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avec intérêt et satisfaction de leur conduite de îa veille : enfin après une longue tournée il descendit de cheval et se mit à causer avec le Gai. Gérard et avec moi , de l'état de l'opinion à Paris ,, du corps législatif, des Jacobins et de divers autres objets, étrangers à ceux qui semblaient devoir exclusivement l'occuper dans un pareil moment. J'entre dans ces détails , quelque minutieux qu'ils paraissent , attendu qu'ils servent à faire voir comment s'écoulèrent des heures précieuses, dont la perte devait avoir des conséquences si funestes , et parce qu'ils prouvent que Napoléon n'a eu durant la matinée du 17 , aucune opinion arrêtée quant au plan du MaLJBlucher, quoique les mouveraens qui en étaient le résultat se fussent exécutés pendant la nuit du 16 , et depuis le point du jour du 17, ainsi que le constatent les rapports des généraux en chef Anglais et Fi'ussiens : de sorte que, pendant que Napoléon délibérait avec luimême sur ce qu'il avait à faire , l'armée Prussienne était déjà concentrée près Wavres , et avait gagné une avance de linit à neuf lieues , sur les corps qui allaient être envoyés à sa poursuitte. Ayant reçu vers midi , le rapport iï^nne reconnaissance dirigée le matin aux Quatre-Bras , Napoléon prit enfin une détermination quant à ses opérations ultérieures auxquelles une plus prompte exécution eut été assurée si , dès le matin , les troupes avaient été prévenues qu'elles auraient à marcher pendant la journée. Il fit d'abord diriger sur la route des Quatre-bras , les corps d'infanterie et de cavalerie , qu'il voulait emmener avec lui , et m'ordonna ensuite de prendre le commandement des corps des Gaux. Vendame et Gérard , et de la cavalerie des G^ux. Pajol et Excelmans ^ et de me mettre à la poursuitte du Maî. Blucher.
Je me permis de lui faire observer que les Prussiens avaient commencé leur retraite la veille , à dix heures du soir : que du tems ne manquerait pas de s'écouler avant que les troupes qui étaient fort d^isséminées dans la plaine , qui avaient démonté leurs armes pour les nétoyer, qui fesaient la soupe et ne s'attendaient pas à faire de mouvemens ce jour là, pussent s'ébranler i qu'ainsi l'ennemi aurait dix-sept à dix-huit heures d'à-
Yaiîce sur les coi^ps qu'il envoyait après îui ; j'ajoutai que quoique les rapports de la cavalerie n'apprissent rien de précis sur la direction suivie par la masse de l'armée Prussienne , cependant il paraissait que c'était sur Namur que s'opérait la retraite du Mal- Biucher ; qu'ainsi en le poursuivant j'allais me trouver isolé , séparé de la grande armée , et hors du cercle de ses opérations. Ces observations furent mal accueillies ; il me répéta l'ordre qu'il m'avait donné , ajoutant que c'était à ma à découvrir la route prise par les Prussiens , que je devais completter leur défaite en les attaquant aussitôt que je les aurais joint , et que je correspondrais avec lui , par la route pavée qui conduit de Namur aux Quatre-Bras. Une conversation de quelques secondes que j'eus ensuite avec le Major général n'eurent trait qu'à la distraction de troupes que je devais tirer des corps sous mes ordres , pour les réunir à celles qu'allait emmener iNapoléon. Telles sont les seules dispositions qui m'aient été communiquées , les seuls ordres que j'aie reçu. Certes il était aussi aisé de les comprendre , que difficile de leur assurer d'utiles résultats en devinant immédiatement dans quelle direction je devais marcher. Je me hâtai de donner aux Généraux Yendame et Gérard, l'injonction de faire prendre les armes à leurs troupes. N'ayant alors d'autres notions sur les mouvemens des Prussiens que l'envoi parleGaL Pajol, d'artillerie prise sur la route de Namur , mais les traces de l'ennemi se trouvant également sur celle de Gremblous, îa cavalerie du Gai. Excelmans fut portée dans cette direction , et l'infanterie à l'embranchement des chemins de Namur , et de Gembloux. Comme j'y arrivais, je sus que celles des colonnes Prusiennes qui avaient pris d'abord la route de Namur , l'avaient quitté pour en suivre une parallèle à celle qui conduit à Gembloux , et qu'il n'y avait guère que des parcs qui eussent filé vers la première de ces villes : j'en inférai que le Mal. Biucher se retirait sur Bruxelles ou Louvain 5 et je dirigeai toute mon infanterie sur Gembloux, AiMbi que je Pavais présumé , beaucoup de tems s'était écoulé , avant que les corps des Généraux Vendame et Gérard, et surtout; C€«
lui de ce denùer , se fussent mis en mouvement ; impatieiit d© ieurs lenteurs , je pris les devants et me rendis de mapcrsonîie à Gembloiix , afin d'en interroger les principaux babitans. Je ne pus apprendre autre chose, si-non, que pendant la nuit du 16, plusieurs colonnes Prussiennes j avaient passé, ainsi que nombre de généraux : muis on ignorait la direction ultérieure que pouvait avoir pris Tennemi : je recueillais ces insuffisantes notions , lorsque les premières troupes du Gai. Vendame arrivèrent. La nuit tombait, et le corps du Gai. Gérard était encore bien en arrière. (SI ne fut rendu en totalité à Gensbloux que vers dix heures du soir.) Cependant le Gai. Excelmans qui avait dépassé cette ville , m'informant qu'il avait devant lui quelque cavalerie Prussienne , je lui prescrivis quoique la nuit lut arrivée, et le tems affreux, de suivre Penncmi 5 de tout faire pour ne le point perdre de vue , et je portai le corps du Gai Vendame, de l'autre côté de Gemhioux , afin de soutenir, au besoin la cavalerie Excelmans ; Les troupes du Gai. Gérard furent stationées à Gembîoux même , à mesure qu'elles arrivaient. Le Gai. Pajol, qui avait quitté la route de Namur , pour marcher parallèlement au chemin de Fieurus à Gembîoux, m'ayant rendu compte vers les neuf heures du soir qu'il avait pris position à deux lieues sur la droite de cette ville, j'écrivis à Napoléon une première lettre pour l'informer du point où j'étais, et ayant reçu pendant la nuit, quelques rcnseignemens sur la marche des Prussiens, je lui addressai une seconde lettre à deux heures du matin, pour le prévenir que je me remettrais en marche avant le jour, et me porterais sur Sartavalin. Au lever du soleil , le corps du Gai. Vendame s'ébranla dans cette direction, marchant sur les traces de la cavalerie du Gai. Excelmans, et le Gai Gérard eut ordre de suivre ce mouvement. Des rapports successifs annonçant que plusieures colonnes Prussiennes avaient passé , tant à Sarta- ^^linque dans les environs, j'écrivis à dix heures et demie une troisième lettre à Napoléon , pour lui annoncer que je mecroyais au moment de joindre l'arrière-garde Prussienne, et j'expédiai cette nouvelle dépêche par le Major La Frênaie , autrefois mm pa^ej officier également capable de bien rendre compte de ce
ji^ue j'avais recueilli des moiivemcîîs de l'ennemî, et de rapporter proniptement des ordres , s'il y en avait à me donner. L'opinion d'un ancien militaire décoré de la lé,^ion d'honneur, chez lequel je m'arrêtai à Sartavalin le tems nécessaire pour écrire cette lettre, et celle de toutes les personnes que j'avais interrogé étaient que les Prussiens se concentraient dans les plaines de Louvain. Je rejoignis le Gai. Excel mans qui, depuis le matin, tallonait les extrêmes arrières-gardes de cavalerie Prussienne ; et à onze heures et demie, et à une lieue et demie environ de Wavres, nous découvrîmes enfin une arrière-garde d'infanterie, avec du canon. Aussitôt que je l'eus reconnu, la canonade s'engagea , et le Gai. Vendame arrivant , avec la tête di' sa colonne nous marchâmes aux Prussiens, qui avaient pris position au bois de Limelette, et furent immédiatement attaqués et culbutés : la cavalerie du Gai. Excelmans les tournant par la droite du bois , se porta sur le bas Wavres. Nous suivimes vivement l'ennemi, et entre une et deux heures, nous étions maîtres de la partie de cette ville , située sur la rive gauche de la Dyle,
Pendant qu'on tiraillait dans le bois de Limelette , le canon se fit entendre sur la gauche : je me portai , de ma personne , dans cette direction , et me convainquis qu'un engagement y avait lieu. Mais la nature de la canonade , peu nourrie alors, (il était environ midi , et elle ne l'a été fortement à Waterloo , que vers une heure.) Ija compiette ignorance où j'étais que les Anglais recevraient la bataille de ce côté-ci de la forêt de Soignes , la probabilité que ce n'était qu'un engagement partiel du Mal. Ney avec l'arrière garde du Duc de Wellington , qu'on croyait généralement dans l'armée Française , en retraite sur Anvers , enfin l'obéissance due à mes ordres qui me prescrivaient de poursuivre et de combattre les Prussiens , et de ne jamais les perdre de vue quand je les aurais joint, me firent regarder comme mon devoir, non-seulement de ne pas les abandonner pour courir au bruit de cette canonade lointaine , mais encore de les attaquer le plus vivement possible à Wavres afin qu'en les occupant fortement , sur ce point, ils ne pussent rien entreprendre contre Napoléon , si^
contre toutes probabilités, une bataille générale se livrait entre les Quatre-Bras et Bruxelîes. Je n'avais alors pas plus deviné que ne l'avait fait Napoléon à cette heure, le plan des Alliés, et je n'étais point informé que , dès le point du jour , deux des corps du Ma^ Bîucher avaient quitté Wavres pour se porter au soutien du Duc de Wellington. N'ayant d'ailleurs que trente-deux mille hommes, et étant, autorisé par tous mes rapports à croire la totalité de l'armée Prussienne , forte de quatre-vingt-quinze mille réunie devant moi, j'étais trop faible pour pouvoir détacher une partie de mes troupes, sanâ courir la chance de faire écraser ie reste.
Toute-fois lorsqu'un peu plus tard , le Gai. Pajol qui se trou- Tait fort en arrière par suite de la fausse direction dans la* quelle il avait été envoyé la veille, m'eut rendu compte qu'il allait rentrer dans la route que j'avais suivi , je lui donnai ordre de se porter au village de Limale , et du côté du canon qu'oii entendaito
En possession d'une partie de %Vavres5 nous avions en face de nous , sur la rive opposée de la Dyle , une armée Prussienne , dont il était difficile, à raison de la nature du terrein , d'évaluer la force. Elle couronnait les hauteurs qui dominent Wavres, occupait le village de Bieîge , et le moulin de ce nom placé au pied, et se prolongeait dans la direction du village de Limelette. 11 s'était ouvert d'une des rives de la rivière à l'autre , une forte canonade entre l'artillerie du Gai. Vendarae , et !es batteries ennemies, et notre infanterie fusillait vivement l'infanterie Prussienne , sans franchir la rivièi*e , dont le passage était défendu par le feu partant des maisons sur la l'ive occupée par l'ennemie, et par un grand nombre de bouches à feu. La tête de la colonne du Gai- Gérard arrivant sur ces entrefaites eut ordre d'attaquer le moulin de Bieîge ^ et de passer la Dyle sur ce point. La cavalerie du Gai. Excelmans était sur le bas Wavres , et celle du Gai. Pajol avait été dirigée aiîisi que je l'ai déjà dit , sur le village de Limale, afin de me mettre en communication avec Napoléon , et de couper la f etraite des Prussiens , s'ils se retiraient sîjr Bruxelles , quaiid
je les aurais chassé de ïa position de Wavres. Le Gai. Pajol se serait trouvé avant eux sur cette route , et les eût fortement gêné dans leurs mouvemens. L'attaque du moulin de Bieîge faite mollement ne réussit pas 5 et je me disposais à la renouveler , lorsqu'un officier envoyé par Napoléon me remit vers les quatre heures , une dépêche du Major Gai. , (Mal. Soult, ) dont voici la teneur : " Bu champ de bataille de Water^ <^' loo , le 18 , à une heure après midi. Monsieur le Maréchal ^ •« vous avez écrit ce matin à deux heures , à l'Empereur que ^^ vous marcheriez sur Sartavalin. Donc votre projet était de ^^ vous porter à Corbaix ou à Wavres. Ce mouvement est ^^ conforme aux dispositions de Sa Majesté j qui vous ont été <« communiquées. Cependant l'Empereur m'ordonne de vous ^^ dire, que vous devez toujours manœuvrer dans notre direction, <« c'est à vous à voir le point où nous sommes , pour vous régler « en conséquence , et pour lier nos communications , ainsi que ^^ pour être toujours en mesure pour tomber sur quelques «^ troupes ennemies qui chercheraient à inquiéter notre droite, «« et les écraser. En ce moment la bataille est gagnée sur « la ligne de Waterloo. Le centre de l'ennemi est à Mont-St*- •« Jean, ainsi manœuvrez pour joindre notre droite.
