PARTICULARITÉS DES GUERRES COLONIALES
Caractères généraux de la guerre aux colonies. — Conditions d'exécution. — Importance de la préparation. — Le commandement.
Caractères généraux de la guerre aux colonies.
La guerre coloniale diffère de la guerre ordinairement pratiquée en Europe par un certain nombre de conditions spéciales d'exécution dont les principales sont indiquées ciaprès :
1"* La lutte est transportée loin de la métropole, ce qui nécessite le transport par mer de la presque totalité des éléments, troupes, animaux et matériel, dont il faut par conséquent prévoir non seulement rembarquement et le débarquement, mais aussi l'installation et Taménagement à bord pour des traversées de longue durée, exécutées souvent dans des conditions fort difficiles.
Quand on a voyagé par gros temps sur des paquebots confortablement installés, on se rend facilement compte de ce que peut être, par une mer démontée ou même par beau temps avec les températures qu'on subit dans la mer Rouge, la situation d'un millier d'hommes de troupe et de 150 ou 200 animaux entassés sur un même navire et condamnés,
pendant trente ou quarante jours, à une immobilité presque absolue; s'il s'agit de rapatriements avec des malades, l'installation demande encore plus de soins et Ton imagine aisément ce que pourrait devenir une pareille situation si tout n'avait pas été prévu à l'avance et si toutes les précautions n'avaient pas été prises pour éviter des épidémies dont les effets seraient désastreux.
Lorsque les effectifs à embarquer sont considérables, la question des transports maritimes prend une très grande importance.
Pendant la campagne de Madagascar, le total du corps expéditionnaire envoyé de France en avril et mai 1895 comprenait :
658 officiers et assimilés, 14.773 hommes de troupe,
041 chevaux de selle, 0.870 mulets
et un nombreux matériel.
Il fallut pour son transport, en dehors de l'utilisation des services réguliers, affréter et aménager trente paquebots et trois navires spéciaux pour le gros matériel.
La durée moyenne des traversées fut d'un mois environ.
Pendant la guerre du Mexique, 38.493 hommes, 5.724 animaux et 25.948 tonnes de matériel furent successivement expédiés de la métropole, ce qui nécessita cent-treize voyages de bâtiments de guerre ou de comnjerce.
La récente guerre du Transvaal a donné lieu à des transports beaucoup plus considérables.
Du 1" juillet 1899 au 31 mars 1900, quarante-neuf voyages CMil été faits entre l'Inde et rAfricjue du Sud pour transporter
10.809 hommes de troupe, environ 3.000 followers et 8.910 chevaux et mulets.
Du 20 octobre 1899 au 9 juin 1900, deux cent trente-quatre transports ont été dirigés d'Angleterre sur le Cap, ayant à bord 188.141 hommes, 36.333 chevaux, 409 canons et 1.951 voitures.
A la même date on avait expédié 34.000 chevaux achetés en Australie, dans la République argentine et à la Nouvelle- Orléans et plus de 75.000 mulets venant d'Amérique, d'Italie et des Indes.
Les transports d'hommes et d'animaux ayant continué jusqu'à la fin de la guerre, on peut se faire une idée du mouvement total de navires qu'ils ont nécessité.
2"* Le théâtre des opérations est généralement situé dans un pays insalubre où le soldat européen, rapidement affaibli par la fièvre et l'anémie, voit sa force de résistance considérablement diminuée. Le moral lui-même est vite atteint et les effectifs disparaissent avec une incroyable rapidité, si des mesures énergiques et sagement prévoyantes ne sont pas prises à temps pour enrayer le mal.
Au début de la guerre du Mexique, le petit corps français avait, avant môme que les opérations fussent commencées, un chiffre d'indisponibles supérieur au dixième de l'effectif (335 indisponibles pour 3.000 présents).
