles la France a assumé des charges et des responsabilités et que le retrait des troupes organisées risquerait de replonger dans la barbarie et l'anarchie.

La mesure de l'effort dépendant essentiellement de l'ennemi à combattre, il fallait ensuite, afin de déterminer les conditions générales auxquelles devait répondre cette organisation défensive, spécifier cet ennemi : c'est sans conteste l'Angleterre.

On pouvait être assuré d'ailleurs qu'en parant aux éventualités pouvant résulter d'un conflit avec la Grande-Breta-

gnc, on était en mesure de faire face à toutes les autres éventualités.

La disproportion des forces navales françaises et anglaises amène naturellement à admettre que, dès la déclaration de guerre, toutes communications seront coupées entre la France et ses colonies et que ces dernières devront tirer soit de leurs propres fonds, soit des ressources qui y auront été accumulées en temps de paix, tous les éléments et les moyens d'action en personnel et matériel jugés nécessaires pour l'accomplissement du rôle militaire qui leur aura été assigné.

D'autre part, la nécessité de ne pas accroître d'une façon exagérée les charges déjà excessives de la métropole fit triompher le principe d'une exploitation aussi complète que possible des ressources locales en personnel et matériel avec toutes ses conséquences (service militaire des indigènes, organisation des réserves, etc.).

Enfin il fut bien entendu que l'organisation à établir dans les colonies ne pouvait en aucune façon être l'organisation d'une défense localisée par principe sur nos territoires, mais être au contraire une organisation militaire au sens général du mot.

La répartition des colonies en groupes autonomes et l'organisation du commandement de ces groupes dès le temps de paix ne sont que la conséquence logique des principes qui précèdent.

C'est sur ces bases et en vertu de ces principes qu'a été établi par le comité consultatif de défense et arrêté par le Ministre des colonies le plan général défensif de l'empire colonial français, dont les grandes lignes sont les suivantes :

V Groupe de V Indo-Chine.

L'Indo-Chine, tant par son importance économique que par le rôle politique prépondérant que sa situation géographique

l'appelle à jouer en Exlreme-Orient, conslilue pour la France un élément de puissance et de richesse qui la met au premier rang des territoires dont l'intégrité importe à notre pays. C est, pour les mêmes raisons, celle de nos possessions qui, en cas de conflit, aurait vraisemblablement à supporter les plus gros efforts de l'ennemi.

Son organisation défensive doit donc être la plus complète possible; c'est celle dont l'urgence est la plus immédiate.

2** Groupe de VAlrique occidentale.

L'éventualité d'une attaque de nos possessions du Congo, du Dahomey, de la Côte d'Ivoire, de la Guinée et du Soudan par de forts effectifs n'est pas à envisager en raison de leurs richesses restreintes, de leurs ressources limitées et des difficultés d'accès qu'elles présentent. Il a semblé, en conséquence, inutile de prévoir des mesures spéciales pour leur défense, et les efîeclifs qui y sont nécessaires en tout temps pour assurer notre domination sont les seuls dont il y ail lieu de prévoir l'entretien.

L'existence du port de Gorée-Dakar et de la place de Dakar, classée par le décret du 3 juin 1902 parmi les points d'appui de la flotte aux colonies, impose l'obligation de donner au Sénégal une organisation défensive sérieuse, non distincte d'ailleurs de celle du point d'appui avec laquelle elle se confond. Tant au point de vue de l'importance que de l'urgence, le point d'appui de Dakar vient immédiatement après celui de Saïgon - Cap-Saint-Jacques.

Enfin le caractère particulièrement guerrier des races qui peuplent le Soudan et le Sénégal a conduit, dans le but d'alléger les charges de la métropole tant en hommes qu'en argent, à prévoir l'entretien en tout temps au Sénégal d'une force militaire indigène, véritable corps expéditionnaire prêt à appuyer notre action extérieure.

LA GUEREE DAXS LES COLONIES 351

3"* Groupe de VAlrique orientale.

