P.-A. DANGEARD. - PLANTULES DES PHANÉROGAMES. HT
En considérant le protoxvlème et le bois centripète des Cycadées et, par répercussion, celui des Cvcadophytes comme une « formation surajoutée » à la structure primaire, M. Chauveaud se place sur un terrain où nous ne le suivrons pas davantage.
On voit, au contraire, combien tous les documents relatifs à l’histoire des plantes primitives et des plantes fossiles confirment notre interprétation.
La racine a pris naissance aux dépens d’une tige dont la protostèle, avait un nombre de pointements de protoxylème exarche, en rapport avec le nombre des faisceaux libéro-ligneux fournis par les feuilles :
Le raccord était fort simple : le protoxylème se continuait directement de la tiffe à la racine.
Quant au liber, il entourait complètement la protostèle dans la tige : dans la racine, ce liber a disparu en face du protoxylème, dont il aurait entravé le rôle absorbant; ce liber n’a persisté en îlots que dans les intervalles, ce qui a réalisé la structure
alterne.
Tandis que la racine conserve désormais cette structure alterne, bien adaptée aux fonctions d’absorption, la tige modifie progressivement sa structure; on en suit les diverses étapes dans le phylum des Cycadophytes et dans celui des Gymnospermes : le raccord se fait alors entre les faisceaux des cotylédons, ayant souvent conservé un peu de bois centripète et les faisceaux de la racine.
Enfin, plus tard, chez les Dicotylédones et les Monocotylédones, ce sont des faisceaux collatéraux ordinaires qui assurent les communications, avec le système conducteur de la racine.
Nous arrivons à un quatrième principe de M. Chauveaud tout aussi peu exact que les précédents.
D. — Dans la tige des Phanérogames vivantes, la tige, selon 1 auteur, tout au moins au-dessus de l’hypocotyle, ne présenterait, par suite « d’accélération » que le troisième stade ou stade superposé : il est assimilé entièrement comme âge à celui qui résulte du fonctionnement de la zone génératrice dans la racine : on ne saurait parler de structure primaire pour les faisceaux de la tige: la ressemblance des pointements trachéens cioec le protoxylème de la racine est toute fortuite , sans signification et sans
rapport phylogénétique ; les faisceaux des Monocotylédones à structure concentrique, représentent une phase ultime ou « phase périphérique.
Les explications qui précèdent montrent au contraire que le protoxylème des Cycadophytes et des Gymnospermes a la même valeur que celui du bois des Ptéridophytes et en particulier des Fougères et des Lycopodiacées : le protoxylème de la racine a la même origine : le protoxylème du faisceau des Dicotylédones et des Monocotylédones s’y rattache également.
En d’autres termes, les pôles trachéens de protoxylème ont sans doute, la même valeur primitive qu’il s’agisse de la tige ou de la racine. Ce qui a varié avec l’âge des plantes, dans l’évolution, c est 1 ordre de différenciation et la nature des vaisseaux qui se sont ajoutés à ce protoxylème; c’est également l’agencement de ces vaisseaux, qui permet d’ordinaire de fixer approximativement 1 âge des structures et de suivre la marche même de l'évolution des structures.
E.—Les anatomistes savent qu’en général c’est au point d union de la tige et de la feuille qu’apparaissent tout d’abord dans les faisceaux procambiaux, d’une part les cellules grillagées, d’autre part les trachées de protoxylème : cette différenciation existe déjà dans certains embryons, avant toute trace de racine.
Dans 1 hypocotyle de la plantule et dans les entre-nœuds de la
tige, la différenciation s’étend progressivement vers le bas,
alors qu’elle s’avance, en sens inverse, dans le pétiole et la feuille.
Les traces foliaires de chaque individualité foliaire ou « phyton », se mettent ainsi, grâce, à cette différenciation basipète en rapport les unes avec les autres : les faisceaux anastomotiques résultent de la réunion des extrémités inférieures des traces foliaires.
Lignier est un de ceux qui ont étudié avec le plus de soin et
dans tous ses détails, cette question de la différenciation basi-
pète des faisceaux de la tige, et les relations que ces faisceaux contractent entre eux 1 .
1. Lignier, Consulter en particulier ; De l influence que la symétrie de la lige exerce sur la distribution, le parcours et les contracts de ses faisceaux libêro-ligneux (Bull. Soc. Linnéenne de Normandie, 1889).