‹ Observations sur la relation de la campagne de 1815, publie?e par le ge?ne?ral Gourgaud; et re?futation de quelques-unes des assertions d'autres e?crits relatifs a? la bataille de WaterlooChapitre 16 sur 17 · VARIÉTÉS · texte numérisé non relu

VARIÉTÉS

‘ Observations sur la relation de la Campagne de 1815, pubüées per le général Gourgaud. et réfutution de quelques-unes des usserlions d’autres écrits relatifs à la bataille de Waterloo ; par le Comte de Grouchy. *

L’ouvrAGE du général Gourgaud a produit une grande sensation , parce que le lieu d’où il était écrit lui donnait un caractère d'authenticité que personne ne songea à contester. On He vit néanmoins avec peine que l’auteur rejetât presqu’entièrement Ë les désastres du 18 Juin sur deux généraux, qui semblaient pro- | : tèges dans l’opinion publique, autant par leurs malheurs que [ol par leurs services. C’était mal connaître le caractère français, que de chercher à jetter de la défaveur sur le maréchal Ney et [1 sur le général Grouchy, puisque l’un était mort et l’autre exilé.

Un parent du maréchal Ney crut devoir repousser les attaques dirigées contre cet infortuné capitaine ; ce soin était inutile , Popinion l'avait suflisamment vengé. Tout le monde savait qu’à Waterloo, comme ailleurs , il avait déployé toutes les ressources de son indomptable courage, et cette conviction n’a rendu que plus amères les larmes versées sur la tombe de cette grande victime. Le général Grouchy avait recu la même jus- Nas tice de ses concitoyens. Personne ne songea à le rendre responsable de la fatalité qui avait poursuivi nos armes. On le vit avec douleur exilé d’une patrie qu’il avait illustrée, et les voix qui se sont élevées pour demander son rappel, ont dü plus dune fois, dans un autre hémisphère , consoler son cœur et sou- tenir son courage, L.

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Cependant, sa susceptibilité s’est révoltée en songeant que ses concitoyens , sur la foi de quelques assertions hasardées , pourraient lui attribuer le plus grand désastre qui ait jamais accablé la France. [la songé à repousser les faits qu’on lui imputait, et un fils, di gne défenseur de l’infortune et de la gloire

paternelles , s’est chargé de publier ses observations. Ainsi cette justification, sï intéressante en elle-même, le devient encore plus , puisqu’elle se présente au public sous la double recommandation de l'exil et de la piété filiale.

Les observations du général Grouchy ont été lues. avec avidité ; non point qu’on y cherchât sa justification, puisque personne ne lPaccusait ; mais je ne sais quel douloureux plaisir on trouve à se reporter au milieu de ce drame terrible , et à en suivre les diverses chances avec autant d’intérét et d’anxiété que si le résultat n’en était pas connu d’avance. Que Napoléon ait commis une grande faute en détachant de son armée , et à une si grande distance , un corps aussi considérable que celu du général Grouchy, c’est ce qu’il serait difficile de contester, et on conçoit facilement , que de cette première faute ont dû en découler d’autres. 11 faut louer le général Grouchy de ce que le soin de sa réputation et le besoin de repousser des reproches injustes , ne l'ont point entrainé hors des bornes de la modération ct des égards dus à une infortune bien plu grande encore que la sienne.

L'ouvrage du général Grouchy contient des renseignemens précieux pour l'histoire , et il peut, dès aujourd’hui, fournir un ample sujet de méditations aux militaires. Ce qui importe le plus au grand nombre de lecteurs , c’est que dans Pirrémédiable catastrophe qui en est le sujet, l’honneur de l'armée française soit reste intact, et grâce au ciel cette vérité consofante ressort à chaque page de Fecrit que nous annoncçons. Quant au général Grouchy, ses titres sont connus , sa vie entière parle pour lui: lPinterêt qu’inspire son malheur , les regrets qui accompagnent dans son exil , sont le plus honorable témoignage que puisse recevoir un Citoyen. Le jour n’est pas loin sans doute, où la justice triomphera , où le général Grouchy sera rendu aux embrassemens de sa famille et aux vœux de ses concitoyens. L'accueil qu'il recevra alors, lui prouvera, suffisamment que son souvenir vit toujours dans le cœur des vrais Français, et que cette nation si généreuse et si calomniée. est aussi incapable d’injustice que d’ingratitude.

