‹ Observations sur la nature et le traitement de l'épilepsieChapitre 15 sur 37 · SECTION IL · texte numérisé non relu

SECTION IL

Dis^isions et Différences.

Les médecins admettent :

i^. Relativement au danger et à la durée de la maladie » une épilepsie aiguë et une épilepsie chronique,

2*. Relativement au nombre des causes et des accidens qui peuvent survenir, une épilepsie simple et beaucoup d'autres qui sont compliquées,

3*. Relativement aux sièges, un seul fixe, ou constant dans le cerveau que nos anciens ont appelé idiopathique ; et un très-grand nombre d'autres dans les diverses parties du corps auxquels ils ont donné le nom dé sympathiques.

4** Relativement à Vdge et au sexe des malades.

5**. Relativement au temps du jour , une épilepsie diurne tft.une nocturne,

6". On a reconnu de notables différences dans l'épilepsle, en divers climats»

7*. Les épilepsies comme les convulsions offrent beaucoup de différences, parleurs causes , leurs sièges, leur intensité et leur suite.

S®. L'épilepsie est une maladie très-*comniune.

I. Dans V épilepsie aiguè les accès sont généralement peu nombreux ^ mais si violens que les malades peuvent mourir

médecins Tont bien prouvé. L'un, en empécliaut que cette maladie se transmit dans un hôpital, et Pautre dans une peûsion, en menaçant ceux ou celles qui pourraient feindre d^éprouver un accès de cette maladie, de leur faire soinr les plus vives douleurs , et remèdes violens , comme la brûlure ou la. flagellation : idée ingénieuse qui n'a pas seulement été utile au médecin pour a» pas se tromper , mais au ibalade , parce qu^en simulant cette maladie phisieurs fois , il pourrait fort bien en acquérir la disposition. C^est ainsi qn^on a pu croire que Thabitude des convulsions peut les prolonger , de màttït que celle de quelque légère fîèyre intermittente, sur des personnes «ans doute très-impressionabies*

Il8 DU CABACTÈRE DE l'ÉPTLEPSIE

au premier (i) , ou s'ils se réitèrent en devenant de plus en plus intenses , ils peuvent ainsi être mortels , dans un trèscourt espace de temps. Une. telle épilepsie a été plusieurs fois produite par Finflammation du cerveau et d'autres organes , le cerveau étant affecté en même temps.

Mais si les accès épileptiques ne sont pas d'une intensité extrême , et que le malade y résiste sans altération des fonc-» tîons essentielles à la vie , ni une grande diminution de. ses propres forces, les accès peuvent^ en diminuant d'intensité ou en s'éloignant, rendre, la maladie telle, que d'aiguë qii'eUe était d'abord , elle devienne chronique au point que le malade , quoique épileptique , parvienne à une plus ou moi^s grande vieillesse et même qu'il n'en meure pas.

Cependant l'épilepsie est toujours dangereuse en proportion de la violence des accès , de manière que de chronique qu'elle est, elle peut devenir aiguë, si elle ne l'avait été d'abord.

On a plusieurs fois confondu Y épilepsie chronique avec de» accès apoplectiques , quoiqu'il n'y ait aucun rapport entre ces deux maladies;, les attaques d'apoplexie ayant beaucoup plus rarement des récidives périodiques et étant toujours ' non-seulement sans convulsion , mais encore avec relâchement des muscles , ce qui distingue essentiellement l'épilepsie de l'apoplexie. J'ai connu un homme considérable par son rang dans la société , qu'on disait avoir eu plusieurs attaques d'apoplexie. Appelé pour le secourir dans l'une d'elles, je reconnus qu'il éprouvait pendant l'accès une roideur convulsive dans les ipembres et un délire obscur , ce qui me fit croire que l'attaque était plutôt épileptique qu'apoplectique. En effet , je fus dans la suité**convaincu que ses attaques étaient de vrais accès épileptiques.

Je ne doute pas que cette sorte de cas ne se présentç sou<r

(i) Si aculè inuadit uno die hominem perdere poterit» • • • quod

si malo assuescat hoino , non solum diuturnus , verum etiam non nuiiis perpétuas, Arbtaus , de caus, morb. auct, , et dans le livre : De morb^, diuturn, Bàillou (opéra omnia , Ub. m , p. Sy ) cite k ce sujet Arété^ eu acloptaut son opinion.

