‹ Observations ... sur la question du port d'AlgerChapitre 2 sur 2 · LIMITE MINIMUM · texte numérisé non relu

LIMITE MINIMUM

Alors, et en considérant comme longueur minimum à donnei celle de . . *- • • .

au brise-lame £i90 mètres.

L’ouverture correspondant de la passe largeur de .

du port se trouverait réduite à une . . . . mètres.

L’étendue de rade abritée contre les tempêtes de la partie du nord jusqu au nord-est par le brise-lame de 770 mètres serait de hl hectares.

Celle qui serait abritée par le brise lame de 490 mètres de longueur serait seulement de 22 hectares.

Le projet maximum est celui qui a été hautement préféré parles commissions de marine et par tous les marins en général. Mais sur le meme sujet, l’avis du Conseil général des Ponts-et-Chaussées a été qu’il conviendrait de s’en rapporter aux enseignements de l’expérience pour déterminer, en cours d’exécution, les meilleures proportions à adopter finalement pour la longueur du brise-lame et pour la largeur de la passe.

La dépense totale du projet maximum, telle qu’elle résulte du détail estimatif très- exact qui accompagne ce projet, s’élèverait, savoir :

Pour le brise-lame de 770 mètres de longueur, à

Pour le fort de l’extrémité et pour le large empâtement sur lequel il serait assis, à . . 2,000,000

Pour la digue destinée à former le port du sud, à.

Pour les quais et terre-pleins du port, à . 1,250,000

Pour les rampes de communication du port avec la partie basse delà ville, élevée de 20 mètres au-dessus du niveau de la mer . 740,000

Total des ouvrages prévus et détaillés. . . 19,730,000 f.

Somme à valoir pour ouvrages en augmentation, établissements de la marine, et avaries . . 5,270,000

Total général du projet maximum. . 25,000,000 f.

En dressant ce projet, je n’ai fait que suivre le programme tracé parleConseil général des Ponts-et-Chaussées, lorsqu’il avait demandé, le 15 avril 1839, qu’on dressât un projet complet et détaillé 5 ce n est donc pas, comme on a paru

vouloir l’insinuer, un projet académique. Le Conseil général des Ponts-et-Chaussées voulait, par une étude complète et détaillée, prémunir l’Etat contre toute crainte d’étre entraîné dans des dépenses inconsidérées. Il voulait qu’en travaillant à une partie quelconque du projet, on sût bien d’avance dans quel but d’ensemble on le faisait, et jusqu’à quel point on restait maître de s’engager ou non dans l’achèvement des autres parties.

Mais, dès le premier jour de l’existence de ce projet, j’ai eu soin de faire observer que s’il paraissait offrir un trop vaste ensemble d’ouvrages, par un bonheur fort rare, il se prêtait à toute exécution partielle et successive qu’on voudrait lui donner : qu’à mesure de cette exécution partielle, on jouirait sans discontinuité d’un état de choses de plus en plus satisfaisant, et qu’on aurait en outre l’avantage de pouvoir sans cesse prendre pour guide dans la marche progressive des travaux les enseignements de l’expérience.

J’ai dit aussi, dès le premier jour, que V âme de ce projet était le brise-lame : que lorsqu’il serait parvenu à une certaine étendue, l’expérience indiquerait s’il fallait le prolonger ou non.

Je n’ai pas rencontré un seul marin (sans en excepter les auteurs de contreprojets, tels que M. Delassaux, M. le contre-amiral Laîné et M. Bernard lui même) qui ne reconnût que si on exécutait le projet dans les conditions que j’ai posées comme constituant un maximum, on aurait un ensemble bien précieux pour la marine.

Mais cet ensemble n’est qu’une limite de perfection, un but vers lequel on doit tendre j et ce n’est pas un tout indivisible dont on ne puisse détacher aucune partie. La darse, par exemple, est une amélioration qu’on exécuterait quand on voudrait, et dont l’ajournement n’empêcherait pas de jouir des avantages tout autrement importants qui sont attachés à l’exécution du briselame.

Ce brise-lame lui-même, longtemps avant d’avoir atteint la longueur maximum de 770 mètres, donnerait un excellent abri à la rade et aussi au port intérieur, tout incomplet que fût celui-ci.

Aussi, lorsque M. le ministre delà Guerre, m’a prescrit le 7 avril dernier, de modifier moi-même mon projet, me suis-je empresse' de le faire. Mais, tout en cherchant à diminuer le chiffre de la dépense et en m’efforçant de le faire descendre jusqu’à un total qui n’excédât pas 5 ou 6 millions, je faisais en sorte de réserver entièrement L'avenir Je m’attachais à créer rapidement un abri sûr pour les vaisseaux de guerre, mais j évitais en même temps avec le plus grand soin de sacrifier aucune des dispositions nautiques que la nature a si heureusement préparées à Jlger, et dont l’art des constructions en gros blocs factices jetés irrégulièrement les uns sur les autres , art nouveau dû à M. Foirel, comme je me suis toujours plu à le proclamer, permet de développer successivement les avantages avec certitude de succès.