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Pabliées pur le général Gourgaud, et réfutation de quelques-unes des assertions

d’autres écrits relatifs à la bataille de Waterloo par le Comte de Grouchy.

Beaucoup d’écrits contradictoires avaient détaillé les événemens | de Ja campagne de 1815, et distribué , suivant les passions , les | lumières où la conscience de leurs auteurs, le blâme ou les éloges aux acteurs de ce drame mémorable. L'opinion du public flottait encore incertaine , lorsqu’elle vit paraître .en1818, À une relation annoncée comme écrite à Sainte-Hélène et publiée par le général Gourgaud. Il était difficile que la source où cet

historien avait puisé n’eût pas conserve quelque amertume, et |

| que tous les efforts du narrateur n’eussent pas pour but de faire :

retomber la responsabilité d’une grande catastrophe sur d’autres

que sur lPordonnateur suprême de toutes les opérations de cette

Campagne. Mais plusieurs des assertions de cette relation tardive

ei, regardée comme :oflicielle, recevaient une nouvelle force de

diverses dissertations précédemment publiées par des hommes

du métier, et avec lesquelles elles coïncidaient.

Cependant ceux qui se font un devoir de l’impartialité, regrettaient de voir des reproches graves adressés à deux généraux fi à des plus distingués de l’armée française , dont le nom , les pre- | Fe micrs exploits et les premières blessures se rattachaient à nos | premiers succès ; dont le sang versé sur d'innombrables champs

de bataille garantissait le dévoñment , et dont les talens étaient attestes par de hauts faits militaires ; par lestime de tous les braves et par la confiance du chef de l’armée. Les cir- FE constances rendaient ce regret encore plus pénible ; car les traits He étaient lancés sur des hommes hors d’état de se justifier. L’un, | succombant sous le poid de sa propre gloire, holocauste désigné

par des vainqueurs peu familiarisés avec la victoire et oublieux

de ce noble respect dont il est si doux d’honorer le malheur ,

avait vu les restes de sa vie soumis aux chances d’une procédure, et des formes inusitées présider à son trépas. Sa grande ombre,

qui probablement se repentait d’avoir pris Finitiative des recriminations, les 22 et 26 juin 1815, ne pouvait plus répondre. On croyait la voir assise et silencieuse dans un elysee à Pembre des lauriers d’Altenkirchen, de Salsbach , de Dierdorff, de Manheim , de l’Helvétie, de la Nidda, du “ein, de Moerkirch, de Hohenlinden, d’Elchingen, d'Ulm, du Tyrol, d’Iena, d’Eylau, de Kriedland, de la Péninsule, de Smolensk , de la Moscowa, de la Berézina, de Lutzen et de la campagne

de France , en 1814. Si tant de glorieux souvenirs ne pouvaient

l’absoudre des manœuvres du 16 Juin, du moins aucun Français n’avait la barbarie de vouloir juger ce général avec une coupable précipitation , et de refuser à sa memoire toute la latitude nécessaire pour se defendre. L’histoire sévère, mais impartiale , marche plus lentement que les passions , et elle ne hasarde pas ses Jugemens comme la politique , à la fois craintive et téemeraire , hasarde ses proscriptions et ses coups d’état.

L’autre géncral, jetée par le malheur des tems loin d’une patrie qu’il a constamment honore par son courage et par ses vertus, couvert de nombreuses cicatrices dont sa belle ame avait imagine de faire un noble commerce en faveur de plusieurs proscrits ; traine aussi, mais avec des formalités moins solennelles, devant les tribunaux, et défendu, comme un autre Manlius, par la piète filiale ;-n’a pu connaître que très-tard , et sur un autre héisphère, la critique dirigee contre ses opérations du 17 et du 18 juin 1815. Il se hâte aujourd’hui d’y répondre ; et quelle que soit l’opinion qu’on a déjà pu se former sur la manière dont la coionne de droite a rempli, après la victoire de Ligny-Fleurus , sa mission de pouruivre les Prussiens , de ne les point perdre de vue, et de conserver ses communications avec le centre de larmée française, on ne peut se refuser de lire avec le plus grand intérêt les nouveaux renseignemens que fournit à cet égard M. le Comte de Grouchy. Une poitrine sillonnée de tant de blessures reçues pendant vingt-cinq années de combats , donne à ce général le droit de s’expliquer , et impose aux amis de la patrie le devoir de Pentendre.