^^Signè Le Duc be Dalmatie.'^
« P. S. Une lettre qui vient d'être interceptée porte, que a le Gai. Bulow, doit attaquer notre liane : nous croyons apper- « cevoir ce corps sur les hauteurs de St. Lambert : ainsi <« ne perdez pas un instant pour vous rapprocher de nous , *« et nous joindre , pour écraser Bulow, que vous prendrez en " flagrant délit. "
Au moment de la réception de cette lettre, toutes les troupes que j'avais avec moi étaient engagées | le corps du G:iî. Ven" dame enfourné dans la partie de Wavres dont nous étions maîtres, et n'ayant pas débouché, ne pouvait être portf sur d'autres points, sans que l'on courût la chance que l'ennemi ne repassât la rivière à sa suite et conséquemment n'empêchât , ou tout au moins ne retardât son mouvement. Il en était de
même de celles des troupes du G'^1. Gérard qui attaquaient le moulin de Bielge : mais environ la moitié de son corps n'était point encore ariivée devant Wavres» lî était parti trop tard et décousu de Gembloux j îa désorganisation partielle et Fimprcssion fâcheuse que lui avait fait éprouver la désertion à Fennemi du Gai. Bourmont, et de quelques autres officiers rendant ses mouvemens lents et sans précisions. Toutefois ce retard devenait heureux , puisque à quelque point de îa route que pussent se trouver ces troupes , ciies étaient plus près de St. Lambert que celles qui se battaient à Wavres, Je crus devoir utiliser cette circonstance 5 en les dirigeant directemerst sur St. Lambert 5 et Waterloo , sans les laisser arriver à Wavres, Accompagne du Gai. Gérard 5 je me portai à leur rencontre , jusques à une maisonnette, nommée îa Baraque où j'espérais qu'elles seraient rendues en même tems que moi. Au lieu de cela, elles se firent long-tems attendre, et quand elles arrivèrent le manque de guides , la difficulté de découvrir les chemins , divers prétextes, et le peu d'empressement du général Gérard à exécuter mes ordres ralentirent ce mouvement qui , quoique bien trop tardif alors , pour pouvoir être d'une complète utilité ^ eût peut-être contribué, s'il eût été fait ra[ûdement , à rendre la dernière attaque ûvs Prussiens, à Waterloo, et la poursuite de l'armée Française, moins décisives. De ma personne je retournai à Wavres espérant que le Gai. Vendame aurait passé la Djle , enfoncé l'enneîui et que je pourrais aussi diriger, par la rive gui "he , la plus grand;? partie, de ses troupes vers St Lambert. Je trouvai les choses dans le même état ; une canonade et une fusillade sans résultats , continuaient d'une rive à l'autre ; indigné, je me précipitd à-bas de cheval pour conduire moi-même une nouvelle attaque au moulin de Bielge. Le Gaî. Gérard fut alors blessé d'une balle dans la poitrine , et ce mouvement n'eut pas de succès. Voyant qu'on ne réussissait à rieiî , ni à Wavres ni à Eieige , et voulant , à tout prix , joindre ^^apoléon , je me déterminai alors quelqu'inconvénient qu'il pût y avoir à ne laisser que le corps du Gai. Vendame et la cavalerie
ExcelmafiS devant mie année (ioiit la force ne m^était qu'ioipar» faitemeîit connue. 5 à faire iilcr celles des troupes du G-^» Gérard que j'avais sur ce points paraHélement à la Dyle , vers Limelette , asin de les réunir à la portion qui avait eu ordre de s'y rersdre de la Baraque, et de marcher avec la totalité de ce corps vers St. Larabert. MalheureuseîP.ent la rive droite de la Dyle est accidentée , coupée de ruisseaux et de ravins profonds et ia communication usitée entre Wavres et St. Lambert, est par la rive gauche , de sorte que le oionvement de ces troupes ^ dsoianda beaiicoiip de teras. Cependant la cavalerie du G^î- Pajol et line division d^infanterie franchirent la Byle et à la nuit nous étions maîtres des liaiiteurs de Taislre côté de la rivière : mais les Prussiens que nous en aviosis chassé avaient repris position à une portée de canon en aiv riére. Le chemin qui contluit du vallon où conle la Dyle au plateau qui domine les villages de Limale et Lime-r lette 5 est roide et escarpé : Tobscisrite de la nuit en rendait la montée lente et difficile : iV,ncombrement y était extrême ^ le terrein manquait pour se développer sur la hauteur, et la proximité de i^enoemi était telle qise ses balles atteigîiaieiît la tête du défilé. Sentant tout le danger d'une telle positioîî, je restai jusques après de minuit sur ce point, occupé à faire les dispositions convenables et à placer moi-même, les soldats à mesure qifih gagnaient la partie du plateau dont nous noiis étions emparé. La cavalerie du G^^- Pajol qui avait aussi passé la Dyle était sur la gauche ayant la rivière à dos , et sa situation était aussi mauvaise que celle de Finfanterie et de Fartillerie. Les Prussiens continuaient à occuper Bielge et se liaient par les bois, avec les troupes que j'avais en face de moi : il est probable cfue S'ils nous eussent vigoureusement ré-attaqué nous eussions été rejetès avec perte , de l'autre cèté de la Dyle. •
Il m'importait autant d'enfoncer l'ennemi sur ce point ^ qu'il me tardait d'opérer ma jonction avec Napoléon , dont je n'étais pas inquiet , la lettre du Major générai me fesant croire la bataille gagnée par nous , à ?f aterloo , mais dont je commençais à m'etonner de n'avoir plus
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aucunes îioiivelles^ malgré Penvoi de trois de mes officiers^ et de plusieurs partis. J'emploiai la majeure partie de la nuit à tout préparer pour une attaque au point du jour : cependant quoique j'eusse pu faire ^ j'avais peu de troupes et de moyens réunis * quand l'aube parut : l'ennemi m'évita la peine de l'aller cbercher et s'avaiiea pour me combattre : je le repoussai et fis à mon tour attaquer et tourner le village de Bieîge par la -division Teste. Ce mouvement força les Frusaiens à l'évacuer , ainsi que la partie de Wavres qu'ils occupaient. Le Gai. Vendame passa ^ilors la Byle sans obstacle : nous poursuivîmes l'ennemi jusques à Roziernes , et on se persuadait que Napoléon 5 victorieux la veille , était déjà maître de Bruxelles 5 Ces illusions ne tardèrent pas à s'évanouir. Vers les onze heures ^ un officier envoyé par le Major général annonça les désastres de Waterloo. Son rapport n'était que verbal ; il ignorait sur quels points s'était retiré Napoléon : et n'était porteur d'aucun ordre qui indiquât ceux sur lesquels je devais me diriger. Toutefois les détails qu'il donnait étaient si circonstanciés qu'il devenait impossible de révoquer en doute la fatalité des évé- Kemens de la veille. Ma première pensée fut de marcher sur les derrières de l'armée ennemie : mais ayant trop peu de monde pouriin tal niouvemer.t dans lequel j'eusse bientôt été suivi par les Prussiens que j^avais en face de moi , je me déterminai à me porter d'abord sur la Meuse , et à prendre ensuite le parti que les informaticjns que je recueillerais me feraient juger le plus utile. J'opérai mon mouvement sur deux colonnes, dans les directions de Temploux et de Namur , ayant ma cavalerie légèi-e â Marc-^'-t-Benis , et mes dragons sur la droite. L'ennemi qui fuiait devant nous, ne nous inquiéta pas pendant la journée du 19, mais le 20 au matin, il attaqua simultanément Jes queues des deux colonnes : celle de gauche que le Gai. Vendame s'était permis de quitter pour prendre les devants et se rendre de sa personne à Namur, ïiyasit opéré son mouvement rétrogade un peu tr op -tôt , compromit pour quelques instans celle de droite avec laquelle je marchais. La division Teste que je reportai en avant 5 diver-
ses charges de cavalerie et la fermeté des troîjpes firent bientôt cesser la presse momentanée dans larjoelle on se trouvait» L'ennemi fut repoussé et nous îui enievâmes plusieurs pièces de canons. Arrivé à Namur , j'appris que ies Alliés avaient passé la Samhre ia veille, et je résolus de me replier par Dinant 5 sur Givet. Mais i! était indispensable de tenir Namur, pendant la journée aliii d'avoir le tems de faire passer aux blessés 9 aux é~ quipages , et à rartillerie ^ le ûeûlé long , et étroit , qui s'étend de cette ville à Dinant. Je chargeai !e G^^- Vendame d^occoper Namur jusqoes à la nuit et ii s*j maintint avec succès malgré les attaques récidivées des Prussiens auxquels on ne laissa m un blessé, ni un caisson, ni un trophée militaire; etquiessuiérent de telles pertes dans leurs attaques, qu'ils n'essayèrent pas de nous poursuivre , au-de-là de Binant.
Dans un ouvrage plus complet, sur la campagne de 1815 , pour l'achèvement duquel, d'indSspensabies matériaux me manquent encore aux Etats-Unis , je donnerai les détails de ma re~ traite sur Paris , connue , au reste , par ses résultats, ïl suffit de dire ici , que les espérances d'un ennemi nombreux et avant moi, sur mes communications directes avec la capitale, furent déjouées : les troupes sous mes ordres , ainsi que les débris de l'armée de Napoléon qiïe je ralliai à mon corps à Soissons^ furent ramenés , intactes , et inespérés à Paris , et-la première pensée du Minisire de la Guerre 9 en envoyant l'annoncer par le Colonel Ilervo , son aide-de-camp , au corps législatif, fut de loi faire démander de décréter que j'avais bien mérité de la patrie. ( * )
Après avoir mis à même de juger par le narré qu^on vient de parcourir, et les observations qui le précèdent, si le Gai Gourgaud est autorisé à m'imputer celles des causes de la perte delà bataille de Waterloo qu'il essaie de rejeter sur moi j, peut-être devrais-je d'autant moins m'occuper de quelques écrits publiés en Europe et aux Etats-Unis , et dans lesquels on
*Cette circonstance m'a encore été répétée à Piiiîadeîphie<, par un témoin auriculaire, le Colonel Latapie.
m'attaque avec aussi peu de justesse que de mesure ^ qu^une discussion calme etraisonnée , et le langage do la vérité ne sauraient être entendus de leurs auteurs , dotit la plupart ont un intérêt personnel à proclamer Finfailiibilité de Napoléon , et à ne point admettre «iu'iî ait pu se tromper dasis îe choix des dispositions, ou des hommes qu'il a adoptée. Puisque d'ailleurs, il n'exista jamais ni rapports affectueux , ni d'autres liens que ceux d'une confraternité forcée, entre moi et ceux de ces hommes du régime Impérial qui durent leur rapide élévation, à une flexibilité de caractère qui les reiidai^^nt de précieux instrumeus pour le despotisme , et dont l'étonnante fortune fut le résultat de leur soudaine aptitude à confondre îa patrie et le chef du gouvernement , et à croire servir l'une , en se dévouant aveuglement , aux passions, et aux vues ambitieuses de l'autre, assurément je ne devais attendre d'eux, ni impartialité, ni justice, aux rives étrangères où m'ont poussé les orages qu'ils ont fait éclater sur la France, par l'aveuglement, et les fatales déterminations dans lesquelles de pernicieux conseils, et un culte idolâtre , ont entraîné son dernier chef. Mais, si leur inimitié dont je fus si souvent l'objet dans ma patrie , m'y servit de titres à l'estime publique , elle n'a pas plus le droit de m'affecter aux Etats-Uins , que n'ont le pouvoir de m'atteindre les attaques de ces individus qui se persuadent que l'auréole de gloire d'un grand-homme, en les éclairant un moment , les a transformé en d'irrécusables autorités 3 et ne voyent pas qu'un éclat d'emprunt qui ne se réfléchit sur aucuns faits-d'armes connus , sur aucuns services émiiiens , ne sert qu'a mieux faire ressortir la présomptueuse irapéritie des jugemens qu'ils prononccîît. Je dédaignerais donc de m.'occupér d'écrits presque tous émanés de pareilles sources , s'il n'importait de prémunir contre leurs imputations, car quoique basées sur des faits , des calculs et des raisonnemens faux elles pourraient paraître spécieuses à raison de la perfide adresse ou de l'extrême assurance avec laquelle elles sont présentées. J'habite d'ailleurs un pays où, depuis trois ans j'ai reçu tant de marques d'intérêt que j'éprouve le besoin de légitimer l'honorable bienveillance dont j'ai été l'objet» e» justifiant
aiîx yeux des citoyens de ma patrie adoptive de tous les actes d'iîîie vie qui, consacrée pendant vingt cinq ans au service du pays qui m'a vu naître , n'a pu échapper en des tems de dissentions civiles , ni aisx préventions haineuses des uns, ni à la
jalouse malveillance des autres. Quand en outre' la fortune ne sourit plus aux entreprises dans iesquelies vous êtes engagé , d© toute-part le blâme vient vous assaillir. Toute-fois pour qu'il soit mérité , il fatulrait avoir brigué les emplois qui vous ont été confiés 5 vous être offert aux événemens comEie doué de taîens qui commandent les succès 5 et avoir oiéconnu la religion de vos devoirs : mais si loin de solliciter aucunes fonctions ^ on s'est plus d*une-fois , refusé à occuper les postes élevés qui voua étaient assignés ( * ) § si prodigue de son sang pour la défense de son pays , on a fait tout ce qui était en soi pour le bien ser-vir 5 si toutes les actions de sa vie ont été basées sur des motifs désintéressés et patriotiques 5 on se doit de dissiper les nuages dont on cherche à obscurcir une carrièrej si-non brillante^ et heureuse ^ du moins honorable et pure. ( f )
Dans la critique d-un écrit explicatif de quelques-unes des causes de la perte de la bataille de Waterloo^ publié aux Etats- Unis 5 on se plaint de voir justifier ma coiiduite le jour de cette bataille, conduite qui n'a été , dit on 9 que légèremeïit blâmée., tandis qu'on garde le silence sur celle antérieure , qui Fest 5 !'a été 5 et le sera toujours, universellemeiît, unanimement, ^"c.
il suffirait^ pour démentir cette prétendu unanimité de citer les titres de nombre de relations Anglaises, Françaises et Al* îemandes que j'ai sous les yeux , et qui ne renferment aucune
* En 1795, j'ai refusé le commandement en chef de Farmée des côtes de Brest, avant la campag-ne de T^eipsick, celui de la cavalerie, et en 1814, l'armée qui devait se rassembler en Piémont.
(f) Ayant à repousser dans la suite de cet écrit, les attaques de quelques personnes qui ont emploie des arg'umens à-peu-près semblables, il est bien difficile que la patience du public ne soit pas fatiguée par les fréquentes répétitions qu'il m'est impossible d'éviter. J'ose cependant la réclamer, dans la persuasion que le désir de connaître toute la vérité relativement à des événemens décris jusques-à-présent par des écrivains plus ou moins intéressés à en taire les réels mobiles , et sur lesquels deux des principaux co-opérateurs n'ont point été entendus, les encouragera à en poursuivre la kcture.
charge contre moi. Quand au prétendu blâme que j^aiirais mérité antérieurement au 18 Juin , je ne saurais croire qu'on essaie d'en déverser Sûr mes opérations le !5 et îe 16: Le succès du combat près CUarleroy et de la bataille de Ligny , auxquels la cavalerie que je commandais en chef a eu quelque part 5 repousse cette pensée. C'est donc ma conduite le 17 Juin qu'on censure» Mais en quoi est- elle répréhensible ? Est-ce de n'avoir donné qu'à raidi des ordres de mouvement , aux Gaux. Vendame et Gérard ? On a déjà vu que Napoléon ne m'en donna lui-même, qu'à cette heure: immédiatement après les avoir reçu , je les ai transmis. Est-ce de ce que les troupes ne se sont ébranlées que deux ou trois heures après ? Ayant pî'escrit qu'on se mit en marche , aussitôt qu'il m'a été enjoint de poursuivre les Prussiens et ayant fait usage de tous les moyens en mon pouvoir pour stimuler et faire agir les généraux employés sous moi, je ne suis pas plus coupable de leur lenteur le 17, que Napoléon ne l'est de l'arrivée du Gai Vendamej à Charleroy quatre heures trop tard le 15 et de celle du G^l. Gérard sur le champ de bataille de Fleurus le 16 à midi, au lieu d'y être rendu à huit heures du matin. Puisque d'ailleurs les calomnies dont je suis l'objet me forcent à ne taire aucunes vérités je dirai que des heures s'écoulèrent avant que je pusse arracher le Gai. Gérard de son quartier général de Ligny le î7, qu'il partit trop tard le 18 de Gemblo^ix , ne conduisit point lui même 3'attaque du moulin de Eielg<3, mit peu de zélé à faire exécuter îe mouvement qui avait pour objet de porter ses troupes de la Baraque sur St. Lambert : et montra autant d'apathie, que de répugnance à exécuter les dispositions que je croyais devoir prescrire J'ai non moins à me plaindre du Gai V'endame dont le peu de volonté à me seccnder se manifesta dès le 15 aiî soir, îorsqu^ayant avec ma cavalerie repoussé le corps du Gaî. Ziethen jusque sous Fleurus, et voulant chasser les Prussiens de cette ville par un mouvement combiné de ses troupes, et des miennes, il me refusa de co-opérer avec son corps à cette attaque qui n'eut pas lieu attendu qu'il fut trop tard pour l'exécuter quand les ordres de Napoléon que, j'avais fait prier d'en donp.er au OM^
Ve?}dame atTivérent, Le 17 P Empereur dès qu'il fut sur le champ de bataille l'envoia chercher ^ mais inutilement, et quand j^eiis vers les midi des ordres à \m transmettre , un tems precieiix se perdit avant qu'on parvint à le découvrir. Sa conduite devant Wavres^ ne m''affecta pas moins que la lenteur des troupes à se mettre en marche. Au lien d'attaquer vigoureusesment l'ennemi et de passer de vive force la Dyle ^ ii se borna à faire caiioner et fusilier d'une des rives de la rivière à l'autre. Enfui le mécontentement manifeste qii'a= vait fait naitre dans cet officier général , aussi bien que dans le Gai. Gérard , leur mutuelle jalousie du commandement qui m'était confié , la tardive et incompiète obéissance de l'un et de l'autre , et leurs prétentions que ne purent désarmer une inaltérable patience et des ménagemens sans bornes , si peu appréciés qu'ils les ont transformés depuis en faiblesse ^ m'abreuvèrenî d'amertume et de dégoûts , et nuisirent essentiellement au succès de mes opérations.