Je croyais remplir ces conditions et obtenir un état de choses provisoire, mais très-utile, en réduisant mon projet à la simple exécution du briselame sur la longueur minimum de Û90 mètres, et à celle d’une digue de 250 mètres de longueur qui , partant de l’origine du faubourg Bab- Azoun, irait aboutir à la roche Al Gifna, et aurait pour destination d’arrêter le ressac qui se propage le long du rivage.

Le brise-lame, borné à Û90 mètres de longueur, ne coûterait que (1) . û, 251, 122 fr.

Et la digue transversale n’exigerait qu’une dépense de. . . 177,339 fr.

Parce qu’elle se trouverait, sur 70 mètres de longueur, englobée dans le prolongement des petits quais exécutés l’an dernier,

(1) La Commission du budget fait observer dans son lapport, page 147, dernier alinea, que le brise-lame de 490 mètres , dont mon premier projet minimum portait l’évaluation à 5,400,060 fr. ne figure plus dans mon projet réduit que pour . 4,451 ,122 fr.

Cette différence vient de ce que la première estimation comprend un fort de trente pièces de canon et le large empâtement sur lequel il est assis , fort que je n’ai pas compris dans la deuxième estimation , parce que le projet réduit suppose que le brise-lame seia prolongé ultérieurement, et le fort construit à son extrémité. En attendant, des batteries pourr dent être établies sur le sommet de ce brise-lame.

prolongement évalué à.

. 38,332 fr.

Total des ouvrages détailles. . . 4,466,793 fr.

Somme a valoir pour augmentation d’ouvrages et avaries éventuelles . 1,033,207 fr.

Total du projet réduit. . . 5,500,000 fr.

Mon piojet, ainsi réduit, ne peut évidemment pas donner un port complet, excellent, ni pareil à celui qui a réuni tous les suffrages, efe dont il n’est, si je puis parler ainsi, que l’embryon'. Il ne peut pas non plus être comparé (comme parait 1 avoii fait le Conseil d Amirauté) avec le projet de M. Bernard, qui semble n’être qu’une modification du mien ; car dans les changements que propose cet ingénieur, et qui ne consistent, à bien dire, qu’à rentrer de 300 mètres sous le vent, mon brise-lame pour le faire partir de la pointe du nouveau môle, la plupartdes autres dispositions de mon grand projet sont conservées parlui:il faudrait donc que je les conservasse aussi, et que je retranchasse ce qu’il retranche.

Pour pouvoir comparer utilement cetle modification avec mon projet réduit , il est nécessaire de faire, dans l’une comme dans l’autre hypothèse, abstraction de tout ce qui concerne le port intérieur ; puis, c’est à dépense égalé qu’il faut comparer les résultats du brise-lame de 490 mètres avec ceux du brise lame que M. Bernard attache à la pointe du nouveau môle et qu’il

La dépense de mon brise -lame ne s’élèverait, comme je l’aîdéjà dit, qu’à 4,251,122 fr. , si la longueur en était bornée à. . . . . 490 mètres,

et la même dépense ne permettrait de pousser celui de M. Bernard qu a. • • • . . 448 mètres.

par la raison bien simple que ce dernier prend son point de départ dans un fond de 14 mètres et se termine dans un fond de 31 mètres, tandis que le mien commence a zéro et finit à une profondeur de 28 mètres.

on

Mais le brise-lame, dont je borne provisoirement la longueur à 490 mètres, pourra le prolonger quand et comme on voudra, et par conséquent 011 res-

tera maître d’étendre jusqu’au maximum de 770 mètres l’abri qu’il doit donner à la rade.

Or, la rade couverte, c’est l’objet essentiel pour la marine militaire. Ce que les marins demandent avant tout, c’est que le mouillage soit sûr et sufïisamment abrité, c’est que ce mouillage soit assez étendu et d’accès assez facile pour qu’une escadre puisse sans peine, sans manœuvres extraordinaires, y arriver en tout temps, et alors surtout que la tempête pousse les vaisseaux à la côte, ou qu’ils sont forcés de faire retraite devant l’ennemi ;

C’est encore, que de ce mouillage on puisse appareiller avec une grande facilité.

Eh bien! ces conditions, mon brise-lame, qui, parlant du phare, se dirige au sud-est et va se terminer à 770 mètres, les remplit parfaitement ; tous les marins le reconnaissent.

