‹ Observations sur la relation de la campaigne de 1815Chapitre 1 sur 2 · FAR LE MARECHAL DE GKOUCHY · texte numérisé non relu

FAR LE MARECHAL DE GKOUCHY

PHILADELPHIE. x-> ^,i-

De r Imprimerie de j» f« hurtei, JVo. 124 , SJ. Rue S^id^ iS18.

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Sur la relation de la Campagne de iSi5^ puMîé^ par le Général GoiirgaïuL ( * )

Aussi loiig-teras que ma conduite , îa veille et !e jour «îe la bataille de Waterloo , n'a été improuvée que dans des relations de îa Campagne de 1815, empreintes des préventions nationales de l'étranger, ou rédigées soos l'influence d'officiers généraux qui ont cru , en ni' attaquant , ser\ ir leurs intérêts persoiinels , sacrifier au pouvoir , et échapper au reproche que j'ai à leur faire d'une coupable lenteur dans l'exécution des mouvemens que j'ai prescrit 5 et d'une mollesse inaccoutumée dans les attaques que j'ai ordonné; enfin tant queje n'ai été calomnié que par quelques ambitieux déçus , qui , dans Fexas» pération d'inutiles regrets , déchirent aveuglement tout ce qui leur semble avoir concouru au renversement de leur exid» tence politique et militaire , j'ai laissé au tems le soin de donner la mesure de leurs vaines imputations , et fort , du sentiment d'avoir fait pour le succès ds nos armes , tout ce que permettait la position où Ton m'avait place^ j'ai dédaigné de repousser 5 moi-môme , un blâme immérité, me bornant à gémir que la passion pût rendre si complettement injuste»

Un autre motif aussi m'empêchait de rien écrire sur îa ba» taille de Waterloo, le respect dû aux malheurs d'un chef trop magnaiûme et trop conséquent pour avoir maintenant la peusée de rejeter sur ses lieutetenans le tort de nos derniers revers, puisqu'à l'époque 01.1 il était le plus éminemment intéressé à

en faire courjaître les aistewrs à la France . et à FEïJFope ^ ses relations officielies ne continrent de reproches contre auciui d'eux. Je savais en outre de ïa bouclic des personnes qui ont vém dans son intimité depuis la bataille de Waterloo , jusques an moment de son départ de g,ochefort , qu'ii n'avait jamais articulé un mot d'improbation à mon égard.

Mais lorsque plus de trois ans après les événeniens , un officier général ^ renvoyé de Ste,-Hélène, se permet de publier comme avouée de Napoléon^ une relation apologétique de cette campagne 5 où à Paidc d'instructions et d'ordres supposés , de Kiouvemens imaginaires , et de calomnies artificieuscmerit tissi!es,il prétend expliquer pourquoi a échoué un plan de campagne dont l'insuccès a été Pinévitabîe conséquence de la non solution un problème des projets des Alliés après la bataille de Ligny, et des fautes qui en sont résultées^ telles que Pinaction de l'armée, pendant la nuit du 16 et la matinée du l'f , l'intempestivité des dis» positions subséquentes , l'oubli des distances et du tems nécessaire pour les parcourir , entin , la détermination de combattre à V/aterioo , sans savoir où étaient les Prussiens et sans être Hé de manière à pouvoir en être soutenu avec un corps envoyé à leur poursuitte trop tard , pour pouvoir les joindre à tems utile' et trop faible , pour être à même de paj'aiiser les mouvemens de la totalité de leur armée , je ne balancerai pas à signaler comme l'csuvre de la flatterie et de la déception un tel pamphlet , dont les assertions erronnées , les suppositions gratuites , les hypothèses faites après coup, ne doiverit point être confondues avec ce qu'écrirait Napoléon , s'il retraçait lui-même un de ces événemens malheureux que lafortiine reserve quelquefois aux plus grands capitaines , sans que l'âclat de leur briHante carrière puisse en être obscurci.

L'intérêt attaché à tout ce qui émane de Ste. Hélène , et l'importance que l'on pourrait prêter au roman militaire du

{*) Parmi plusieurs individus d'un témoignage irrécusable que j'aurais à citer, je ne nommerai que le Général Bernard. A New-York, eu Octobre^ 1818, il me confirmait encore cette assertion, ajoutant seulernent, que ]M|ipoléon avait demandé si j'étais arrivé jusques au défilé de Si Lambert,.

