‹ Observations sur la Pologne et les PolonaisChapitre 7 sur 11 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

DS LÌTAT DES SGIEirGES ET DES ARTS Elf PO- LOGITE À DIFFÌREITTES EPOQUES DE l'HISTOIRE DE CE PATS.

Dans les années qui devancèrent la fondalion de l'académie de Çracovie ( 1 347 ) > ^^ comptait en Pologne plusieurs hommes célèbres, et on y voyait plusieurs écoles. — Le

savant Vitellio, qui , au Xni« siècle vivait dans un village nommé Borek , près de Çracovie , faisait des observations astronomiques , et s'acquit une très grande réputation, lorsqu'il perfectionna l'étude de l'optique, — Il fut le

premier qui fit connaître à l'Europe la science de l'arabe Al-Hazen ; il refit en outre la théorie de Tarc-en-ciel.

Ce fut dans le même siècle que Martin de Pologne, auteur des chroniques des papes et des empereurs , et de plusieurs autres ouvrages , se fit connaître , et quoiqu'il soit connu pour l'un des premiers narrateurs imprimés de l'histoire de la papesse Jeanne , cette opinion se trouve avancée dans des chroniques qui lui sont bien antérieures. Avant cette époque mémorable , Kadlubek Mathieu^ Mar tin- Gallus , fiaszko et plusieurs autres s'illustrèjpeut conmie historiens. -* Plus tard on désignait JRilathieu de Qracovie , connu méme.à l'aisadémie de Paxâs. — Grégoire de Sanok, Jean de Glogau, Jean de^Stobnica , tous philosophes polonais du XV® siede. — Michel de Breslau, Albert de Briidxe.wo, Mathieu Szamotulski , Jacques de Kobylin , Martin

d'Olkusz ; tous ces Poloaais furent des ma^ thématicieos qui préparèrent le chemiu k rimmoEtci £.opemik , lem* compatriote. — Ce ne fat pas par conséquenl; sans foodement qup le célèbre Ërasnie de Eotterdajati , dans^ sa lettre à Sévérin Booar , diaait de ht Polo* gne ! €'est dans ce payis qKie la phUosophie « possède d'exoeUens diseîpies ; c'est là qu'elle a fbflrme ces citoj^os poloqai$ qui q^ni être «jsayaas.;»

irrétons^nous plus partic^dierepuent : sur les deux époques i«óoiK>rahles pour la. cuir ture dessciettoes etdii^ arts çn Pologne-: J^ jprwuère remoiîiAe au comaiettcement 4^ XYL^ siede , et l'autre .à la seepod^ moitié d\i

Stgâsmond l^, ^cntempo^aiii de Xiéon X»

de Charles V et de François I«', estimé pt considéré de ses SQUverains, jouissait aussi d'une l^anderéputatiou dajfis toute l'Europe, à causç^

de 5a sagesse, de sa modération , et de la pro^ tectiûn qu'il accordait aux savans.

SouB son règne , et même un peu. auparavant^ les sciences et les arts commençaient à £aÛFe des progrès en Pologne , à l'époque de leur renaissance en Italie. — Beaucoup d'artistes iteliens passèrent en Pologne^ e^ j entretinrent le goût pour les arts, tandis que la jeunesse polonaise se rendait à Padoue, Florence , Rome et Bologne , pour s'y perfectiobner dansas sciences.^- Un grand n^m** Inre d^nscriptions sépulorales qui se trouyent danis eés wïHeè , et turloùt à Padoue , attesa tentcombien de je^ine^polonais, qui y étaient Tenus faiite leurs études , ont été privés par une mort trop précoce > de l'avantage de rentrer dans leur patrie, et de pouvoir lui être utiles. -

Je ne puis m'empêcker de citer ici les noms de ceux qui ont acquis depuis de la célébrité ,

et avaient été puiser l'instruction dans les écoles de ritalie.