Je n’ai pas besoin de dire que si on arrête le brise- lame à 490 mètres, il remplira moins bien ces conditions : cela est évident; mais encore les remplirait-il beaucoup mieux que celui de M. Bernard (1), qui sacrifie la partie de la rade la meilleure, la plus au vent, et qui, à longueur égale, exigerait pour sa construction plus de temps et de dépense que le mien.

En effet, le brise-lame de M. Bernard, terminé par un fort

de trente pièces de canon, coûterait . 6,770,000 fr.

sans fort, il coûterait . 5,218,446 fr.

et déjà nous avons vu que le mien, borné à

490 mètres, n’irait, sans fort, qu’à. . . . à, 251, 122 fr.

et s’élèverait, avec le fort, à . 5,400,000 fr.

Je ne considère, il est vrai, cette longueur de 490 mètres que comme un minimum et comme provisoire; que si l’on voulait donner au mouillage toute l’étendue dont il est susceptible, et par ce moyen assurer au port intérieur le degré de calme déjà très - grand , qu’il peut recevoir de la seule influence du grand brise-lame, la dépense de celui-ci pourrait s’élever jus-

(i) Voirie numéro 9 de la feuille des projets divers pour le port d’Alger.

qu’à . - . . 12,000,000 fr.

laquelle correspond au brise-lame de 770 mèlres avec le fort de trente pièces à son extrémité.

Mais cette faculté-là meme me semble un immense avantage, et on en serait privé par le projet de M. Bernard; car, en attachant son brise-lame à la pointe du nouveau môle, il tranche irrévocablement la question ,• ainsi que l’a fait observer la Commission du budget (page 137), « au point ou sont parvenus les » travaux , toute additiqn qui leur sera faite déterminera le choix du projet » et V exclusion de tous les autres. Si le choix est mauvais, le mal sera sans

y> REMÈDE. »

On peut, comme je 1 ai dit, allonger mon brise-lame jusqu’à 770 mètres; mais celui du projet numéro 9 n’admet aucun prolongement, parce que si on voulait aller au-dela des 500 métrés fixes par ce projet, on s’enfoncerait trop dans la baie, on s’approcherait d’autant plus des fonds de roche qui sont déjà si pies, et en meme temps on resserrerait l’entrée du port d’une façon très-nuisible.

Je conçois parfaitement qu’on recule devant une dépense de 25 millions, surtout si elle devait immédiate ou très-prochaine. Mais comme tout en s’effrayant de l’idée d’un port complet et analogue à celui de Toulon , bien qu’en diminutif assurément très-petit, on annonce cependant l’intention de s’assurer les moyens de recevoir et d’abriter à Alger une flotte a>sez nombreuse , je ne vois la possibilité d accomplir cette intention qu en retranchant de mon grand projet et en ajournant tout ce qui concerne le port intérieur.

Je considéré , en effet que si la rade était abritée par mon brise-lame poussé à 700 mètres, ce qui répond à une dépense de 9 à 10 millions et à 5 ou 6 ans tout au plus de travail (dans lesquels je comprends la campagne actuelle), une escadre pourrait parfaitement et avec toute sécurité venir mouiller à Alger et y rester sur rade, même au milieu de l’hiver.

Quant aux operations d’embarquement ou de débarquement des troupes

et des munitions que cette escadre devra ît prendre ou mettre à terre , lors meme que le port inte'rieur se bornerait au port actuel , pourvu qu’il fût garanti du ressac par la digue de 230 mètres aboutissant à la roche Al-Gifna, et qu’il fût protège' contre l’ennemi et contre la houle par la niasse du fort à construire sur l’ëcueil sans nom , toutes ces opérations s’v feraient avec une facilité incomparablement plus grande qu’nujourd’hui.

Pour concevoir combien se trouverait amélioré le calme de la darse, comparativement à son état actuel , il suffit de* faire attention d’abord que tout l’espace abrité par le grand brise-lame , espace où la mer au moindre gros temps est maintenant si violemment agitée, jouirait au contraire du calme d’une rade couverte , et ensuite que toute l’entrée du port et la digue dont la roche Al-Gifna formerait la tète seraient complètement défilées du cap Matifoux par le grand brise-lame.

Il me semble que le système de port ainsi provisoirement composé de la rade abritée, par le brise-lame de 700 mètres et de la darse actuelle garantie par la digue Al-Gifna contre la propagation du ressac le long de la côte, port qui d’ailleurs serait protégé tant par le fort à construire sur l’écueil sans nom que par les batteries qu’on pourrait établir sur le brise-lame en attendant la construction de son musoir , présenterait ce qui est le plus nécessaire pour satisfaire aux intentions du Cabinet et aux désirs de la Commission du budget, qui dit (page 152 de son rapport) :

« qu à Alger, on veut sans cloute obtenir un port assez spacieux et assez » sur pour recevoir au besoin une flotte nombreuse , mais qu'on ne veut » pas y transporter nos magnifiques établissements de Toulon. »

On vient de voir qu’entrant dans le désir qu’on a d’épargner la dépense , je vise à obtenir ce résultat par le retranchement ou l’ajournement des travaux du port intérieur, travaux sans doute fort utiles, mais qui sont beaucoup moins immédiatement et moins impérieusement nécessaires que ceux de la rade.