Le docteur Home, qui prit part à l'expédition anglaise de 1873 contre les Ashantees, estimait, dans un rapport officiel, qu'une troupe européenne choisie, débarquée seulement le jour de la mise en marche, vis-à-vis de laquelle toutes les précautions sanitaires auraient été prises et opérant seulement pendant six semaines ou deux mois, devait compter sur 40 p. 100 d'indisponibles au moins, à l'exclusion des blessés et abstraction faite d'une épidémie toujours possible.
Les pertes du corps expéditionnaire de Madagascar, dues
en presque totalité à la maladie, s'élevèrent, pour le personnel combattant seulement, au chiffre de 4.G13, soit 30 p. 100 environ de l'effectif. La campagne n'avait cependant duré que cinq mois et avait été faite pendant la saison la plus favorable.
3° Les renseignements sur la nature du pays et sur ses ressources sont le plus souvent fort incomplets, soit que la campagne ail dû être entreprise sans préparation suffisante, soit qu'il ait été impossible de s'en procurer; et pourtant, dans bien des cas, les difficultés rencontrées sont telles qu'il y aurait grand intérêt à les connaître à l'avance.
Dans l'expédition du Chitral, en janvier-avril 1895, les Anglais se trouvèrent aux prises, à travers les montagnes de l'Afghanistan, avec des difficultés de marche inouïes; la petite colonne Kelly (4 à 500 honunes), en se portant de Gilgit sur Chitral, faillit être engloutie dans ^ neige au Shandur- Pass; un de ses détachements mit quatorze heures pour faire 16 kilomètres.
La division Low, qui était partie de Peshawar se dirigeant également sur Chitral, dut franchir quatre hautes chaînes de montagnes de 3.050 à 0.100 mètres et trois grandes rivières, avec des convois qui n'utilisèrent pas moins de 30.000 animaux de bât (chameaux, mulets, poneys, ânes et bœufs).
Pendant la campagne de Madagascar, la colonne française dut marcher et subsister pendant plusieurs mois à travers un pays montagneux, absolument dénudé, sans cultures A sans villages, presque sans bois et sans eau. Si la colonne eût opéré sur le versant est de l'île, entre Tamalave et Tananarive, elle se fût heurtée à des difficultés de terrain comparables à celles que les Angl^is^ rencontraient à la même époque au Chitral.
4* Les voies de communication dont on peutslisposer dans
LA GUERBE DAXS LES COLONIES 15
les expéditions coloniales sont presque toujours insuffisantes; souvent elles font complètement défaut. Quand elles existent, elles se réduisent généralement à de simples pistes serpentant à travers les terrains lés plus difficiles, tantôt au milieu des bois et des marécages, lantôt dan^ des gorges inaccessibles. La marche à la file indienne s'impose et pW>duit, dans les colonnes et dans leurs convoie, des allongjgmènts excessifs qui nécessitent un fractionnement judicieux et des mesures de sécurité spéciales.
Dans la marché de la div^ij>a. Lo\Vii>4Qttt il est question plus haut, le 11 avril 1895, la brigade >^alerfield (environ 5.000 hommes et 4.000 animaux) mirâouïé heures à franchir le Kalgola-Pass, en raison ^geaîëïhetit de Télroitesse du sentier.
Pendant la marche de la colonne légère d'Andriba sur Tananarif'e, il fut rarement possible de s'avancer autrement qu'à la file indienne. Aussi, bien que les départs eussent lieu chaque matin au petit jour, l'arrivée à l'étape ne se faisait guère avant 2 heures après-midi et, cependant, la moyenne des dislances parcourues ne fut pas supérieure à 15 kilomètres.
Au Tonkin, sur un bon sentier de la région de Cao-Bang ou du Cai-Kinh par exemple, une colonne comptant 600 fusils, une pièce de 80 approvisionnée à cent coups, une petite section de munitions de 15 à 20.000 cartouches et huit jours de vivres, n'occupe pas moins de 7 à 8 kilomètres, depuis ses éclaireujs jusqu'à l'arrière-garde.
