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Observations Sur La Transpiration Des Plantes Pendant La Nuit

Je désire appeler pendant quelques instants l’attention de la Société sur une phase de la transpiration qui me semble avoir été trop négligée par les physiologistes à qui nous devons de beaux travaux sur l’ensemble de ce grand phénomène; je veux parler de la portion de la transpiration journalière qui s’effectue pendant la nuit. J’ai été amené à m’en occuper par les expériences dans lesquelles je me suis proposé de reconnaître comment les plantes se comportent vis-à-vis de la rosée qui les mouille. Mes recherches m’ayant conduit à ce résultat, en désaccord avec les idées reçues, que les feuilles n’absorbent pas l’eau de la rosée condensée à leur surface, je ne me suis pas dissimulé que la légitimité de cette conclusion pourrait être contestée, comme elle l’a été en effet dans l’avant-dernière séance par un de mes savants confrères, si l’on pouvait dire qu’il s’opère pendant la nuit une transpiration assez abondante pour masquer une absorption tant soit peu notable d’humidité qui aurait eu lieu pendant le même temps. J'ai donc dû chercher à reconnaître si les plantes transpirent pendant la nuit, et dans le cas de l’affirmative, quelle est l’intensité de leur transpiration dans les diverses circonstances où elles peuvent se trouver.

Pour ces recherches, j’ai dû faire abstraction des idées admises généralement dans la science et présentées dans les ouvrages relatifs à la physiologie végétale. Haies avait dit ( Statique des végétaux , trad. de Buffon, in-H, p. h) qu’un Helianthus annuus, dont la transpiration s’était élevée par un jour sec et chaud, à 1 livre \U onces, n’avait plus perdu que 3 onces par une nuit également sèche et chaude, sans rosée sensible, et il avait ajouté que la moindre rosée supprimait toute transpiration, soit pour cette plante, soit pour les autres dont il s’était occupé. Les physiologistes modernes ont, pour la plupart, été plus loin que Haies, tout en le citant; c’est ainsi qu’on lit dans la Physiologie de DeCandolle(ï, p. H2): « Haies avait déjà vu que les végétau \ ne transpirent que pendant le jour; » dans celle de M. Treviranus (ï, p. 688), que « la transpiration diminue le soir et cesse d’ordinaire entièrement pendant la nuit (1). »

Contrairement à ces énoncés, et me basant sur les observations que j’ai faites en 1857, dans un grand jardin, à Meudon, en mettant à profit, autant qu’il m'était possible, les circonstances atmosphériques diverses qui se présentaient, je crois pouvoir admettre : 1° Qu'il n’est pas exact de dire avec De Candolle que les végétaux ne transpirent que pendant le jour; 2° qu’on ne peut considérer non plus comme fondée l’assertion plus res-

(1) « Abcnds verminderi sic sicli und Nnchts liai t sic gcmciniglich ganzauf. » ( Vhijswlogie der Uetccechse, loc. cit.)

SÉANCE Dü 18 DÉCEMBRE 1857.

treinte (le Haies, selon laquelle les plantes transpireraient uniquement pendant les nuits chaudes, sèches, sans rosée et cesseraient de le faire aussitôt qu’il y aurait sur leurs feuilles le moindre dépôt de rosée; 3° qu’il s’opère généralement pendant la nuit, quelque humide qu’elle soit, une certaine transpiration ; U° mais que, déjà faible dans les circonstances les plus favorables, c’est-à-dire pendant les nuits chaudes, sèches ou sans rosée, elle n’amène plus qu’une fort petite déperdition lorsqu’il se dépose une légère rosée, et qu’elle devient presque nulle, peut-être même quelquefois nulle, quand une forte condensation d’humidité forme sur la surface des feuilles un revêtement liquide complet.

La transpiration nocturne étant très faible aussitôt qu’il y a sur les feuilles une légère condensation d’humidité et devenant beaucoup moindre lorsque la rosée est plus abondante, il résulte de là, comme conséquences naturelles : 1° qu’elle ne pourrait dissimuler qu’une absorption d’autant moindre qu’il y aurait une plus grande quantité d’eau sur ces organes, ce qui deviendrait pour les plantes une faculté superflue et, si je puis le dire, contradictoire; 2° que, comme pendant les nuits chaudes, sèches et sans rosée, où par conséquent il ne peut être question de l’absorption d’une eau superficielle absente, la déperdition est assez peu considérable pour qu’une quantité d’eau équivalente, étant introduite dans les plantes, ne produisit qu’un effet peu marqué sur la végétation, cet effet deviendrait, à plus forte raison, insignifiant dans les cas de forte rosée.

Je ferai observer que cette marche générale de la transpiration pendant la nuit est en parfaite harmonie avec tout ce qu’on sait relativement à i’influence des actions extérieures sur l'intensité de ce phénomène, de telle sorte qu’on serait conduit à la présumer par simple voie de déduction logique, lors même que des preuves expérimentales ne viendraient pas

l’établir.

Je ne dois pas négliger de dire que les observations dont il va être question dans cette note ont été faites, en 1857, sur les plantes qui m’ont servi de sujets pour mes expériences sur la rosée, par conséquent sur des plantes en bonne végétation, dont le pot était enfermé dans un appareil de verre parfaitement clos, mais dont la tige feuillée flottait librement dans l’atmosphère.

Il me reste maintenant à exposer quelques-uns des faits sur lesquels je crois pouvoir baser les énoncés généraux que j'ai donnés comme exprimant dans quelle mesure les végétaux transpirent pendant la nuit, selon les conditions diverses où elles se trouvent.

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