A Tépoquedu règne de Casimir Jagellon , loraque les premiers rayons de Iwnières dispersaientles ténèbres deFignorance dumoyen âgey ee régate qui vittiaitre le célèbre Kopernik^ Ostrorog avait été envoyé à Florence pour y faire ses études. Casimir, à cette même épo-^ que , appela à sa cour Callimachi , auquel il confia l'éducation de ses fils , et dès-lors oo vit se former les communications qui ont subsisté si long-temps entre l'Italie et la Polagne , «sòus'les rapports des sciences; Janidki paya le tribut de reconnaissance à* Bologne dans ses ouvyages, et Orzechowski ( Oricbovius) en fit de même à l'égard de Rome.— André Krzycki vit paraître les premiers beaux jours de la renaissance des sciences et des arts sous le pontificat de Jules IL --Le jeune

TencKynski faisait la descriptiaa dtB pcépa-t ratifs du triomphe qu'on déoecnait à l'aiiteup de la Jérusalem délivrée y et taudis que ce célèbre poète ipû a îUiis«ré l'Italie , lanfuis^ sait darà ks prisàôs die: flSeraamv PÂefi^ Koehali0mshi &i«ait coiuiiftkre et admirt^r.

sesiounuragias est Pologae, paratie tradttctioa qu'ôa Mtiin^ jusqu'à rpì^éaent

Hé pie.pub pasM^ SKNis sîlebee.iKwita et Kasttemeòki^ uQn;plus q»e Jeai;i Twnomki $■ tpà se fit oQMRiiaître parjses succès «ulilaiires dans ;les éaaX estn^iûtés de ÏViW^^^m combattant «vaîUaniiQfttt'lQS Maures à la tète des PoWugats^ eties T»tares.isur les froadères. de soaprapce pays^ Q'estiinâu en Italie que teirmim ses études le <;élèbse Je%n Zar moyski, disciple 4e âig<^nius, ami deMur^tt facteur de l'académie de Padoue, fondateur 4s: celle de Znmoac « qui depuis tripm$d:ia,de&

(09) eanemis 4e sa pairie , et «fedita égale^ieiU biea d'elle à titi^e de ^aod g^^tx^wr ^et de niioislre profondément insfiruit^

Comme le goût pour les arts suit de pirè^ Delui 4e5 sciences , car il tient .également au» |»ogrès de la civilisation et des kimiiires^ il n^est pas étonnant ^que les Poloctais aieiMt cherché dès -lors à faire verô des artistes^ distingués de l'Ilalie, et l!on vit bientôt les anciens châteaux des rois, les palais des gîrandfi seigneurs, les églises et autres monumens gothiques i^éformés et efi$ibieUi^ par de^ élèves de Raphaâ et Buonariv!^, par Cairraliu6 , Barthoto ^t rtant d'à u^pesr , qui QUt laissé dans les églises de Yarsovie ^ d^ &ac<rvie , de Wilna^t de Posen des BOdave^rs dignes dies che&-d'œuviïe dltalie* — Plusieurs laciérae «de ces artistes aérant préfóré' ^de . teiuai^iner leur existence en Pologne^ y ont laissa lei|ui?s monur mens sépiulcrajULx», ja^vec dqs in$içripj[^ns qui

atléstént Taccueil qu'on leur y a fait et leur reconnaissance pour la nation polonaise.

Le laps du temps , ainsi que les révolutions et les guerres.dont la Pologne a été le théâtre, ont détruit une partie de ces précieux souvenirs ; cependant des monumens postérieurs tels que le palais Krasinski à Varsovie, et le château de Willànow , ancien château de plaisance de Sobieski , qui peuvent aller ^e pair avec les plus beaux édifices d-Italie, attestent le goût que les Polonais ont toujours conservé pour les arts.

Il est connu que Sigismohd 1^ avait fait faire, dans le même temps que François I®^ et Léon X, ces tapisseries superbes, tissues'èn Flandre d'après les dessins de Raphaël , que l'on admire encore comme des chefs-d'œuvre dans quelques cabinets de l'Europe , et qui n'existent plus à Varsovie.

