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CHAPITRE IX

PAOIFICATION ET ORGANISATION

Deuxième phase de la conquête. — Action politique et action militaire. — (Combinaison de la politique et de la force. — Organisation des ter* ritoires militaires. — Action économique. — Désarmement. — Substitution de Tadministralion civile à l'administration militaire.

La conquête d'un pays non civilisé comporte généralement deux phases distinctes :

Dans la première, l'envahisseur lutte contre les forces plus ou moins bien organisées de l'adversaire, et cette lutte est d'autant plus pénible que le degré de civilisation du pays est plus avancé. Mais, si le succès des opérations militaires ainsi entreprises a pour conséquence l'occupation momentanée du pays, il ne permet pas, en général, de procéder immédiatement à l'organisation et à la mise en valeur de la nouvelle conquête.

La pacification complète, qui aboutit à la remise aux pouvoirs civils de l'administration régulière du pays, est le résultat d'une deuxième phase de la conquête qui nécessite souvent de longs efforts et dans laquelle les difficultés à vaincre sont considérables. Il faut, en effet, faire disparaître tous les foyers insurrectionnels pour pouvoir jeter les bases d'une organisation première s'adaptant au pays nouveau, et cette tâche, plus obscure peut-être mais non moins difficile et non moins pénible que la première, met en relief les meilleures qualités de notre race.

310 LA GU£R££ DANS LES œLONIES

C'est en présence de difficultés de cette nature que nous nous sommes trouvés pendant de longues années en Algérie pour mettre à la raison les chefs rebelles et détruire les bandes dont le pillage était l'unique ressource, tout en protégeant et organisant les tribus soumises; ce sont des obstacles de ce genre que nous avions encore récemment à surmonter au Soudan et à Madagascar et en présence desquels nous nous trouvons aujourd'hui en Guinée, à la Côte d'Ivoire et au Congo.

C'est au moyen de colonnes mobiles ou groupes mixtes s'appuyant sur des postes défensifs fortifiés, surveillant les centres d'agitation et les repaires, les enserrant de façon à les isoler des tribus dociles, frappant au moindre indice de trouble comme au premier acte de brigandage et harcelant les bandes sans trêve ni merci, qu'on parvient peu à peu à anéantir les groupes rebelles.

C'est au moyen de postes disséminés sur l'ensemble du pays et « constituant autant de noyaux de réorganisation locale, sous la direction d'un personnel essentiellement dévoué et intègre, et formant une population provisoire à l'abri de laquelle se reconstituent la population réelle et la remise en exploitation du sol (1) » qu'on parvient à dissocier les tribus intransigeantes en assurant d'abord une protection efficace aux populations pacifiques ralliées et, le nombre de ces dernières augmentant peu à peu, en s'appuyant ensuite sur elles pour réduire les derniers dissidents.

Il y a donc à la fois et en liaison intime, pendant celte deuxième phase, action politique et action par la force. « C'est l'action combinée de la politique et de la force qui seule peut conduire à la pacification du pays et à l'organisation primitive à lui donner tout d'abord. »

(1) Rousseau, ancien gouverneur de rindo-Chine.

Action politique.

« L'action politique est de beaucoup la plus importante; elle tire sa plus grande force de la connaissance du pays et de ses habitants; c'est à ce but que doivent tendre les premiers efforts de tout commandant territorial.

» C'est l'étude des races qui occupent une région qui détermine l'organisation politique à lui donner, les moyens à employer pour sa pacification. Toute agglomération d'individus, races, peuples, tribus ou familles, représente une somme d'intérêts communs ou opposés. S'il y a des mœurs et des coutumes à respecter, il y a aussi des haines et des rivalités qu'il faut savoir démêler et utiliser à notre profit en les oppo- y

sant les unes aux autres, en nous appuyant sur les unes pour mieux vaincre les secondes.

» Il n'est pas moins important de chercher et de trouver les raisons qui déterminent certains soulèvements, certains mouvements généraux des populations contre nous. C'est, le plus souvent, de la méfiance à notre égard, une répulsion instinctive à admettre la présence des Européens comme chefs, méfiance et répulsion exploitées par des factieux qu'aiguillonnent l'ambition ou des intérêts personnels. Frapper à la tête et rassurer la masse égarée par des conseils perfides ou des affirmations calomnieuses, tout le secret d'une pacification est dans ces deux termes.

» En somme, toute action politique doit consister à discerner et mettre à profit les éléments locaux utilisables, à neutraliser et détruire les éléments locaux non utilisables.

» L'élément essentiellement utilisable sera, avant tout, le peuple, la masse travailleuse de la population, qui peut momentanément se laisser tromper et entraîner, mais que ses intérêts rivent à notre fortune et qui sait bien vile le com-

prendre pour peu qu'on le lui indique et qu'on le lui fasse sentir.

» L'élément essentiellement nuisible est formé par les chefs rebelles ou insoumis, autour desquels il faut faire le vide, en ruinant leur prestige par tous les moyens possibles, politiques et militaires, par des coups répétés et incessants, jusqu'à leur disparition ou leur soumission complète.