+”, Le reste de cet article se compose de citations tirées de l’on

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É < + F 4329 vruge du Comte de Grouchy , et de quelques observations critiques.

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Note tirée de l’édition des observations du Comte de Grouchy sur la Campagne de 1815, publiée à Paris, par le Colonel Alphonse Grouchy, son

Parmi les matériaux que j’avais réunis pour répondre aux diverses relations de la campagne de 1815, se trouve le registre d'ordres du major-général. Ce document précieux fut remis à mon père lorsqu’il prit le commandement de toute l’armée à Soissons : non-seulement il contient les ordres de mouvement , mais encore toute la correspondance du maréchal Soult. La publication de ces pièces officielles , qui aura lieu plus tard , jettera un grand jour sur les événemens et les opérations de cette cam-

pagne.

Il n'existe dans ce registre , aucune instruction donnée à mon pére , le 17, lorsqu'il se separa de Napoleon pour poursuivre l’armée Prussienne. Elles furent donc verbales. Une lettre de cette date (17 juin), adressée au ministre de la guerre , qui lui donne des details sur la bataille de Fleurus, et lui prescrit de rendre disponibles dix bataillons de la garde na- ï tionale , est terminée par ce post scrèptum : Le « L’armée est formée sur la grande route de Namur à | & Bruxelles, où l'Empereur se rend en cemoment. Le dernier ‘ rapport du général Pajol est date de Mazi, (route de ‘6 Namur ), et la gauche dans la direction des Trois Bras. ”

Ainsi,le17,N apoléon croyait aller à Bruxelles ; il ignorait que les Anglais l’attendaient à Waterloo , et il croyait alors les Prussiens dans la direction de Namur.

Immédiatement après cette lettre au ministre de la guerre , -se trouve celle-ci après : |

Au MARÉCHAL Grouony.

€ Portée par l’'Adjudant-commandant Zenowich. \ En avant de la ferme de Caillou, le 18 Juis, à dix heures du matin.

‘6 Monsieur le maréchal , l'Empereur a recu votre dernier ‘ rapport daté de Gembloux ; vous ne parlez à sa majesté que “ des deux colonnes prussiennes qui ont passe à Sauvenières ct Sart-a-valain 3 Cependant des rapports disent qu’une troisième ‘ colonne , qui était assez forte > à passe à Gery ct Gentines, se

‘ dirigeant sur avres. Ç

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‘ L'Empereur me charge de vous prévenir qu’en ce moment sa majesté va faire attaquer l’armée anglaise qui a pris posi- ‘ tion à Waterloo, près de la forêt de Soignes ; ainsi sa majesté s< désire que vous dirigiez vos mouyemens sur Wavres , afin de vous rapprocher de nous , vous mettre en rapport d’operation , et lier les communications + poussant devant vous les corps de l’armée prussienne qui ont pris cette direction, et “ qui auraient pu s’arrêter à Wavres, où vous devez arriver le “ plutôt possible, : Vous ferez suivre les colonnes ennemies qui ‘ ont pris sur votre droite par quelques corps légers, afin d’ob- “ server leurs mouvemens , et ramasser leurs trainards. . Inssé truisez-moi immediatement de vos dispositions et de votre “ marche , ainsi que des nouvelles que vous avez sur les enne- ‘ mis, et ne négligez pas de lier vos communications avec nous; ‘ l'Empereur désire avoir très souvent de vos nouvelles.

‘6 Signé le major-général Duc DE DALMATIE. ” (#)

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Evidemment cet ordre emporte contradiction avec la relation du général Gourgaud , qui dit, page 82-83-84:

À dix heures du soir , (le 17), l'Empereur expédia un officier au général Groichy , pour lui faire connaître qu’il y aurait le lendemain une grande bataille .....,..... qu’il fallait que Le maréchal Grouchy manœuvrât par St Lambert + pour déborder la gauche de l’armée anglaise , et venir se joindre avec la droite de l’armée française ......... A deux heures après minuit

( * ) Cette lettre n’est jamais parvenue au maréchal Grouchy.

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