5" Les difficultés du teirain sont d'autant plus sensibles que les lignes d'opérations s'allongent souvent d'une façon démesurée.
Dans la plupart des expéditions anglaises en Afghanistan, les colonnes ont dû se porter à 3 et 400 kilomètres de leurs bases d'opérations; à Madagascar, la ligne de communica-
lions atteignit près de 600 kilomètres à travers un pays complètement dépourvu de ressources. Pendant la campagne du Soudan (1884-85), la ligne de communications des Anglais, du Caire à Dongola, ne mesurait pas moins de 1.603 kilomètres; de Dongola à Korti et Metemmeh, il y avait encore 500 kilomètres à parcourir et environ 200 kilomètres de ce dernier point à Kartoum.
6* On comprend que, dans de telles conditions, la question des transports prime toutes les autres et qu'il faille être prêt à utiliser toutes les ressources disponibles : transports fluviaux, voitures, animaux de bût et coolies. Aussi est-il indispensable que la plus grande partie du matériel soit appropriée aux plus imparfaits de ces moyens de transport et soit par conséquent divisible, autant que possible, en cléments de poids assez faible pour constituer la charge de deyx hommes et même parfois d'un seul homme dans les pays où, comme en Afrique occidentale et centrale, les fardeaux sont placés sur la tête.
7* Enfin, l'adversaire qu'on est appelé à rencontrer dans les expéditions coloniales est des plus variés par son caractère, son armement, son organisation militaire, sa tactique, ses moyens en général. Mais, qu'il s'agisse des races noires de l'Afrique, des tribus montagnardes de l'Afghanistan, des Chinois ou des Annamites, le défaut d'organisation et d'armement est toujours compensé par le nombre, une bravoure incontestable, une parfaite connaissance du pays et, souvent aussi, par un véritable talent militaire chez certains chefs.
Les expéditions coloniales abondent en exemples de surprises qui attestent combien il est important d'être toujours sur ses gardes, vis-à-vis d'un ennemi très mobile et insaisissable. Les Anglais en ont fait la dure expérience pendant la guerre du Zululand par exemple, où le camp d'Isandlana
LA GUEBSE DAXS LES COLONIES
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fui enlevé par surprise, le 22 janvier 1879, par les Zulus de ■ Celtivayo; 50 officiers, 806 sous-officiers et soldats anglais cl un nombre égal de soldats indigènes furent massç^crés .: seuls, quelques hommes montés de ïa garnison parvinrent à s'échapper et apportèrent la nouvelle de ce désastre.
En résumé, la guerre coloniale esl principalement caractérisée par Véloignemenl du théâtre des opérations, par son insalubrité, par le manque de ressources locales et par l'absence ou Vinsullisance des voies de communication, qui complique d'une manière considérable la question des transports, des ravitaillements et des évacuations.
La diversité des situations, du terrain, des obstacles, des ressources est, d'ailleurs, telle qu'on ne peut songer à prévoir une organisation qui convienne à toutes les circonstances et qu'on doit chercher, dans la constitution du personnel et du matériel, à former des éléments suffisamment souples pour permettre au commandement de les adapter facilement, par de légères transformations, à chaque cas par ticulier.
Mais si les campagnes du Mexique, du Tonkin, du Dahomey, de Madagascar, de Chine, les colonnes du Soudan, les expéditions anglaises en Afrique, en Asie, etc., ont été exécutées dans des conditions fort diverses, on est obligé de reconnaître qu elles ont entre elles de nombreux points communs. C'est à les fixer qu'il faut s'attacher pour en dégager les principes qui pourront guider dans l'organisation de la guerre coloniale de demain.
Guerre col.
Conditions d'exécution.
L'élude des expéditions coloniales nous les montre entreprises cl exécutées dans les conditions les plus diverses.