» Il y a enfln deux éléments douteux :

» 1" Le chef indigène à surveiller de près, à contrôler dans tous ses actes que commandent quelquefois une cupidité insatiable et des intérêts personnels. Quels que soient les embarras qu'il peut nous causer, il vaut mieux, en général, conserver ce fantôme de pouvoir auquel l'indigène est plus habitué et derrière lequel nous pouvons manœuvrer plus à l'aise. Un peu de discernement dans son choix, un peu d'habileté à savoir exciter chez lui l'amour-propre et l'ambition, en feront quelquefois un auxiliaire non à dédaigner.

» 2* Toute la catégorie des gens autrefois au pouvou* et que notre présence ruine, en tant du moins qu'élément politique, qui luttent longtemps encore, dissimulant, sous des dehors soumis et flatteurs, une rancune au profit de laquelle ils exploitent nos moindres faiblesses. Une police bien faite et une sage fermeté les tiendront en respect (I). »

Il faut donc autant que possible s'appuyer sur les chefs du pays qui prennent d'autant plus facilement confiance qu'ils sont plus disposés à s'allier au plus fort afin de se ménager l'appui moral qu'ils peuvent apporter. C'est de celte façon que celui qui n'éfait que le conquérant devient le maître du pays, car les chefs le voyant juste, modéré, accueillant, respectueux des usages, exposent leurs plaintes dans l'espoir d'être écoutés, font connaître la vraie situation du pays et donnent ainsi le moyen de l'organiser.

(1) Général Gallieni.

Action militaire.

« Tout mouvement de troupes en avant doit avoir pour sanction roccupalion effective du terrain conquis. Ce principe est absolu (1). »

Si, en effet, l'action politique est indispensable pour assurer la pacification d'un pays neuf, il faut, pour être efficace, qu'elle soit soutenue par la force. Pour inspirer confiance aux populations il faut être fort et faire métier de soldat en même temps qu'on satisfait aux aspirations des différentes races.

L'action par la force se fait sentir de façon différente suivant que, après la période de conquête, on se trouve en présence de groupements rebelles insignifiants ou de grosses bandes.

Dans le premier cas, il suffit d'occuper par des postes permanents les centres politiques du pays (centres de population, de communication, de production) et on peut se permettre une certaine dissémination des efforts en créant des petits postes essentiellement provisoires qui, successivement reportés en avant à mesure que l'épuration progresse, constitueront autant de foyers de propagande et permettront de nettoyer progressivement le pays soit par de petites opéralions militaires combinées, soit même, et surtout, en utilisant la population ralliée à nous et armée par nos soins.

« C'est la méthode de la tache d'huile. On ne gagne du terrain en avant qu'après avoir organisé celui qui est en arrière. Ce sont les indigènes insoumis la veille qui nous aident, qui nous servent à gagner les insoumis du lendemain. On marche à coup sûr et le dernier poste occupé devient,

(1) Général Gallieni.

' Il

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tout d'abord, Tobservatoire d'où le commandant du cercle, du secteur, du district, examine la situation, cherche à entrer en relations avec les éléments inconnus qu'il a devant lui, en utilisant ceux qu'il vient de soumettre, détermine les nouveaux points à occuper et prépare, en un mot, un nouveau progrès en avant. C'est la méthode qui ménage le plus le pays et les habitants et qui prépare le mieux la mise sous notre influence de ces nouveaux territoires. Elle exige de la part de nos officiers un ensemble de rares qualités; initiative, intelligence et activité, pour ne laisser échapper aucune occasion de prendre pied dans les contrées encore inconnues et insoumises; prudence, calme et perspicacité, pour éviter tout échec et pour savoir discerner ceux des éléments adverses qu'ils peuvent utiliser pour les nouveaux progrès à accomplir.

» Les zones pacifiées reçoivent immédiatement une organisation administrative; elles sont tenues et surveillées par des troupes régulières d'abord, puis, quand le calme est bien rétabli, par la milice ou par des partisans bien armés; enfin, quand tout danger a disparu on peut et Ton doit faire rentrer les armes prêtées aux populations qui n'en ont plus que faire (1). »

Les postes administratifs et les forces de police suffisent alors en général pour tenir le pays.

Lorsque, après la conquête, on se trouve en présence de groupements rebelles d'une certaine importance, il est indispensable d'agir d'une façon plus vigoureuse pour arriver à les réduire. « C'est l'action des colonnes militaires. Elle ne doit être mise en œuvre que contre des objectifs bien déterminés, où il y a à faire œuvre de force, la force étant la caractéristique des colonnes; leur durée, à moins de cas de force

(1) Général Gallieni.

majeure, ne doit pas dépasser trois mois; au delà, les troupes s'épuisent, les effectifs se fondent. L'organisation de ces colonnes varie suivant le but à atteindre : en principe, elles doivent comprendre, comme on a pu le voir, un noyau de troupes européennes renforcées par des troupes indigènes, puis, chaque fois qu'il sera possible, des groupes de partisans qui, bien que ne représentant pas un élément bien sérieux de résistance, sont néanmoins utilisables pour éclairer et poursuivre (1). »

Ces colonnes tirent leur force de leur mobilité et de la rapidité de leurs mouvements, car il faut qu'elles frappent les rebelles chez eux et qu'elles harcèlent les bandes ennemies sans leur laiî^ser aucun repos : un combat suivi de la rentrée des troupes ne produit en effet aucun résultat et il faut continuer à combattre les rebelles partout où ils se rassemblent. Ils se retirent généralement dans de fortes positions que l'on ne doit aborder qu'avec les plus grandes précautions.