On m'improuve de m'être porté sur Gembloux, et cependant c'est par cette route qne s'était retiré le Mal. Bluclier, que Napoléon m'ordonnait de poursuivre, sans me prescrire ainsi que voudrait le faire croire le Combattant de Waterloo signataire de l'écrit dont je m'occupe, de couvrir le flanc droit de l'armée en prenant une position, ou en marchant parallèlement à elle. Un tel ordre eut été absurde , au moment où on se portait en avant sans savoir si les Anglais recevraient la ba= taille, où elle aurait lieu , et sur quels points marchaient les Prussiens, car on ne peut à-la-fois prendre une position, couvrir le flanc d'une armée et en poui-suivre une. autre. Supposant cependant pour un instant , que Napoléon l'ait donné , pourquoi ne i'aurais-je pas exécuté cet ordre si corn» mode pour un homme qu'on accuse d'indécision et de manque d'énergie militaire ? Quels motifs m'eussent porté à préférer de m'attacher à la piste du M^î Blucher, et à courir les chances d'un combat inégal ? Enfin comme on croyait le matin du ir , l'armée Prussienne en retraite sur Namur, c'est dans la direction de celte ville que je me suis d'abord porté : elle était à peu-près opposée à celle que prenait
Napoléon , et avant tle me séparer de lui , je Pai pré, venu que j'allais la suivre. Si alors sa pensée , ou ses ordres eussent été que j'en prisse une différente, et [parallèle à la sienne, certes il m'eut fait quitter celle dans laquelle j'annonçais devoir me diriger.
Suis-je coupable de ce que mon infanterie n'est arrivée à Gembloux qu'a la nuit ? mais pjiisque je n'ai pu la faire partir des plaines de Fleurus avant trois heures, et qu'elle a marché, sans s'arrêter du champ de bataille de Ligny jusques a Gembloux, sa tardive arrivée sur ce point ne saurait m'étre imputée : les généraux sous moi en sont seuls responsables.
M'inculpe-t-on parce que cette infanterie n'a pas dépassé Gembloux le ir ? La tête de la colonne n'y est arrivée qu'à la nuit, et les derniers bataillons y étaient à peine rendus à dix heures du soir : l'obscurité était telle qu'on ne pouvait rien distifiguer ( voyez l'ouvrage du Gai. Goui'gaud ) et la pluie qui tombait par torrcns , avait rendu les chemins presques impraticables ; je n'avais d'ailleurs alors aucune donnée positive quant aux points sur lesquels avait été dirigée la marche en retraite de la masse de l'armée Prussienne. 11 n'y avait donc pas moyen que je portasse immédiatement cette infanterie plus loin. La nuit, le tems et l'appréhension de l'embarquer dans une direction fausse , le rendaient impossible.
Mais répète sans cesse , ce Combattant de Waterloo , pourquoi le Mal. Grouch}' , ne pubiie-t-ii pas textueliemenè les ordres qu'il a reçu ? La raison en est simple. C'est qu'ils ne furent transmis que verbalement. Ceux qui ont servi sous Napoléon, savent que rarement il les donnait par écrit, et au moment où iî commençait à s'appercevoir de la perte d'un tems précieux, ( la matinée du 17 , )morns que jamais il eut la pensée de faire minuter des instructions. Il est commode et facile je le sais , de rejctei* sur la îion compréliension d'ordres verbaux les mouvemens faux qui ont été le résultat de leur exécution fidèle , et de bazer des accusations utiles à ses vues y sur des instructions imaginaires.
Mais si les diverses dispositions dont se composent ces or dres supposés , ne soiit point en harmonie entre-eîles, et emportent contradiction , on est à même déjuger du degré de foi que mérite la teneur qu'on leur prête aujourd'hui. Le Gai. Gourgaud n'établit , au reste , nulle part , qu'ils aient été donnés par écrit , et s'il était d'un réel intérêt de montrer qu'ils ne furent que verbaux, j'en trouverais si-non une preuve , du moins une forte indication dans la lettre du Major G^^l- (Mal. Soult), rapportée page 15 ; en parlant de ma marche sur Sartavalin , il s'exprime en ces termes, <* Ce mouvement <* est conforme aux dispositions qui vous ont été communiquées.*^ 11 ti'eut pas manqué de dire aux instructions ou aux ordres que je v(ms ai transmis et dont vous êtes porteur, si j'en eusse reçu d'autres que de verbaux.
Ce Combattant de Waterloo , si bien informé de ce qui se passait à Gembloux , et a Wavres où il n'était point , reproche àl'auteur de l'écrit qu'il attaque, d'avoir avancé que l'armée sous mes ordres , se composait de trente et quelques mille hommes ; il affirme que j'étais a la tête de quarante -cinq mille, dont dix mille de cavalerie, et prétend que l'armée Prussienne a été représentée dans le morceau qu'il réfute , comme double de ce qu'elle était réellement : que sa force, au lieu d'être de quatre-vingt-dix mille hommes , nombre approximatif auquel elle y a été portée , n'était que de cinquante-cinq mille hommes : qu'il ne peut admettre ce calcul de (piatre-vingt-dix mille, parce qu'il est inexact , et n'a été admis par aucuns des auteurs qui ont publié des relations de la bataille de Waterloo, qu'il ait lu ,ou dont il ait entendu parler.
De telles assertions montrent à quel point îa passion peut faire errer dans les calculs , et rendre fautifs les souvenirs les plus récens. L'état de situation de mon armée , rapporté page 7 de cet écrit , tiré de documens officiels que je possède maintenant , et qui sont semblables à ceux dont s'appuie le Gai. Gourgaud , constate qu'elle ne s'élevait le 17 Juin , qu'à trente-deux mille hommes , dont quatre mille huit cent soixante et dix de cavalerie. Si la mémoire de ce Combattant de Waterloo , eût été
( âS )
plus heureuse ^ iî se serait rappelé de cette plirase du bulletin officiel Français de la bataille de Ligny ; " l'ennemi montra qua= tre- vingt, à quatre-vingt-dix mille hommes ; " et il n'eut point oublié que le Mal. Blucber , ainsi que le Duc de Wellington établissent dans leurs rapports que l'armée Prussienne formée de quatre corps , ne combattit à Ligny , t|u'avec trois , dont le total s'élevait a quatre-viugt mille hommes, et que le quatrième fort de trente mille, et commandé par le G^l. Bulovv ne rejoignit l'armée que îe lendemain de l'affaire : les pertes des Prussiens le 16, sont évaluées dans la relation officielle Française insérée au Moniteur en Juin 1815 , à quinze mille hommes, et dans les relations Allemandes , et Anglaises , à beaucoup moins, d'où il résulte qu'après avoir rallié le corps du Gai. Bulow , et concentré son armée aux environs de Wavres, le Mal. Blucher se trouvait à la tête d'environ cent mille combattans. L'évaluation des forces Prussiennes contre lesquelles j'avais à agir, et qu'on attaque pour avoir été portée à quatre-vingt-dix mille hommes , était donc au-dessous de la réalité.
Certainement il est vrai de dire que la victoire serait demeurée à l'armée Française si les Prussiens n'eussent pas pris part à la bataille de Waterloo : mais pour me mettre à même de les en empêcher , il eut fallu , ainsi que je l'ai déjà fait voir, que Napoléon préjugeant leur plan, lançât mes trente-deux mille hommes à leur poursuite îe 17 au point du jour , et qu'il n'attendit pas pour prendre un parti , la rentrée d'une reconnaissance envoyée dans la matinée aux Quatre-Bras dont elle n'est revenue qu'à midi , tandis que si elle y eût été dirigée pendant la nuit, son rapport aurait été reçu an lever du soleil , et le plan d'opérations adopté en conséquence, eût pu être mis à exécution sept à huit heures plus tôt : j'aurais alors été en mesure de retarder la retraite du Mal. Blucher, qui ne pouvait l'être par le Gai. Pajol, envoyé dans une fausse directiou, (celle de Namur,! avec onze cents et quelques hussaîds et une faible division d'infanterie; j'eusse contrecarré le général en chef Prussien dans l'accomplissement fie ses projets ; il n'eut pas eu le tems de prendre avantage d'une position forte ci étudiée , et n'aurait probablement
pas osé détacher dès le point du jour le 1 8 , de Wavres sur Waterloo deux de ses corps : s'il l'eût fait , lorsque la force de mes troupes lui aurait été connue , c'eût été trop tard , pour qu'avant leur arrivée sur le flanc et la ligne d'opération de l'armée Française le sort de la bataille n'eût été décidé en notre faveur. Mais quand Napoléon m'ordonnait le 17 à midi, de poursuivre l'ennemi, et que par suite des lenteurs des généraux sous mes ordres , leurs troupes ne s'ébranlaient des plaines de Fleurus que le 17 à près de trois heures de l'après midi , l'armée Prussienne était réunie près de Wavres. Lorsque j'arrivai."S à Wavres, entre une et deux heures le 18, les colonnes Prussiennes étaient déjà sur les hauteurs de St. Lambert , et en vue des armées qui combattaient à Waterloo. Toutefois si l'heure tardive de l'arrivée de mes troupes à Gembloux , et le tems, plus que mon peu de données sur les mouvemens réels des Prussiens m'ont empêché pendant la nuit du 17 , de porter mon infanterie au-de-làî de cette ville, le 18 au lever du soleil, elle était déjà en mouvement , se dirigeant sur Sartavalin et Wavres où , la tête de la colonne n'a pu parvenir qu'entre une et deux heures quoiqu'elle ne se soit pas arrêtée un instant pendant sa marche. Avancer qu'alors j'étais à tems de paraliser par un mouvement de flanc , que ma proximité de l'ennemi ne me permettait plus de faire, l'attaque de Gai- Bulow sur l'aile droite des Français près de Waterloo, c'est méconnaître la position de l'armée Prussienne qui se trouvait en échelons entre Napoléon et moi ; et ne compter pour rien les distances , l'état des chemins , et la nature du pays : c'est oublier que ceux des corps Prussiens qui décidèrent le sort de la bataille , s'étaiejit ébranlés de Wavres dés le point du jour , et furent en marche depuis quatre heures du matin jusques à une heure après midi , avant d'atteindre la tête du défilé de St. Lambert. ( voyez le rapport du Mal. Blucher. ) Ainsi donc , à moins que je n'eusse eu la faculté de donner des ailes à mes soldats , il était impossible qu'ils arrivassent à tems utile à Waterloo.
Tenir en échec , ainsi qu'on établit que j'aurais dû le faire avec un corps de trente-deux miîle hommes , une armée forte de quatre-vingt-quinze mille, était une tâche fort difficile , et on émet une opinion erronée en avançant que j'aurais pu la remplir ; car pour paraliser les mouvemens de son ennemi eu pays ouvert , il ne faut pas en être à plusieurs lieues. Le 1 7 au soir , mes troupes étaient à peine rendues à Gembîoux. Le 17, dans la 8oirée, le Mal. Biucher avait toute son armée, à l'exception d'une arrière garde , réunie prés Wavrcs. Le 18 au lever du soleil , le M^l- Bîucber détachait de Wavres une portion de ses troupes à l'effet d'opérer sa jonction avec le Duc de Wellington : le 18 au lever du soleil , j'étais à sept heures de marche de là. Comment pouvais-je empêcher ce détachement et prévenir cette jonction ?
On ne saurait dire avec plus de justesse, que ce soit ïnoi que le Mal. JBlucher ait trompé , et qu'il m'ait dérobé le mouvement d'une fjartie de son armée, attendu que je ne commandais pas en chef , et que je n'étais pas en position devant lui lorsqu'il a commencé son mouvement vers la gauche de l'armée Anglaise à dessein de tourner la droite des Français à Waterloo , que mes troupes étaient à une grande distance quand cette disposition s'est exécutée , et que je n'ai pu atteindre l'arrière garde des Prussiens, que le 18 vers les midi, à environ une lieue et demie de Wavres , qu'avaient occupé pendant îanuit, ceux des corps ennemis qui effectuèrent au point du jour le mouvement en question. La vérité est , que profitant de la faute que nous avons commis de ne jjrendre, aussitôt après la bataille (j!e Ligny , aucunes des mesures propres à retarder la retraite des Prussiens et à découvrir la direction qu'ils suivaient , le Mal. Eiucher a su tirer tout le parti possible de sa supériorité numérique, du répit que lui a laisse le généralis- :Ame Français duraîit la matinée du 17, enfin de l'heure tardive de la bataille de Waterloo , que Napoléon avait dessein de roinrucnc^^r dès six heures du nvàtlw , mais
qu'il a été obligé de différer jusques à midi, attendu qu'il n'avait de munitions que pour huit lieures de combat.
En réponse au grief allégué contre mm , par îe Combattant de Waterloo , que «'l'attaque de Wavres, par le " G^il Vendame aurait réussi , si elle eut été soutenue comme *« elle devait l'être." Je demanderai au gens du métier , comment on pouvait plus efficacement l'appuier que par l'attaque simultanée du Moulin de Bieîge, des démonstrations au-dessous de Wavres, et un passage de la Dyle au village de Limale. Je laisserai au même écrivain à expliquer pourquoi le Gai. Vendame qui , en tant de circonstances a développé vigueur et talens militaires , qu'on peut supposer avoir été aussi désireux qu'un autre, d'arriver le premier a Bruxelles, et auquel j'avais donné la plus complète latitude quant aux dispositions particulières d'attaque , n'a pas culbutté les dix à douze mille Prussiens , qu'il affirme , dans cet écrit avoir été les seules troupes laissées par le Mal Blucher devant moi.