Souvent elles n'ont eu pour but que de pacifier des régions révoltées, de donner la chasse à des bandes rebelles, de réprimer des soulèvements importants ou de mettre à la raison des voisins trop entreprenants.
C'est ainsi, par exemple, qu'en 1895 les Anglais furent amenés à entamer une seconde expédition contre les Ashanlees, dont le roi Prempeh refusait de se conformer aux clauses du traité conclu avec la Grande-Bretagne et attaquait les tribus placées sous le protectorat anglais.
La guerre du Zululand en 1879 fui causée par les violations du territoire du Natal commises par les chefs zulus.
La majeure partie des colonnes faites au Tonkin, au Soudan ou en Afghanistan n'ont pas eu d'autres causes.
Dans les expéditions de ce genre, les opérations se déroulent à proximité de régions occupées antérieurement et l'organisation se trouve grandement facilitée du fait de la possession d'une base d'opérations déjà installée. Les premières colonnes sont constituées avec des éléments pris sur place. Les approvisionnements existent en partie, les renseignements sont nombreux, l'action politique est déjà engagée, les moyens de transport peuvent ôtre facilement réunis. Bref, le commandement local peut, en toute connaissance de cause, procéder à la préparation et demander les renforts qui lui sont nécessaires et dont le débarquement est assuré à l'avance.
Dans d'autres cas il arrive que, sans posséder sur place les éléments suffisants pour entamer les opérations, on dispose néanmoins d'un port de débarquement pouvant servir
de point d'appui et de quelques troupes régulières ou auxiliaires qui permettent d'en assurer la protection jusqu'à l'arrivée des renforts dont* l'envoi peut alors être hâté sans inconvénients.
Tel a été le rôle joué à la Côte d'Or en avril 1873 par le détachement du colonel Harley, qui ne disposait, contre l'armée ashantee, que de 200 volontaires de Cape-Coast et d'un nombre égal d'auxiliaires haoussas. Immédiatement renforcé par un détachement de marins débarqués du Seagull, j1 reçut le mois suivant 110 soldats de marine et 300 hommes du West India Régiment, ce qui lui permit de faire face à une situation assez critique et d'attendre l'arrivée des éléments de la colonne expéditionnaire.
A Madagascar, en 1894, notre situation était à peu près la même. Nous avions seulement quelques troupes à Diégo- Suarez et le capitaine de vaisseau Bienaimé, chef de la division navale de l'Océan Indien, dut faire occuper Tamatavc (décembre 1894) et Majunga (janvier 1895) par quelques compagnies d'infanterie de marine venues de la Réunion et de Diego, ce qui permit de débarquer dans le second de ces ports, le mois suivant, l'avant-garde du général Metzinger, composée de : un bataillon de tirailleurs algériens, une batterie d'artillerie et une demi-compagnie du génie auxquels vint se joindre le bataillon de tirailleurs malgaches recruté sur place.
Dans les cas que nous venons de signaler, le débarquement des troupes expéditionnaires se fait généralement sans aucune iiifficullé. Il en est d'ailleurs souvent ainsi, même lorsqu'on ne possède aucun point d'appui sur le théâtre do la guerre, à la condition toutefois que l'opération du débarquement ait été mûrement préparée et le secret gardé.
Le débarquement de l'armée française à Sidi-Ferruch en 1830, celui des alliés à Oldfort en 1854, ceux des Anglais
à Ismaïlia en 1882, des Japonais à Weihaiwei en 1895, des Américains à Santiago en 1898 et, plus récemment des Japonais en Corée, se sont effectués sans donner lieu à aucune action de guerre (1).
Le débarquement devra cependant parfois être exécuté sous le feu de Tennemi et, par conséquent, sous la protection d'une escadre. L'opération est naturellement, dans ce cas, dirigée par la marine.
Importance de la préparation.