« Les colonnes doivent être absolument exceptionnelles et employées seulement contre des rassemblements nombreux et dangereux, menaçant la sécurité des régions environnantes et empochant la soumission et l'obéissance des populations hésitantes, qui n'attendent que la destruction de ces bandes pour reconnaître notre influence (1). »

Cette action nécessitant la mise en jeu d'éléments de force plus importants que dans le premier cas, il conviendra de réduire les postes à un nombre minimum, de manière que la nécessité d'en assurer la garde n'amène pas un gaspillage des troupes; ces postes, .peu nombreux, doivent être des points d'api)ui très sérieux ne courant aucun risque d'être enlevés. Les forces mobiles sont alors utilisées pour traquer les bandes jusqu'à complète dissociation.

(1) Général Gallicni.

Ce résultat une fois obtenu, on parachève la pacification comme il a été dit ci-dessus.

« Ces chasses aux rebelles réclament de ceux qui les font une énergie et une endurance peu communes. C'est dans imc brousse inipénélrée qu'il faut frayer son chemin, à travers les obstacles naturels et artificiels accumulés, acquérir une mobihlé et une habitude de manquer de tout comparables à celles de l'adversaire; marcher sous une pluie fréquente, aussi souvent de nuit que de jour, sans compter avec la fatigue ni la fièvre. Ce n'est qu'à ce prix qu'on atteint le résultat et qu'on parvient à mettre l'adversaire sur ses fins.

» C'est pourquoi, si l'on peut reprocher à la guerre coloniale d'être parfois une insuffisante école du haut commandement, par contre serait-il souvent mjuste de méconnaître la trempe qu'elle donne aux cadres subalternes. C'est journellement que les capitaines, lieutenants, sous-officiers ont à y faire acte de volonté et de décision, à se tirer de péril, eux et leur troupe, à veiller aux moindres détails d'équipement, à aviser à tous les imprévus, à jouer du terrain et des circonstances, à faire et leur carte et leur chemin, à mettre en œuvre, en un mot, tous les ressorts qui font Ihomme de guerre. Ces quahlés, nulle part en notre époque de paix prolongée on ne saurait mieux les acquérir qu'à cette école pratique. Aussi, qu'il s'agisse de reconnaître un défilé ou de commander un avant-poste en face de « grands adversaires », peut-on être assuré que nul ne s'en acquittera mieux que fofficier ou le sous-officier formé à cette rude école (1). »

Les soldats, dont le premier rôle est de faire la conquête du pays et qui ont ensuite réussi à le pacifier et à l'organiser, deviennent alors disponibles pour le troisième rôle qu'ils ont à remplir aux colonies.

Tout en restant à la disposition de l'autorité civile pour le

(1) Général Lyaiitey.

ri

maintien de l'ordre en cas de besoin, ils sont répartis en^, quelques points bien choisis sur Tensemble du territoire cl sur les frontières de terre où, se trouvant dans de bonnes conditions hygiéniques et d'entretien, ils seront prêts à être utilisés pour la défense de la colonie.

Combinaison de la politique et de la force.

« L'organisation administrative d'un pays doit être parfaitement en rapport avec la nature de ce pays, de ses habitants et du but que l'on se propose,

)) Toute organisation administrative doit suivre le pays dans son développement naturel.

» C'est en vertu de ces deux principes absolument généraux que telle méthode bonne à employer en telle région est déplorable en telle autre; que tels procédés administratifs, excellents aujourd'hui en raison de l'état de choses existant, seront à rejeter quelques mois après si des événements quelconques modifient la situation des contrées où ils sont appli- (jués. Rien ne doit être plus simple, plus élastique que l'organisation d un pays dont l'évolution s'opère sous l'impulsion des agents énergiques que la civilisation et la colonisation européennes mettent en œuvre. C'est au bon sens et à l'initiative des commandants territoriaux, en contact direct avec ces populations, que l'administration supérieure doit faire appel pour l'éclairer sur les symptômes révélateurs des changements dans l'état moral et politique des provinces dont ils ont la garde et la surveillance. A toute évolution politique et économique doit correspondre une évolution administrative.

» Le meilleur moyen, pour arriver à la pacification avec les ressources restreintes dont nous disposons en général aux colonies, est d'employer l'action combinée de la force et de

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la politique. Il faut nous rappeler que, dans les luttes coloniales que nous impose trop souvent, malheureusement, Tinsurreclion des populations, nous ne devons détruire qu'à la dernière extrémité et, dans ce cas encore, ne ruiner que pour mieux bâtir.