Mais c'est m'occuper trop long-tems de bien faibles attaques, et j'aime mieux repousser celles d'un écrivain militaire qui , dans des considérations sur l'art de la guerre , établit, ( page 336, ) " Que les commandans des corps d'ar- «« mées ne doivent pas attendre les ordres du généralissime « pour marcher au secours de leurs voisins ; que dés qu'ils " entendent une canonade un peu vive , sur la colonne prin- " cipale , ils doivent se diriger vers ce bruit , afin de prendre ♦< part au combat qu'il annonce , sans perdre un tems pré- « cieux et souvent irréparable , à attendre des ordres qui << peuvent être retardés par divers accidens..,.,. que la trop « célèbre campagne de Waterloo est un exemple mémorable " des revers que peut causer l'oubli de ces principes, Sçc» " Si l'on admettait leur justesse, il s'ensuivrait que , lorsque j'entendis tirer le canon vers Waterloo , j'aurais dû quitter la poursuite du Mal. Blucher, dont je venais d'atteindre l'arrière garde , pour me porter immédiatement de ce côté. Mon opinion est différente , et je ne saurais croire qu'il appartienne a un général sisbordonné de
s'écarter des ordres qu'il a reçu du chef suprême , quand les circonstances qui les ont motivé ne sont point évidemment changées. Mes ordres étaient de poursuivre le Mal. Biuclier , de ne point le perdre de vue , de l'attaquer quand je l'aurais joint. Je venais de l'atteindre, j'étais aux prises avec son arrière garde, en position pour me barrer le chemin de Wavres , où , d'après tous les rapports qui m'étaient faits , tous les renseignemens que j'avais pu récueillir, je devais croire l'armée Prussienne réunie; je n'étais point dans le secret de la bataille de Waterloo que Napoléon lui-même n'avait pas deviné lorsqu'il m'avait détaché : enfin les considérations qui avaient déterminé l'envoi de mon armée à la poursuite des Prussiens ne perdaient rien de leur force par le bruit d'une canonade qui pouvait n'être que le résultat d'une affaire d'arrière garde à laquelle on s'attendait et qui avait lieu à une distance de plusieurs lieues. D'ailleurs si , contre toutes les probabilités et l'opinion prévalante, les Anglo-Beiges recevaient la bataille de ce côté-ci de Bruxelles , combattre l'armée Prussienne en queue de laquelle je me trouvais alors placé, était opérer la seule diversion que je fusse à même d'effectuer. Je crois donc avoir agi conformément aux règles de l'art de la guerre. Cette manière de voir se fortifiait d'ailleurs à mes yeux , par l'improbation qu'avait témoigné devant moi Napoléon , de la conduite du Mal. Ney. Je l'avais entendu le blâmer d'avoir suspendu le mouvement de ses troupes le 15, au bruit delà canonade qui avait lieu entre Gilly et Fleurus , d'avoir fait faire halte aux corps du Gai. Reille entre Grosselies et Frasiies , et d'avoir envoyé une division vers Fleurus où l'on se battait, au lieu de s'en tenir à l'exécution pure et simple de ses ordres, qui lui prescrivaient de se porter aux Quatre-Bras. (Cette improbation est également mentionnée dans l'ouvrage du Gai- Gourgaud , page 50. ) D'où il résuite que le Mal. Ney est blâmé pour ne s'en être pas tenu à la littérale exécution de ses ordres, pour avoir arrêté son mouvement , et porté une portion 4e ses troupes vers la canonade qu'il entendait sur sa droite, et que je suis censuré pour avoir daws des cir-
constances semblables à celles dans lesquelles ii se trouvait ^ a^^i d'iîi^e manière contraire i c'est-à-dire pour ne m'ètre pas poi'té avec tout ou partie de roon corps , au point où une canoîîade avait lieu sur ma gauche , et pour avoir religieusement exé-
cistjé mes ordres qui me prescrivaient de poursuivre les Frussiens 5 d^attaqoer leur arrière garde et de toujours me tenir si
près d'eux que je ne les perdisse jamais de vue.
Quelque disposé que je sois à rendre justice aux opinions niilitaires du G^l. Rogniat, quoiqu'il les énonce de la manière la plus désobligeante pour moi , je ne saurais les regarder comme décisives , lorsqu'elles sont en opposition avec telles d-im des plus grands capitaines de ce siècle ^ et alors que j'ai agi le 18 Juin conformément aux principes qu'il coiisa== crait lui-même le 17. Quant au reproche d'être resté à Wavres , " dans une stupide immobilité , " et . à l'assertion mise en avant ** que l'aile droite de l'armée est demeurée inac» tive et indécise , tandis qu'un mouvement rapide eût empêché les Prussiens de se réunir aux Anglais , " elles offrent seulemeiit la preuve de Tétoîraante légèreté avec laquelle le Gai. Rogîûat s'est permi d'écrire et déjuger des opérations sur îesquelles ii n'avait que des notions incomplètes ou des documens iniidèies.
Enfin si ce n'était m'abaisser que de répondre à ceux qui attribuent la perte de la bataille de Waterloo , à mon manque de fermeté, et de moyens^ je leur rappellerais les nombreuses cicatrices, dont je suis couverte et Fopinion qu'ont bien voulu avoir de moi les divers gouvernemens qui ont régi îa France , depuis 1792. Dix-sept blessures reçues au champ d'honneur démentent la première de leurs assertions, et on a la mesure de la seconde, en se rappelant que pendant vingttrois ans j'ai été constamment investi de commandemens aussi difficiles qu'importans, ei qu'on est toujours venu m'arracher^ malgré ma répugnance à en sortir, à îa modeste retraite , dans laquelle je m'empressais de rentrer dès que les circonstances pouvaient le perinettrc.
Obligé de tormiiier cet écrit ivàv diverses réiiexions crî-
tiques sur îa dernière campagne du guerrier célèbre dont là victoire couronna si souvent les conceptions , j'ose espérer qu'on les envisagera moins comme l'effet d'une ridicule présomption de ma part , que comme l'inévitable conséquence de la malveillance et de la partialité adulatrice de certains individus qui voudraient substituer des causes fictives , aux vrais mobiles de nos desastres , occasionnés , non par les fautes des îieutenans de Napoléon qu'on cherche gratuitement à entacher, mais par une série de dispositions secondaires mal calculées, et l'absence de ces inspirations heureuses, qui, à d'autres époques, l'avaient si bien secondé.
La division de l'armée Française immédiatement après le passage de la Sambre en deux corps , dans des proportions telles que celles qui leur furent données , me semble blâmable. Ouvrant la campagne près de Charleroy , il était probable qu'on n'aurait d'abord affiiire qu'aux Prussiens , et que les Anglais, dont les cantonnemens étaient plus éloignés , ne pourraient être en ligne aussi-tôt qu'eux. La veille înème du passage de la Sambre , les rapports des espions validaient cette opinion puisqu'ils annonçaient qu'aucun mouvement n'avait encore eu lieu dans l'armée du Duc de Wellington. Ainsi en opposant à l'armée Anglaise , ou plutôt en envoyant dans la direction qu'on imaginait qu'elle prendrait, un corps' a'.jssi considérable qr.e celui du Mal. Ney , ( 46,780 hommes , Gai. Gourgaud , page 56, ) on se privait d'une partie des moyens dont on aurait pu se servir pour écraser l'armée Prussienne et on diminuait inutilement ses chances de succès , puisque le calcul du te^ns et des distances autorisait à préjuger que, tout au plus une avant garde Anglo-Beîge serait en mesure d'agir de concert avec l'armée Prussienne, pendant les deux premiers jours qui suivraient le commencement des hostilités.
Les événemens ont justifié cette manière de voir. Le Mal. Ney , avec 22,720 hommes , ( G^l. Gourgaud , page 85 ,) a battu ou contenu , pendant les journées du 15, et du 16, les troupes Angio-Eelges qu'il avait en face de lui, et les
a empêché de rien faire, pour soutenir les Prussieiîs. D'où il résulte que le but qu'on se proposait aurait été atteint avec la moitié des forces qui lui furent données.
A tort dirait-on que l'espoir de pouvoir faire attaquer le flanc et les derrières de l'armée Prussienne, par un corps nombreux en même tems qu'on les aborderait de front , rendait nécessaire de donner au Mal. Ney des forces aussi considérables. D'abord il était probable que les Allies éviteraient tout eng'agement général jusques à ce que les Russes et les Autrichiens fussent en mesure de coopérer à l'invasion de la France. Ensuite en supposant que le M^l. iikîcher se déterminât à recevoir la bataille , comme on ne pouvait savoir où elle aurait lieu , il était douteux que le corps du Mal JSey fût à même d'y prendre part, tandis que l'éloignement d'un aussi grand nombre de troupes affaiblissait sans utilité démontrée l'armée qui aurait à agir contre les Prussiens , s'ils commettaient la faute de combattre. Tant de chances d'ailleurs , rendent illusoire la coopération des corps détachés, que lorsque l'ennemi est à même de s'interposer entreux et l'armée principale , et qu'ils se trouvent hors d'un cercle d'opérations dont le rayon est de plus d'une lieue ou d'une lieue et demie , il est peu sûr de compter sur eux pour le gain des batailles. JNous eussions été défaits â 3larengo, si la division Dessaix eût ete moins prés qu elle ne Pétait du théâtre de l'action et quoique se trouvant en arrière de l'armée Française , elle iïit dans la classe des réserves ordinaires , que sa coopération ne pût être prévenue par les Autrichiens qui n'étaient point en mesure de se porter entr-elle et l'armée de Napoléon , et qu'elle n'en fût séparée par aucun obstacle naturel. Ma position le jour de la bataille de Waterloo , différait en tout de celle du Gai. Dessaix. Placé sur le flanc , et à une distance beaucoup plus considérable de la grande armée Française, j'en étais sépare par u le rivière derrière lapielle on avait laisse aux Prussiens ie tems de prendre position 5 enfin ils avaient toutes
facilités pour s^interposer entre Kapoléon et mon corps ^ qu'on regardait si peu comme une réserve nécessaire à l'armée agissante contre les Anglo-Belges , que l'objet qu'on lui avait donné à remplir était de poursuivre les Prussiens dont on ignorait la direction de retraite , quand on l'avait envoyé sur leurs traces. Il n'existe donc aucune justesse entre le rapprochement qui a été fait de ces deux événemens militaires 5 et on aurait tort de croire que je pouvais avoir sur les destinées de la bataille de Waterloo, une influence aussi décisive que celle ûu Gai. Dessaix sur le gain de celle de Mareûgo , puisque nous nous trouvions à des distances , dans des positions et sur des terreins qui ne peuvent être assimilés.
La supériorité numérique des Alliés, et l'immensité de leurs moyens , imposant â l'armée française une ikcliQ aussi difficile que celle qu'elle avait à remplir , la rapidité de ses opérations devenait un des principaux élémens de ses succès ; on peut donc être surpris que le ]5 Juin , le quartier générai Impérial n'ait pas été pt^rté au-de-Ià de Charîeroy , et que le 16, les prussiens n'îiient été attaqués qu'à trois heures après midi , sur tout si l'on sa?t que dès six heures du matin , j'avais prévenu de l'arrivée dans les plaines de Fleurus de troupes ennemies très Rombreuses, dont j'avais distingué de mes propres yeux , les premières colonnes , en fesant la tournée de mes avant postes , au point du jour. Les corps français qui ont combattu à Ligny, se trouvaient d'ailleurs à des distances si rapprochées que l'action pouvait commencer quatre ou cinq heures plutôt; le plus éloigné était celui du Gai. Gérard qui avait pris position aii Catelet , le 16 au soir, mais n'étant qu'à environ deux lieues de Fleurus, il aurait dû être sur le champ de bataille , bien avant une heure après midi, qu'il y arriva.
Il est difficile de se rendre raison du choix de la ligne de bataille , sur laquelle on a combattu le 16, et ûu changement de front à gauche qu'on a fait faire à l'armée française. En
attaquant par St. Arnaud, Ligny et Sombreff^ on rejetait
les Prussiens sur les Anglais, Si au contraire on eut fait obli^ quel* notre année à gauche , cpi'elle eût ensuite opéré un changement de front à droite et attaqué Fennemi par les sources du ruisseau qui coule dans Ligny, ce moiuement séparait îe Mal. Bkicher du Duc de Wellington „ le forçait en cas qu'il fût battu à se retirer sur la Meuse, et rendait impossible toute coopération de sa part à la bataille de Waterloo. Enfin sans chercher à expliquer les inexplicables mar» ches et contre marches du corps du Cte, d'Erlon enlevé au Mal. Nevj au moment où il allait donner et compléter la défaite de la portion de l'armée anglaise avec laquelle il était aux prises, qu'on n'a pas laisse arriver jusques à Ligny et ciu'on a fait retourner aux Quatre- Bras quand le jour était évidemment trop avance pour qu'il put y être rendu avant que i'afFaire n'y fût terminée , je me bornerai à dire qu'il est à regretter que ce corps de plus de vingt uiille hommes qui n'a pas brùîô une amorce pendant la journée du 16 , n'ait point été lancé à la poursuite des Prussiens, pendant la nuit du 16 au 17, plutôt que renvoyé au Mal. Ney , lorsqu'il ne pouvait plus lui être utile.
Ces seules remarques expliquent le peu d'influence des sanglantes affaires de Ligny et des Quatre-Bras , sur le sort de la campagne , et elles devaient naturellement trouver leur place dans cet écrit qui a pour objet de montrer pourquoi a avorté mi des plus beaux plans de campagne qui aient ete conçus.