Quoi qu'il en soit et quelles que soient les conditions dans lesquelles la campagne est engagée, il est indispensable que la préparation soit faite avec le plus grand soin, car, dans la guerre coloniale plus que dans toule autre, le manque de préparation suHisante se paie par des vies humaines. Et cette préparation minutieuse, qui est le meilleur gage de succès, doit comprendre non seulement l'organisation, dans les conditions les mieux appropriées aux circonstances, des corps combattants avec leurs semces et leur matériel, mais aussi les dispositions nécessitées par les pertes considérables qui se produiront fatalement.
La préparation, si soigneusement qu'elle soit faite, ne met d'ailleurs pas à l'abri de l'imprévu, qui, en matière d'expédition coloniale, exerce toujours son influence tyrannique. Les déboires du début de l'expédition de Madagascar en sont un exemple frappant.
« Le gouvernement, * dont l'attention se trouvait éveillée depuis de longs mois sur l'éventualité d'une campagne de
(1) On no peut pas considérer le combat de Chemulpo comme une action de guerre ayant eu pour objet de protéger le débarquement.
guerre à Madagascar, n'avait pas attendu que les faits en eussent imposé l'évidente nécessité pour se préoccuper des moyens d'y faire face. Plus d'un an à Tavance, et presque simultanément, les deux ministres de la guerre et de la marine avaient mis la question à l'étude et le second de ces départements avait même fait reconnaître, avec la prudence et la discrétion qu'exigeaient les circonstances, les points de débarquement possibles ainsi que certaines des routes conduisant des côtes ouest et est de l'île à la capitale
» Dans le but d'utiliser, en les contrôlant, ces diverses données, une commission mixte d'études fut constituée au mois d'août 1894 au ministère des affaires étrangères. Cette commission comprenait un représentant qualifié de chacun des quatre déparlements des affaires étrangères, des colonies, de la marine et de la guerre. » Elle déposa, le 29 août, un rapport contenant « im ensemble de propositions relatives à la constitution numérique du corps expéditionnaire, à la satisfaction de ses besoins essentiels et aux conditions éventuelles de sa marche sur Tananarive ».
Dès la promulgation de la loi de crédits (7 décembre 1894), Tofficier général désigné pour exercer le commandement éventuel de l'expédition fut appelé à Paris comme « président d'une commission temporaire dite d'organisation dont firent également partie le chef d'état-major et les chefs désignés des principaux services du corps expéditionnaire » (1).
Les études préparatoires durèrent donc fort longtemps et la nécessité imposée par le climat de ne commencer les opérations actives qu'en mai 1895 procura le temps nécessaire pour faire une étude minutieuse de tous les détails de la préparation. La lecture du rapport officiel montre que ces
(1) Rapport officiel. Les commissions dont il est question comprenaient un officier supérieur des troupes de la marine.
pendant trente ou quarante jours, à une immobilité presque absolue; s'il s'agit de rapatriements avec des malades, l'installation demande encore plus de soins et l'on imagine aisément ce que pourrait devenir une pareille situation si tout n'avait pas été prévu à l'avance et si toutes les précautions n'avaient pas été prises pour éviter des épidémies dont les effets seraient désastreux.
Lorsque les effectifs à embarquer sont considérables, la question des transports maritimes prend une très grande importance.
Pendant la campagne de Madagascar, le total du corps expéditionnaire envoyé de France en avril et mai 1895 comprenait :
658 officiw's et assimilés, 14.773 hommes de troupe,
041 chevaux de selle, 0.870 mulets
et un nombreux matériel.
Il fallut pour son transport, en dehors de l'utilisation des services réguliers, affréter et aménager trente paquebots et trois navires spéciaux pour le gros matériel.
La durée moyenne des traversées fut d'un mois environ.
Pendant la guerre du Mexique, 38.493 hommes, 5.724 animaux et 25.948 tonnes de matériel furent successivement expédiés de la métropole, ce qui nécessita cent-treize voyages de bâtiments de guerre ou de commerce.