» Toujours nous devons ménager le pays et ses habitants, puisque celui-là est destiné à recevoir nos entreprises de colonisation future et que ceux-ci seront nos principaux agents et collaborateurs pour mener à bien ces entreprises. Chaque fois que les incidents de guerre obligent Tun de nos officiers coloniaux à agir contre un village ou un centre habité, il ne doit pas perdre de vue que son premier soin, la soumission des habitants obtenue, sera de reconstituer le village, d'y créer immédiatement un marché et d'y établir une école (1). »

L'action combinée de la politique et de la force étant seule susceptible de conduire à la pacification d'un pays neuf et à l'organisation primitive à lui donner tout d'abord, il faut confier cette mission de pacification à l'armée qui seule peut fournir les fonctionnaires actifs et vigoureux, plus souvent à cheval qu'au bureau, qui sont indispensables pour mener à bien cette œuvre d'activité inteUigente.

En 1886, après la conquête, le territoire du ïonkin fut divisé en régions militaires et circonscriptions civiles, les deux pouvoirs, civil et militaire, étant pour les premières réunis entre les mains de l'officier commandant la région. Peu à peu, on s'écarta insensiblement de ce principe. A une certaine époque, un gouverneur civil « avait même interdit aux postes militaires de sortir de leurs enceintes, sous quelque prétexte que ce fût, sans autorisation préalable. Les militaires pouvaient non sans raison, dit M. de Lanessan, lui reprocher de livrer le pays aux pirates; l'audace de ces der-

(1) Général Gallienî.

LA GUEBBE DANS LES œLONIES 319

niers ne pouvait, en effet, qu'être considérablement accrue par rinacfion de nos troupes.

« Dans la plupart des provinces, les résidents s^adonnaieal beaucoup plus volontiers à l'instruction des milices et à la conduite des colonnes qu'à l'administration proprement dite. On n'a pas perdu le souvenir, au Tonkin, de cette expédition de la Cac-Ba où un résident supérieur jouait le rôle d'un commandant en chef, la douane celui de Tartillerie et la milice celui de l'infanterie (1). »

Si les résidents civils employaient leur temps à instruire des milices, s'ils préféraient les expéditions à l'administration qui était plus de leur ressort, c'est qu'ils sentaient qu'à ce moment-là l'action de la force s'imposait. Les résultats de cette politique furent déplorables : « Dès la fin de 1887, des symptômes de troubles se manifestent dans diverses provinces du Tonkin; le désordre va sans cesse en s'accroissant jusqu'en 1891, où M. Bihour, gouverneur général par intérim, déclare que ce n'est plus de la piraterie, mais de la rébellion. En 1891, la situation est considérée comme désespérée; le delta était presque tout entier en insurrection, les régions montagneuses aux mains des pirates chinois, le budget en déficit de IG millions, l'anarchie dans l'administration, la guerre existait entre l'autorité civile et l'autorité militaire (1). »

M. de Lanessan, nommé gouverneur général, dut séparer de nouveau catégoriquement le lot des administrateurs civils (provinces tranquilles) de celui des administrateurs militaires (frontières et pays insoumis) et créer les territoires militaires tels à peu près qu'ils existent encore aujourd'hui. Le résultat immédiat fut la pacification des 1" et 2* territoires par le colonel Gallieni et celle du 4* par le colonel Pennequin.

(1) De Lanessan, Principes de colonisation.

Depuis celle époque, lous les gouverneurs généraux de rindo-Chine onl successivement reconnu que cette organisalion était la seule logique et se sont toujours loués des services que leur ont rendus les administrateurs militaires.

Quand, après la campagne de Madagascar, le général Duchesne eut remis les pouvoirs de résident général à M. Laroche, le général Voyron fut maintenu comme commandant supérieur des troupes. Cette situation nouvelle portait atteinte au principe de l'unité de direction et d'action indispensable dans un pays neuf. Les inconvénients de ce manque d'unité ne lardèrent pas à se faire sentir.

Les chefs des colonnes envoyées dans des postes créés par le commandant supérieur pour disperser les bandes et occuper le pays, n'ayant ni pouvoirs politiques îli"i)olivoir8 administratifs, demeuraient impuissants après l'actfomplissemeirt de leur lâche militaire, et les bandes Se i^eformaieiif sans cesse; les troupes s'usaient dans des acthmft de gtierre continues qui ne produisaient pas de résultat àéébif.

En outre, les divergences entre les deux nilçrltés sur les moyens à employer pour réprimer l'insurrection eiigeiiclraient des conflits perpétuels et ne pouvaient aboutir (Ju'à la confusion.

Le gouvernement le comprit et réunit les pouvoirs civU et militaire entre les mains du général Gallieni, qui, avec l'aide de ses subalternes, auxquels il délégua une partie de ses pouvoirs, ne larda pas à rétablir l'ordre et à donner l'essor à la colonie.

C'est que l'action politique au début de l'occupation ne peut réellement être menée à bien que par ceux que les péripéties journalières d'une conquête récente ont mis en contact intime avec la population, leur permettant ainsi de se bien pénétrer de ses aspirations et de ses besoins.