Madame de Guébrian , qui avait accom-

( 61 ) pagné la princesse de Gonzague, destinée pour . être épouse de Wadislas IV , ; roi de Pologne, atteste qu'elle n'avait jamais entendu un orchestre plus parfait que celui qui était a4taché au service du roi ; et elle fait une description de tableaux précieux, de marbres, de bustes antiques et de pierres gravées, qu'elle avait trouvés encore à Cracovie et à Varsovie, et dont il ne reste plus de traces. Mais revenons à la culture , des sciences depuis le commencement du seizième siècle , et aux savans qui ont illustré la Pologne depuis cette époque. Il n'y avait pas de branche d'instruction qui . eût été négligée par les

Polonais et qui ne fit connaître des hommes distingués par leurs talens et. leurs, counaissances. Je supprimerai, la plupart de ceux qui sont connus exclusivement dans leur pays, pour ne faire mention /que. d^s principaux dont les noms méritent d'être connus

•dans l'Europe savante, ou qui se sont £siit connaître par des omnrages publiés dans d!ea langues étrangères.

Grégoire de Sanok , qui. arvait précédé d'un siècle le eélèbre Bacon , a été le preTwier' à établir les principes d'une saine logique , qui, en introduisant une manière simple et claire de raisonner , détruisit Fancienne méthode d'argumenter en philosophie.

Quant aux mathématiques , je ne puis manquer de citer Brudssewski , professeur à Cracovie, qui a eu la gloire d'ayoir pour disciple le célèbre Kopemik , né à Thorn en Pologne , et dont le système planétaire est universellement adopté. Plusieurs autres mathématiciens se sont £ait connaître pair des ouvrages savans sur les longitudes et les lati* tudes, par des éphémérides astronomiques imprimées à Cracovie et des traités sur la géométrie.

* La médecine n'était pas négligée. Le traducteor de Gallren j Situs , fit des découvertes utiles. — Un autre médecin , Robylinski , en publiant un traité sur les accoucbemens , conserya la vie à des milliers de mères et d'enfans, et fit connaître dès^ors la néces-* site des établissfemens pour cet objet si précieux pour l'humanité , et qui furent introduits en Pologne plus tòt que dans beaucoup d'autres pays.

Lst botanique était cultivée avec succès :

<m vit paraître dans ces temps reculés un herbier polonais y publié par Sirénius , dont ùÈL fait beaucoup de cas jusqu'à présent ; et la princesse Anne^ petite-fille de Sigis* moud 1^1^, forma de ses mains un recueil de plantes dont les restes étaient conservés encore, il y a peu d'années, dans la bibliothèque die Radziwill , à lïieswiess^

C'est dans le même XVI« siècle , qu'Adam

Zaluzianski , découvrit le sexe dans les plantes, et publia un ouvrage , inûUxlé Methodus herbariaf qui traite de cet objet. — Il déyança, par conséquent, Linnée; lequel néanmoins ne parle nulle part de Zaluzianski , tandis que les autres écrivains de l'Europe lui rendent ce témoignage ; il a passé longtemps pour Polonais , et les savans , Montucla j Duclos et Pultney , rassiu*ent positivement ; mais les Polonais eux-mêmes se sont fait un devoir d'apprendre à l'Europe qu'il éioit Bohémien d'origine, qu'il vivait, et qu'il publiait ses ouvrages à Prague.

Plusieurs ouvrages ont paru àcette.époque sur la tactique militaire et sur la défense des places fortifiées. — Le célèbre Siemo- Howicz.fit parMtre un traité sur l'artillerie^ qui a été estimé par les étrangers , au point d'être traduit en. français et en allemaiid.

T- Le même honneur doit être accordé au

fameux Christophe Arciszewski, qui^ ^tant eogagé au service de Hollande, cueillit des lauriers sur la terre de Colomb; et qui, desti^^ au. gouvernement du Brésil, élev^ les forteresses de Rio-Janéiro ^ Fernambouc et Baia.

lia science de la législation , éclairée par la philosophie, a trouvé en Pologne beaucoup 4'ûidiivîdi|s qui s'en sont occupés et qui ont laissé plusieurs ouvrages précieux sur cet objet.. On ne peut voir san» étonnement, dans •Cf^lui d'un de ses anciens auteurs,, nommé Kirszteyn, un passage sur l'application d^ 1^ torture , qu'il ne iraignait point d'attaquer deux cents ans environ avant la publication <le l'ouvrage des Délits et des Peines, Yoici la traduction littérale de ce passage : ,