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La récente guerre du Transvaal a donné lieu à des transports beaucoup plus considérables.
Du l*' juillet 1899 au 31 mars 1900, quarante-neuf voyages ont été faits entre l'Inde et l'Africjue du Sud pour transporter
10.809 hommes de troupe, environ 3.000 foUowers et 8.910 chevaux et mulets.
Du 20 octobre 1899 au 9 juin 1900, deux cent trente-quatre transports ont été dirigés d'Angleterre sur le Cap, ayant à bord 188.141 hommes, 36.333 chevaux, 409 canons et 1.951 voitures.
A la même date on avait expédié 34.000 chevaux achetés en Australie, dans la République argentine et à la Nouvelle- Orléans et plus de 75.000 mulets venant d'Amérique, d'Italie et des Indes.
Les transports d'hommes et d'animaux ayant continué jusqu'à la fin de la guerre, on peut se faire une idée du mouvement total de navires qu'ils ont nécessité.
2* Le théâtre des opérations est généralement situé dans un pays insalubre où le soldat européen, rapidement affaibli par la fièvre et l'anémie, voit sa force de résistance considérablement diminuée. Le moral lui-même est vite atteint et les effectifs disparaissent avec une incroyable rapidité, si des mesures énergiques et sagement prévoyantes ne sont pas prises à temps pour enrayer le mal.
Au début de la guerre du Mexique, le petit corps français avait, avant môme que les opérations fussent commencées, un chiffre d'indisponibles supérieur au dixième de l'effectif (335 indisponibles pour 3.000 présents).
Le docteur Home, qui prit part à l'expédition anglaise de 1873 contre les Ashantees, estimait, dans un rapport officiel, qu'une troupe européenne choisie, débarquée seulement le jour de la mise en marche, vis-à-vis de laquelle toutes les précautions sanitaires auraient été prises et opérant seulement pendant six semaines ou deux mois, devait compter sur 40 p. 100 d'indisponibles au moins, à l'exclusion des blessés et abstraction faite d'une épidémie toujours possible* .
Les pertes du corps expéditionnaire de Madagascar, dues
en presque totalité à la maladie, s'élevèrent, pour le personnel combattant seulement, au chiffre de 4.G13, soit 30 p. 100 environ de Teffectif. La campagne n'avait cependant duré que cinq mois et avait été faite pendant la saison la plus favorable.
3** Les renseignements sur la nature du pays et sur ses ressources sont le plus souvent fort incomplets, soit que la campagne ail dû être entreprise sans préparation suffisante, soit qu'il ait été impossible de s'en procurer; et pourtant, dans bien des cas, les difficultés rencontrées sont telles qu'il y aurait grand intérêt à les connaître à l'avance.
Dans l'expédition du Chitral, en janvier-avril 1895, les Anglais se trouvèrent aux prises, à travers les montagnes de l'Afghanistan, avec des difficultés de marche inouïes; la petite colonne Kelly (4 à 500 honunes), en se portant de Gilgit sur Chitral, faillit être engloutie dans ]fi neige au Shandur- Pass; un de ses détachements mit quatorze heures pour faire 16 kilomètres.
La division Low, qui était partie de Peshawar se dirigeant également sur Chitral, dut franchir quatre hautes chaînes de montagnes de 3.050 à 6.100 mètres et trois grandes rivières, avec des convois qui n'utilisèrent pas moins de 30.000 animaux de bât (chameaux, mulets, poneys, ânes et bœufs).
Pendant la campagne de Madagascar, la colonne française dut marcher et subsister pendant plusieurs mois à travers un pays montagneux, absolument dénudé, sans cultures A sans villages, presque sans bois et sans eau. Si la colonne eût opéré sur le versant est de l'île, entre Tamatave et Tananarive, elle se fût heurtée à des difficultés de terrain comparables à celles que les Anglais rencontraient à la même époque au Chitral.