Dans le projet numéro 9, sur quoi fait- on porter l’économie? C’est sur l’organe essentiel de tout bon port militaire , sur la rade abritée. C’est

en réduisant, à moins de moitié l’étendue de cet'e rade (J.) , qu’on obtient une économie finale de 5 millions sur 20 ou 25.

La rade abritée de mon grand projet paraît déjà la compare à celle formée par l’art à Cherbourg ou à * par la nature.

très-exiguë, quand on celles données ailleurs

Lh bien! on coupe en deux cette rade déjà si petite! et la position qu on assigne au brise-lame barre à jamais la communication du port avec la rade telle que la concevaient toutes les commissions qui ont été consultées sur les lieux et qui demandaient sur toutes choses qu’on ne prolongeât pas le môle actuel.

Aussi ne concevrais-je pas que le Conseil d’Amirauté et plusieurs autres personnages aussi éminents, après l’éloge qu’ils ont bien voulu faire de mon projet, aient pu finir par donner la préférence au projet numéro 9.

s ils n avaient été séduits par une idée qui effectivement est bien capable d’éblouir.

Cette idée, toute de comparaison, consiste en ce que chaque mètre de longueur ajouté a la jetée actuelle, suivant la nouvelle direction proposée augmenterait immédiatement la sécurité et l’étendue du port, tandis que mon brise-lame devrait avoir plusieurs centaines de mètres de longueur avant de commencer à produire le meme effet.

J admets la proposition comme vraie pour la première centaine de mètres, quoique rigoureusement parlant elle ne le soit pas; mais je dis qu’une plus' grande longueur fait aussitôt changer les termes de cette proposition , et que le progrès de l’ouvrage finit par leur donner une valeur contraire, c’est-à-dire quaü-delà d’une certaine longueur mon brise-lame aurait une action , non pas

(!) La rade abntee par mon bnse-lame de 770 mètres aurait 41 hectares d’étendue • celle abritée par la jetée du projet numéro 9 n’offrirait quel 9* hectares.

seulement égale , mais plus efficace pour calmer l’intérieur du port que la meme longueur de la jetée de M. Bernard (1).

Indépendamment de 1 explication théorico-pratique que je donne dans lu note ci-dessous , il est facile de concevoir que deux digues échelonnées , telles que mon brise-lame et le nouveau môle , assureraient beaucoup mieux le calme de la darse que si elle n’était abritée que par le seul môle prolongé au sudest 1/û. est. L’effet de calme produit par la première digue serait complété par la seconde.

A l’appui de ce qui précède vient un fait d’expérience bien connu et apprécié des marins : c’est que dans les ports à l’entrée desquels la disposition soit des lieux, soit des ouvrages, présente auprès de la passe un rentrant abrité où les lames peuvent s’étendre et s’effacer , il en résulte pour la darse une augmentation de calme très-remarquable. Ce rentrant, dans mon projet, c’est la portion triangulaire de la rade qui est comprise entre le brise-lame et le nouveau môle. Combien ne serait-on pas heureux dans beaucoup de ports d’avoir près de la tête des jetées un espace semblable pour amortir les lames, et avec quelle peine ne cherche-t-on pas dans ces ports et à Dieppe, par exemple, à en créer un jusqu’à présent insuffisant.

Bien dans le projet numéro 9 ne tend à produire un effet analogue , et

(I) Pour substituer au vague de celte proposition des chiffres fondes sur l’expérience, je dis que 1rs opérations faites à Alger par moi et mes deux collaborateurs, M. Vignon, capitaine du Génie, et M. Kolb, ingénieur des Ponts-et-Chamsées prouvent qu’en dedans d’une ligne idéale pissant par la tète du nouveau môle et faisant avec le nord vrai un angle de 28 degrés vers l’est , les bâtiments mouillés dans le] port trouvent une protection suffisante. C’est ce qn’on voit sur un des plans annexés à mes projets , et destiné à faire connaître la position exacte qu’occupaient les bâtiments en mai 1840.