<( Un montagnard robuste se laissera tourte menter sans avouer la vérité, tandis qu'un « faible chauffeur de poêles fera l'aveu d'un « délit qu'il n'aurait pas ei> le- courage de

<c commettre. Le bourreau commence à exer^- « cer le châtimeiit , sur le simple soupçon du ce crime , avant que le juge ait déclaré que le a crime a été commis. — Qui pourra indemne niser de l'opprobre qu'on a fait éprouver et « des douleurs qu'on a fait souffrir ? Qui sera « puni pour avoir fait tourmenter sans conte viction du crime? Ne vaut-il pas mieux que, « pour l'avérer , le juge invoque Dieu , éxatc mine les déclarations des témoins et la conce fession de l'accusé , sans avoir recours au xr bourreau?»

On n'est pas moins surpris de la coïncidence d'idées de deux jurisconsultes du seizième siècle avec les opinions de Beccaria et de Filangieri , qui certainement ont ignoré ces ouvrages et même les noms des deux auteurs polonais (i).

(i) Bernard de Lublin et Jean de Pilznp.

L'étude des langues grecque et latine dans le seizième siècle était devenue une occupation chérie des Polonais, et les langues étrangères modernes ne leur étaient pas inconnues. Je ne puis manquer de citer deux auteurs contemporains , qui en ont donné un témoignage flatteur. Le célèbre Muret, qui passe pour le plus savant dans la connaissance des langues anciennes, dit entr'autres :

<x Quelle est, entre les deux nations italienne (c et polonaise , celle qui mérite davantage « d'être louée , sous le rapport des sciences et (c des arts ? Sont-ce les Italiens , entre lesquels <c on trouvera à peine la centième partie qui « étudie le latin et le grec, et qui ait du goût a pour les sciences (i) ; ou les Polonais, dont

(i) On conçois qu'il n'est ici question que de la seule classe de la noblesse dans les deux pays , car le tiersétat , qui a fourni tant de sayans et d'arfîstes en Italie ,

« Un grand nombre possède les deux langues « en .perfection, et qiii ont tant de goût pour « ies sciences et les arts, qu'ils leur consacrent a la vie entière? »

L'historien de Thoù , en rendant compte de treize Polonais , qui étaient venus à Paris pour inviter Henri de Valois à accepter le trône de Pologne, dit entr'autres : « Us pos- « sédaient à fond la langue latine; beaucoup <r d'entre eux parlaient l'italien et l'allemand, « et quelques-uns s'exprimaient d'une mate nière si pure et élégante en français , qu'ils a paraissaient plutôt être nés sur les bords « dé la Loire et de la Seine que dans lés ence virons de la Vistule et du Dnieper : c'est <c pourquoi surtout ils ont fait tant d'impres- <c sion sur l'esprit de notre cour, etc. »

n'existait point en Pologne ; et les paysans y e'taient plongés dans l'ignorance.

La Pologne a eu , dès le commencement du seizième siècle , des orateurs sacrés et profanes très distingués ; des poètes , des historiens , des jurisconsultes. — Beaucoup de polonais écrivaient le latin avec facilité. Sar^ biewski {Sarbienus)y qui èst connu dans toute l'Europe savante, a été justement appelé X Horace de la Pologne. Hossius , évéque de Warmie , président du concile de Trente et depuis cardinal , le chancelier Tomicki , Okszyc-Orzechowski , {prichovius-) Kroiner, Sarnicki, Koialowicz et un grand nombre d'autres , dont les ouvrages sé trouvent dans toutes les grandes bibliothèques ^ ont préféré d'écrire le latin , plutôt que de se servir de la langue du pays , qui n'était connue que de leurs compatriotes. Le seul Starò wolski a publié trente-trois ouvrages latins.

Le goût qu'on avait pour les anciens auteurs classiques fit qu'il parut dès lors des traduc-

tîons de Tacite, de Florus , d'une partie des ouvrages de Cicéron , de l'Énéïde de Virgile , des Métamorphoses d'Ovide y etc.

Mais ce qui mérite une attention toute particulière , c'est la quantité d'imprimeries qui existaient en Pologne et en Lithuanie, dans le seizième siècle , ce qui atteste le plus évidemment le goût qu'on y avait pour les sciences, le nombre des auteurs ainsi que des lecteurs , et la liberté d'opinion qui n'était pas gênée par les autorités du gouvernement.

