Observations ... sur la question du port d'Alger
Après tous les détails dans lesquels est entrée la Commission du budget sur la question du port d’Alger, il y a nécessité d’ètre bref. Je me bornerai donc à présenter, aussi succinctement qu’une pareille matière peut le permettre, quelques observations sur mon projet et sur la modification à jamais regrettable qu’on veut lui faire subir, suivant la proposition de M. Bernard, mon collègue et mon successeur à la marine.
Le projet auquel on a donné le nom de grand projet est le seul qui ait été complètement étudié dans son ensemble et dans ses détails; c’est le seul aussi qui ait parcouru tous les degrés voulus de l’instruction la plus approfondie.
L’esquisse raisonnée de ce projet a d’abord été soumise au Conseil général des Ponts-et-Chaussées en mai 1840, et a été jugée digne d etre prise en considération. .
Puis, le projet lui-même, après avoir
été étudié à fond et dans tous ses dé-
tails, a été adopté à Alger à l’unanimité, en octobre 1840, par une haute Commission locale ; il l’a été ensuite à Paris, aussi à l’unanimité, en juillet 1841, par une Commission spéciale de marine (1), et enfin il a reçu l’approbation presque unanime du Conseil général des Ponts-et-Chaussées le 19 août 1841.
Ce projet se compose essentiellement de deux choses distinctes :
1° D’un grand avant-port ou portion de rade couverte par un brise-lame ;
2° D’une darse ou port intérieur.
La rade couverte doit être formée par une simple digue ou brise-lame partant du phare et s’avançant, au sud-est, sur une longueur plus ou moins grande, suivant qu’on voudra mettre à l’abri des tempêtes du nord ( les seules qui soient redoutables dans ces parages) une étendue de rade plus ou moins grande.
La darse serait composée de deux parties, dont l’une, celle du nord, existe déjà ; l’autre, celle du sud, serait formée par une digue de 740 mètres de lon gueur, partant du fort Bab-Azoun et remontant au nord-nord-est pour aller passer sur l’écueil sans nom qu’elle engloberait. La marine marchande continuerait à jouir de la première partie; la seconde serait affectée spécialement à la marine militaire.
La passe comprise entre ces deux parties pourrait être d’autant plus large et d’un accès d’autant plus facile, que le brise-lame s’étendrait davantage au sud-est.
C’est ce qui m’avait conduit à poser comme condition régulatrice du projet, que la tête du brise -lame et le musoir de la digue du port sud fussent situés sur
(1) Cette Commission était composée de sept officiers-généraux ou supérieurs de la marine, et présidée par M. le Contre-amiral Baron de Bougainville, qui, ayant commandé pendant trois ans a marine en Algérie , connaît parfaitement la position et les besoins du port d’Alger.
une même ligne droite, dont, le prolongement aboutirait au cap Matifoux. Le calme des deux parties du port intérieur serait ainsi d’autant mieux assuré et d’autant plus parfait qu’aucun air de vent venant du large ne pourrait pénétrer dans la passe.
LIMITE MAZIMUM LU FE.OJETe
De la possibilité de remplir cette condition régulatrice, tout en donnant au grand brise -lame plus ou moins de longueur, il résulte qu’il existe pour le projet une limite maximum. Elle est donnée par la ligne qui, du cap Matifoux, serait tirée à l’écueil sans nom. Le brise-lame, dont la tête viendrait toucher
cette ligne, aurait pour longueur maximum . 770 mètres,
en y comprenant le large empâtement du fort de trente pièces de canon à
construire à son extrémité.
La passe du port correspondant à ce maximum du brise-lame aurait une ou-
. i ... 390 mètres,
verture de .
Si on voulait faire le brise-lame plus court et cependant satisfaire toujours à la même condition régulatrice, il faudrait, au lieu d’arrêter à 1 écueil sans nom la ligne du port sud, la prolonger vers le nord.