Il ne suffit pas de chasser les pirates, de rétablir l'ordre, de protéger îes commerçants et les agriculteurs : il faut aussi

LA GUESRE DAXS LES COLONIES 321

gagner Testime et la sympathie des populations en respectant leurs libertés, leurs biens, leurs coutumes.

« Un pays n*est pas conquis et pacifié quand une opération militaire y a décimé les habitants et courbé les têtes sous la terreur qu*inspirent les procédés qu'elle est obligée d'employer; le premier effroi calmé, il germera dans la masse des ferments de révolte que les rancunes, accumulées par l'action brutale de la force, multiplieront et feront croître encore. Tout au moins il restera dans les esprits une méfiance instinctive qu'il faut à tout prix calmer. Tant que cette méfiance existera, le régime civil sera prématuré : le conquérant seul est assez fort pour se permettre des actes de clémence que le peuple ne prendra pas pour de la faiblesse et qui le rallieront à nous (1).

» Pour avoir le pays, dit le général Pennequin, il faut inspirer confiance, être fort, faire métier de soldat, être appuyé par la force en môme temps qu'on administre. Tant que la pacification n'est pas complète, tous les pouvoirs civils et militaires doivent être concentrés entre les mains d'un seul homme qui ne peut être qu'un soldat. »

« Quand une fois est terminée la conquête proprement dite, écrit M. Chailley-Bert, et qu'il s'agit de pacifier le pays, on traverse d'abord une période où les militaires agissent avec une liberté entière par leurs procédés propres et sous leur responsabilité, puis une seconde période où leur action cesse pour faire place à l'action civile. Les Anglais, au moins en Birmanie, paraissent avoir entrevu ces vérités. Dès les premiers jours, quand l'armée chassait devant elle les bataillons dispersés des Birmans, ils avisaient aux moyens d'agir administrativement sur les populations et à aucun moment ils

(1) Général Gallieni.

Guerre col. 21

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n'ont séparé Taction des pouvoirs militaires de celles des pouvoirs civils (1). »

En résumé, tant qu'unp région n'est pas complètement pacifiée, tant qu'il y subsiste un germe de révolte, l'administration doit en être confiée à des militaires. Il appartient donc au gouverneur de la colonie de parfaitement scinder les provinces tranquilles et les provinces agitées* Les premières seront confiées à l'adminstration civile et les deuxièmes à l'administration militaire. Si le nombre des provinces tranquilles est insignifiant et si la plus grosse partie du pays reste troublée, l'administration militaire étant dans ce cas prépondérante, il paraît avantageux de maintenir à la tête de la colonie un gouverneur militaire, ainsi que le besoin s'en fit sentir en 189G à Madagascar. Si, au contraire, les régions troublées sont insignifiantes, peu importe que le chef de la colonie soit militaire ou civil pourvu qu'il ait la confiance de son gouvernement.

Organisation des territoires militaires.

Les territoires, cercles ou secteurs sont les rouages indispensables de l'administration militaire (2).

Le territoire militaire comprend plusieurs cercles; à sa tête se trouve un colonel ou un lieutenant-colonel placé sous les ordres directs du gouverneur général pour tout ce qui a trait à l'administration ou du général en chef quand ce dernier est chargé de la centralisation de l'administration des lerritoires militaires.

Dans ce cas, d'ailleurs, le général en chef n'est, en dehoi^

(1) Ciiailley-Bert, Bcvuc des Deux-Mondes.

(î2) Dans certaines colonies, les territoires, cercles et secteurs sont remplacés par des régions et des circonscriptions; le principe est le même, la différence consiste en une attribution plus ou moins grande de pouvoirs.

LA GUERBE DANS LES œLONIES 323

des questions militaires, qu'un organe intermédiaire, transmettant les ordres du gouverneur général ou recevant les comptes rendus ou rapports des commandants de territoin.s de manière à être renseigné sur les actes dont Texécution est confiée à ses subordonnés.

Le commandant de territoire, sans s'immiscer dans les détails du commandement et de l'adininistration des cercles et des secteurs, oriente Taction de ses subordonnés dans le sens indiqué par le gouverneur général.

Le cercle comprend une ou plusieurs subdivisions indigènes et se subdivise en secteurs correspondant à une partie ou à chacune de ces subdivisions.

Le commandant d'un»* cercle, en général un officier supérieur, réunit dans ses mains tous'^Jips pouvoirs : ni^lôâires, 'i^r-iV^^^^^ politiques et administratifs. Il do^^d'abord çpi^^epér .tous**^V;^.^.^, ses efforts à pacifier la région -p][àQ^>^ si^iif^ommand^ ^^^^ ment, veiller au repeuplement deV'^îftâgee, leui^^donnç.r. une '^fe^V*;y , administration ferme et conforme aux mœurs teèiil^âi'^Adév^. ^ .;. lopper le mouvement économique et préparer le passage- 4? ■ 'i-.}*^ l'administration civile. Pour exercer soii.lÈtilorité, il s'appùie "•«.v sur les chefs indigènes et surtout sur le conseil des notables. Cette assemblée est consultée pour tojLj^tôi^'r^r^fîaires intéressant les indigènes : impôts, >€pryéesj traiTÉÙx, justice, service militaire, nomination de fonctïoïiliaifès. Par elle, on a la masse du peuple et il n'y a pas à craindre d'abus. Le commandant du cercle est aidé par deux officiers sur lesquels il peut, en partie, se décharger des détails* du commandement et de l'administration : l'pfficîier de renseignements et l'officier chancelier. Dans les cercles. Jes moins importants, dits cer- ^i^''-'

clés annexes, les fonctions de ces deux officiers sont réunies ;-.

entre les mains d'un seul, l'officier adjoint.