Sans entrer en discussion si les imprimeries ont existé à Cracovie avant Jean Haller , comme paraissent l'attester deux ouvrages portant la date de i465 et 1474 (*)»

il sufi&t de dire que Haller, natif de Cracovie , et disciple de Hochofired , établit , dans sa

(1) Ce dernier se trouve dans la bibliothèque de Polawy du prinee Adam Czartorjski.

ville natale , une imprimerie avant l'aìinée 1 5oo. Et que Swiatopelk Fiola , y imprima un ouvrage en langue slave, en 1491* — Plusieurs autres y tels que Ungler , Ostrogorski , Victor , Halicz , etc. , suivirent l'exemple de Haller , et on vit bientôt à Cracovie des imprimeries avec des caractères polonais , latins , grecs 9 hébreux , russes et allemands.

Les malheureuses dissensions sur la différence des cultes , augmentèrent le nombre des presses ; et c'est ainsi que les ouvrages en faveur du catholicisme étaient imprimés à Cracovie , à Posen , à Lublin et autres endroits ; tandis que les Sectateurs de la confession d'Augsbourg les publiaient par la

voie de l'impression à Paniowice , à Dombrowa et à Szamotuly. Les réformés imprimaient les leurs à Pinczow, et depuis à Brzesc , à Knyszyn et IN^ieswiez ; les Ariens

k Ra'kow et Zaslaw ; les grecs^désunis , en Lithuaoie , à Ostro w et à Wilna.

Le iìom][)re des imprimeries était bien plus côosidémbte à cette ipo<}ue , qu'il iie le fut japais depuis' ^îi Pologne ; et on peut en juger en observant que dans la petite ville de Brzesc , il y en avait une douzaine. —On ne saurait aussi s'empêcher de citer comme une preuve de la liberté de la presse qui existait sous le règne des Jagellons , qu'un ouvrage aussi important et aussi volumineux que l'étaient les Statata Regni, a été imprimé, en 1 553 , dans la maison même de l'éditeur Przyluski.

On comptait au seizième siècle quarantesept villes en Pologne , où on imprimait des Krvres ; quoique dans ce nombre n'entrassent pâi5 les palatinats de Livonie , de Malborg , de Poméranie , de Gulm et la principauté de Warmie,

l T3 ) Il est facile de déterminer exactement les véritables motifs dé la décadence des sciences en Pologne , et de k coi^ruption de la langue polonaise qui devajit nécessairem€int altérer la littérature nationale.- — L'on a prétendu que le règne d'Etienne Batory , ^ glorieux d'ailleurs sous tant de-rapports , fut la première époque où la langue polo-* naiee a été corrompue , parce que le roi ne k parknt pas asseï^ bien, ses courtisans entremêlaient des expressions latines pour se feire entendre. — Mais il est prouvé que la décadence des sciences et de la littérature polonaise , doit être imputée aux jésuites , auxquels Etienne Batory, sans en prévoir les suites funestes , confia l'académie de Wilna; et qui, depuis protégés puissamment par Sigismoiid III , eurent la direction générale de toutes les écoles du pays. — L'académie de Cracovie , après avoir lutté

long-temps contre eux , fut obligée de céder , et elle perdit bientôt tout son éclat et la considération qu'elle s'était acquise en Europe , pour exister, pour ainsi dire, dans la nullité jusqu'au règne de Stanislas-Auguste Poniatowski. — Les jésuites , malgré leurs connaissances profondes, leur zèle, et l'empressement de former de nouvelles écoles ^t de les augmenter autant que cela était en leur pouvoir, n'étaient pas en état de remplacer tous les établissemens publics et particuliers qui avaient existé jusqu'alors en Pologne et en Lithuanie , sous la direction séculière. C'est par leur influence que la décadence des écoles ^ l'accroissement des couvens , la persécution des dissidens , de^ citoyens paisibles brûlés pour l'hérisie , la discorde dans les familles suivie de celle entre citoyens , la corruption

des moeurs , produisirent une complète anardhie. — Bientôt cet état fut suivi de l'intro-