ù^- Gourgaiu! s'il n'était réfuté^ fixejit le moment où les considcratioKS secondaires et les méiiagemeiis iîtdividuels ne peuvent pins cmpèclier ceox qui ont été investis de commandemens émincns durant ia campagne de 1815, de fournir à l'hisloirc des docnmens que leur scrnpnleuse iicieUté rendent dignes (Vq-h devenir le patrimoine^ et qu'eux seuls possèdent. Puisque d'ailleurs ia connaissance du vrai ne saurait être acquise qiie par un examen comparatif des différentes assertions relatives à cette sanglante tragédie , et que deux des principaux acteurs qui y ont . figuré j n'ont point été entendus 5 on ne Pont été que d'une manière incompletic , il convient de mettre en regard leurs moyens de défense et les imputations dont ils sont Fobjet dans nn ouvrage qui j quoique fictivement revêtn de la sanction de Napoléon, offre cependant^ divers docujnens officiels. Quelque péîiible qu'il me soit donc de contribuer à soulever le voile qui couvre encore les réels mobiles de nos revers, et quelque répugnance que j'aie à occuper l'attention publique^ ces sentimens douloureux s'atténuent par la pensée que le jour de îa vérité finit toujours par éclairer les événemcîîs les plus artificieusement dénaturés^ et par la conviction que les défenseurs naturels du Maréchal Ney ne souffriront pas que le même génie malfesant qui présidait à la rédaction de bulletins officieux où l'on rejetai!; sur des causes imaginaires , et des officiers particuliers les fautes des chefs , (^') tourmente ses mânes sanglantes ei flétrisse les lauriers qui ombragent sa tombe , en l'accusant d'impéritic , et d'aifaiblissement moral et inteliectuei. Car quelque soit le jugement que Ton porte de sa conduite politique , sa vie militaire se compose de tant d'opé-

(*) On voudrrdt po^avoir oublier le buîîetin qui aprcs la batrdlle de Leipzic, traduisait au tribunal de l'opinion, en attendant qu'il le lut devant une commission militaire, le Colonel du Génie Monfort, gratAdtement accusé de îa rupture du pont sur la Saai dont les flitales conséquences avaient été la prise du Général Lauriston, la mort du Prince Poniatowski, et la destruction d'une grande partie du corps Polonais, On sait également à quoi s'en tenir maintenant sur les torts supposes du Général Marescot. Les reveï*s des troupes françaises près Séville , furent le résultat d'ordres donnés, et de l'occupation de positions prescrittes par le Grand Duc de Eerg". {Murât.') Et néanmoins le Général Marescot fut mis en jugement et privé de sor^ état, et de ses honneurs.

rations fortement conbinées et de si éclatans faits cFarmej qu'elle passera à la postérité resplendissante d'une impérissable ^^ioire» Déjà les véridiques crayons de Fhistoire ont fait justice des trompeuses assertions qu'inventa Fadiilation , durant les cam^ pagnes précédentes : de même aussi, ils ne retraceront la plupart des imputations dirigées contre le Mal. Ney , que pour les faire envisager comme un nouvel attentat à Popinion, non moins odieux que celui d'attribuer les désastres de Waterloo aune prétendue terreur panique dont aurait été saisie l'armée Française 5 lors de la dernière attaque des Prussiens , sur son flanc , et ses derrières.( Bulletin de la bataille de Waterloo , publié iiu moniteur en Juin 1815. )

Toutefois si l'amitié qui m'unissait au Mal- Ney , me rend impossible de dissimuler le douloureux étonnement dont j'ai été saisi en voyant un aide-de-camp de Napoléon, traiter d'une masiière aussi injustement sévère l'homme qui paya de sa tête son dévoûment à sa cause , je laisserai à des mains plus habiles à le complettement défendre , et je consacrerai principalement cet écrit à la réfistation des imputations qui me sont personnelles. Leur attentif examen et le simple narré de ce qui s'est passé aux corps-d'armée sous mes ordres depuis le 17 , jusques au 19 Juin 5 suffiront pour les faire apprécier , et au Sambeau d'une discussion impartiale , les illusions qu'essaie d'accréditer la malveillance , s'évanouiront.