Quant à la bataille de Waterloo, je répéterai encore ce que J'ai précédemment établi : que sa perte a été en grande partie occasionnée par l'inaction de l'armée française durant la matinée du 17, inaction qui a été la suite de Fintempestivité des moyens emplojés pour avoir de suffisantes données relativement aux mouvemens des Prussiens et de la non pénétration du plan adopté , après la perte de la bataille de Ligny par les généraux en chefs ennemis , auxquels on a laissé îe tems et la possibilité de s'entendre et de convenir que l'un recevrait \ix bataille à Waterloo , s'il pouvait être joint et
soutenu par Fautrc. Toutefois cette Maîe inacthité eut été s-eparéc par l'adoption de mesures differeiites de celles t|Ui furent prises. Mais elle ne pouvait Fetre par le tardif envoi du corps sous mes ordres , à la poursuite des Prussiens pour compléter leur detiiite , et les em^jecher de se reporter vers Charleroy , à i'eifet de couper nos cominunication^ avec la France. ( Tel a été suivant le Gai. Gourgaud fobjet que se proposait jTdpoléori^ en me dttadumt. ) Le but le plus important à atteindre ^ était de battre Farmée Anglaise. Après y avoir réussi ^ on eût facilement fait repentir le ù^'-^^- Bluclier de son mouvement sur les derrières de notre armée , s'il eût ose le tenter, il est doisC permis de penser que se bornant à envoyer une partie de sa cavalerie légère a la poursuite des Prussiens , moins pour les harceler et les relarder dans leur retraite , ( ce que Fon M'était plus à tems de faire le 17 à midi, ) que pour être îiiiormé de leur position , et surveiller leurs opérations ultérieures , le générai en clief français eût dû se porter avec tout le reste ae ses forces , contre i^armee Anglaise , marchant à elle sur plusieurs colonnes en tuyaux d'orgue , celle de droite à une lieue ou une lieue et demie ùe distance, de sorte qu'elle eûi- pris part à la bataille , si le Duc de ^^a4iingtoii se déterminait a la recevoir, et contenu les Prussiens s'ils se montraient. Mes troupes formant cette colonn© 4e droite, se seraient trouvées sur io tianc de celles que le M^^' Biucher dirigea le 18, de Vvavres sur ^Vateiioo, €t euvssent occupe ia tête du deiile de &t. Lambert , avant que le Gai- Biiiow y lût arrive. Attaques en ilanc penuant leur marciie , par trente eî quelques mule français , qu'exaltaient leurs succès du 15 et du 16 , les Prussiens n'auraient pu ©viter des pertes sensibles et leur jonction avec le i>uc de Wellington eût éie retardée de plusieurs heures, il est d'ailkur probable qu'iotorme de ia présence de mon corps sur son liane, position bien pms gênante pour lui que celle en f|ueue et à piasieuis iieues ûerriére son armée , le Mai. Elucher M'aurait point essayé de iaire sa jonction avec le Duc de Wel-
lington , de ce côté-ci de la forêt de Soignes , et que s'il l'avait tenté , ii n'y eût réussi qu'en passant par Hohaln ; alors il n'eut débouché ni sur Planchenoit ni sur la lign^ d'opération de l'armée française , mouvemens qui lui ont été les plus funestes , et la longueur des détours qu'il eût eu à faire aurait donné à Mapoîéon le tems de complètement battre les Anglo-Belges , avant qu'aucun corps prussien pût être à même de les soutenir , sur-tout si la bataille eût commencé six heures plutôt. Mais attaquer le Duc de Wellington à midi , au lieu de l'aborder dès le point du jour, était une faute et puisqu'on se décidait à combattre sans avoir de données précises sur la direction suivie par Par» mée prussienne dans sa retraite , les chances hazardeuses auxquelles exposait une telle résolution eussent dû être atténuées par la célérité des opérations contre les Anglo- Belges ; si cette célérité eût été telle qu'elle pouvait l'être , le Mal Blucher n'aurait pas été en mesure de faire arriver deux de ses corps au soutien du Duc de Wellington. On a allégué que la soirée et la nuit du 17, ainsi que les premières heures de la matinée du 18 , avaient été si pluvieuses , que les terres étaient détrempées , et les chemins rompus au point de rendre les mouvemens de notre artillerie si-non impossibles , du moins d'une extrême lenteur : mais ces inconvéniens eussent été les mêmes pour l'ennemi , quoiqu'en position : après la première attaque, et pendant les diverses périodes de l'affaire , il eût eu comme nous à faire mouvoir ses bouches à feu, et les mêmes obstacles en eussent ralenti ou paralisé les mouvemens» Une telle considération ne devait d'ailleurs être que d'un intérêt secondaire : car si le canon prépare et facilite le gain des batailles^ il est ordinairement le résultat d'une dernière attaque audacieuse , que met à même d'effectuer une série de dispositions qui , au moyen d'un développement soudain , ou de l'arrivée imprévue d'une réserve qu'on a su masquer, permettent de déborder , de tourner et décraser une des ailes de votre ennemi , ou de réunir et de faire agir au point où l'on s'est décidé à opérer le décisif effort , un nombre de troupes
teîîemcnt supérieor à celui qu'il peut y avoir, que vous parvenez à couper sa ligne et à lui faire essuyer une inévitable défaitCo
Quelques écrivains ont avancé ainsi que le G'^l- Gourgaud , (|iie Napoléon, en nie détacliaiit le ir, se proposait à-la-fois , de faire poursuivre les Prussiens , de tourner le flanc gauche de l'armée Anglo-Beîge , et de couvrir le flanc droit de la sienne. C'est une erreur. Il imaginait n'avoir affaire qu'aux Anglais , et pensait avec raison être assez fort pour les vaincre , sans la coopération du corps qu'il détachait : moins heureusement inspiré qu'il ne l'avait été en tant d'autres occasions. il n'avait point prévu le mouvement du Mal. Blucher : îa plus probable des déterminations qu'il pourrait prendre après îa perte de la bataiik de Ligny ( celle de se rapprocher de l'armée Anglaise ,) lui avait échappé : il croyait encore le 18 au matin 5 qu'il se retirait sur Liège ou Louvain , plutôt que vers Bruxelles : ses ordres , que rélatte le G^l. Gourgaud ,{ ordres env-oj-és durant îa nuit du 17 et qu'on sait déjà ne m'ètre jamais parvenus, ) sont entièrement basés sur l'hypothèse de leur retraite dans ces différentes directions, et n'admettent aucunement celle de leur marche sur Waterloo. Enfin la lettre du Major général , écrite du champ de bataille le 18, à une heure après midi, prouve qu'il ne reconnut la nécessité de faire couvrir son flanc 5 et qu'il n'en eut , pour la première fois , îa pensée qu'au moment de l'apparition du Gai. Bulow sur les hauteurs de St. Lambert. Alors il n'était plus à tems de rappeler à cet effet , des troupes qui étaient à plus de quatre lieues de lui.
Tout indique que Napoléon n'imaginait point que le Duc de Wellington recevrait la bataille ayant le défilé de la forêt de Soignes derrière son armée , s'exposant si son centre était enfoncé , à voir ses ailes coupées , presque toure son artillerie prise et à essuyer une défaite aussi sévère que celle des Autrichiens à Hohenlinden , où
FArchiduc Jean commit la faute de combattre dans une position semblable. La détermination du généralissime français fut le résultat de Topinion trop élevée qu'il eut du génie militaire de son adv^ersaire, car , quoique couronné par la fortune aux champs de Waterloo, il n'en est pas moins vrai que le choix de la position occupée par l'armée Anglaise , lui aurait été fatal , si la nôtre l'eût attaqué plutôt, et n'eût pas été affaiblie par un détachement de trente et quelques mille hommes. Je suis donc loin de penser que le Duc de Wellington ait développé durant la campagne de 1815, et le jour de la bataille de Waterloo , une supériorité de talens qui ajoutent à la gloire militaire qu'il avait déjà acquis. Après s'être laissé surprendre dans ses cantonnemens, il s'est borné à faire moissonner paries troupes et l'artillerie française la fleur de son armée , sans opposer aucun mouvement habile aux attaques de Napoléon qui a eu l'avantage jusques à six heures du soir, quoiqu'il n'eut mis en action que deux de ses corps et environ trois mille hommes de cavalerie : et enfin il n'a dû la victoire qu'à l'héroïque fermeté du soldat anglais , et à la marche rapide du Mal. Blucher.
Quelque frappante que soit l'inconséquence de la plupart des explications forcées (|u'assignent à nos revers, es romanciers militaires qui ont écrit sur la campagne de 1815, et notamment le G^l- Gourgaud , je crois devoir cependant en signaler ici quelques-unes. Ils établissent que dans la soirée du 17, l'obscurité, et des torrens de pluie contraignirent Napoléon à arrêter le mouvement de Tarmee principale et que le 18, le détrempement des terres et l'état des chemins rendirent impossible d'attaquer le Duc de Wellington , avant midi : mais ils se gardent bien de dire (|ue les mêmes causes de retard existaient pour le corps envoyé à la poursuite du Mal. Blucher, et que la rapidité de ma marche , et la précision de mes oj)érations ne pouvaient manquer d'en ressentir les fâcheux effets. Ils improuvent la direction de Gembloux , dans laquelle j'ai porté mes troupes le 17; et oublient qu'une plus fausse m'avait été indiquée par l'ei'voi du Gai. l>ajol sur la route de Namur. Ils avancent comme un fait connu le 17,
que le Mal. Bliicher se retira pendar.t la imit du 16 , sur deux colonnes, qui passèrent l'une par l'illy j et l'autre par Gembloux ; et ne s'apperçoivent pas que si effectivement , Napoléon en eût été informé , et m'eût ordonné de déborder i'aiie droite des Prussiens , ainsi que le Gai. Gourgaud cherche à persuader que le prescrivaient des instructions évidemment altérées par lui , non-seulement il n'aurait pas souffert que je me portasse sur Gembloux , mais il m'eut recommandé de ne point me diriger sur Tilly , et de laisser ce village de beaucoup sur ma droite,
La maladresse des réticences de ces écrivains est à Fég'al de leur partialité. An lieu de se borner à dire , que le tems ne permit point que la bataille de Waterloo commençât avant midi, ils eussent dû avouer que nous n'avioiîs de munitions que pour un combat de huit heures et que < ette funeste pénurie dont on ne rendit compte à Napoléon que le 18 au matin , fut la vraie cause qui l'empêcha d'attaquer dès six heures ^ ainsi qu'il en avait le dessein. ('^) Ils comptent pour rien l'ir^Huence des causes secondaires et cependant elle s'est fait sentir (Wm^ manière funeste pendant cette camjfî^giie. Jusques alors la transmission des ordres du grand quartier général aux corps les plus éioigîiés s'était opérée dans l'armée française avec une célérité, une précision et une adresse auxquelles nos ennemis eux-mêmes avaient rendu justice. Dijrant la campagne de Waterloo , les moindres distances et des difficultés imaginaires ont sans doute été transformées en obstacles insurmontables puisque des ordres de la plus haute importance ne sont pas parvenus. Ainsi furent égarés ceux pour le rassemblement de la cavalerie que j'eusse dû recevoir à Laon , dés le 12 Juin, et qui ne me parviisrent pas; de sorte que je ne sus que de la bouche de Napoléon lorsqu'il arriva dans cette ville, que ce rassemblement ordonné avant
f * ) Ce fait m'a encore été récemment confirmé par un aide-derftmp de NapoiéoDL , le Gcnéml Bernard.
son départ de Faris, devait avoir iicu. Les faux mouvemens ûii corps du C^e. d'Krlon le 16 , ne peuvent être expliques que par îa non transmission des ordres qui ont du lui être donncFî^ De toutes les lettres qu^on prétend m'avoir été écrites dans la nuit du 17 y et la matinée ûu 18, aucunes ne nie furent remises , tandis que trois dépêches dirigées par la route que Napoléon m'avait indiqué pour comsouniquer avec lui , sont arrivées rapidement et sans que les olliciers qui en étaient porteurs aient rencontré d'ennernis sur cette communication en arrière qui a toujours été libre. De tels faits eussent du être rangées parmi les nioîiiles de favortement du plan de campa.^:îo de- 1S15, et sont nonmoins dignes de remarque , qu'il ne l'est de voir maintenant les mêmes individus c{U! , en 1814 , ti'avaiilaicnt avec autasit d'assiduité et de souplesse à captiver la bienveillaîsce royale, qu'ils mirent d'empressement à se ranger sous les drapeaux tricoiors en 1815, déchirer deux des vétérans de l'armée quand l'un est descendu dans la tombe, victime du sort ie plus rigoureux, et quand Fautre menacé d'une semblable destinée a dû chercher un asile sur une terre lointaine , où il est dépourvu de la plupart de ses moyens de défence. S'il appartient à ces caméléons politiques d'oublier que de grandes adversités consacrent en quelque sorte leurs victimes , courtisans déliés ils devraient s'appercevoir qu'ils outragent celui <|u'i!s voudraient encore encenser, en supposant qu'il eût employé deux hommes que leur dérangement moral et inteiîectuei , leur faiblesse et leur in apacité , eussent rendu si peu dignes de l'être. Mais ce n'est pas assez pour eux , de chercher à persuader qu'ils n'ont ni exécuté ses ordres , ni su les coroprendre; à les en croire les otficiers généraux en masse, meri(;eraicîit des reprocfies j non moiîis graves : de versus timides et circonspects dans toutes leurs opérations , ils veulent bien avouer (ju'il leur restait encore quelque bi'avoure personnelle, mais ils soutiennent que leur objet principal durant cette campagne a été de secompromettre ie moires pcî.ssibîe ( G^l- Gourgaud , page 70 , ) comme si lorsque vos destinées reposent sur le sort des ba> tailles , u]^Q pareille pensée pouvait approcher de vous , et vous faire oublier que dans des circonstances telles que celles dauR
lesquelles iioUvS nous trouvions ^ lorsque Tépée est tirée, le ibiureau en est jeté.
Placé ainsi que je l'ai déjà dit, dans îa triste nécessité de publier une déténce qui pour être complète a dû révéler quaut aux événemens , et à quelques individus , des vérités que f eusse désiré de voir ensevelies pour toujours dans l'oubli , je terminerai cet écrit par l'observation que , semblables aux autres hommes , les plus grands capitaines ne sont pas toujours égaux à eux mêmes et qu'à l'exemple de Frédéric, qui abandonnait sa campagne de 1744, (*)àla critique de ses ennemis, sans essayer d'en justifier les fautes. Napoléon avouerait s'il écrivait l'histoire de sa vie que ses opérations en 1815, n'ont point été marquées par ces inspirations heureuses, (f) par cette prévoyance habile , par cette irrésistible activité qui légitimaient ses brillantes destinées , lorsque des Apennins s'éîançant sur
( * ) Qui peut nier la trop réelle justesse de cette observation ? en voyant Napoléon oublier, après la perte de la bataille de Waterloo qu'il lui restait une armée intacte à la tête de laquelle il devait préférer de se placer, plutôt que d'aller annoncer lui-même à la Capitale des désastres dont par sa présence et son génie, il eût atténué les conséquences, en demeurant près des lieux qui en avaient été le théâtre.
( + ) L'article 24 de l'instruction militaire du Roi de Prusse , me semble si applicable à la situation dans laquelle m'ont placé nos revers à Waterloo , et elle est si propre à m'erapêcher d'attacher plus d'importance qu'elles n'en méritent, aux attaques dirig-ées contre moi, que je crois devoir l'inserrer ici.
« Ce serait un ariicle trop long-, si je voulais traiter de tous les ac- ■=* cîdens qui peuvent arriver à un générai à la guerre Je me retran- «< cherai à dire qu'il y faut de l'adresse et du bonheur. Les généraux »« sont plus à plaindre que l'on ne pense. Tout le monde les condamne '« sans les entendre. La gazette les expose au jugement du pins vil public. 'î Entre plusieurs milliers de personnes il n'y en a peut-être pas une " qui sache conduire le moindre détachement. Je n'entreprendrai point " de parler en faveur des généraux qui ont fait des fautes : je sacrifie « même ma campagne de 1744.- mais j'ajoute qu'avec plusieurs fautes, *'■ j'ai fait quelques bonnes expéditions , comme par exemple , le siège *' de Prague , la retraite et la défense de Colin , et encore la retraite " en Silésie. Je ne les toucherai plus: je dirai seulement, qu'il y a des «' événemens malheweiix contre lesquels^ 7ii la prévoyance himaine ^ ni les ''•■ réjîexians solides ne font liert. "
l'italie 9 il Taffranchissait du joug des (3-er«iaii-ss -^ de ses débris épars , reconstituait un Etat puissant , et législateur habile, autant que soldat heoreox , posait les fimdeiîiens de cette réputation gigantesque qui devait bientôt lui applanir les routes du pouvoir suprême. Mais sur les rbaoïps de bataille, comme dans l'arène politique les déterminations qui commandent la victoire , et décident du sort des Empires , ont leurs Bioments propres : ils s'écliappent avec la rapidité de récîair , et ne se retrouvent point, Napoléon ne sut les saisir ni pendant la compagne de Waterloo , ni durant les cent jours où semblait avoir pâli cette heureuse étoile qui l'avait constamment guidé jusqu'à l'époque où, des rives du Niémen étonné 9 il dictait la paix la plus honorable qu'aient jamais conquis nos légions triom= phantes. Toutefois si la fortune avait cessé de lui sourire ^ dequis que sa politique ne reposait plus sur la justice et l'in» térêt national , jamais il ne s'était montré plus digne de ses faveurs que lorsqu'inébranlable dans la noble résolution de ne point acheter la conservation de son trône au prix d'un traite honteux pour la France , il multipliait nos faibles moyens par la stratégie la plus habile et la plus audacieuse , développait une énergie et un genre de talens qu'où ne lui soupçonnait même pas , et commandait l'admiration , je dirais presque l'intérêt 9 à l'Europe conjurée contre lui. Les mêmes hommes que l'on accuse maintenant le secondaient à cette époque mémorable , mais le même génie qui l'inspirait dans la campagne de 1814 ^ ne lui apparut plus pendant celle de Waterloo.