duction d'institutions contraires à l'esprit, et funestes à l'humanité ; de la rupture des traités , justifiée par le bien de l'Église ; des guerres étrangères , de la perte des provinces ; et, à la fin , de la ruine du peuple , accablé de tant de malheurs. Voilà les suites de ce qui paraissait utile dans les commencens , l'effet de l'invasion des jésuites en Pologne! —Outre cela , il y a encore d'autres motifs qui arre-

tèrentles progrès des sciences et des arts en Pologne , qui corrompirent la langue , et firent perdre le goût pour l'étude et l'application. C'est dans l'anarchie, qui a si long-temps opprimé la Pologne , qu'il faut les chercher. — Les incursions des Suédois , des Cosaques , des Tartares et d'autres nations voisines , en ravageant ce pays pendant long-temps, et surtout depuis le règne malheureux de Jean Casimir, y ont fait disparaître les monumens des arts, les bibliothèques et autres établis-

( 76) mens sciehtiiiques , qui étaient dés trésors précieux pour une nation éclairée. — Tout ee qui avait échappé à là flamme et à la destmction, fut enleVé par l'ennemi.; et tandis que ce pays , un des plus riches en Europe , se trouvait réduit en un désert , les habitans , yictin^es de Tanarchie , étaient presque sans cessé obligés d'être sur là défensive pour conserver leurs foyers , sans avoir le temps de rétablir tout ce que les guerres avaient détruit , et encore moins de songer à la culture des sciences et des arts.

. La Pologne à eu encore, < à la. vérité, quelques momens biillàns à répoque du règne de Jean Sobieski; mais elle ne les a dus qu'aux faits militaires qui ont illustré son chef et ses armées. Elle a joui aussi de plusieurs années de paix et de tranquillité sous le règne d'Auguste III; mais la nation , piongée dans un état de léthargie, qui accompa-

gnait l'anarchie du gouvernement, ne pouvait en sortir sous le règne d'un prince étranger.

Il était réservé à Stanislas-Auguste Poniatowski, à ce roi plein d'instruction et de connaissances , mais faible et malheureux , de Éaire revivre le goût des lumières , d'opérer une réforme générale dans le système de rééducation nâticfnale, et de faire reparaître des savans et des littérateurs ' distingués ^ qui pouvaient rendre à leur patrie la considé*; ration dont elle avait joui jadis parmi les nations les plus éclairées.

Stanislas avait'un goût prononcé pour les sciences et ks arts; il avait étudié avec soiq, et possédait à fond les langues savantes; il parlait correctement et même très éloquemment plusieurs langues modernes ; il écrivait avec facilité, — Au milieu d'un règne toujours agité et malheureux, il ne perdit pas

de vue le besoin de changer la méthode d'enseigner dans son pays, et d'y ramener le goût de l'étude et de l'instruction. Ses intentions , à cet égard, furent remplies avec beaucoup de succès. La commission d'édncation, magistrature inconnue jusqu'alors aux autres gouvernemens qui cherchèrent <iepuis à se l'approprier, composée d'hommes les plus éclairés et les plus instruits, traça et exécuta un plan d'enseignement pour la jeunesse; et toutes les écoles, dans le pays> fondées d'après ses principes , virent bientôt sortir de leur sein des hommes capables de pouvoir servir leur patrie , et pour lesquels aucun genre d'instruction n'était étranger (ï). — C'est à cette réforme d'éducation

(i) Ceci prouve encore tout ce que j'ai dit sur les jésuites, car c'est depuis leur suppression que date la renaissance des lettres en Pologne.

que les Polonais ont dû ce grand nombre d'hommes instruits et de citoyens véritablemept utiles à leur patrie, qui se sont distingués à l'époque de la diète du 3 de mai^ ainsi qu'à la révolution mémorable de 1794; et qui se sont fait connaître de l'Europe entière comme législateurs, comme orateurs, et comme possédant tous les talens nécessaires pour servir leur pays, soit dans le civil soit dans le militaire.