Il résulte de la direction de cette ligne idéale que mon biise-lame ne devrait pas avoir plus de 1 50 mètres pour donner au port une protection directe. J’appuie sur ce mot , parce que, dès le principe, le brise-lame donnera au port une protection qui, pour être indirecte , n’en sera pas moins réelle. Elle consistera en ce que le rivage et le talus du nouveau môle se trouvant successivement mis à couvert du nurd-nord-est, par la saillie croissante du brise lame, les lames ne briseront plus sur cette étendue, et par conséquent n 'arriveront plus à la lê:c du nouveiu môle avec la violence qu’elles y ont aujourd’hui.

l’effet contraire semble devoir résulter de la disposition de la grande jetée. On dirait que la manière dont elle se rattache à l’île de la Marine est faite exprès pour recueillir les lames et en redoubler la fureur, et en même tsmps que d’un côté l’orientation de cette jetée l’expose plus directement aux tempêtes, de l’autre côté elle l’ouvre davantage au ressac.

L’agitation de la mer serait en conséquence très-grande à la tête de la jetée, et rien n’arrêterait la transmission latérale d’une partie de cette agitation jusque dans le port.

Je suis donc fondé à dire qu’à longueur égale, mon brise-lame, par sa position, et son orientation, aurait sur le calme de 1 intérieur du port une action plus efficace que celui de M. Bernard.

Quant au temps nécessaire pour arriver aux 150 mètres au-delà desquels l’efficacité delà protection donnée au port par mon brise-lame commencera à croître plus rapidement que dans le projet numéro 9, ces 150 mètres auraient pu être construits dans la présente campagne et avec les fonds de l’exercice courant, car ils ne doivent coûter que 588,000 fr. En donnant aujourd’hui des ordres, on serait encore à temps d’exécuter avant l’hiver sur les mêmes fonds 100 mètres courants dont la dépense n 'excéderait guères 286,000 fr.

Lorsque je propose, comme on l’a vu, de faire porter la réduction des dépenses sur les parties de mon grand projet qui concernent la darse et tout ce qui s’y rapporte, on ne verra pas là, je l’espère, que je renonce à aucune des convictions qui ont dicté les combinaisons de mon projet. Ces convictions sont toujours les mêmes: je pense toujours qu’une rade abritée et une darse bien calme sont deux choses nécessaires; mais je pense aussi qu’elles le sont à des degrés différents, et que ces deux éléments de tout bon port militaires doivent être convenablement proportionnés entre eux.

Serait-il raisonnable de créer un port fermé capable de contenir trente ou quarante vaisseaux de haut-bord, quand la rade abritée n’en pourrait admettre facilement que trois ou quatre ? Une escadre, une flotte ne passe pas immédiatement de la darse en mer, les vaisseaux sortent du port un à un successivement, pour aller achever en rade leurs préparatifs de départ, et c’est lorsqu’ils sont tous parés que de la rade ils appareillent pour prendre la mer. Si l’insuffisance ou ‘même

l’absence de la rade abritée était un accident de la nature, comme à Malion où il existe un bassin immense, mais dont l’entrée est très-étroite et extrêmement difficile, il faudrait bien l’accepter ainsi ; mais quand on fait un port de toutes pièces, on serait impardonnable d’en mal combiner et proportionner les diverses parties. 4

Aussi n’hésité- je pas à dire que si on adoptait le projet numéro 9, un jour viendrait et ne serait pas éloigné où Fou regrette rait amèrement d’avoir ainsi gâté une position nautique que la nature avait heureusement préparée pour être améliorée par l’art. On regrette à Cherbourg que, par une fausse manœuvre attribuée au désir de ne pas faire manquer la cérémonie roj^ale de l’immersion du premier cône, la digue n’ait pas été portée plus avant en mer. Que serait-ce donc à Alger si le mouillage abrité auquel mon troisième projet ne donne encore qu’une si faible étendue était réduit à moins de moitié par le projet numéro 9.

L’idée qui a présidé à la rédaction du projet réduit, qui, sur la feuille générale des projets divers, est intitulé quatrième projet Raffeneau, dérive du même vœu de réduction des dépenses que le projet de M. Bernard. Mais l’application que j’en fais est complètement différent, et elle est dominée, avant tout, parle désir de réserver complètement l’avenir.

Ce quatrième projet donnerait bientôt un abri aux vaisseaux de guerre, car le brise-lame, même borné à Ù90 mètres, couvrirait déjà la partie du meilleur mouillage, celle ou j’ai relevé, le 30 septembre 18â0, la position du vaisseau le Généreux. Ce vaisseau était près cle la bouée qui indique cette meilleure partie, et il s’y trouvait exposé aux tempêtes du nord, tandis qu’il y serait désormais en parfaite sécurité (1).

La digue de 230 mètres qui, dans ce quatrième projet, réunit la roche Al - Gifna à la terre ne ferait point obstacle à l’exécution future du port sud, si on voulait un jour le construire; car elle serait englobée dans le quai sur la plus

(1) On a déjà vu que ce brise-lame de <490 mètres avec son fort coûterait. . e! celui de M. Bernard, de 500 mc’rts avec le même fort, irait à .