Si l'on devait en croire le Gai. Gourgaud, la perte de la bataille de Waterloo , devrait en partie être attribuée : 1^, Jl IHiiceriihide du Maréchal Grouchy le 17 ^ relativement aux mouvemens dcFennemi; sHl avait été à fVavres ^ le 17 au soir, en communie aîion avec la gauche de V armée , Blucher n^ aurait pas osé se diviser devant lui^ et même m supposant qu'ail reûtfait, Grouchy Saurait poursuivi.

Cette incertitude a , sans doute, fortement contribué à nos revers ; mais peut-elle m'étre reprochée ? Non : car lorsqu'un général en chef confje une mission , il doit accompagner ses ordres de données qui mettent à même de les remplir et, c'était à Napoléon à m'indiquer dans quelle direction se retiraient le;

Friîssieos , surtoot m'eiivoyaiit à leur poiirsiîitte, quinze lieiires après qiî'iivS avrdent com-inciicé leur retraite. Foisqu'ii ïiq l'a pas fait, et que ni le rapport de ses espions, ni ies recoîmaissances des troupes à cheval, ni les lumières de son propre génie, n'avaient pu Fécîairer sur leurs projets et sur leur marche, comment pouvais-je, ne Payant pas quitté depuis l'aube du jour ^ soudainement les découvrir? Mi lui ni qui que ce soit dasis Farmée française, na deviné durant la journée du 17, et la matinée du 18, le plan d'opération adopté par les alliés après la perte de la bataille de Ligny ; le Mal Blucher avait alors deux partis à prendre: ou de -se retirer sur la Meuse , entre Liège et Namur , ou de se réunir à l'armée Anglo-Belge : l'un et l'autre avaient leurs avantages et leurs incon- Yéniens : le second adopté par le général Prussien ne lui a que trop bien réussi i mais s'il eut préféré le premier , et que le Duc de Wellington se fût porté sur Anvers, dans quel embarras îie se serait pas trouvé le général en chef Français ? Il était donc extrêmement difficile qu^il préjugeât la détermination des Alliés , et puisqu'elle a échappé à un aussi grand capitaine « qui a droit de me jeter la pierre , pour ne pas avoir eu des vues plus perçantes , et des inspirations plus heureuses que les siennes? La marche des Prussiens durant la nuit du 16, et la matinée du 17 , et le mouvement de deux de leurs corps , dirigés le 18 , dès quatre heures du matin, de Wavres sur Waterloo, sont aujourd'hui le secret de tout le monde | jusques au 18, après midi , il n'a appartenu qu'au MaL Blucher et au Duc de Wellington , et il est facile, mais injuste aux critiques d'eta» bîir qu'il devait être immédiatement deviné sur le terrein où la question était à résoudre et où on manquait de toutes les données dont ils sont munis aujourd'hui. Toutefois , pour peu qu'on se rappelle !e tems affreux qu'il fesait, et qu'on suive sur îa carte , les mouvemens de l'armée Prussienne et les miens , qu'on mesure les distances entre Fîeurus , Gembloux , Sartavalin et Wavres, enfin, qu'on sache l'heure à laquelle mes troupes se sont ébranlées , et ont attaqué l'arrière garde du Mal. Blucher , et on se convaincra que j'ai su démêler et suivre sa piste sans avoir été effectivement retardé par l'incertitude dans laquelle je me trouvais.

L'assertion que si j'avais été le \7 au soir A Wavres^ en corncamumîion avec la gauche de Vannée^ le Mal Biuchenv' aurait pas osé se rompre devant moi , et qiûen supposant quHl Veut fait , je r aurais poursuivi , manque de justesse , attendu Fimpossibililé que je fusse îe 17 , au soir à Wavres et la supériorité numérique du Mal. Biucher. Cette supériorité le mettait à même de détaclier, dans toute espèce d'hypothèse , la moitié de son armée au soutien du Duc de Wellington , et de laisser devant moi l'autre moitié , qui, plus forte de quinze mille hommes , que les troupes que j'avais , pouvait les tenir en échec, et les combattre avec l'avaîitage du nombre , et de la position. On ne saurait d'ailleurs nier que quelque soient les talens d'un général , et l'exaltation du moral de ses soldats , il ne soit difficile à trente deux mille hommes d'en paraliser quatre-vingt-quinze mille , et telle était la disproportion existante entre l'armée du Mal. Biucher et la mienne. On trouvera la force, et la composition de l'une et de l'autre , dans les tableaux ci annexés.( * ) Enfin pour

('^J Tableau de la composition de VÂvmée du j\IaL Grouchy^ tiré de l'ouvrage du G^^- Gourgaud^ page 85.