Un des premiers soins de Stanislas-Auguste Poniatowski fut de relever la langue nationale, qui avait été corrompue et négligée sous les règnes précédens. Elle fut assujettie à des règles fixes , d'après une grammaire dont la rédaction fut confiée à Kopczynski ; et le goût qu'on reprit pour la langue polonaise fit bientôt paraître beaucoup d'ouvrages qui , pour la pureté et le cboix des expressions , ainsi que poiu* la clarté et l'élégance

(80) du' ^tyie , ont surpassé leurs anciens mo^ dèles. -

Les encouragemens du îoi attirèrent à Y ar^ ^ sovie un grand nombre d'artistes distingués et d'étrangers connus par leurs lumières. La protection bienveillante qu'il accordait à tou^ les nationaux qui avaient du talent, fit paraître successivement en Pologne des hommes profondément instruits et des écrivains en tout genre..

Le cadre resserré de ces observations ne me permet pas de faire l'énumération de tous les savans distingués et hommes de lettres qui se sont fait connaître en Pologne par leurs ouvrages, depuis l'avènement au trône de Pouiaitów3ki jusqu'à nos jours. Je citerai Stanislas Konarski comme le premier réfortnateur de l'instruction publique, et qui a acquis des titres bien fondés à la reconnaissance de ses

compatriotes (i). Jo ne pois manquer de faire mention des deux frères et évéques Zaluski , qui , ayant assemblé à leurs frais une bibliothèque d'environ deux cent mille volumes (a), en firent un don à la nation. Krasicki, Szymanowski , Trembecki , Naruszewicz , Wengierski , Niemcewicz , Rarpinski , Kniaznin, Dmochowski, Felinski Osinski, Kropinski et plusieurs autres sont regardés, d'àprès l'opinion générale, comme poètes du premier rang. Beaucoup d'autres qu'on trouve

(t) La médaille qu'il reçut du roi de Pologne, arec l'inscription latine sapere ausoy fait connaître la difficulté de son entreprise , et les services qu'il rendit à sa patrie.

(2) Cette bibliothèque, trfbsportee en 1794 à Pétersbourg , forme aujourd'hui la bibliothèque impenale , placée dans un local immense de la rue de Perspective- Newsky.

çitéft dans , les ouvrages de Kràsioki et de Stanislas Potocki les suivirent de près.

Le prédicateur de la cour Lachowski et les évêques Karpowicz et Woronicz ont égalé dans la chaire Bourdaloue et Massillon* Naruszewicz a consacré un travail de bien des années à la rédaction des fastes de son pays , etlé savant Albertrandi, envoyé pai: le roi Stanislas- Auguste à Rome et en Suède pour copier tous les manuscrits (i) qui y avaient rapport, lui a fourni des matériaux dans un recueil de cent cinq volumes in-folio écrits de sa propre main. — Bandtkie a fait paraître plus tard une histoire complète , quoique abrégée , de Pologne. Czacki a fait des recherches profondes sur les anciennes lois de Pologne et de Li-

(i) La plupart de ces manuscrits furent transportes en Suède à la suite des guerres désastreuses , entre la Suède et la Pologne.

thuanie. Siestrzencewicz et Jean Potocki ont publié des ouvrages sur l'origine des Slaves et des Sannates. Joadhim Lelewel recueillit des matériaux pour la continuation de l'histoire jusqu'à DOS jours; ' Les noms de l'astronome Poczobutt et du

professeur de physique Strzecki sont connus avec distinction en Europe.— Kluk, par la publicâtion de son histoire naturelle, Wyrwicz par sa géographie, Wybicki par plusieurs ouvrages utiles et patiriotiques , ^Skr^etuski , l'é vêque Stroynowski , Kolontay , Staszic , Bentkowski et tant d'autres ont acquis de la célébrité par leurs écrits , et l'on ne prononcera jamais les noms du prince Adam Czartoryski et d'Ignace Potocki sans joindre à l'hommage du à leurs talens distingués celui auquel ils ont acquis tant de droits par les services rendus à la patrie.

Mais malheureusement à l'époque même

OÙ les sciences et les arts reprenaient leur Splendeur en Pologne, le sort de ce pays était prononcé. Morcelé par les deux premiers partages , il fut enfin entièrement divisé .entre trois puissances voisines en 1796, et perdant son existence politique et même son nom , il vit changer le système d'éducation qui avait été introduit sous le règne du dernier roi , tout de même qu'il vit réformer l'administra* tion intérieure dans ses différentes provinces, d'après les arrangemens respectifs des puissances auxquelles elles sont tombées en partage.