APPENDÎX/
Indicatif de quelques-uns des faits controiivés , et des assertions inexactes quant à la contecctuve des ordres , aux heures auxquelles ils ont été donnés^ et aux distances, que renferme Vonvrage du G"^' Gourgaud,
PAGE 1. ligne 1ère
*^ Au mois d'Avril 1815 , les Anglais avaient la plus grande «« partie de leurs troupes en Amérique. "
Celte assertion est inexacte attendu qu'en Septembre 1814, ils n'avaient que quatorze mille hommes dans le Canada, y compris les milices du pays : deux à trois mille hommes dévastaient les rives de la Chesapeak , et quatorze mille au plus , dont deux mille noirs agissaient sur le Mississipi , en Décembre. Ainsi le total des troupes Britanniques dans l'Amérique du JNord ne s'est point élevé pendant la dernière guerre, au-de-là de vingt-neuf à trente mille hommes, dont vingt à vingt-cinq mille de troupes Européennes. D'ailleurs le cabinet de St. James n'ayant fait aux Etats Unis qu'une guerre défensivement offensive , si l'on peut s'exprimer ainsi , n'a employé contre eux qu'une faible portion de l'armée du Duc de Wellington, et le nombre de troupes strictement nécessaire pour appuier les négociations de Gand, et déterminer le cabinet de Washington à faire la paix , qui fut signée le 24 Décembre 18î4. Les principales forces des Anglais qui étaient en Espagne en 1812, ont agi contre la France en 1813 , et en 1814, sont restées sous les armes en Europe, pour soutenir conjointement avec les autres troupes de la Coalition les prétentions des Alliés au congrès de Vienne.
Ainsi l'on voit que le fait établi par le Gai. Gourgaud est entièrement controuvé.
( 47 ) PAGE 48. note.
Bans la note annexée au bas de cette page , on avance que le Mal. Mey , alors à Charieroy avec Napoléon , l'assura qu'à moins que toute Farmée ennemie ne fût là " dans deux heures il serait aux Quatre-Bras "
En jetant les yeux sur la carte jointe à l'ouvrage du Gai. Gourgaud , on verra qu'en ligne directe j il y a plus de quatre lieues de Charieroy aux Quatre-Bras. Comment le Mal- Ney, qui connaissait le pays aurait-il promis d'être à la position des Quatre-Bras dans deux heures , quand la plupart des troupes qu'on mettait sous son commandement étaient encore à Charieroy , ou à Marchienne-au-Pont.
PAGE 50. ligne 1ère.
<^ Le Mal. Ney entendant une canonade entre Fleurus et «« Gilly , ordonna au corps du Gai Reille de faire halte , entre «* Gosselies etFrasnes;" Dans la note au bas de la même page, on représente cette disposition comme l'effet du dérangement mental qui se manifestait dans toutes ses actions. Si une telle assertion avait l'ombre de fondement. Napoléon eut-il donne au Mal. Ney j le commandement de près de la moitié de l'armée ?
Même page 50. ligne 7
« Les corps de Vendame et de Grouchy , étaient réunis à *< Gilly , mais ces généraux , trompés par de faux rapports , <^ ne marchèrent point en avant , supposant que toute l'armée *« Prussienne était dans les bois de Fleurus. "
Rien de moins vrai que cet exposé. Je ne sache pas que le Gai. Vendame ait plus que moi , fait faire halte à ses troupes eu raison de rapports donnant de fausses notions quant aux forces et à la position de l'armée prussienne. Mais plus de la moitié de l'armée française arrivant à peu-près en même tems devant Charieroy , et n'ayant qu'un pont pour y passer la Sambre , il était impossible qu'aussitôt que la tète des colonnes qui le traversaient pêle-mêle et d'une manière décousue, débou-
cliait de Taotre côté de la ville 5 on se pointât inimédiatemeîit en avant, et qu'on attaquât à Pinstant FenisCffii. lî était indispensable de reformer préalablement les troupes , et c'est le tems nécessaire à cette opération qu'on cherche à faire prendre pour une disposition de timidité, qui permit au Gai Ziethen, d'échapper à l'armée française. Je puis, au reste affirmer, quant à ce qui a trait à nsoi, qu'arrivé à Charleroy, à ia tèÎQ du corps du Gai. Exceîmans , et trouvant le pont encombré , je dévançai de ma personne les dragons , traversai la ville et me portai au village de Gilly, de ce côtéci duquel était en bataille la cavalerie légère du Gai* Pajol qui fesait partie de mes troupes et qu'il oie tardait de joindre, puisqu'elle était en face des Prussiens. Une portion du corps du Gai. Ziethen se montrant stationaire de l'autre côté du village : je retournai immédiatement à Charleroy , pour prendre les ordres de Napoléon , qui était occupé à en donner an Mal. Ney , et qui le quitta pour se rendre avec moi près Gilly : nous reconnûmes ensemble la position de l'ennemi, et il arrêta les dispositions d'attaque. L'infanterie du Gaî. Vendame eut ordre de marcher au village , tandis qu'avec la cavalerie Exceîmans , je passerais sur la droite , le ruisseau qui le traverse , afin de prendre en Hanc les Prussiens , et d'arriver avant eux au défilé de Lempusart , par lequel il était probable qu'ils se retireraient. Ces mouvemens furent immédiatement exécutés : le Gai. JExcelmans les culbutta dans le bois , et les poursuivit jusques à la hauteur de Fleurus , où ils reprirent position.
Le Gai Gourgaud établit en parlant de la bataille de Lirny , que " quarante pièces de canons , six étendards et un grand nombre de prisonniers tombèrent entre nos mains. " Il en est de ces prétendus résultats , comme d'une lettre supposée qu'on publia dans le tems et dans laquelle je rendais compte que la déroute des Prussiens était telle , que je prenais plus de canons, de caissons et de prisonniers que je ne pouvais en ramasser. La vérité est que nous tuâmes et blessâmes une très grande quantité de monde aux Prussiens , et qu'on leur prit une trentaine de pièces de canons, mais qu'on fit fort peu de prisonniers et que leur armée se retira en très bon ordre.
PAGE 63, ligne 12
«^ L'ennemi estima lui-même ses pertes à vingt»cinf| " mille hommes. " Les rapports officiels , Prussiens et Anglais que j'ai sous les yeux ne contiennent rien de sem» biable, et dans le rapport officiel Français , publié au Moniteur, en Juin 1815 , les pertes des Prussiens n'ont été évaluées qu'à «juinze mille hommes.
Même page 63, ligne 16
" L'ennemi exécuta sa retraite (le soir de la bataille " de Ligny , ) le 1er. et 2d. corps à Tilîy , et le Sème, à Gem» *< bloux , où il fut joint pendant la nuit , par le 4ème. corps «f< aux ordres du Gai. Bulow, qui arrivait de Liège."
Quelques multipliées que soient les repétitions qui surdiargent cet écrit, je dois encore faire remarquer que ce ne peut être le 17, que Mapoléon ait eu connaissance de ces dispositions de retraite , car s'il les eût soupçonné lorsqu'il me donnait à midi l'ordre de «< vigoureusement poursuivre les Prussiens, *« d'attaquer leur arrière garde , de me tenir constamment si <« près d'eux que je ne les perdisse jamais de vue , et de <« déborder leur aile droite , de manière à ce que je pusse ^' continuellement me tenir en communication avec le reste « de l'armée ; " au lieu de me laisser me porter dans les directions de Namur et de Gembloux , il m'eût prescrit de marcher sur TiJIy , et même de laisser ce village sur ma droite : il m'eût blàmé dans les dépêches que le Gai. Gourgaud (page 86,) lui fait m'écrire le 17 au soir, et le 18 , à six heures du matin , de m'être dirigé sur Gembloux , et il m'aurait reproché d'avoir méconnu ses intentions, en me jetant trop à droite. Au lieu de cela , il admet encore dans ces dépêches la possibilité de la retraite du Mal. Blucher sur Liège , et prescrit des dispositions en conséquence : ce qui prouve que le matin de la bataille de Waterloo , il ignorait aussi complètement que la veille , où se trouvaient les Prussiens. PAGE 69, ligne 6
<* Alors le Mal. Nej , ( le jour de la bataille de Ligny ) en ^•' détachant le 1er. corps par le chemin des Quatre-Bras, à
" Marbois et Sombreff, qui tien est qu'à deux lieues , miriiil; ^f occasionné l'entière destruction de Farmée prussienne. -'
La carte annexée à Pouvrage du Gai. Gourgaud . donne trois lieues de distance entre Sombreff et les Quatre-Bras ; et sur des cartes d'une pins grande éçhelie , cette distance est plus considérable encore.
PAGE 70. ligiie 12
«f Dans ces actions les soldats français combattirent avec '*' autant de courage et de confsance dans la victoire , qu'ils en " avaient montré dans les batailles les plus célèbres. Mais é« plusieurs des généraux , et le Mal. ]Sey lui-même , n'étaient »» plus les mêmes hommes. Ils avaient perdu cette énergie , et *^ ce génie entrepreiiarst qui les distinj^uaient autrefois, et qui *« avaient si éminemment contribué à nos plus beaux triom- »•' plies. Ils étaient devenus timides et circonspects dans tontes •« ieu!\s opérations. Leur bravoure personnelle leur restait , ^* mais le grand objet pour eux , était de se compromettre le »'* moins possible. Ainsi le Gai. Vendame arriva à Charîeroy , »* quatre heures plus tard qu'il n'aurait dû. Ainsi il s'arrêta -^ avec le rifiil. Grourhy , à Gilly , et perdit du tems au lieu de •« faire une attaque brusque et d'avancer sur Fleurus. "
De telles assertions relativement aux arrières pensées , et au moral des généraux , peuvent être fondées pour deux ou trois ., mais elles sont souverainement injustes quant aux autres. D\nilleur.s si j'eusse été du nombre des prmiers et que ma conduite le 15 de Juin , eût mérité le moindre reproche, Napoléon n'eût point ajouté le 17 , le commandement de deux corps d^ infanterie , à celui de toute la cavalerie dont j'étais revêtu. Ainsi que je l'ai déjà dit , il n'y eut pas un instant de perdu , quant à Fattaque du Gai. Ziethen près Gilly. Lors(]uc je me portai de ma personne à ce village , je n'avais point d'inîanterie avec moi, le corps du G^^* Vendame îr était pas arrivé , il ne se trouvait pas sous mes ordres : je ne pcjiivais donc avec les deux mille et quelques CQub' liussiirds (iu Gai. Fajo! , attaquer vingt mille prussiens :
enfin, quanci je Faurais pu, je ne Faurais pas fait sans préalablement prendre les ordres de Napoléon, qui ne m'en avait encore donné aucuns, et dont le plan d'opérations iii' était entièrement inconnu.
PAGE 75, ligne 18
i< Au point du jour, le lendemain de la bataille de Ligny, <* le 17 Juin , le Gai. Pajol avec sa cavalerie légère et une divi- *• sion d'infanterie du G^me. corps fut envoyée à la poursuite des Prussiens. "
Le Gai- Gourgaud devrait se rappeler que ce n'est ni au point du jour , ni avec la totalité de sa cavalerie, que le Gai. pajoi a été détaché ap«ès le Mal. Blucher, car une de ses deux divisions , celle du Gai. Subervie , ayant été donnée par Napoléon , au Cte. de Lobau le 17 à midi , se trouvait à si peu de dis tance du champ de bataille de Ligny , qu'elle se réunit immédiatement au corps de cet officier général , et partit avec lui pour les Quatre Bras.
Il y a erreur quant à l'heure du retour de la reconnaissance : elle est rentrée vers les midi , et non à dis heures. Un témoin oculaire , le Gai Bernard , rnaintenant au service des Etats Unis , alors aide-de-camp de Napoléon , et près de lui à cette époque , me le confirmait récemment encore.
PAGE 78, ligne 13
i( Napoléon ordonna au Mal. Grouchy , de se mettre à la *f tète des S^me, et A^me. corps d'armée, de la division d'infanlef* rie du 5èm^- corps , qui était avec le Gai Pajol , et du corps •< de cavalerie légère un Gai. Exceimans , de vigoureusement ** poursuivre les Prussiens , d'attaquer leur arrière garde et de ** se tenir si près d'eux qu'il ne les perdit jamais de vue. Les *« instructions particulières du Mal. Groucijy , étaient de débor- É« der Faiie droite des Prussiens de manière à pouvoir être cons- *• tammcnt en communication avec le reste de Farmée. "
La preoîière partie de ces ordres est rapportée d'une manière exacte. Je ferai seulement observer qu'il était aussi diffi»
ciie que j'apperçusse immédiatement et même dans ïa joitrir^et un ennemi qui avait une avance de quinze à seize heures de marclie sur moi , et dont on ignorait la direction de retraite , que peu probable que le Mal. Blucher , à la tète de ((iiatre-vingU quin^e mille hommes se laissât serrer de très près par un corps de trente deux mille , et lui permit de se tenir constamment en vue de la totalité de son armée.
Quant à l'injonction de déborder îe flanc droit de l'armée prussienne, elle n'a pas plus été donnée que les instructions particulières dont elle est censée faire partie. Une telle disposition prouverait que JNapoléon savait que les Prussiens se retiraient sur Wavres et Bruxelles , et il l'ignorait si complètement , qu'il avait envoyé le Gai. Pajol à leur poursuite , sur la route de Namur. D'ailleurs ses ordres postérieurs, expédiés dans la nuit du 17, et le matin du 18, admettant l'hypothèse de leur retraite sur Liège , ne permettent pas de croire qu'il eût ordonné un ici mouvement , qui eût été également faux et dangereux : car trente deux mille français débordant l'aile droite d'une armée de quatre-vingt-quinze mille prussiens en retraite sur Liège , eussent laissé au centre et â l'aile gauche de cette armée îa possibilité de se reporter sur Charleroj , sur les derrières de l'armée de Napoléon, enfin où bon leur semblerait. Napoléon n'a donc pas même eu |a pensée d'un tel ordre. Toute fois s'il l'eût donné, pourquoi ne l'eusse-je pas exécuté, en me dirigeant de GembloiLX sur St. Lambert , au lieu de marcher sur Sartavalin ?
PAGE 78 et 83, lignes 20 et 15
<* L'armée française s'avançait ainsi sur Bruxelles , en »^ deux colonnes séparées , celle de gauche , commandée par «f l'Empereur, devait prendre le chemin de Charleroy à Brux- *< elles <^c. celle de droite sous les ordres du Mal. Grouchjj ^< devait passer la Dyle , à Wavres , et avait devant elle la to- ^^ taîité de l'armée prussienne ^ en retraite."
<< Le M^^. Grouchy, avec un corps de trente-cinq à qua- «< rante mille hommes était sur la droite : il avait marché le 17 ,
4« dans la dircctioîî de Wavres , et on supposait qu'ii était çara-
«^ pe vis-à-vis cette y'ûle^ ayant l'armée prussienne en face « deiui."