5,400,000 fr.

6,777,100 fr.

grande partie de sa longueur, et ne ferait, sur le surplus, que rendre plus caltne ee port, qui conserverait entre la roche Al-Gifna et l'écueil sans nom une passe de 200 mètres (1). .

Je n’ai point parlé de la certitude d’un succès exempt d’avaries notables dans la construction du grand brise-lame. Les hommes de l’art les plus expérimentés, ceux qui peuvent apprécier le mieux la grande expérience de Cherbourg, n’élèvent pas le moindre doute sur cette certitude de succès. Siquelques personnes «ont effrayées, quant à la solidité, par la profondeur de 38 mètres à laquelle serait fondé le musoir du grand brise-lame, s’il était porté à 770 mètres de longueur, c’est qu’elles n’ont peut-être pas assez fait d’attention que la base de la digue de Cherbourg située le plus profondément en mer est précisément la partie qui, depuis plusde cinquante ans qu’elle est exécutée, n’a passubi le plus petit dérangement. Le talus de cette base, bien qu’assez raide et formé de petits blocs et même de simples moellons, est resté jusqu’à ce jour absolument tel qu’il a été construit, tandis que toute la partie supérieure de la digue, depuis 7 mètres

'n v..yt

(1) La Commission du budget exprime dans son rapport, pag. 148, la crainte que mes évaluations «t notamment celle de 5,400,000 fr. de mon quatrième projet ne soient trop faibles. Elle fait observer que la digue de 230 mètres de longueur, dirigée de la porte Bab-Azoun sur la roche Al-Gifna,

estimée autrefois par M. Poirel . 1 ,700,000 fr

n’est porte'e par moi que pour. . . 177,359 fr.

Je n’en maintiens pas moins l’exactitude de mes calculs, et j’explique que la différence tient à plusieurs causes :

1° C’est simplement une digue destine'e à arrêter le ressac , et à raison de la petite profondeur, on peut en conséquence se contenter presque partout de la former avec du béton coule' entre deux parois de planebes.

2® La pouzzolane d'Italie qui composait le béton de M. Poirel revenait, d’après les moindres prix p*yés alois, à 44 fr. le mètre cube; la poi zzolane artificielle que j’ai réussi à fabriquer lors de mon dernier voyage à Alger ne revient qu’à 1 5 fr. le mètre cube. Cette pouzzolane est de beaucoup meilleure, sous tous les rapports, que la pouzzolane naturelle d’Italie; elle a été jugée telle par le Conseil général des ponts -et-cduussées, et le ministre de la guerre a en conséquence doDné l’ordre de s’en servir désormais.

5° Cette digue se trouverait, sur 70 mètres de longueur, englobé»' dans le quai provisoire, dont la dépense figure, dans le même détail estimatif, pour . 3^,337 fr.

4° La digue de M. Poirel était accompagnée sur toute sa longueur d’un quai fort large : cela e„t complètement inutile dans mon projet et ne s’y trouve point.

au-dessous du niveau des basses mers jusqu’au-dessus des plus hautes mers, a été constamment bouleversée. Or, ce n’est pas seulement à 7 mètres, c’est jusqu’à 10 mètres au-dessous de la basse mer, que la digue d’Alger doit être construite en gros blocs factices, et l’expérience a prouvé que ces blocs sont immuables.

De toute cette discussion , dont je n’ai pu qu’effleurer les points principaux, que résulte-t-il?

C’est que d’un côté,

Il existe un projet longuement élaboré par moi et mes deux collaborateurs, MM. Vignon, capitaine du Génie, et M. Kolb, ingénieur des Ponts-et-Chaussées, projet qui a subi, durant plus d’une année , toutes les épreuves de l’examen le plus approfondi, tant à Alger qu’à Paris , et qui est sorti de toutes ces épreuves avec une approbation presque toujours unanime (1).

(1 ) 19 mai 1 840» Prise en considération de l’avant-projet par le Conseil général des ponts-et-

chaussées.

1 8 octobre 1 840. Approbation unanime du projet par une haute Commission locale à Alger.

17 juillet 1 84 f . Approbation unanime du projet et exclusion formelle des eontre-projets par

une Commission spéciale d’officiers-généraux et supérieurs de la marine,, réunis au ministère à Paris.

19 août 1841 . Approbation du CoiTseil général des ponts-et-chaussées»

Ce projet, ainsi que l’a fait observer le Conseil général des Ponts-et- Chaussées, dans son avis approbatif, a été étudié dans tous ses détails, comme s il devait etre mis en adjudication , ce qui donne toute garantie contre la crainte d’étre entraîné dans des dépenses mal ou incomplètement appréciées.