La langue polonaise souffrit davantage dans les parties de la Pologne occupées par la Prusse , où tous les employés du gouvernement étaient allemands et où toutes les formes de procédure prussienne furent adoptées. Elle serait tombée en désuétude avec le temps , ou au moins elle aurait été consi-

dérablement altérée , si quelques patriotes sages et éclairés n'avaient pensé à la conserver dans toute sa pureté et à entretenir le goût de la iittéi'ature polonaise , en établis* sant à Varsovie une société à laquelle plus tard le roi de Saxe donna le titre de royale , et qui a existé depuis sous le nom de Société royale des amis des Sciences. Il faut avoir des titres littéraires bien mérités pour y être admis.

Quant aux provinces de la Pologne échues en partage à la cour de Vienne , comme on se servait de la langue latine et polonaise dans les tribunaux judiciaires , cette dernière n'y fut point corrompue , et il faut convenir même qu'en Gallicie , qui est sous la domination de l'Autriche depuis l'année 1773, on parle mieux le polonais que dans plusieurs autres provinces de la ci-devant Pologne.

— Mais avec tout cela, ni la langue ni la litté-

laague de ce pays et de souffrir la décadence des sciences et des arts, dans les provinces de la Pologne qui étaient soumises à ses lois, a voulu que l'université de Wilna prît un nouveau lustre , et c'est depuis 1 8o3 qu'elle de^vint (^èbre. -^ Il a permis qu'un gymnase établi à Krzemieniec servît à l'instruction de la jeunesse , pour les Polonais habitant les provinces du midi. Il ordonna que des écoles publiques, dépendantes de l'université de Wilna y fussent établies dans tous, les gouvernemens et districts de la ci-devant Pologne , et n'épargnant rien pour l'exécution de ^s projets 9 il ât mettre à la disposition de l'université de Wilna tous les fonds et propriétés qui avaient été affectés jadis à l'éducation nationale, sous l'ancien régime en Pologne. — Il en est résulté que les membres de l'université de Wilna ont été mieux payés et traités qu'ils ne le sont dans beaucoup

d'autres universités de l'Europe ; que l'on n'a rien épargné pour entretenir et multiplier les établissemens scientifiques : que les écoles ont été pourvues d'instituteurs choisis et capables , et qu'une jeunesse nombreuse , qui avait la facilité de se former dans tous les genres d'instruction, bénissait tous les jours le souverain bienfaisant qui leur en procu* rait les moyens.

Plusieurs professeurs distingués , tels que

Frank, Boianus, Spitznagel et Capelli , invités

à se rendre en Lithuanie , quittèrent leur

pays natal pour venir occuper des chaires

dans l'université de Wilna. — Beaucoup de

professeurs nationaux, et que l'on doit ranger

dans la classe des premiers savans, contri*»

huèrent à sa célébrité. —Jean Sniadecki , astronome connu en Europe , savant distingué et Uomime d'un très grand mérite; André

Sniadecki, qui ne lui cède point en instruction et en excellentes qualités, et qui est doc-

teur en médecine et professeur de chimie , sont deux frères qui , d'après l'opinion générale , écrivent le polonais avec le plus de pureté, de précision et d'élégance. lundzill, professeur de botanique qui a bien Hiérité de son pays autant par ses ouvrages que par le soin qu'il prend du jardin des plantes, dont il a été , pour ainsi dire , le fondateur , est coirna d'une manière honorable par les premiers botanistes de Paris et de Londres. Je ne puis passer sous silence également Kiemczewski , mathématicien distingué ; Stubilewicz , Tîiszkowski , Bécu , Danilowicz , professeurs de droits (i). Narwoysz, profesijèur

(i) C'est lui qui a ëtë le rédacteur de la gazette de Wilna, après Tentrëe des Français, en i8i2. •

d'algèbre ; Groddeck , des langues grecque et latine, Slowacki, de la littérature polonaise, tous des hommes de beaucoup de mérite et bien sincèrement attachés à leur pays.

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