Le secteur est une subdivision territoriale du cercle, commandée par un officier choisi avec le plus grand soin, par le

commandant du cercle, parmi les officiers des troupes sous ses ordres.

Cet officier a dans le secteur tous les pouvoirs et n*esl responsable que vis-à-vis du commandant du cercle; il dispose des troupes du secteur et exerce son autorité avec le concours des chefs indigènes.

Autant que possible, le chef de la subdivision indigène correspondant au secteur doit résider auprès du commandant du secteur.

Au point de vue militaire, le commandant du secteur veille à l'organisation sérieuse de ses postes, de manière à pouvoir en assurer la défense au moyen d'une faible garnison.

Au point de vue politique, sa mission consiste à appliquer la politique de races; il doit entrer en relation avec tous les chefs de villages, étudier les mœurs des habitants, leurs coutumes, pénétrer leur caractère, utiliser leurs querelles instinctives pour les opposer les unes aux autres au besoin et, par une action habile, étendre son influence dans le pays.

Au point de vue administratif, il doit chercher à créer des recettes pour le budget, percevoir les impôts, entreprendre les travaux d'utilité publique, etc.

La doctrine fondamentale du secteur, conçue et appliquée pour la première fois au Tonkin par le colonel Gallieni, a pour base la compagnie.

« Le secteur correspond par conséquent à une circonscription telle, que, soit par son étendue, soit par l'importance de sa population, son administration, son occupation militaire, sa police puissent être assurés par les éléments constitutifs d'une compagnie.

» Le but essentiel est d'assurer d'une manière absolue l'unité de commandement et de réunir dans les mains d'un seul chef tous les moyens d'action. L'application de cette doctrine ne serait d'ailleurs ni pratique ni, par conséquent,

coloniale, si elle n'avait pas une souplesse et une élasticité qui lui permissent de s'adapter à des conditions variables.

» Les secteurs ne peuvent et ne doivent être ni de même étendue, ni occupés dans des conditions identiques. Telle région peu peuplée ou à peu près pacifiée peut former un secteur très vaste; telle autre, de population très dense et peu sûre, peut former un secteur très restreint.

» Dans tout problème à résoudre, il faut une connue ; cette connue consiste ici dans les cadres de la compagnie et c'eçt le nombre fixe d'officiers, de sous-officiers constituant ces cadres qui forme cette constante, tandis que les variables sont l'étendue territoriale et les effectifs de la troupe.

» L'avantage de la compagnie identifiée au secteur, c'est qu'avec la fixité de ses cadres et l'élasticité de ses effectifs, elle présente un organisme d'une souplesse qui s'adapte aux conditions les plus variables et qui permet l'occupation la plus économique d'un pays en n'y affectant que le nombre d'unités strictement nécessaire; d'autant plus qu'à mesure que la sécurité progresse, les effectifs peuvent être réduits dans chaque unité, sans qu'il y ait mouvement des unités, c'est-à-dire sans modification de l'organe de direction, les cadres, ce qui est si essentiel (1). »

Quand l'étendue des secteurs l'exige, ils sont subdivisés on sous-secteurs ou districts, correspondant à des groupements indigènes naturels (2).

Les secteurs ou sous-secteurs comprennent un certain nombre de postes dont les chefs jouissent de la plus large initiative possible.

« Dans leur rôle administratif et politique, les chefs de

(1) Général Lyautey.

(*2) Les sous-secteurs et les districts ne se rencontrent actuellement qu'à Madagascar.

32G LA GT7£]l££ lUxis LES COLONIES

poste ne doivent pas apporter la raideur militaire, la sévérité, la précision, l'exaclilude, le respect absolu de la règle, qui sont indisi^ensables dans 4eur rôle de chefs militaires. Il faut être patient, n'être Jamais trop pressé, car le temps n'a guère de valeur pour l'indigène, être indulgent aux mensonges.

» Il faut que le chef de poste soit accessible à tous; il doit fixer les heures d'audience et supprimer tout intermédiaire. Chacun doit pouvoir venir sans subir l'examen d'un planton, d'une ..çeatinelle ou d'un interprète. Les gens sont patients, ils ahéiident dans un coin, gue leur tour arrive et sont déjà ^lisfaits d':être vus^ ""•'• ^ -'j

» Refuser absolument tout cadeau.