4* Les voies de communication dont on peut disposer dans
LA GUEKBE DANS LES COLONIES lo
les expéditions coloniales sont presque toujours insuffisantes; souvent elles font complètement défaut. Quand elles existent, elles se réduisent généralement à de simples pistes serpentant à travers les terrains les plus difficiles, tantôt au milieu des bois et des marécages, tantôt dan^ des gorges inaccessibles. La marche à la file indieïine s'impose et pW>duit, dans les colonnes et dans leurs convoie, dés allongements excessifs qui nécessitent un fractionnement judicieux et des mesures de sécurité spéciales.
Dans la marché de la divfeipft. Low^^dioAl il est question plus haut, le 11 avril 1895, la bi'igaxle Ifl^alerfield (environ 5.000 hommes et 4.000 animaux) ttiildouie heiHrês à franchir le Kalgola-Pass, en raison ^scyàièthehl de l'élroitesse du sentier.
Pendant la marche de la colonne légère d'Andriba sur Tananari^^e, il fut rarement possible de s'avancer autrement qu'à la file indienne. Aussi, bien que les départs eussent lieu chaque malin au petit jour, l'arrivée à l'étape ne se faisait guère avant 2 heures après-midi et, cependant, la moyenne des distances parcourues ne fut pas supérieure à 15 kilomètres.
Au Tonkin, sur un bon sentier de la région de Cao-Bang ou du Caï-Kinh par exemple, une colonne comptant 600 fusils, une pièce de 80 approvisionnée à cent coups, une petite section de munitions de 15 a 20.000 cartouches et huit jours de vivres, n'occupe pas moins de 7 à 8 kilomètres, depuis ses éclaire ujs jusqu'à Tarrière-garde.
5* Les difficultés du teirain sont d'autant plus sensibles que les lignes d'opér^ions s'allongent souvent d'une façon démesurée.
Dans Ift plupart des expéditions anglaises en Afghanistan, les colonnes ont dû se porter à ^3 et 400 kilomètres de leurs bases d'opérations; à Madagascar, la ligne de communica-
» La deuxième brigade arrive le 4 décembre à un intervalle double de celui prévu, six semaines après le premier échelon, au lieu de trois; elle ne peut bouger du point de débarquement. Le train, qui ne suffit pas à ravitailler le premier échelon à Sénafé, serait incapable de porter des vivres pour un effectif plus fort.
» Le mois de décembre est employé, sans grands résultats d'ailleurs, à apporter un peu d'ordre dans cette masse inorganisée du train et à mettre au travail les éléments les moins mauvais.
» Le commandant en chef arrive à son tour le 7 janvier au lieu du commencement de décembre, qui aurait dû être la date de débarquement du troisième échelon et le signal du mouvement en avant. Au lieu de pouvoir presque immédiatement gagner la tête de sa colonne et lui imprimer son élan sur Magdala, il est à son tour cloué à la base d'opérations comme son avant-garde l'est à Sénafé.
» En ce dernier point, qui doit être le grand magasin o'e ravitaillement, il n'arrive par jour, en plus de ce qu'exigent les besoins journaliers, qu'une réserve d'un jour de vivres; il faudrait attendre six mois pour y disposer de la réserve de six mois (juc l'on a projeté d'y avoir. On n'a même pas ces six mois à Zoulla, à peine la moitié, du moins pour l'effectif européen de l'armée.
» La i< laillile » du train est complète. Tout est pour ainsi dire à recommencer. Mais l'œil du maître est là maintenant, et d'ailleurs on commence à voir arriver les moyens de remédier aux erreurs du début dont la situation actuelle n'est <iue la résultante naturelle. »
Nous n'insisterons pas davantage sur ces incidents, que nous n'avons rappelés que pour montrer combien la préparation d'une expédition coloniale est chose délicate et combien il est indispensable de s'entourer des renseignements les plus précis et des avis les plus compétents.