Seule de ce groupe, la colonie de Madagascar pouvait, à cause des intérêts considérables qui y sont engagés, justifier une organisation défensive, la Réunion ne tirant son importance militaire que du seul foit que la loi de recrutement y est ai^pliquée et fournit un contingent annuel de 800 hommes susceptible de renforcer la défense de la Grande-Terre. Aussi la garnison d'un bataillon à deux compagnies prévue dans cette dernière île par le décret du 19 septembre 1903 est-elle surtout un dépôt chargé de recevoir et d'instruire les hommes du contingent en temps de paix et d'assurer la mobilisation des réserves.

4° Groupe des Antilles.

Les intérêts restreints de la France aux Antilles font qu'elles ne jouent qu'un rôle secondaire dans l'organisation militaire coloniale de notre pays.

Aussi, seule l'existence du point d'appui de Fort-de-France, réclamé par la marine et classé par le décret du 3 juin 190?, justifiait pour la Martinique une organisation défensive d'ailleurs strictement limitée à celle de la place.

Aucune défense spéciale n'est à prévoir pour la Guadeloupe et la Guyane, dont les faibles garnisons n'ont à jouer (ju'un rôle de police.

5"* Groupe du Pacilique.

Nos possessions du Pacifique sont trop excentriques, trop peu importantes en face des grandes colonies anglaises, pour qu'il ait paru possible, sans des sacrifices tout à fait inadmissibles, de les mettre à l'abri des entreprises de l'ennemi.

L'organisation militaire à y prévoir devait donc être néces-

sairemenl limitée à celle jugée indispensable du point d'appui de Nouméa (Nouvelle-Calédonie).

Classée par le décret du 3 juin 1902, cette place, encore à Tétat embryonnaire, vient en dernière ligne dans le programme d'exécution des points d'appui et son organisation paraît devoir se réduire à peu de chose.

Telles sont les grandes lignes de l'organisation militaire préconisée par le comité consultatif de défense et adoptée par le Ministre des colonies.

Les programmes particuliers pour chacun des groupes de colonies créés par le décret du 26 mai 1903 ont déjà été étudiés par ce comité, et leur réalisation se poursuit d'après Tordre d'urgence .adopté et dans la mesure des crédits accordés par le Parlement.

Décrets du 19 septembre 1903.

Les décrois du 28 décembre 1900 durent être élaborés avant qu'on eût nettement établi quelles étaient les forces nécessaires pour assurer la défense de nos colonies.

Depuis cette date, à la suite d'études très complètes faites par le ministère des colonies, un plan d'ensemble de la défense de nos possessions d'outre-mer a été arrêté et permet aujourd'hui d'asseoir sur une base rationnelle une nouvelle organisation dos troupes coloniales.

Colle organisation doit prendre, on effet, comme point do départ, les besoins réels des colonies, et, tenant compte des proporlions nécessaires dans les divers grades pour assurer la relève dans do bonnes conditions, en déduire le personnel des troupes coloniales à entretenir en Franco, tout en évitant, toutefois, d'augmonlor les charges budgétaires.

La conséquonc^e de ces principes a été une nouvelle répar-

LA GUERBE DAXS LES COLONIES «333

lilion des élémenls européens et indigènes des troupes coloniales réglée par les décrels du 19 septembre 1903.

Aux termes des décrels du 19 septembre 1903, l'infanterie coloniale comprend : un état-major particulier, des corps de troupes, un corps de discipline.

Les corps de troupes stationnés en France sont :

P 12 régiments (numérotés 1, 2, 3, 4, 5, 6, 7, 8, 21, 22, 23, 24) à 3 bataillons de 4 compagnies composés d'engagés volontaires, de rengagés, de commissionnés, de volontaires de l'armée de terre versés dans l'armée coloniale, d'hommes des contingents métropolitains volontaires ou incorporés d'oflicc, mais qui dans ce dernier cas, ne seront pas astreints à servir aux colonies, et n'y seront envoyés que s'ils en font la demande écrite après leur incorporation;

2"* 1 section de secrétaires d'état-major coloniaux employés dans les états-majors des troupes coloniales en France et aux colonies ainsi que dans les bureaux de recrutement aux colonies ;

3"* 1 section de télégraphistes coloniaux (dépôt en France, détachements aux colonies);

4*" 1 dépôt des isolés des troupes coloniales;

5*" 1 section de secrétaires et ouvriers militaires du commissariat;

0" 1 section d'infirmiers coloniaux.