» Installer près du poste, sur une place ou un lieu de passage, un portique de la publicité où sont affichés tous les arrêtés, communiqués et avis envoyés par le cercle.

» Exiger des notables que les vivres soient fournis à des prix fixés; si les ressources du pays sont minimes, répartir ces fournitures entre tous les villages.

» Ne jamais charger un chef de procurer une femme.

» Le Français, en général, ne sait pas mener la femme indigène, avec laquelle il veut se donner souvent l'illusion d'avoir une femme française. La femme doit se montrer le moins possible et ne participer en rien aux affaires (1). »

» La multiplicité de toutes ces fonctions exige des qualités nombreuses de la part des officiers et sous-oflîciers appelés à exercer le commandement d'un secteur ou d'un poste.

» Par le fait même que l'administratton ne peut se régler ni par des gabarits ni par des règlements, elle laisse une part prépondérante au bon sens, à la souplesse d'esprit et à l'appropriation de l'homme à la région qu'il commande.

» On ne saurait trop insister sur l'importance qu'il con-

(1) Général Pennequin.

vient d'attacher au choix de ces agents vivant au milieu de ces populations primitives et semi-féodales. Il faut être convaincu que la plupart des mouvements de rébellion sont dus, le plus souvent, à des erreurs de personnes.

M Les déclarations des chefs soumis ont été caractéristiques à cet égard. Mais ce qu'il importe d'ajouter, c'est que ces fautes initiales ne sont généralement pas le fait de mauvaises intentions, ni d'une dureté naturelle de la part de ceux qui les ont commises, mais le plus souvent de leur ignorance des populations et de la situation.

» C'est pourquoi il faut s'appliquer à préparer les successeurs des commandants de secteur ou de poste, en les faisant d'abord servir en second ou en les envoyant d'avance auprès de leur prédécesseur; on ne saurait trop insister sur cette manière de procéder.

» La rigide application du tour de départ colonial est la négation de toute politique efficace; c'est le plus grave, le plus constant, le plus fondé des griefs qu'on puisse élever contre l'administration militaire, et on doit tout faire pour l'atténuer en ne l'appliquant rigidement qu'aux officiers et sous-offîciers des régions pacifiées, de manière à laisser les autres en place le plus longtemps possible (1). »

Action éoonpmique.

Lorsque les efforts combinés de la politique et de la force ont réussi à assurer la pacification, une nouvelle période d'activité commence pour le pays : le mouvement économique nait et grandit peu à peu.

T( Au fur et à mesure que la pacification s'affirme, le pays

(1) Général Lyautey.

se cultive, les marchés se rouvrent, le commerce reprend. Le rôle du soldat passe au second plan; celui de Tadminis- Irateur commence. 11 faut, d'une part, étudier et satisfaire les besoins sociaux des populations soumises; favoriser, d'autre part, l'extension de la colonisation qui va mettre en valeur les richesses naturelles du sol, ouvrir des débouchés au commerce européen.

» Il rentre dans le rôle des commandants territoriaux de créer des écoles professionnelles, d'installer des fermes-modèles, d'encourager la reprise des industries nationales, de créer des marchés francs de tous droits d'abord et qui ne seront imposés par la suite que très progressivement.

» Le développement progressif du réseau routier ne fera qu'aider à ce résultat.

» D'autre part, les commandants territoriaux devront comprendre leur rôle administratif de la façon la moins formaliste. Nos adminislraleurs et oUiciers doivent délendre^ au nom du bon sens^ les intérêts qui leur sont confiés et non les combattre au nom du règlement.

» Dans les territoires militaires, le secteur devient l'unité de commandement. Son rôle, le rôle des commandants de cercle et de territoire dont l'action régulatrice fait converger vers le même but les efforts des commandants de secteur, sont en premier lieu des rôles presque exclusivement militaires. Le soldai se montre d'abord soldat emblème de la force nécessaire pour en imposer aux populations encore insoumises; puis, la paix obtenue, il dépose les armes; il devient administrateur, sans perdre de vue toutefois qu'il se trouve au milieu de populations non encore franchement ralliées et qu'il a pour devoir strict de les st|rveiller étroitement, utilisant à ce point de vue le preslig» moral que lui a procuré le succès de la conquête. „ ^ ,

» Pendant cette période, les troupes n'ont plus ^u'un rôle de police qui passe bientôt à des troupe ^péeiales, milice

et police proprement dite; mais il est sage de mettre à profit les inépuisables qualités de dévouement et d'ingéniosité du soldat français. Comme surveillant de travaux, comme instituteur, comme ouvrier d*art, comme chef de petit poste, partout où l'on fait appel à son initiative, à son amour-propre et à son intelligence, il se montre à hauteur de sa tâche.

» En outre, en intéressant ainsi le soldat à notre œuvre dans le pays, on finit par l'intéresser au pays lui-même. Il observe, il retient, il calcule même souvent; au moment de sa Ubération, il se décidera à mettre en valeur quelque coin de terre, à utiliser dans la colonie les ressources de son art, à la faire bénéficier, en un mot, de son dévouement et de sa bonne volonté. Il devient un des plus sérieux éléments de la petite colonisation, complément indispensable de la grande (1). »

Si, au début de la domination, une administration vigoureuse peut seule donner les moyens d'action suffisants, il y a tout intérêt, lorsque le calme réapparaît, à reconstituer dans la mesure du possible les organismes traditionnels du pays.