Etablir que le 17 à midi, il faisait partie du plan d'opéralions adopté par Napoléon , que l'aile droite sous mes ordres , marchât sur Bruxelles et passât la Dyle à Wavres , est encore une de ces fictions qu'un instant d'attention fait disparaître. Mes ordres prouvent que j'ai été envoyé à la poursuite des Prussiens sans qu'on sût dans quelle direction ils se retiraient ; ils ne renfermaient pas un mot qui dût m'induire à me porter sur Wavres , à y passer la Dyle , et à marcher sur Bruxelles. Des instructions postérieures puisqu'elles ont été données le 17, dans la nuit, et récidivées le 18 au matin, prescrivaient diverses dispositions basées sur l'hypothèse de la retraite des prussiens sur Liège. L'ordre de les poursuivre à été donné le 17 à midi , à des troupes qui étaient alors à neuf à dix heures de marche de Wavres ; Napoléon a été prévenu que plusieurs heures s'écouleraient avant qu'elles pussent opérer aucun mouvement, et on veut persuder que le 17 au soir, il imaginait que j'étais devant Wavres ? II ne le croiait pas plus qu'il ne m'avait donné l'ordre de m'y rendre. D'ailleurs, s'il l'eût prescrit, je m'y serais porté par Tilly, qui était Je chemin le plus court et ne me serais dirigé ni sur Gembloux ni sur Sartavalin.
Quant aux trente-cinq à quarante mille hommes , que me donne le Gai. Gourgaud , page 83 , il suffit de jeter les yeux sur les pages 78 et 85 , de son ouvrage , pour avoir la preuve fournie par lui-même , que mon corps ne se composait que de trente-deux mille hommes.
PAGE 86, ligne 1ère.
« A dix heures du soir , le 17 , Napoléon envoya un offi- ♦< cier au Mal. Grouchy pour l'informer qu'il avait intention « de livrer une grande bataille le lendemain , que l'armée An- <« glo-Belge était en position devant la forêt de Soignes , sa " gauche appuiée au village de la Haie ; que certainement le <« Mal, Blucher opérerait sa retraite dans une des directions ♦< suivantes : l**, qu'il se retirerait sur Liège : ^®. qu'il
♦^ se porterait sur Bruxelles : 3°. qu'il resterait en position à ** Wavres : que dans tous les cas , il était nécessaire qu'il ma- " nceuvràt par St Lanibert , pour déborder Paile gauche de ^« Parmée Anglaise , et joindre la droite de l'armée françaiRe. ^i Mais que dans les Aqwx premiers cas 5 il devait exécuter <* son niouvement avec îa majorité de ses forces combinées ^« et que dans le troisième 9 ce ne devait éiv% qu'avec un *' détachement plus ou moins fort, suivant la nature de la " position qu'il pourrait occuper en face de l'armée Frus- ^' sienne. "
Puisque suivant le Gai. Gourgaud, Napoléon place la non réception de cette lettre et de son duplicata , au nombre des causes de la perte de la bataille de Waterloo , il serait inutile que je relevasse ce paragraphe s'il ne contribuait aussi à détruire plusieurs des raisonneoiens mis en avant par cet officier général.
I>'abord il est douteux que cette lettre et son duplicata aient été écrits et s'ils l'ont été , qu'on les ait expédié : car par quelle fatalité les officiers qui en auraient été porteurs ne sont-ils pas parvenus jusques à moi ? tandis que ceux, qu'aux mêmes heures et par la même route , j'ai envoyé à ^apoléon , sont promptement et exactement arrivés. Ensuite comment expliquer que INapoléon qui semble avoir prévu les diverses déterminations qu'avait pu prendre le Mal- Blucher, omette la plus simple , celle qu'il était le plus probable qu'il adopterait, de ne laisser en face du corps envoyé à sa poursuite , qu'une portion de son armée suffisante pour l'arrêter , tandis qu'avec le surplus de ses forces il marcherait en hâte au soutien du Duc de Wellington ? Enfin pourquoi , dans l'ouvrage du Gaî. Gourgaiid , comme dans presque tout ce qui a été écrit sur la bataille de Waterloo, met-on toujours en oubli la supériorité numérique des Prussiens , et feint-on de croire à la complète désorganisation de leur armée ? taudis qu'une bataille aussi peu décisive que celle de Ligny , et après laquelle ils avaient été immédiatement renforcés par un corps de trente mille hommes , (celui du Gai. Bulow , ) n'avait que légèrement influé sur leur moral ? Au surplus , en admettant que cette lettre ait été écrite,
eile prouve révideiice de ce que j'ai avancé plus d'une fois dans îe cours de cet écrit , que le 17 , à dix heures du soir, Napoléon ne connaissait ni les intentions des Prussiens , ni la direction de leur marclie : que le 17 à midi , lorsqu'il m'avait détaché 5 il ne m'avait point informé de son projet de livrer bataille îe 18 , et qu'4l n'avait nullement prévu que le Mal Blucher viendrait se joindre au Duc de Wellington , qu'enfin il n'a été éclairé sur les projets des généraux ennemis que par une lettre interceptée trop tard îe 18 , pour être à tems de les déjouer.
Même page 86, ligne 25
^« A deux heures du matin, une dépêche du Mal. Grouchy ^« annonça qu'il avait fixé son quartier général à Gembloux , <•'< étant incertain de la route que Blucher avait prise, si les <« Prussiens s'étaient retirés sur Bruxelles ou sur Liège. <^c. " Le Gai. Gourgaud conclue ensuite de cette lettre, " que le Mal» <* Blucher m'avait échappé. "
Pour qu'une telle conclusion soit juste, il faudrait que j'eusse été à même de le saisir. Mais , ayant été envoyé à sa poursuite avec trente deux mille hommes , quand déjà il avait quinze à seize heures de marche sur moi , et qu'il était à la tête de quatre-vingt-quinze mille , j'en avais autant la possibilité , qu'un seul homme a celle d'en arrêter trois qui sont à huit ou dix lieues de lui et de les empêcher de se diviser ou de se porter où bon leur semble.
PAGE 87, Ugne 10
<< L'empereur envoya immédiatement , au M^jI- Groucliy ^ <« ( après avoir reçu la lettre qu'il lui avait écrit de Gembloux, <« le ( 17 , ) un duplicata des ordres (ju'il lui avait addressé à *« dix heures du soir la veille , lui ordonnant d'être sous les ar- " mes au point du jour , et de passer la Dyîe , au-dessus de « Wavres , afin de s'avancer vers St. Lambert. "
Déjà on sait que ce duplicata ne m'est pas plus parvenu que l'original : je me contenterai donc de faire observer que si îe 18 à deux heures du matin , ce duplicata a été envoyé , on est en droit de conclure que Napoléon n'avait pas plus deviné alors.
qu'il ne Pavait fait la veille les projets des Aîîiés ^ et qu'aiiisi je ne suis point amenable devant l'opinion pour ne les pas avoir découvert , quand les données , que je lui avais transmis ^ celles qu'il avait i^cueilli , et sa pénétration militaire^ n'avaient pu l'éclairer sur les intentions de ses ennemis. Je repéterai en outre, que la lettre que le Major généra! m'a écrite du champ de bataille de Waterloo, le 16, à une keure après midi, et qui est rapportée à la page î 5 , de cet ouvrage, ne dit rien des dispositions prescrites par celle censée m'avoir été écrite le 17, dans la nuit. Elle approuve seulement la direction dans laquelle j'avais marché en me portant sur Sartavalin , comme fesant présumer que je me dirigerais de là , sur Corbaix et Wavres ; on n'y relate et on ne s'y réfère à aucunes des dispositions qu'on prétend que contenaient les deux précédentes , on n'y témoigne aucun étonnement de ce qu'elles n'aient pas été exécutées : il n'y est pas question de déborder le flanc gauche de l'armée Anglaise , enfin on ne me prescrit de passer la Dyle , et de me porter vers St. Lambert, que dans un post-scriptom, ajouté alors seulement, que la tête des Prussiens est apperçue débouchant de ce village» D'où l'on est en droit d'inférer, que cette dépêche du 17 dans la nuit, son duplicata et ces divers ordres, ne furent jamais donnés et que tout ce roman de dispositions a été composé postérieurement aux évenemens pour légitimer la faute d'avoir combattu à Waterloo , sans savoir où était l'armée prussienne et sans avoir adopté le seul moyen propre à neu» traliser l'influence qu'on l'avait mis à même d'avoir sur le sort de la bataille du 18, en ne la fesant poursuivre que quinze heures après qu'elle avait commencé sa retraite. Ainsi que je l'ai déjà dit ce moyen était de faire marcher mon corps à une lieue ou une lieue et demie du flanc de l'armée, au lieu de l'envoyer à la poursuite des Prussiens , dans quelque direction de retraite qu'ils aient pu se porter.
PAGE 93 et 94, lignes 17 et 7
*' A ce moment , ( le 18 vers midi , ) un corps de cinq ou »*• six mille hommes de troupes de différentes armes, fut apper-
'i çu dîi côté de Sfc Lambert. On crut d'abord que c'était le a. Mal. Grouchy, mais des dépêches, saisies sur un officier prus° << sien qui fut t'ait prisonnier, fournirent bientôt la preuve que <* ces troupes étaient l'avant garde du corps du Gai. Bulow. Le " Major gésiéral , ( Soult ) envoya un officier au Mal Grouchy, *' pour l'en prévenir , et lui fit même passer la lettre intercep- " tée. " ( Cette lettre n'était pas jointe à la dépêche , ainsi qu'on l'avance , ) "On pensait que l'officier d'Etat Major '* auquel on fit sentir l'importance de la mission dont il était *« chaîné , serait rendu près du Maréchal, en deux heures. '' ( La lettre du Mal Soult, est datée à une heure après midi, et n'a été remise qu'à (j<iatre heures du soir. ) ^^ On espérait un grand *• avantage de l'arrivée du Mal. Grouchy , sur les derrières du <» corps du Gai. Bulow. "
Sans doute que si le corps prussien du Gai. Bulow eut été le seul qui eût agi contre l'armée française , et que je me fusse trouvé à cette heure sur ses derrières, loin d'être à même de rien enti'eprendre contre les troupes qui combattaient à Waterloo , il aurait été fortement compromis. Mais le Gai. Gourgaud , comme la plupart de ceux qui écrivent sur la campagne de 1815, feignent toujours d'ignorer que Farniée prussienne se composait de quatre corps, que si j'en occupais un ou deux , les autres étaient à même de manœuvrer de manière à joindre le Duc de Wellington, et qu'à ce moment même , le Mal. Bhicher à la tête du premier de ces corps marchait parallèlement à celui du Gai. Bulow , tandis que les deux autres étaient en position devant moi , tant à Wavres , qu'entre Wavres et St. Lambert.
" Daïis le cas où des obstacles imprévus eussent empêché «« le Mal. Grouchy de passer la Dyle , et attendu que ce corps "' ne paraissait pas être à plus de deux lieues du champ de « bataille , le Gai. de cavalerie Domont fut envoyé avec envi- <« ron trois miile chevaux pour arrêter l'avant garde du Mal. « Bluclier , occuper les passages , et au moyen de partis se " mettre en communication avec le Mal. Grouchy. '^
Aucuns des partis du Gai. Domont ne, m'ont joint, et ii faut iinç la cavalerie légère ait fait bien mal son métier , car ii est impossible de supposer , qu'un officier général aussi distingué , ait négligé l'exécution d'un tel ordre , s'il a été donné. PAGE 95, ligne f,
" L'Empereur ayant pris toutes les précautions pour s'op- ^< poser au progrès du corps du Gai Bulow ^ et neutraliser son ^* mouvement , ordonna au Mal. Ney , d'attaquer le centre de " l'armée Anglaise <^c. <^c. "
La présence du corps du Gai. Buîow , l'incertitude où on était des points où se trouvaient les trois autres corps de l'armée prussienne , et l'ignorance de mes mouvemens depuis que j'avais annoncé que je me porterais sur Sartavalin , placent î'attafjue de l'armée anglaise au rang des plus imprudentes déterminations qu'on pût prendre ; car si la position et l'ensemble des affaires rendaient nécessaire de livrer bataille , ii était par trop liazardeux de le faire alors qu'il existait tant de cliances d'insuccès , et qu'on n'avait de munitions que pour huit heures de couibat.
PAGE 100, ligne 6.
«< L^ne divi&ion du pi-emier corps qui était en reserve , s'a- '< vança rapidement sur l'extrême gauche de l'armée Anglaise , *^ s'empara du viilr.ge de la Haie, et coupa la communication ^ entre cette armée et le 4ème. corps prussien. On espérait à *« tous momens et on attendait avec impatience l'arrivée du Mal. «i Grouchy sur les derrières de ce corps , auquel tous moyens ^» de retraite eussent été coupés. "
Couper la communication entre le duc de Wellington et le 4ème. corps prussien est encore une des fictions imaginées par le Gai Gourgaud. Pour qu'elle ])ût avoir l'ombre de la réalité, il eût fallu que le corps du Gai. Bulow , n'eût pas été appuie par un autre corps prussien qui marchait à sa hauteur , qu'un Sème. ne se trouvât pas en échelon eitre lui et Wavres , enfin , qu'il n'eût pas fait partie et été lié avec une armée triple de celle que je commandais. Mais on se plaisait à oublier près de Napo-
léon 5 îa disproportion de l'armée poursuivante et de Farmée poursuivie, et la position dans laquelle il était presumabie que devait être placée cette dernière ; circonstances qu'ont grand soin de taire ceux des écrivains de cette campagne j, intéressés à rejeter sur les lieutenans de Napoléon , les résultats de ses déterminations, ou désireux de payer au Mal. Blucliei un tribut d'éloges plus complet qu'il ne le mérite , car s'il en est digne par la rapidité avec laquelle il a rallié son armée et s'est porté au soutien du Duc de Wellington, on doit cou venir que sa supériorité numérique et les fausses dispositions du généralissime français, ont facilité l'une et l'autre de ces opérations.
PAGE 104, ligne 6.
<^ Enfin à sept heures du soir , la canonade du Mal Grou- << chy, se lit entendro, ( on a vu qu'elle a commencé à une heure <* après midi , ) et on supposait qu'elle avait lieu à une distance ^« de deux lieues et demie de notre droite. L'empereur fut d'o- ^< pinion que le moment était arrivé de faire une attaque déci- ^« sive qui fixât le sort de la bataille. <^c. Dans ce même instant *< l'armée Anglaise reçut l'avis que le premier corps de l'armée <« prussienne qui était parti de Wavres le matin , arrivait par << Hohain, et allait faire sa jonction avec l'armée Anglo-Belge , <« qui en outre , était au moment d'être renforcée de deux bri- " gades de cavalerie anglaise. "
Il est difficile de concevoir comment le bruit de mon canon que Napoléon jugeait à deux lieues et demie a pu l'induire à faire cette attaque décisive, car il n'a pas dû penser qu'un combat qui avait lieu à une telle distance pût arrêter l'effort du corps prussien en ce moment aux prises avec la droite de son armée. Évidemment la canonade qu'on entendait était dirigée contre d'autres corps , dont la défaite ne pouvait immédiatement paraliser les opérations de celui qui agissait près de Waterloo , et où il avait le tems de porter un coup décisif, avant que les troupes françaises qui se battaieîit aussi loin pussent être en mesure de prévenir son influence sur le sort de la bataille. D'ailleurs la nuit tombait , ( il était sept heures et demie) et mes troupes ne pouvaient être rendues à Waterloo , avant
éix heures du soir. Ce même paragraphe fait en outre voir que dès le 18 au matin , deux des corps du Mal. Bkicher , celui qu'il commandait lui-même et celui du G^l- Bulow, avaient quitté Wavres , à l'effet d'opérer leur jonction avec le Duc de Wellington , et qu'ainsi , il n'y avait pas moyen que je prévinsse ce mouvement qui avait commencé quand j'étais encore à plus de huit heures de marche de Wavres.
PAGE 111, ligne 21.