ET PE SES DIFFÉRENCES AVEC d' AUTRES- MALADIES. « 1 IQ

vent, soit parce que Ton confond l'épilepsie avec l'apoplexie, faute d'en bien examiner les symptômes , soit parce que l'on aime dans les famiUes,. comme nous l'avons déjà dit, à cacher Tépilepâe et non l'apoplexie,. quoique celle-»ci^soit généralement plus promptement mortelle que l'autre.

II. Il y a une si grande «différence pour le prognostic et pour le traitement de l'épilepsie dont les ax:cès sont simples sans aucune complication^ avec d'autres maladies , qu'il faut les prendre en grande considération pour bien les distinguer. Les complications sont-èiles obscures ou tout-à-fait inconnues? Tépilepsifi est très-^rave ; mais si , au contraire , ces complications sont connues , et qu'on, puisse agir sur elles pour les détruire par un traitement approprié, l'épilepsie l'est beaucoup moins; en traitant cette complication ^ on la guérit quelquefois elle-même. On en. trouvera la preuve en plusieurs endroits de cet ouvrage.

L'épilepsie peut être compliquée de vers dans les voies alimentaires et surtout du travail de la dentition , de douleurs générales ou en diverses parties du corps, de divers, vices sans fièvre ou avec fièvre , d'une forte pléthore , d'une fai-r blesse extrême à la suite des hémorrhagies , des dévoiemens, etc., d'une infiltration ou même de l'hydropisie, par des plaies de corps étrangers ou par d'autres maladies externes.

m. L'épilepsie a toujours son siège dans le cerveau où elle y est idiopaihique ; tout semble prouver qu'il réside particulièrement dans la substance médullaire de cet organe, duquel, moyennant les nerfs , elle se propage dans toutes les parties du corps qui jouissent d'une sensibilité plus ou moins exquise ; d'où, par suite des affections morbides très-diverses qui peuvent les molester , leur impression contre nature se transmet au cerveau et y produit les symptômes des nombreuses espèces d'épilepsies qu'on, a appelées sympathiques. Ce n'est qu'ainsi qu'on peut les admettre.

En effet, pourrait-on comprendre que la perte de connaissance , l'aliénation mentale et les vertiges même qui précèdent et qui existent pendant les accès de cette maladie eussent lieu sans une affection morbide du cerveau?

Cette opinion ne peut être admise même par ceux qui l'ont

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fontenue , en disant que Ton avait plusieurs fois guéri des épilepsies réputées sympathiques en coupant, en brûlant ott ' seulement en comprimant les nerfs ; mais n'est-ce pas parce qu'alors on a détruit l'action de la partie souffrante sur le cerveau d'où provenait uniquement l'épilepsie ? Gela ne me parait pas douteux , soit qu'il y eut dans le siège sjmpathique quelque corps étranger qui l'affectât et le stimulât plus ou moins , soit qu'il ne te fût que par quelque cause invisible « comme par des vices divers sans fièvre , tels que l'herpétHi que , le psorique , le rhumatismal , l'arthritique, le vénérien^ le scrophuleux , ou avec fièvre, tels que les vices morbilleuz^ ' variolique , les pétéchies diverses , les fièvres plus ou moins pernicieuses dans lesquelles le cerveau est alors plus ou moins affecté.

On ne peut donc adopter la division de l'épilepsie en idio«» pathique et en sympathique que dans le sens que je l'entends* Je n'en excepte pas même les épilepsies qui sont occasîonées par des altérations des os du crâne , ni celle qu'on a cru pro-venir des affections morbides des membranes du cerveau , espèces d'épilepsies qu'on a généralement comprises parmi les idiôpathiques (î).

On devrait certainement encore les différencier , si cela se pouvait, de celles qui proviennent des lésions des parties du cerveau qui ne sont pas le vrai siège de cette maladie, mais dont les affections morbides peuvent s'y transmettre en af-r fectant celle où ce siège réside.

IV. L'épilepsie est une maladie de tous les éiges, Elhrest cependant plus commune chez les enfans de Pun et l'autre sexe , surtout en naissant , que chez les adolescens et les adultes, et chez ceux-ci plus que chez les vieillards, où il est encore plus fréquent de la voir finir par Y apoplexie qu'aux Autres âges . quoique cela nie soit cependant pas très -

rare.

Il paraît qu'après sept ans il périt plus de jeunes filles que

(i) Voyez à ce sujet les résultats des oavertures du corps, ci-deffOd ^ action l , pug. I et suiy.