Ç 2rae Corps d'armée, Division d'infanterie du Gén Girard, . . 3060

l Artillerie, . ...... 160

C 3me Corps d'armée, cemmandé par le Gén. Vendame, infanterie, 11,336

C Artillerie, ...... . 660

<Ç 4me, Corps d'armée commandé par le Gén Gérard, . . 10,130

l Artillerie, ....... 600

Ç Division de Cavalerie, ...,.- 1,380

-X 6me. Corps d'armée, division du Gén Teste, ^ . 4,000

C Artilleurs, ...... = 160

Cavalerie légère du Gén. Pajol, une division, . . . 1,150

Dragons du Gén Excelmans, deux divisions, . . . 2,390

Artilleurs attachés à ces deux corps, .... 200

Total 35,226

M'iis la division du Gén. Girard n'a pas fait partie des troupes qui m'ont été confiés, elle est restée à Fleurus, pour garder ce point, et faire enlever les blessés, (voyez les ordres de Napoléon relatifs à cette division, Gén. Gourgaud, page 78, ligne 8,)

Ainsi, ily a à défalquer, ..... . 3,220

Fartant, la force du corps envoyé à la poiirsuitte des Prussiens, le 17 Juin, était de . ., . , « » 32,000 dont 4,8r0 de cavalerie

que je pusse arriver le 17 au soir , il fallait que Napoléon me prescrivit de marcher sur Wavres j ou du-moins me mît à même dejuçer que c'était vers cette ville que je devais me diriger. ( Ses ordres qui seront incessamment rapportés, montrent qu'il ne l'a pas fait. ) Qu'il n'eût pas attendu jusqu'à midi à m'envoyer à la poursuitte des Prussiens , et que les corps des Généraux Vendame et Gérard n'aient pas été des heures à se mettre en marche. ( Des milliers de témoins peuvent attester que malgré mes injonctions réitérées , ils étaient encore sur le champ de bataille de Ligny , le 17, à trois heures après midi. ) Que la distance de Fleurus à Wavresp en passant par Gembloux et Sartavalin , ne fût point de huit à neuf lieues. ( L'inspection de la carte montre qu'elle est telle. ) Enfin que la pluie qui tombait par torrens et la difficulté des routes , n'accrussent pas encore la longueur du tems nécessaire pour la franchir. Ces diverses considérations démontrent qu'il m'était physiquement impossible d'arriver le 17 au soir, devant Wavres.

La seconde cause assignée à nos revers par le Gai. Gourgaud est le mal- entendit relativement aux instructions données au Mfi^' Grouchy , et la non réception des ordres que PEmpereur lui a envoyé , dans la nuit du 17 , et le matin du 18.

Force de VÂrmée Prussienne en entrant en campagne, (G^^^ Gourgaud^ page 39 J

Infanterie, ........... 102,000

Cavalerie, ..,,...,,., 18,000

Total 120,000

Pertes des Prussiens à la bataille de Ligny, le I65 en tués et blessés.

Rapport officiel français ( inséré au Moniteur en 1815), . . 15,000 Relation du Général Gourgaud, . . , , , . 25,000

Quelque bizarre qu'il puisse paraître que depuis le séjour de cet officier Général à Ste Hélène, le nombre des tués de l'armée Prussienne sje soit accru de dix mille en admettant cette évaluation, il en résulte,