Notre législation administrative, judiciaire, fiscale, domaniale, nos règlements de comptabilité publique ne doivent être appliqués qu'avec la plus grande circonspection et avec une grande largeur de vues. Vouloir appliquer intégralement à des sujets ou protégés indigènes toutes les institutions européennes constitue une extraordinaire et périlleuse illusion. Il convient donc de poser le principe de la diversité et de la souplesse des législations et des institutions coloniales. C'est à ce prix seulement que tant d'efforts, de dévouements et d'initiatives, actuellement dépensés aux colonies, se-

ront féconds et efficaces.

« Une bonne politique indigène est la base fondamentale

(1) Général Gallieni.

de la gcslion, à la fois la plus économique et la plus rémunératrice de noire domaine colonial (1). »

Désarmement.

Il est indispensable de procéder au désarmement général des indigènes alors qu'ils sont encore sous l'impression produite par la succession des opérations entreprises pour achever la pacification.

Il est évident que le désarmement est la seule sanction absolument complète et efficace de la pacification d'un pays, d'autant plus qu'on n'entretient jamais dans les colonies que des effectifs infimes par rapport au chiffre de la population; le but à atteindre, en effet, doit être de réduire le plus possible les charges financières que représentent les corps d'occupation en ne laissant dans chacune d'elles que les forces nécessaires pour la défense contre un ennemi extérieur.

(( Quels que soient les résultats obtenus au point de vue de la conquête matérielle et morale des indigènes, quel que soit leur degré de soumission, si complète que paraisse l'adhésion de leurs chefs, il ne faut pas se faire l'illusion que notre domination leur soit agréable (1). »

Laisser des armes à ces populations si nombreuses en face de nos faibles unités, c'est leur laisser la tentation permanente du soulèvement.

Pour procéder au désarmement, le point délicat est le choix du moment. U ne faut le prescrire ni trop tôt, ni trop lard.

« Pour faciliter le désarmement et lui- donner le plus d'efficacité pos<il)lc, il y a généralement deux étapes à marquer.

(1) Général Lyaiitey.

L;2L GXJ£ER£ dans les COLCmiES 33t

Aussitôt roccupalion du pays acquise, on y impose le con* trôle des armes. Elles sont laissées aux mains des habitants, chacun d'eux doit les présenter au cheMieu du secteur où elles sont inscrites et reçoiyent . une marque; c'est là une ^mesure facilement acceptée.

» Le jour où peul s'effectuer 4e désarmement intégral, l'opération commence par le retrait de toutes les armes contrôlées; il est alors plus facile de procéder à la recherche des armes dissimulées (1).

Les armes confiées aux partisans seront en même temps retirées et resteront déposées au chef-lieu du secteur ou dans les postes. Les partisans seront convoqués de temps à autre par les chefs de poste pour des exercices de tir à la cible, de manière à pouvoir utiliser leurs armes dans de bonnes conditions si le besoin s'en faisait sentir à nouveau.

Plus tard, on peut consentir à délivrer des ports d'armes à certains personnages offrant des garanties suffisantes, ce qui procure quelques ressources financières au pays.

Administration civile.

<( Le régime militaire ne doit être qu'un régime d'exception; dès qu'elle a assuré la paix dans le pays, l'armée doit le rendre aux pouvoirs civils qui seuls peuvent administrer régulièrement (1). »

Quand l'administration militaire est solidement assise, ([uand il n'y a plus à redouter le moindre ferment de révolte, quand, grâce à de bonnes relations de voisinage, il n'y a pas à craindre les incursions de bandes dont le refuge se

(1) Général Lyautey.

(1) Général Pennoquin.

332 LA GU££££ DANS LES œLOKIES

trouve de Taulre côté de la frontière, alors Tadministration civile peut et doit être substituée, progressivement et en ménageant les transitions, au régime militaire.

Il faut aussi pour cela que les pays voisins soient organisés et ne soient pas en état de trouble; sans quoi il convient de laisser subsister, en bordure le long de la frontière, une zone de transition, dite marche-frontière, dans laquelle l'administration militaire doit être conservée. Il faut, en effet, assurer d'une part à nos protégés la sécurité qui leur est due et, d'autre part, tempérer pour eux les rigueurs d'une administration dont les procédés souvent rigoureux pourraient les engager à passer la frontière pour aller chercher au delà certains avantages dont ils ne peuvent encore se passer (1).

(1) CTest oe qui ne manquerait pas d*arriver au Tonkin, par ex^nple, si, à proximité de la frontière chinoise, les droits sur Talcool, sur Topium, etc., étaient les mêmes que dans le delta; au lieu de payer ces impôts relativ^nent élevés, nos sujets iraient s*installer de Tautre côté de la frontière, à quelques centaines de mètres de leur ancien village^ et nous échapperaient ainsi complètement.

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