De l’autre côté,

Ce sont de simples idées mises successivement en avant à titre de contreprojets , et qui n’ont ni reçu une semblable élaboration , ni subi les mêmes épreuves.

Tous ces contre-projets se trouvent, ainsi que les quatre variantes de mon projet, réunis sur la feuille de projets divers qui a été distribuée aux Chambres, et parmi ces variantes , celle qui a pour titre 5e projet Raffeneau et qu’on a appelée Grand Projet , bien qu’assurément ce ne soit qu’un diminutif de nos ports militaires, a réuni l’assentiment général.

Tel était l’état des choses lorsqu’est survenue à la Chambre des Députés la discussion des U et 5 avril , relative aux crédits supplémentaires de l’Algérie.

Le cabinet trouvant mon projet trop dispendieux, M. le ministre de la Guerre m’a invité à le réduire , et M. le ministre de la Marine a prié M. Bernard de présenter aussi un projet.

Mon projet réduit, qui sur la feuille des projets divers est intitulé 4* projet Raffeneau, et celui de M. Bernard (n° 9 de la même feuille) ont été soumis au Conseil d’Amirauté, et ce Conseil, après les avoir examinés , a donné la préférence à celui de M. Bernard.

J’ignorais l’existence de ce dernier projet lorsque je fus appelé au Conseil d’Amirauté pour faire connaître ce que j’avais à dire à l’appui du mien. Je ne pus exposer mes idées que d’une manière très-incomplète; et quant à la comparaison raisonnée que j’ai faite depuis, et dont on a vu les développements dans ce mémoire, elle ne me fut pas possible, parce qu’à peine entrevis-je le projet de M. Bernard.

Tuul le monde convient, comme je l’ai dit, et je n’en excepte point les auteurs de contre-projets, M. Delassaux, M. Laîné et M. Bernard lui-même ; que le 5e projet Raffeneau est préférable à tous les autres et donnerait un port excellent.

Mais d’abord on a trouvé qu’il était trop dispendieux et qu’il dépassait le but qu’on devait se proposer.

A ce sujet, j’ai fait observer que si mon projet complet est évalué, d’après un

détail estimatif exact, à . 25,000,000 f-

Cette somme comprend à titre de somme a valoir .... 5,000,000

Ce qui le réduit à . .

D’ailleurs, j’ai toujours dit que, par un bonheur fort rare, . cé projet se prêtait à toute exécution partielle et successive qu’on voudrait lui donner, et j ai ajouté qu’à mesure de cette exécution on jouirait sans discontinuité d un état

de choses de plus en plus satisfaisant.

C’est ce qui a donné lieu à la présenfàtion de mon quatrième projet, qui n’est en réalité que l’embryon du projet complet.

Ce projet n’est plus trop dispendieux, puisque la dépense n en excèdeiait pas 5,500,000 fr., et les explications que j’ai données font voir que 1 évaluation n’en est pas trop faible , comme on a pu le supposer ; il est bien loin de dépasser le but , mais cependant il l’atteint en partie , car la portion de la îade indiquée comme la meilleure, et où j’ai releve la position du] Géneieux le 30 septembre 18Ù0 est parfaitement abritée, ce qui n’a pus lieu dans le projet n° 9. (j(. * , . -/C n

Le brise-lame borne à Ù90 mètres de longueur réduit, il est viai , à 22 hectares la rade abritée ; mais cette étendue semble encore assez propoilionnée à à celle du port intérieur borné au sud par la digue de 230 melies, qui du rivage irait à la roche Al-Gifna. Celte digue arrêterait le ressac, et son effet, concourant avec celui du brise-laine, assurerait au port un calme, non pas parfait , mais suffisant.

On voit par là que l’objection qui suppose que mon projet général ne pourrait atteindre son but que si l’exécution en était complète, est dénuée de fondement.

Une autre objection porte sur la supposition que si on faisait partir le briselame de l’extrémité du nouveau môle on obtiendrait une grande économie et une accélération de jouissance, qui réunies compenseraient avec avantage

l’infériorité du résultat du projet n* 9 en ce qui concerne l’étendue de la rade

abritée.

Mais les calculs dont j’ai présenté les résultats, et qui pour mon brise lame, borné provisoirement, à 490 mètres de longueur, sans le fort, ont donné . 4,251,122 fr

Ces calculs appliqués' au brise-lame du projet m 9, long de 500 mètres (sans fort), ont porté l’évaluation à . 5,218,466

On voit qu’à longueur égale , loin d’y avoir économie, il y aurait augmentation de dépense , et cela vient tout naturellement de ce que mon brise-lame part d’un fond de 0m et aboutit à 28 mètres de profondeur , tandis que celui du no 9 commence dans un fond de 14 mètres et se termine dans une profondeur de 31 mètres.