£T OE SES DIFFÉREKGES AVEC d'aUTRES MALADIES. 121

de jeunes garçons. L'excès de sensibilité dans le système nerveux peut d'abord en être la cause , ensuite le travail de la menstruation y la grossesse, les couches et leur suite, ainsi «que la cessation des règles avant ou après lé temps fixé par la nature; d'où il résulte qu'il y a plus de femmes que d'hom-« mes qui sont atteints d'épilepsie.

y • Les vrais $iccès d'épilepsie sont plus communs la nuit que le jour, surtout ceux par cause de pléthore sanguine, sans doute parce que le sang se porte alors plus au cerveau que pendant la veille et aussi par le sommeil mêtne. La situa<^ lion horisontale peut aussi beaucoup concourir à les dé*terminer.

Dans quelques malades que j'ai vus , les accès nocturnes avaient eu lieu long-temps avant de survenir pendant le jour.

yi. L'épilepsie est plus fréquente dans les climats chauds ^ mi les habitans ont beaucoup de vivacité (i), que dans les cU* mats tempérés. Elle est plus commune dans les villes , choses iégales d'ailleurs , que dans les campagnes , non-seulement relativement à la population , mais encore selon la tempéra-» tnre des lieux dont l'air est plus ou moins sain^ et encore par rapport aux vices scrophideux , vénérien , etc. , qui y sont plus communs^ et enfin dans les lieux où les médecins abusent du su« blimé corrosif, dans le traitement des maladies vénériennes* H«£'f^ii/ro/ a remarqué que parmi les épileptiques àerBicétrey plusieurs l'étaient devenus par l'excès de mercure. Mais comme les épilepsies sont plus ou moins dangereuses selon leur. nature, leur ancienneté et leur intensité, elles exigent des traitemens variés. Il faut, pour pouvoir les traiter avec

(f ^ Je crois quMI j a un moins grattd nombre d'ëpileptiqaeà en France, sartout dans les provinces du nord , qu^en Italie et qu^en Espagne où il y en a encore davantage , peut-être aussi à cause de quelque vice scro* phnleux ou syphilitique qui y est dominant. Quelques auteurs ont dit que dans les pays cbauds les ëpilepsies finissaient plus souvent par la manie furieuse que par la stupidité ou rimbéciilité , ce qui était le contraire dans les pays fi-oids. Mais cela est-il bien prouvé? LMutensité de (l'épilepsie et ses complications ainsi que la constitution* des malades pe jpourraient-elles pas causer seules la différence de cette terminaison ?

]a!3 DU CARACTÈRE DE l'ÉPILEPSIE

succès , avoir surtout égard à leurs différences ; nam gene^ raies in omnibus epilepticis curandis regulœ haberi nc^ quettnt; quod enim uni prodest^ sœpe nocet alteri{i)>

VII. Les différences des épilepsies cntr'elles sontà-peu-près les mêmes que celles qu'il y a entre les convulsions. 11 est cependant probable que dans l'épilepsie la cause qui la produit agit plus vivement sur le cerveau et sur les nerfe que dans Içs simples convulsions, ou peut-être encore , que cette cause agit sur les parties du cerveau différentes , seules ou concurremment à d'autres que nous ne connaissons pas , puisque les résultats des observations anatomiques d^s personnes mortes de convulsions et même d'épilepsie , nous paraissent quelquefois être semblables à celles de l'apoplexie et d'autres maladies du cerveau. On peut aussi admettre que quoiqu'elles paraissent les mêmes et dans les mêmes parties da. cerveau , elles sont cependant d'une nature diverse ou par leurs complications, d'où provient la diathèse de l'épilepsie;

VIII. L'épilepsie est une maladie très-commune ; il n'y i pour s'en convaincre qu'à consulter les médecins ; ils disent tous qu'ils ont vu beaucoup d'épileptiques , même ceux qui savent très-bien que l'on a quelquefois pris pour épileptiques des malades qui étaient atteints d'autres maladies convul-* sives , l'hystérie , le somnambulisme y l'extase , etc. , maladies qui ont chacune leur propre caractère, et qui ne peuvent être confondues avec l'épilepsie. M. Esquirol avait en i8iî; sous ses yeux , à la Salpétrihre deux cent quatre-vingt-neuf femmes épileptiques, sur lequel nombre quatre-vingts étaient maniaques et cinquante-six imbéciles ou en démence, c'està-dire , près de la moitié dans un état d'aliénation mentale (2) , tandis qu'on ne comptait en même temps à Bicétre que cent soixante-deux hommes épileptiques ; et comme cette réunion dans les deux principaux hôpitaux de Paris* est uni

indice du grand nombre de ces malheureux. malades qui

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