L'imprévu, dirons-nous encore, est tel, que le but cherché ne paraît pas devoir être une organisation minutieuse répondant à un plan de campagne arrêté d'avance, mais plutôt une organisation largement conçue, prévoyant les besoins généraux et permettant de donner au commandant en chef des moyens, tout en lui laissant la plus grande latitude dans le choix de ces moyens et dans leur emploi. C'est ainsi que les Anglais ont toujours procédé vis-à-vis de lord Wolseley chaque fois que la confiance de son gouvernement l'a investi des fonctions de commandant en chef, contre les Ashantees, au Zululand, en Egypte et au Soudan égyptien.
Il est absolument indispensable que toutes les questions concernant l'organisation des expéditions coloniales soient longuement étudiées à l'avance, car la rapidité dcxécution, qui procure toujours de grands avantages matériels et moraux, est fonction de la préparation.
Il faut donc que la mobilisation et l'embarquement d'un certain nombre de bataillons avec leur matériel de première nécessité soient préparés à l'avance pour qu'ils puissent être transportés d'urgence en un point quelconque de notre domaine colonial. Il faut également qu'une partie au moins des matériels de débarquement, de transport, etc., qu'on ne pourra pas se procurer au dernier moment, soient emmagasinés à proximité des ports d'embarquement. Il faut que la livraison, l'achat ou la réquisition de tout le matériel qu'il est possible de se procurer dans les magasins de la guerre ou dans l'industrie, ainsi que les approvisionnements de toute nature, soient prévus à l'avance dans un plan de mobilisation afin de pouvoir être expédiés rapidement et avec méthode. Il faut surtout, dans cette préparation, savoir profiter des enseignements du passé et de l'expérience des guerres antérieures.
Le Commandement.
Mais ce n'est pas tout, « de ne rien laisser à la fortune de ce qui peut lui être ôté par conseil et par prévoyance », il faut aussi respecter le principe de la responsabilité pleine et entière du chel et laisser, dans la plus large mesure possible, la préparation aux mains de celui qui doit assurer Vexéculion.
Les aléas qui surgissent journellement de tous côtés dans les campagnes coloniales et auxquels il faut parer immédiatement rendent la tâche du commandement très délicate; cette lâche exige, de la part de celui qui Tassume, une indomptable énergie et une volonté bien arrêtée de surmonter tous les obstacles en luttant avec la ténacité et l'entêtement qui seuls, dans les circonstances exceptionnelles, permettent de venir à bout des dernières résistances.
Le chef qui commande dans de telles conditions doit avoir entre les mains un instrument aussi approprié que possible aux circonstances, et c'est pourquoi il est indispensable qu'il ait seul voix délibérative et non pas seulement consultative dans Tadoption de toutes les mesures préparatoires.
Plus difficile est Tentreprise, plus doit être grande Tattention apportée aux détails minutieux de l'organisation; cette dernière sera d'ailleurs considérablement facilitée par la réunion faite à l'avance, dans un service spécial des troupes coloniales, des documents concernant les expéditions coloniales françaises cl étrangères, de manière à permettre d'éviter de nouvelles et coûteuses écoles et à pouvoir grouper tous les éléments utiles au commandement chargé d'une semblable organisation.
Si la chose est actuellement assez difficile, cela tient à la presque impossibilité de se procurer des documents authen-
tiques sur les expéditions coloniales antérieures et souvent même à l'absence complète de ces documents.
Il n*est pas inopportun de signaler à ce sujet Futilité que présente, en cas d'expédition outre-mer, la création d'un organe chargé de centraliser dans la métropole toutes les affaires concernant le corps expéditionnaire, dans des conditions analogues à ce qui a été fait pour la dernière campagne de Chine. Cette centralisation qui permet d'éviter bien des incohérences, des omissions et des erreurs préjudiciables à la bonne marche des opérations, présente en outre le grand avantage de faciliter, après la campagne, la réunion de tous les documents intéressants.