^« L'Empereur prit le chemin de Charleroy , ayant aupa- «< ravant dépêché divers officiers au Mal Grouchy , pour l'in- «« former de la perte de la bataille , lui dire de passer la Sambre " à Namur, et de se diriger par Chariemont, vers Laôn, pour ^^ rejoindre l'armée. "
Un seul de ces officiers m'a joint le 19, à midi, et il ne savait pas plus où se retirait l'armée , qu'il n'était porteur de l'ordre de marcher sur Laôn, par Chariemont, et Namur. Il ne put m'instruire que du désastre de Waterloo.
PAGE 112 , ligne 12.
^« Sur la route de Genibloux à Wavres , le Mal, Grouchy , (i avait entendu depuis midi , une canonade épouvantable , dont ii on ne pouvait méconnaître l'objet , et qui était évidemment *< celle d'une affaire générale. ^'
Ce n'est qu'après avoir dépassé de beaucoup Sartavalin que îa canonade de Waterloo , fut entendue à mon armée, et elle était si loin û"j paraître telle qu'on cherche à le faire croire ici , que j'avais dû me porter à près d'un mille sur la gauche de mes troupes , pour pouvoir la juger ; puisque d'ailleurs la canonade entre mon curps d'armée et les troupes prussiennes qui m'étaient opposées à Wavres, ( canonade tellement suivie , que l'approvisionnement des batteries de douze , a été consommé en entier, ) îi'a été entendue à Waterloo qu'à sept heures et demie du soir et que la journée était calme ; comment le canon qu'on y tirait aurait-il produit tant d'effet, et fait trembler la terre à Wavres ?
PAGE lis et 114 ,
Dans ces deisx pages , le Gai. Gourgaiid , se complaît à détailler les conseils qiril prétends que me donnèrent les ^^énèraiix Excelmans et Gérard, pour me faire qi^itter la poisrsuite des Prussiens , et me déteiminer à me porter au bruit du canon fjui se tirait à Waterloo. 11 avance que j'hésitai sur ce que je devais faire , que j'observai au G^l. Excelmans, en lui montrant mes instructions , que l'ennemi pourrait se reporter sur Ficuriis , et tourner toute notre droite ; et que j'ajoutai , que je ne pouvais pas prendre sur moi une telle responsabilité.
Il était aussi impossible que je montrasse au Gai. Excelmans mes instructions , puisqu'il ne m'en avait pas été donné par écrit , qu'il est faux, que j'aie hésite un instant pour savoir si je quitterais ou non , la poursuite des Prussiens que j'avais ordre d^ attaquer et de ne point perdre de vue^ pour me porter dans la direction d'une canonade qui avait lieu à quatre ou cinq lieues de là et qui semblait autant l'eifet d'un engaj^ement partiel , à l'entrée de la forêt de Soignes, que le résultat d'une affaire générale. Pouvais-je d'ailleurs si promptement oublier que Napoléon avait censuré le Mal. Ney , pour s'être arrêté au bruit du canon qui se tirait près de Fleurus : pour avoir envoyé des troupes dans cette direction et s'être permis de ne point littéralement exécuter ses ordres. Quant aux avis qu'on met dans la bouche du Gai. Gérard, était-il à même de me les donner, lui qui se trouvait alors , ( vers midi , ) à plusieurs lieues en arrière , qui ne m'a joint (|ue devant Wavres , long-tems après , et auquel il est absurde de faire dire, que je m'étais arrêté la veille à Gembloux , quoique mes ordres me prescrivissent de marcher sur Wavres , car ces ordres rapportés par le Gai. Gourgaud page 78 , non-seulement n'ordonnent pas ce mouvement , mais ne l'indiquent en aucune manière . II en est de ces conseils supposés , comme des harangues qu'on met dans la bouche des généraux de l'antiquité. Les uns et les autres sont le fruit de l'imagination des historiens auxquels il importe peu de composer un roman , pourvu qu'ils parviennent à jeter un degré d'intérêt de plus sur leur héros.
( 6g ) Méine page IIS, ligne 25,
«^ Le Mal. Grouchy, qui brûlait également du désir de <^' prendre part à une affaire générale céda à ces raisons , fit <« faire halte à son infanterie, et se préparait à marcher sur St. fi Lambert , quand son avant garde en vint aux mains avec les " Prussiens , dans la direction de Wavres. "
II est vrai que je désirais bien plus de restera la tête de la cavalerie et prendre part à la bataille qu'on livrerait aux Anglais, s'ils se déterminaient à la recevoir , que d'être investi d'un commandement dont les prétentions et le caractère connu de plusieurs des généraux placés sous mes ordres, me fesaient présager toutes les difficultés et les épines. J'avais donc pressé Napoléon de m'emmener avec lui, ainsi que la majeure partie des troupes qu'il me confiait, ayant toujours cru préférable de les faire agir de (oncert avec celles du Mal JSey , aies envoyer si tard à la pour.«^uitc de l'armée prussienne. Mais il est faux, que j'aie fait faire halte à l'infanterie du Gai. Gérard, pour la porter sur St. Lambert. Cette infanterie était alors à plusieurs lieues en arrière , et loin de Farrêter , je lui expédiai divers aidesdC'Camp pour hâter son arrivée , afin qu'elle pût soutenir le corps du Gai Vendame, avec lequel j'attaquais l'arrière garde des Prussiens , dont différens rap()orts m'annonçaient l'ar- B.ée réunie en totalité , près Wavres.
PAGR 114, ligne 4,
«• Au même moment, ( le 18 vers midi, ) le Mal. Grouchy 4<^ reçut avis que toute l'armée prussienne était rassemblée à
<« Wavres."
Un tel rapport m'eût confirmé dans la résolution de ne point me porter vers Waterloo , si je n'eusse pas toujours regardé comme mon devoir de m'en tenir à la stricte exécution de mes ordres. L'assertion qu'il n'y avait à Wavres qu'un seul corps de l'armée prussienne , est exacte en elle-même ; mais si je n'ai été engagé près de cette ville , qu'avec les troupes du Gai. Thielman, elles étaient liées et soutenues par un autre des corps prussiens , placé entre Wavres et St. Lambert,
Même page 114, ligne 18.
" Seulement à quatre heures après midi, le 18, le M^i ** Grouchy reçut un ordre positif de se porter à St. Lambert^ ** les ordres antérieurs qui lui avaient été expédiés à cet effet *^ ne lui étant pas parvenus, "
On voit par ce paragraphe 1°. qu'il ne m'avait point été donné d'ordre positif de me porter sur St. Lambert , avant la lettre du Major général , écrite du champ de bataille de Waterloo , le 18, à une heure après midi. 2^. Que je n'ai reçu cette lettre qu'à quatre heures du soir le 18. 3°. qu'aucuns des ordres qu'on prétend m'avoir été envoyés dans la nuit du 17 , et le matin du 18 , ne me sont pas parvenus. Ainsi jusques au 18 , quatre heures du soir , que j'ai reçu de nouveaux ordres , j'ai dû opérer comme je l'ai fait, c'est-à-dire, conformément aux premiers , et poursuivre , attaquer et ne point perdre de vue les Prussiens.
PAGE 119, ligne 5.
" Napoléon range au nombre des raisons qui l'empêchèrent ^« le 17, de se porter avec la totalité de ses forces, contre *« l'armée Anglo-Belge , la certitude qu'il eut que le quatrième ^* corps prussien avait joint le Mal. Blucher dans la nuit du << 16 , et la possibilité que son armée ainsi renforcée, s'avan- <« çàt sur Fleurus et sur Charieroy ; puis il ajoute que la " plus ^Y?iYïàç^ faute que puisse commettre un général , après le <« gain d'une bataille , est de donner à l'armée battue le tems « de se rallier , en négligeant de la poursuivre Sçc, En con* <^ séquence il ordonna au Mal. Grouchy de poursuivre l'armée " prussienne , Sçc, "
La maxime que place dans la bouche de Napoléon , le Gai. Gourgaud , est une espèce de reproche qu'il dirige contre lui, puisqu'au lieu de la mettre en pratique, il n'a fait aucun mouvement, pendant la matinée du 17 , que ce n'était pas presser vivement les Prussiens , que de rester oisif sur le champde-bataille de Ligny ) le 17 jusques à midi, et que le Gai Pajol qu'on dit avoir été envoyé à leur poursuite
avec des hussards et une faible division d'infaiitcrie^ au poiiit du jour ( bien qu'une partie de ses troupes fussent encore près de Ligny, à midi, ) n'était pas dans le cas avec de si faibies mo) ens, de retarder leur retraite, ni d'empêcher le ralliement de leur armée, renforcée depuis la bataille, par un corps de trente mille homines : tandis que si, dans la nuit du 16 au 17 , Napoléon eût poursuivi Farmée prussienne, aussi vivement qu'il le fut par elle durant celle qui suivit la bataille de Waterloo, les résultats de l'affaire de ï igny , et les destinées de la rampagrje eussent probablement été différents , sur-tout, si le 16 au soir, au lieu de renvoyer le corps du Cte. d'Erlon , aux Quatre-Bras , il lui eût fait jouer sur le flanc de l'armée prussienne le rôle que remplit contre l'aile droite des Français , à Waterloo , le corps àw G-aI- Buiow.
PAGE 120, ligne 3.
*« Mais, conformément à ses instructions, le corps chars;é <* de la poursuite devait être en communication constante avec <• l'armée de l'Empereur, et se tenir entre l'armée prussienne ^* et le chemin de Fleurus. "
En jetant les yeux sur mes ordres rapportés parle Gai. Gourgaud , page 78 , on verra que cette disposition de se tenir entre l'armée prussienne et le chemin des Quatre-Eras , nonsewlement n'en fait pas partie, mais ne saurait avoir été prescrite puisqu'elle n'est pas conciliable avec l'injonction de poursuivre le al. Biucher, d'attaquer son arrière garde et de se tenir eoîsstamment si près de lui qu'on ne le perdît jamais de vue. I)e même que celle de (iéborder le flanc droit de l'armée prussienne , elle est é\idemment d'une fabrique postérieure au 17 Juin , et ni l'une ni l'autre ne firent partie des ordres qui m'avaient été donnés.
Même page 120, ligne 8.
<i Le zèle et l'ardeur du Mal. Grouchy et des généraux «< Gérard, Pajol et Excelmans étaient bien connus de l'Empe- << reur , il ne doutait pas que leurs troupes n'atteignissent le " 17 au soir , Wavres , et l'entrée de la ibrêt de Soignes. "
Repétons encore à l'oc( nsion de cette dernière assertion , que pour qu'elle pût être fondée, il eût fallu que Napoléon <, sa-
chant que les Prussiens se retiraient dans cette direction m'eût prescrit de me porter vers Wavres, ( ses ordres prouvent qu'il ne l'a pas fait , ) qu'il n'attendît pas jusques à midi à m'envoycr à la poursuite de l'ennemi , que la piuie qui tombait par torrens n'eût pas rendu les chemins si diiSciles , que mon infanterie n'est arrivée à Gembloux qu'à la nuit tombante: enfin que Wavres ne fût pas à plus de neuf heures de marche des points d'où partait mon corps.
'« Le corps du Mal. Grouchy , devant Wavres était en " ligne avec l'armée de l'Empereur. " Deux armées à quatre à cinq lieues de distance, peuvent être sur la même ligne, mais elles ne sauraient être dites en lignes , quand leur éloignement est tel , qu'elles ne peuvent se soutenir de plusieurs heures, et que le tems nécessaire à leur réunion estencore accru par la nécessité d'opérer le passage d'une rivière , et de franchir des défilés , que l'ennemi a été à même d'occuper le premier.
Même page 120, ligne 16.
« Si Wellington se décidait à recevoir la bataille en avant «< de la forêt de Soignes , l'Empereur était par le mouvement de « Grouchy , certain d'avoir sa droite et ses derrières bien ap- •« puiés. Les troupes de Grouchy auraient dans ce cas , non- ^^ seulement tenu en échec les Prussiens, mais auraient pu beau- *< coup plus aisément joindre l'Empereur , que le Mal. Bîucher <' ne pouvait joindre Wellington. "
J'avoue qu'il ne me parait pas plus prouvé que Faik d'une armée soit bien appuiée par un corps qui en est à quatre à cinq lieues, et dont elle est séparée par une rivière , qu'il ne l'est que trente deux mille hom^nes puissent en tenir en échec quatrevingt-quinze mille. D'ailleurs, je ne vois pas comment j'étais à même de joindre Napoléon plus promptement et plus aisément , que le Mal. Blucher ne l'était de se réunir au Duc de Wellington , quand le général Prussien s'était mis en marche seize heures avant moi .
PAGE 121, ligne 4.
« il oVtaît pas probable que Wellington recevrait la bataille, ^^ ayant la forêt de Soignes et Bruxelles sur ses derrières. ''
C'est cette opinion qui, en prévalant sur toutes les autres^ dans l'esprit de Napoléon, a occasionné Pincobérence de ses dispositions , et F iotenipestivité de ses ordres. Jusques au matin ûu 18, il n'imaginait pas que les Anglais accepteraient la bataille, et il n'a cru à la possibilité de la coopération tles Prussiens, que quand il les a vu paraître. Alors qu'il était trop tard pour me rappeller. Enfin puisqu'il n'a prévu ni la bataille ni i'arrîvée du Mal Blucber, comment pouvais-je deviner plus que I li les projets du gênerai en chef Anglais et la marche des Prus. siens. Il est en outré digne de remarque que lorsque j'ai été instruit, le 18 , à quatre heures après midi , par une lettre du Major général , que la bataille de Waterloo avait lieu , il me disait dans cette même lettre qu'elle était gagnée. PAGE 122.
Napoléon a persisté à livrer bataille, ( dit le Gai. Gourgaud,) quand il a su que le Mal. Grouchy s'était arrê té à G embloux, &c. &c. parce que " une seconde lettre du Maréchal l'informa ** qu'il marcherait sur Wavres. Cette dépêche avait été écrite ^i avant le jour : GemUoux n^est qu^à deux lieues de distance de a Wavres : l'Empereur supposait que le Mal. Grouchy arri» »<f verait à huit heures du matin, à ce dernier endroit, &c.''
Je n'ai point avec moi la minute de la lettre que j'ai écrite de Gembioux à deux heures du matinàNapolécm, mais je doute fl'autant plus, que j'y annonçasse d'une manière formelle, que je me porterais sur Wavres , que non seulement à Gembioux, mais même à Sartavalin, à dix heures et demie du matin, je n'avais pas encore de données complètement positives sur les points où pouvait s'être retirée la masse de l'armée Prussienne. En outre, dans l'accusé de réception de ma lettre, le Major général induit seulement du compte que je rends que je marcherai sur Sartavalin, que je me porterai sur Wavres: ( donc votre
intention, dit-iî, est de voiîs porter sur Corbaix et sur Wavres; ) ce qui montre que je n'avais pas positivement mandé que je m'j reîîdrais. Enfin, il est inconcevabie cju'on fasse dire à Napolé» n^ que Gembloux lî'esi qu^à deux lieues de distance de Wavves, tandis qu'en passant par Sartavalin , il y a près de six lieues, et que mes troupes ont été depuis le point du jour jusques à une heure après midi, à y arriver»
Je n'étendrai pas plus loin ces remarques , attendu que les autres chapitres de l'ouvrage du Gai Gourgaud, ont principalement trait aux événemens politiques subséquents sur lesquels je me propose de publier les divers documens que ma position m'^ mis a même de recueillir.