Il ne reste plus que la partie de l’objection qui suppose une accélération considérable de jouissance.

J’ai dit que les 150 premiers mètres de mon brise-lame auraient pu être faits cette année en y appliquant sur les fonds de l’exercice courant la somme . . 588,000 fr.

et qu’en donnant des ordres immédiats on serait encore à temps d’exécuter avant l’ liiverles 100 premiers mètres dont la dépense n’excéderait guère 290,000 fr.

Cette même somme de 290,000 fr., si elle était affectée au projet n° 9, n’en pousserait la jetée qu’à 49 mètres au lieu de 100. (1).

(\ Y Si doutant de l’exactitude de ce calcul on voulait le refaire , il faudrait tenir compte pour la

digue du projet n° 9, d’un enfoncement de 1m 50 dans le sable sur lequel elle était assise.

C’est d’après uo semblable enfoncement que j’ai calculé le cube de mon brise-lame, dans le projet < t ses trois variantes.

J’ài démontré, d’âilleurS, que si, danè le principe, la protection donnée par monbrisé-lalmecroissait moins rapidement que dans le projet n° 9, les digues échelonnées amèneraient bientôt l’effet en sens contraire, la progression tournerait â l’avantage du brise-lame, de telle sorte que lorsqu’il arriverait à 490 mètres de longueur, tout réduit qu’il est, il abriterait 22 hectares de rade,

tandis que celui du n° 9 n’abrite que 19 hectares.

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L’accélération de jouissance peut donc être regardée comme nulle, puis-

qu’avant une année de travaux elle aurait disparu.

Si j ’ai réussi à répandre sur les observations do ce mémoire la clarté que je désirais, on a dû se convaincre que, dans une position comme celle d’Alger, l’objet essentiel pour la marine militaire, c’est la rade couverte. Ce que les marins demandent avant tout, c’est que ce mouillage soit assez étendu et d’accès assez facile pour qu’une escadre puisse sans peine y arriver en tout temps , et alors surtout que la tempête pousse les vaisseaux à la côte , ou qu’ils sont forcés de faire retraite devant l’ennemi.

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Tout en répétant qu’une rade abritée et une darse parfaitement calme sont deux éléments de tout bon port militaire, j’ai eu soin de faire observer qu’ici beaucoup plus qu’ailleurs la rade abritée serait tout autrement nécessaire que la darse.

Aussi, en réduisant mon projet, est-ce sur la darse que j’ai fait d’abord porter la réduction , et si pour faire descendre l’évaluation totale de la dépense à 5,500,000 francs, j’ai dû étendre cette réduction au brise-lame , du moins ai-je conservé complètement la faculté d’agrandir la rade en prolongeant le brise-lamé.

Dans le projet no 9, au Contraire, c’est uniquement sur la rade abritée qu’on fait porter la diminution de dépense.

Mais quand on fait un port de toutes pièces serait-il raisonnable d’en proportionner les éléments de telle sorte qu’à la plus grande extension du port intérieur corresponde une rade abritée réduite au minimum par le sacrifice de

la partie la meilleure, la plus au vent, de celle où mouillent aujourd’hui les vaisseaux de ligne.

C’est cependant ce qu’on trouve dans le projet no 9, où une darse capable de contenir 30 ou Ù0 vaisseaux de ligne se combine avec un diminutif de rade qui n’en admettrait facilement que 2 ou 3, et où l’exécution de la darse se voit en perspective lointaine et soumise à toutes les éventualités futures, tandis que ce qui est actuel, immédiat, c’est la perte de la meilleure partie de la rade.

Qu on réduise les dépenses , qu’on les supprime meme, si l’économie l’exige ; mais si au contraire elle permet de travailler, que ce soit sur un bon plan et de telle sorte que toute possibilité d’extension et d’amélioration futures soit réservée.

Ce qui ya être décidé tranchera à jamais la question en bien ou en mal, ainsi que l’a fait observer la Commission du budget.

Paris, 20 mai \ 842.

Nota. Dans la feuille des projets divers pour le port d^Alger dessinée au dépôt général de la guerre, le projet de M. Raffeneaude Lileet ses variantes sont désignés par les Nos 3, 4, 5, 8. Savoir : \ er Projet Raffeneau , n° 3 ; celui dont le brise-lame est de 490 m. et la passe de \ 46 m.

2e Projet Raffeneau, n° 4 . brise-lame 560 id. id. 200 id.

5e Projet Raffeneau , n° 5 . brise-lame 770 id. id. 590 id.

4e Projet Raffeneau, n° 8 . brise-lame 490 m. avec la seule digue'Al-Crifna.

Sur cette même feuille le projet de M. Bernard porte le n° 9.

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