L'artillerie coloniale comprend un état-major particulier cl des corps de troupes; ceux de ces derniers stationnés en France sont :

P 3 régiments (numérotés 1, 2, 3) ayant chacun un nombre variable de batteries et comprenant ensemble 30 batteries (12 batteries montées, 6 batteries de montagne et 18 batteries à pied);

Guerr« col. 23

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2"* 5 compagnies d'ouvriers d'artillerie coloniale; 3*" 1 compagnie d'artificiers d'artillerie coloniale.

Les régiments d'infanterie et d'artillerie coloniales stationnés en France sont groupés en un corps d'armée à trois divisions devant coopérer, le cas échéant, à la défense de la mé-

J-i/. '' ir 'j i iropole et prendre part aux opérations militaires hors du ter-

^^^ ^ À^'^ . "rîtoire français.

', ' . . Les' autres unités d'infanterie et d'artillerie coloniales pré-

.î' ;■ '4^ues par les décrets du 19 septembre 1903 sont stationnées

4^ <aux colonies et pays de protectorat autres que l'Algérie et la

*^ V Tunisie: elles en assurent l'occupation et la défense et sont

.^ H*' '**'^' •. chargées en premier lieu des opérations militaires qui y se-

ï< ront nécessaires.

Les troupes blanches stationnées aux colonies comprennent actuellement, outre les troupes coloniales, quatre bataillons de légion étrangère, quelques éléments puisés dans les corps métropolitains de cavalerie pour encadrer les esca- .^ drons de cavalerie indigène, et des détachements du génie

plus spécialement affectés au service des pontonniers ou aux travaux de chemin de fer.

Depuis une vingtaine d'années, la légion étrangère fournil à nos garnisons coloniales un appoint sérieux et, dans les récentes expéditions coloniales, elle a toujours eu un rôle des plus brillants.

« Disposant d'un réservoir de 7 à 8.000 hommes en Algérie et d'un recrutement facile pour entretenir aux colonies un effectif relativement bien moindre, la légion étrangère a pu composer ses détachements de Madagascar et du Tonkin d'éléments de choix, après élimination des malingres et des jeunes soldats.

» Les légionnaires se sont donc surtout fait remarquer, dans nos dernières campagnes coloniales, par leur endurance. Leur solidité au feu a égalé celle des troupes fran-

LA GUEBBE DANS LES œLONIES dçlS

çaises, et, comme leur résistance physique s'est montrée supérieure, ils ont, en réalité, pris une part plus effective que ces dernières aux principales actions de guerre qui se sont déroulées au cours de ces expéditions.

» Toutefois, l'emploi de la légion étrangère, comme force d'occupation dans nos colonies, soulève une difficulté très grave. Il est à craindre, en effel, qu'en présence d un ennenu. européen, les légionnaires ne désertent en grand nombre, l'esprit d'aventure dominant chez eux le sentiment de la discipline et l'amour-propre professionnel.

» Un ennemi avisé qui leur fera des promesses et saura les leittr pourra certainement provoquer des désertions qui, non seulement affaibliront nos effectifs au moment où ils ne pourront plus être renforcés, mais encore fourniront à l'adversaire des renseignements sur notre situation militaire.

» Il y a lieu de rappeler à ce propos qu'en janvier 1900 les relations de la France et de l'Angleterre étant tendues, le bataillon de légion envoyé à Diégo-Suarez pour renforcer la garnison qu'on supposait menacée d'une attaque inopinée des Anglais, perdit GO hommes qui désertèrent en se jetant à l'eau pendant la traversée du canal de Suez.

» Des désertions de celte nature se produisent habituellement dans les détachements de légion envoyésjlaux colonies; mais ce chiffre de 00 est significatif si l'on lient compte que, dans l'esprit des officiers et des soldats de ce bataillon, on comptait se battre à Diégo-Suarez, non contre des tribus africaines, mais contre des soldats d'une puissance européenne. Il paraît donc prudent de réserver l'emploi de la légion étrangère pour des expéditions coloniales proprement dites et de le proscrire, ou tout au moins de le limiter, chaque fois que la situation générale fera prévoir que cette troupe pourra se trouver en présence d'un ennemi européen (1). »

(1) Général Qallieni.

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Les troupes acluellemenl stationnées aux colonies comprennent :

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