^ue VArmée du Mal, Blucher était, le XJ Juin, de . 95.000

Un document officiel ^ la lettre que ie M aï. Souit , major général de l'armée , m'a écrit le 18 Juin , à iim heure après midi , ( lettre qu'on trouvera textuellement rapportée page 15,) dément cette assertion , lorsqu'en parlant de ma marche sur Sartavalin , elle s'exprime en ces termes : ce vwuvement est con-forme aux dispositions de sa majesté ^ qui voiis ont été commimiquées, ^c» Certes , un tel assentiment n'aurait pas été donné à mes opérations ? si j'avais mal saisi les intentions de Napoléon, et si je n'eusse pas agi conformément à ses vues. Quant à î^ non exécution des ordres qui m'auraient été envoyés dans la nuit du 17 au 18 , et 1^ matinée du 18 , je n'ai point à en justifier, puisque ceux qui m'attaquent établissent eux-mêmes qu'ils ne me sont pas parvenus. Je suis d'ailleurs tenté de croirfï qu'ils ne furent jamais donnés: s'iis l'eussent été, la lettrp du Major Gai. ferait mention de leur envoi; elle exprimerait étonnement et mécontentement de leur non exécution 5 elle répéterait les dispositions qu'ils prescrivaient. Cette lettre n'en dit pas un mot , et accuse réception de mes dépêches datées du 18, à deux heures du matin et parvenues à cinq heures , (voyez l'ouvrage du Gai. Gourgaud, page 87 ? ) d'où l'on peut inférer qu'il ne m'avait point été écrit du grand quartier général , depuis que ces dépêches y étaient arrivées. La lecture du récit détaillé de mes opérations, le 17, et le 18, et le dévelopement des motifs qui les ont basé, ajouteront une nouvelle force à ces observations.

La bataille de Ligny , livrée le 16 Juin , n'a fini que vers les neuf heures du soir : seulement alors , la retraite des Prussiens a été présumée : je me sers de cette expression , car l'obscurité de la nuit rendait à peu-})rès impossible de distinguer leurs raouvemens , et quoique les pertes que nous leur 9,vions fait essuyer , fussent telles qu'ils crussent devoir nous abandonner le champ de bataille , ils se retiraient assez en ordre cependant , pour pouvoir masquer au besoin leur retraite par de nouvelles attaqués : la preuve en est que lorsque dans l'espoir de les entamer , vers les neuf heures du soir , je lançai sur eux, la cavalerie légère du Gai. Valin , elle fut si vigouireusement reçue que sa charge n^cnt aucun résultat et fut près»

qu'immédiatement suivie d'un hourra général de leur part. N'ayant pendant la journée du 16, que les troupes achevai sous mes ordres et jugeant que de l'infanterie m'était nécessaire pour rendre fructueuse la poursuitte de nuit d'une armée aussi peu désorganisée , je cherchai vers les neuf heures et demie à joindre Napoléon, pour le prier de mettre a ma disposition quelques divisions de cette arme. Il venait de quitter le champ de bataille pour se rendre à Fleurus, et je ne pus le joindre que comme il était prêt d'y arriver : sa réponse à ma demande fut qu'il me donnerait des ordres le lendemain matin. L'extrême fatigue des troupes qui , après des marches forcées, s'étaient battues le 15 et le 16, rendait sans doute dijBScile et pénible de vivement poursuivre l'armée Prussienne pendant la nuit; mais il n'en est pas moins à regretter qu'une telle considération ait prévalu sur l'importance dont il était de ne point lui laisser le tems de se reconnaître et de se rallier. J'en étais si convaincu que je me rendis le 17 avant le jour, chez Napoléon; - quelques instances que je fisse pour le voir, il me fut impossible d'y parvenir , et ce ne fut que vers les sept heures et demie qu'il me fit dire par le Major Gai. Mal. Soult, qu'il se proposait d'aller incessamment visiter le champ de bataille et que je l'y suivrais. Dans les premières heures de la matinée du 17, le GaL Pajol avec ses hussards et quelqu'infanterie avaient eu ordre de suivre les Prussiens ; et plusieurs pièces de canons prises par ses troupes sur la route de Namur ayant été envoyées yers les huit heures , au grand quartier général, on en induisit que c'était sur cette ville que se retirait le Mal- Blucher.

Entre huit et neuf heures , Napoléon partit de Fleurus en voiture , pour se rendre sur le champ de bataille, La difficulté du chemin qu'on lui fit prendre à travers des champs coupés de fossés et de sillons profonds , le retardait tellement qu'il se détermina à monter à cheval : arrivé à St. Amand , il se fit conduire aux diverses avenues par lesquelles ce village avait été attaqué la veille , se promena sur le champ de bataille , fit relever et interroger quelques officiers blessés , qui s'y trouvaient encore, et passant devant le front des régimens qui le saluaient de leurs acclamations , il parla à presque tous les corps ,

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